$Y-PDA-W1FC$     Consulter le site :      écrire :  

ASPECTS DU PROBLEME FORESTIER

DANS UNE REGION INDUSTRIELLE

ANTOINE GIVAUDAN

 

( 30 NOVEMBRE 1963 )


Mémoire de stage de préfecture ( stage de l’ENA juillet- décembre 1963 à Lille )

 


ORIGINE ET DESTINATION

Tout élève de l’ENA devait rédiger, au cours de son stage en préfecture, un mémoire de 24 pages en caractère « élite », , me souviens-je, annexes non comprises. Mon stage, en 1963, dans le Nord fut un peu tronqué ( 5 mois au lieu de 11, juillet – décembre, pour des raisons historiques ). Je n’avais jamais mis le pied dans cette région qui offrait d’innombrables sujets de mémoires sur des problèmes « importants ». J’ai choisi volontairement  un sujet, économiquement, politiquement et administrativement, « marginal »,; non pas pour me singulariser, mais pour  étudier de plus près quelque chose qui me faisait plaisir.

Quiconque vient du midi et découvre le Nord ( plus encore que le Pas de Calais) est immédiatement impressionné par l’impossibilité de se promener dans la campagne à l’exception des quelques rares massifs boisés, éloignés de Lille. Et pourquoi ne pas avoir la curiosité de s’intéresser à l’économie du Bois ? Quitte à ne pas y trouver grand chose sinon quelques petites richesses potentielles... En tout cas l’administration des Eaux et Forêts m’a laissé le souvenir de gens de foi, aimant leur métier et leur espace, ouverts sur les fonctions multiples de la forêt.

Le hasard m’ayant amené vers l’aménagement de l’espace, mon stage et mon mémoire ont été un « investissement » prémonitoire, même si le travail n’eut que la médiocre note de 11. Je n’en fus pas spécialement étonné, mais j’y avais, sans en être conscient, acquis quelques présupposés justes sur les « espaces naturels » et quelques connaissances utiles deux ou trois ans plus tard. En revanche j’ai totalement oublié les propositions et les jugements que j’avais exprimés. ( Cf. Note finale.)


ASPECTS DU PROBLEME FORESTIER

DANS UNE REGION INDUSTRIELLE

 

SOMMAIRE

INTRODUCTION

 

PREMIERE PARTIE. Les forets dans l'environnement industriel et humain

Chapitre I. Les forêts et leurs régimes a

Section 1. Les régimes juridiques 4

Section 2. Localisation, peuplement et traitement des massifs

Chapitre II. Les débouchés industriels du bois

Section 1. Les utilisations industrielles du bois

Section 2. Production locale et approvisionnement

Chapitre III. Les forêts dans l'environnement humain

 

DEUXIEME PARTIE. Les grandes lignes d’une politique forestière régionale

Chapitre I. L'adaptation des forêts à l'économie

Section 1. La politique foncière

Section 2. Les orientations de la production

Chapitre II. L'aménagement touristique des massifs

Section 1. Principes d’aménagement immédiat

Section 2. L'aménagement à long terme

Chapitre III. Les conditions d'une action d'ensemble 20

Section 1. Les institutions

Section 2. Les moyens

 

CONCLUSION

 

ANNEXES.

Carte A. Les forêts. Localisation par régimes juridiques

Carte B. Les forêts. Peuplement et traitement

Tableau 1. Superficies de propriétés forestières privées

Tableau 2. Répartition des massifs privés par importance

Tableau 3. Mode de traitement

Tableau 4. Production régionale et nationale de bois d'oeuvre en 1960

Tableau 5. Production régionale et nationale de bois d'industrie en 1960

Tableau 6. Sciages

 

BIBLIOGRAPHIE

‑ Code Forestier

‑ Loi du 6 Août 1963

‑ Décret N° 58.1468 du 31 Décembre 1958

‑ Décret N° 59.1059 du 7 Septembre 1959

‑ Atlas forestier Daubrée

‑ Rapport "FORETS" DU IVEME Plan 0 1961

‑ Rapport 1962 sur le fonds forestier national au Comité de Contrôle

‑ Directives d'aménagement publiées par la Conservation des Eaux et Forêts de Lille

‑ Peupliers et populiculture dans le Nord de la France Publication de la Conservation de Lille

‑ Rapports du Conservateur des Eaux et Forêts aux Préfets. 1962 et 1963 (1)

‑ Recensement provisoire accélère des ressources forestières françaises en bois de papeterie Nord et Pas-de-Calais ( Publication du Feuillu français de papeterie )

‑ La France a-t-elle une politique forestière ? Etude de l'Union des Syndicats d'Ingénieurs des Eaux et Forêts

‑ La Revue forestière française. Numéros de Mai et Juillet 1963

‑ La forêt privée . Revue forestière européenne. N° 28.29.30.31 et 32

-- Rapport annuel des Usines Béghin 1963

 

(1). du Nord et du Pas-de-Calais

 

PERSONNES CONSULTEES

Direction Générale des Eaux et Forêts

M. VELAY, Ingénieur en Chef, Chef du Service de l'Economie Forestière

M. MEYER, Ingénieur en Chef, Chef de la Division des Etudes Juridiques

M. MESNIL, Conservateur en Chef Conservation des Eaux et Forêts de Lille

M. SALLE, Ingénieur des Eaux et Forêts

 

Milieux professionnels

M. DE MEGILLE, Ingénieur, Conseil forestier

M. HAVEZ, Président du Syndicat des Exploitants forestiers du Nord

M. LEROUX, Président du Syndicat des Exploitants forestiers du Pas-de-Calais

M LEPERS, Président du Syndicat des Négociants en Bois du Nord

M COURRIERES, Directeur de la Raffinerie et Papeterie Béghin

M. WEINBRECK, Président Directeur Général de la Société Calaisienne de Pâte à Papier

M. MARTIN, Ingénieur. Directeur du Bureau d'Etude technique du Bois


INTRODUCTION

ND-11

La région du Nord et du Pas-de-Calais n'est pas une région forestière aussi peut-il sembler paradoxal de s'intéresser à ses forêts qui n'occupent qu'une superficie modeste. En fait, on pourrait l'imaginer autrement plus boisée qu'elle ne l'est mais , à raison du rendement élevé des terres cultivées et de l'absence à peu près totale de friches, si l'on excepte les dunes côtières, il n'est guère concevable aujourd'hui d'envisager une extension considérable des massif si de plus, il est incontestable que la forêt suscite plus la méfiance que l'intérêt des gens de cette région à l'égard d'une source par trop naturelle de richesses qu’on accuse souvent à tort de nuire aux autres cultures

Il faut dire aussi que l'avenir économique du Nord et du Pas-de-Calais ne repose pas sur le bois ; les houillères , les industries sidérurgiques et métallurgiques , les industries textiles , la culture du blé et de la betterave représentent un potentiel avec lequel les ressources forestières locales ne peuvent rivaliser. Les progrès de la technique qui se font souvent au détriment de certaines activités traditionnelles ont réduit le rôle du bois dans beaucoup de secteurs, Depuis quelques années on a assisté a une évolution inverse que la foret n'a pas suivie. Elle en est encore à produire du bois de feu et du bois de mine alors que les nouvelles industries du bois ont des exigences très précises quant à la qualité. C'est cette forêt, inadaptée, négligée , qu'il faut rénover.

Ajoutons encore qu'à l'inverse de la plupart des investissements, le rapport des capitaux placés dans la foret ne peut s'apprécier qu'après de fort longs délais qui varient d'une à plusieurs générations. Dans ces conditions, les intérêts particuliers qui ont de multiples et fructueuses occasions de s'investir se dirigent rarement vers ces opérations, rentables à très long terme seulement. La forêt privée subsiste alors, plus par tradition que par nécessité économique. Seuls de grands domaines présentent les caractéristiques d'une entreprise correctement dirigée. Les petites propriétés sont exploitées quand elles offrent quelques profits elles ne sont pas spécialement gérées en vue des besoins prévisibles du marché

Cet aperçu ne serait pas complet si l'on ne mentionnait deux faits qui ont compromis l'exploitation des ressources forestières locales la guerre et le lapin. La région, placée au carrefour des invasions a subi les dévastations de la guerre. Il a fallu, par deux fois, reconstituer des massifs entièrement rasés, abusivement exploités pour les besoins militaires ( pieu Rommel ) et abîmés par les bombardements et les combats, quand les arbres restaient sur pied. Les efforts accomplis après 1918 ont été ruinés avant même qu'ils ne soient productifs entre 1940 et l945. D'un capital jadis rentable il n'est guère resté, après cette date, que des vestiges en partie utilisables. Sa reconstitution ne permettra d'en disposer pleinement que dans de nombreuses années. Quant au lapin, il fit aussi de considérables dégâts, en Flandre notamment et entraîna une élévation des frais de gestion ( clôtures ) et ses ravages n'étaient pas  faits pour encourager la sylviculture. Depuis les épidémies de rnyxomatose , il ne représente plus le même danger. Le capital existant a donc surtout la valeur d'une promesse.

Tel nous semble le contexte extrêmement défavorable dans lequel s’insère le problème forestier pour la 1ere Conservation, Il est alors justifié de se demander s'il est raisonnable et utile de lui accorder quelque importance. On pourrait, en effet, très bien admettre qu'il est souhaitable de spécialiser les régions dans certaines activités, les départements peu boisés conservent certes leurs forêts sans pour autant faire l'objet de mesures spécialement destinées à les améliorer. En d'autres termes , convient-il de faire un effort pour 0,77% de la forêt française? De multiples raisons laissent penser que ces forêts sont nécessaires et qu'on peut les aménager,

Les deux départements de la Conservation se placent parmi les plus importants consommateurs français de bois. Il serait absurde de définir comme objectif la satisfaction intégrale des besoins à partir des ressources locales, toutefois, il est possible d'imaginer des mesures qui permettraient de tirer un meilleur parti des possibilités existantes Le rapport "Forêts" du IVeme Plan prévoit une augmentation annuelle de la consommation, de 5 % pour les feuillus et de 3,3 % pour les résineux. Il sera donc, de plus en plus intéressant, à cause du coût élevé du transport, d'utiliser au maximum les richesses dont on dispose sur place.. Mais le rôle de la forêt n'est pas seulement économique. Le changement progressif du mode de vie, le temps croissant de loisirs, lui donnent ‑ ou lui rendent ‑ une raison d'être sur laquelle il faut insister. Dans une région qui ne présente pas un très grand intérêt touristique, si l'on excepte certaines parties de la côte, les zones naturelles de loisirs sont limitées, les sites renommés rares et les équipements insuffisants.

Or, nous sommes dans un pays de fortes agglomérations urbaines où les moindres massifs forestiers prennent un attrait indiscutable. Ce rôle qui a très bien été aperçu ici, n'est pas entièrement conciliable avec celui de production qui revient, au premier chef, à la forêt. Il s'agit de ne pas les rendre contradictoires. Il s'impose donc, moins de choisir en faveur de l'un ou de l’autre que d'instituer un régime qui permette à la forêt de les assumer tous les deux et de mettre à profit des conditions naturelles intéressantes ; si la nature du sol, autant que le climat, se prêtent fort bien à la sylviculture il serait regrettable de l'oublier. Et réciproquement, en Flandre maritime par exemple et dans le Boulonnais ou le Haut - Artois, les plantations peuvent contribuer à l'équilibre physique. Cet aspect ne prend pas ici le caractère aigu qu'il a en montagne où le déboisement peut être catastrophique, il n'est pas moins utile de le mentionner.

Ainsi replacée dans un ensemble plus général, la forêt a sa place dans l'équilibre et l'économie de la Région. Qu'elle fournisse une matière première précieuse ou qu'elle rende un service dont il est impossible de calculer la valeur, son rôle consiste essentiellement dans l'appoint qu'elle peut apporter et dans l'harmonie qu'elle est susceptible de créer Ce rôle n'est pas moteur mais dans un pays, singulièrement marque par son passé industriel, où la nature semble s'être progressivement effacée et où elle manque cruellement, il est indispensable de préserver et d'accroître les forêts puisqu'elles ont le privilège d'être utiles et d'être agréables.

Dans ce mémoire, on s'efforcera d’envisager les divers prolongements du problème forestier dans la vie économique et sociale de la région ; on s'efforcera clé les aborder avec le souci de ne pas leur donner plus d'importance qu'elles n'en revêtent mais avec la conviction qu'ils en ont une digne d’intérêt.

Il se partagera en deux parties dans lesquelles seront successivement examinées la place de la forêt clans l’environnement industriel et humain et les mesures de nature et d'intention diverses qu'il serait souhaitable de prendre afin de réintégrer la forêt dans les fonctions qui lui ont été en partie soustraites.

 

 


PREMIERE PARTIE

 

LES FORETS

DANS L'ENVIRONNEMENT INDUSTRIEL ET HUMAIN

 

Les limites de la 1ère Conservation correspondent à la Région de Programme Nord-Pas-de-Calais, cadre fréquemment utilisé par ailleurs qui présente l'intérêt de permettre de multiples comparaisons. Sur 12 520 km2 ( 2,3 %, du territoire national ) vivent 3. 660.000 personnes ( près de 8 % de la population française). La forêt ne recouvre qu'une superficie de 878 km2. Il s'agit de connaître l'influence que peut avoir un élément de cet ordre sur les activités industrielles et humaines de la région et d'essayer de mesurer le degré de dépendance dans laquelle ces activités se trouvent vis à vis de cet élément Pour ce faire, il convient d'abord de brosser un tableau rapide des massifs forestiers et d'examiner ensuite leur place dans la vie de la région.

 

CHAPITRE I.

LES FORETS ET LEURS REGIMES

 

Il y a dans le Nord 50 296 hectares de forêts sur 577 000 que compte le département ; il y en a 37 520 sur 675 000 dans le Pas-de-Calais, Les taux de boisement sont respectivement de 8,7 % et de 5,7 %. Comparés à celui de la France ( 21 %), ils apparaissent nettement inférieurs. Les massifs sont soumis à divers régimes juridiques, sont diversement répartis sur le territoire et diversement traités et peuplés. Ce sont ces éléments qui font l'objet de ce chapitre.

 

Section 1. Les régimes juridiques

Il en existe plusieurs définis par le Code Forestier et le tableau suivant permet d'apprécier la part de chacun d'eux dans la Conservation.

REGIONS

NORD

PAS-de-CALAIS

TOTAL

forêts domaniales

20 213        40,2%

 7.681         20, 5 %

27 894        31,9 %

forêts communales

  1 768          3,3 %

    288           0,7 %:

  2 056           2,3 %:

forêts d'établissements publics

       15          0,3%

    449           1, 2 %

     464        0,5 %:

forêts non soumises

22 800         44,3%

25 102        67, %

47 402       54 %:

peupleraies privées

60 000         11,9%

49 000        10,6 %

10 000       11,3 %0

TOTAL

50 296        100

37 520      100

87 816      100

 

La part de la forêt soumise ( près de 34,7% ) est relativement réduite. La forêt privée, la plus morcelée représente plus de la moitié de la superficie totale, Ces proportions sont toutefois comparables à celles qu'on retrouve dans le pays ( 35 % de forêts soumises et 65 % de forêts qui ne le sont pas ). La situation se caractérise surtout par le nombre très faible de forêts communales ou d'établissements publics ( 21 % en France ).

Il n'est pas sans intérêt de souligner cet écart entre surfaces de forets soumises et non soumises. Les problèmes les plus délicats -- les problèmes fonciers -- ne concernent que la propriété privée. Et du fait que des difficultés foncières existent, elles seront prépondérantes dans un pays ou la forêt privée est importante; elles retentissent sur les problèmes de technique forestière qui en dépendent et par conséquent sur la production.

Au dessous de 20 hectares, les produits sont difficilement commercialisables Une propriété forestière commence à compter dans le patrimoine de son propriétaire à partir de 50 hectares par l'appoint relativement régulier qu'elle représente à la condition qu’elle ait été divisée en coupes convenablement choisies et gérées. Mais une exploitation forestière, au plein sens du terme ‑ entretien, régénération, exploitation et commercialisation des bois – n’est guère concevable dans la région, si elle est inférieure à 500 hectares. Telles sont les limites dans lesquelles s'inscrit le problème économique de la forêts

Or le morcellement est considérable La répartition des exploitations suivant leur importance est donnée dans le tableau 1    (1). La surface moyenne des propriétés est de 12,5 hectares dans le Pas-de-Calais et de 25 hectares dans le Nord. C'est fort peu au regard des surfaces qui déterminent la rentabilité d'une exploitation. Pour ces deux départements, plus de 28 000 propriétaires se partagent 30 % des surfaces ( 18 800 hectares) et 10 000 hectares sont formées de parcelles inférieures de 20 hectares.

(1). Les nombres; sont tirés de l'Atlas Forestier Daubrée de 1912 L'inventaire forestier de la 1ère Conservation n’a pas été refait depuis. Malgré leur ancienneté ces statistiques conservent une grande valeur : les surfaces boisées ont peu varié et le nombre de propriétaires a eu tendance croître. Par conséquent, les conclusions qu'on en déduit ici demeurent exactes dans leurs grandes lignes.

 

Les propriétés supérieures à 500 hectares sont rares ( 4 dans le Pas-de-Calais ‑ 3 dans le Nord en 1912, où depuis il n'y en a plus ). Des statistiques plus récentes ( surfaces adaptées du tableau 1 ) montrent que l'évolution ne s'est pas faite en faveur du regroupement. Les propriétés d'une superficie supérieure à 500 hectares ont tendance à se morceler. La seule évolution favorable concerne la propriété de 100 à 200 hectares qui aurait tendance à s’agrandir par réquisition de parcelles de manière à constituer un tout plus important.

La forêt privée s'est conservée dans ce pays, plus par tradition que par souci de produire du bois. Leur utilisation pour la chasse a toujours intéressé les anciennes familles attachées à cette activité. De même, l’agriculteur a gardé une parcelle de foret pour ne pas acheter le bois dont il avait besoin Ainsi dans bien des cas, les petites forêts n'existent donc pas dans un but déterminé de production. Elles durent plus qu'elles ne prospèrent

Il est donc nécessaire d’examiner les effets de cette structure très particulière.

Les conséquences de ce morcellement sont lourdes Un danger guette ces minuscules domaines, le défrichement. L'article 158 du Code Forestier ne permet de s'y opposer que dans des cas limitativement prévus, dans lesquels n'entrent pas les défrichements opérés. Si ce danger n’est pas énorme, il faut cependant noter que les superficies ainsi privées de forêts correspondent à peu près à celles que l'on reboise, si bien que l'ensemble varie peu. Mais il en est d'autres plus graves.

Il est difficile pour les petits propriétaires de procéder aux aménagements nécessaires. Faute de moyens financiers, ils ne sont guère en mesure de convertir leurs massifs, de faire des enrésinements. Faute d'une connaissance sérieuse des besoins de l'économie, ils peuvent mal orienter leur gestion vers les meilleures possibilités du marché présent et futur. Enfin à raison de leur faiblesse, ils sont désarmés devant le marché et courent le risque de subir les aléas de leur ignorance commerciale. Leur gestion est volontiers conservatrice quand ils en ont une; ainsi plus du tiers de la forêt privée est condamné à rester ce qu' il est, d'une rentabilité très faible pour le propriétaire et d'une utilité médiocre pour l'économie. Si les acheteurs veulent de moins en moins de taillis, il faut remplacer le taillis par ce qu'ils demandent. C'est une loi à laquelle on ne peut se soustraire sans se vouer à l'échec,

Aussi le péril est moins, pour la région, dans les excès de l'exploitation que dans l’inexploitation pure et simple d'une bonne part des ressources locales.

 

SECTION 2. Localisation, peuplement et traitement dés massifs

 

Il n'y a dans le Nord qu'une seule zone véritablement boisée, dans l'arrondissement d'Avesnes où la forêt couvre 23 % des terres. Vient après l'arrondissement clé Boulogne avec 10,3 %. Pour les autres, le taux est faible. De plus les massifs sont considérablement éparpillés. La carte et les tableaux joints en annexe ( carte B. tableau II ) illustrent cette situation. Sur 47 400 hectares de forêts privées, 24 400 sont constitués de massifs de plus de 100 hectares. La différence est composée de boqueteaux Ceux qui commencent à avoir une superficie intéressante ( plus de 500 ha ) ne représentent, en fait, que moins d'un tiers de la forêt privée.  Aux inconvénients des morcellements s'ajoutent donc ceux de la dispersion qui sont sans solution. On peut envisager un remembrement, on ne peut rassembler des massifs éloignés. Ces nombreux îlots forestiers sont d'une exploitation coûteuse et malaisée par le fait même de leur isolement; partant ils rapportent peu, et s'ils sont peu rentables on les entretient mal.

Il n'est pas possible, dans les limites d'une étude aussi brève et à cause de son caractère, d'aborder les aspects techniques de la gestion ; on ne peut cependant pas les ignorer totalement. C'est pourquoi il nous semble utile d'examiner sommairement les questions du peuplement en essences et de leur traitement. Elles ont leur importance ; de la manière dont on y répond, dépend la valeur économique de l'exploitation.

Les essences feuillues prédominantes sont ici le chêne, le hêtre, le peuplier et le frêne. Il en existe d'autres moins répandues ou d'une valeur secondaire ‑ bouleau, tremble et charme ‑ ce dernier étant susceptible depuis peu d'intéressantes utilisations. Les essences résineuses sont représentées par le pin sylvestre et très faiblement par l’épicéa.

Les essences qu'elles soient feuillues ou résineuses peuvent être traitées de trois façons différentes : le taillis , le taillis sous-futaie, la futaie. Le taillis se compose d'arbres de tailles moyennes et d'un faible diamètre, la futaie, d'arbres d'un diamètre important, le taillis sous futaie des deux. Le taillis a une croissance rapide, sa régénération se fait naturellement pour beaucoup d'essences et il n'exige pas d'entretien coûteux. Le taillis sous futaie suppose qu'on maintienne l'équilibre, par des coupes régulières, entre les deux catégories d'arbres qu'il renferme. La futaie ne se reconstitue pas d'elle-même, les coupes doivent donc s'accompagner de plantations qui exigent des précautions et des soins particuliers.

La production dépend directement du traitement choisi. Le taillis fournit surtout du bois de chauffage et du bois de mines. L'industrie tend de plus en plus à consommer les grumes que seules les futaies sont à mime de produire en grande quantité. Le taillis français et celui de la région plus encore dont le développement excessif a tenu à ce que le bois fut pendant longtemps une matière énergétique, a perdu sa raison d'être quand le bois de chauffage a perdu la sienne. Toutefois, il conviendra de nuancer ultérieurement cette vision simpliste des choses car la situation est plus complexe qu'elle ne le paraît.

Afin de connaître les disponibilités régionales, leur localisation, leur nature et leur importance, il faut brosser un tableau rapide des massifs. La carte et les documents annexés ( Carte B. Tableau III ) récapitulent les observations qui vont suivre, concernant les sept régions naturelles qu'on distingue traditionnellement dans la Conservation.

1°). La Flandre. Dans la plaine de Flandre, les peuplements sont à base de chêne et de frênes. Les forêts domaniales sont traitées en taillis sous futaie et se trouvent actuellement à un stade de reconstitution. La forêt d'Eperlecques, la seule forêt privée importante est gérée par un groupement forestier.

2°). Le Hainaut et le Cambrésis. Il n'y a que deux massifs étendue, celui de Raismes ou Saint-Amand ‑ en partie propriété privée ‑ et celui de Marchiennes qui est domanial. Le peuplement est constitué de chênes et de pins sylvestre médiocres. La presque totalité des forets domaniales est traitée en futaie.

3°). La Thiérache. Il y a trois grandes forêts domaniales et des massifs privés d'une importance moyenne. Le traitement est celui clé la futaie pour la forêt de Mormal.  Le hêtre est l'essence dominante, mais le chêne occupe une grande place.

4°). L'Ardenne. Dans l'Ardenne le peuplement comprend surtout du chêne et des résineux. Le traitement est celui du taillis sous-futaie.

5°). Le Boulonnais. On retrouve dans le Boulonnais l'association du chêne et du frêne. Le taillis sous futaie est le traitement normal.

6°). L'Artois. Ici les forêts privées sont plus nombreuses. Le boisement est faible et très dispersé. Il se compose surtout de hêtres et de chênes. Deux forêts sont traitées en futaie , le reste en taillis sous-futaie,

7°). Les dunes littorales. Elles représentant 8.300 hectares de terrain. On les avait peuplées en partie de pins dont les Allemands firent des pieux pendant la guerre..

Enfin, il faut signaler l'existence de 10 000 hectares de peupleraies privées qui ne constituent pas des forêts.

On relève donc la fréquence du taillis sous-futaie. En fait, seules les forêts domaniales comportent d'importantes futaies. Il faut aller dans les grands domaines privés pour en trouver. Les forêts sont récentes et ne donnent pas encore leur plein rendement, il semble possible de modifier leur structure. Aussi est-il impérieux de le faire dans le but de les adapter à l’économie.

 

CHAPITRE II.

LES DEBOUCHES INDUSTRIELS DU BOIS

 

Après un déclin relatif, à cause de l'utilisation de matériau de substitution, le bois bénéficie d'un regain d'intérêt dans les emplois industriels. Par suite de l’accroissement de la population ( qui influe sur la construction de logements ) du niveau de vie ( qui fait augmenter la consommation de meubles, de papiers ) et de la production agricole ( nécessité d'emballer les produits ) les besoins en bois sont appelés à devenir plus grands. Dans la région, les activités sont nombreuses qui utilisent le bois. Il semble nécessaire d'en décrire sommairement certaines afin de mettre en évidence le contraste entre le développement de leur consommation de cette matière première et les insuffisances des ressources locales avec ses conséquences commerciales.

 

SECTION 1. Les utilisations industrielles locales du bois

On peut distinguer trois secteurs dont l'évolution sera différente. Dans le premier, la mine , la consommation diminuera; dans le second, la construction de logements, l'ameublement, elle augmentera, sans poser de difficultés insolubles, dans le troisième, la papeterie, elle croîtra en soulevant de sérieux problèmes d'approvisionnement. Leur examen rapide est à ce titre nécessaire.

 

1. La Mine.

Il est devenu habituel de dire que les houillères ont de moins en moins besoin de bois, l'extension des soutènements métalliques ne le rendant plus indispensable. Le Bassin d'u Nord et du Pas-de-Calais prévoit d'acheter en 1964, 350 000 m3 de bois ( en 1962 les besoins se sont élevés à 435. 000 m3 ).

Le marché du bois de mine détermine le marché de tout ce qui n'est pas bois d'oeuvre. Il est produit par le taillis. La proximité de son utilisation, les caractéristiques simples qu'on exige du produit ( les seules spécifications étant l'essence, la longueur et le diamètre du rondin ) permettent aux exploitants de satisfaire la demande avec un minimum d’équipement. Or, le Nord et le Pas-de-Calais sont loin de satisfaire seuls cette demande, ( production annuelle de bois de mine proprement dit 30 000 m3, bois de quadrillage 65 000 m3 ).

L'attraction des houillères est telle qu'elle permet un écoulement régulier de cette production. Cependant les résineux prennent le pas sur les feuillus qui constituent plus de 95% de la production. L’écoulement des feuillus se fermera progressivement pour cette raison. D'autre part, que seront devenues les mines dans les 25 ans ? On peut se douter qu'elles n’auront plus leur importance actuelle. Par contre, les taillis seront toujours taillis si on a continué à les sélectionner méticuleusement dans ce but, comme on l'a toujours fait. Et si on les a convertis, ils seront à peine futaies.

Il est donc regrettable que la gestion à court terme de la forêt retentisse sur ses perspectives lointaines quand celles-ci sont, pour le moins , prévisibles.

 

2. Le Bâtiment.

Dans le bâtiment, le problème se présente différemment. Malgré l'usage de plus en plus répandu du béton et du métal, on assiste à un retour du bois spectaculaire. Ce matériau conserve d'incontestables avantages. Son prix de revient se place entre celui du béton et du fer , en ce qui concerne les charpentes ; il est donc concurrentiel. Localement il est très recherché dans certaines installations industrielles ( textiles ).

Dans une autre optique, on assiste aussi à la naissance de la construction préfabriquée en France. Une usine pilote existe dans le Nord et commence à produire des habitations particulières, parfaitement individualisées; les délais d'édification sont très brefs ( moins d'une semaine pour élever la maison sur ses fondations ) et son prix légèrement inférieur à la construction traditionnelle pour une solidité et un confort qui paraissent très convenables. Le bois en est le matériau de base. Quand on sait le succès de cette formule aux Etats-Unis, on peut en inférer qu'il y a de sérieuses possibilités à exploiter.[ Eh ! bien non ! Il ne s’est rien produit. A.G. 29-09-99 ]

Il n'est pas paru possible d'évaluer la consommation de bois mais un fait est patent : les bois locaux ne suffisent pas dans le bâtiment, en quantité, et répondent assez mal en qualité à ce qui est demandé. On leur préfère les bois coloniaux ou les bois scandinaves, ou encore, d'autres bois français. La production forestière locale est, en définitive, inadaptée au marché de bois d'oeuvre. Elle n'est pas recherchée malgré les débouchés importants qui lui sont offerts; on y recourt trop souvent à défaut d'autre chose,

Ces observations valent encore pour l’ameublement, industrie importante ici, et notamment dans l’agglomération de Lille – Roubaix – Tourcoing. La région occupe la 1ère place dans ce secteur. Enfin d'autres utilisations existent encore ‑ fabrication de panneaux agglomérés, de contreplaqué, emballages légers. Leur rôle croissant, les forêts locales ou françaises peuvent les satisfaire aisément. Il n’en est pas de même dans le domaine de la papeterie.

 

3. La papeterie.

Deux établissements très importants, implantés dans le Pas- de-Calais ‑ la papèterie Bèghin à Corbehem et la Société Calaisienne des Papiers à Calais ‑ produisent la première près du tiers des papiers du papier de presse et de magazines ( 193. 000 tonnes sur 649 000) et la seconde plus de 60. 000 tonnes de pâte par an.

Elles ont la particularité d'utiliser notamment les feuillus ( Béghin ) ou de se préparer à le faire ( S. C. P. P.). Cette incorporation a soulevé des problèmes nombreux qu'on est parvenu à résoudre.

L'usine Béghin utilise 150 000 m3 de feuillus par an et 398 000 de résineux ; les feuillus sont en partie produits localement.

L'usine de Calais consommé 350. 000 m3 de résineux et prévoit un volume de 150. 000 m3 de feuillus pour alimenter sa prochaine installation qui fonctionnera au printemps 1964.

Les principales essences feuillues utilisées sont le tremble, le peuplier et le bouleau à l'usine Béghin, et presque exclusivement le charme à la S. C. P. P. Les rondins utilisés proviennent des taillis. En cinq ans, la consommation française de feuillus a plus que doublé.

On se trouve donc devant un fait nouveau, l'utilisation des taillis qui trouvaient de moins en moins preneurs. Fait capital qui pose le problème de l'opportunité des conversions des taillis sous-futaie en futaie puisque la fabrication de pâtes à partir de résineux dépend en partie des importations ( 8,9 % de cette pâte étant issue de bois d'importation ). Au surplus, la France a acheté 23,9 % de sa pâte à l'étranger en 1962. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, ce problème se pose avec une acuité particulière.

 

SECTION 2. Production locale et approvisionnements.

Les bois locaux, on a eu l'occasion de le signaler, ne remplissent pas leur rôle d'une façon satisfaisante. Dans les comparaisons qui vont suivre on s’efforcera de tirer les orientations nécessaires à donner à la production.

Celle-ci n'a guère varié depuis de nombreuses années. Dans les TABLEAUX IV ET V, où elle est rapportée à la production française on mesure son importance dérisoire. Elle est d'ailleurs inférieure à la production de l'avant-guerre, qui l'était, elle-même à celle des années 1900-1914. Si cet état de fait tient en partie à ce que les bois sont souvent jeunes et ne donnent pas encore tout leur rendement, on peut espérer que dans les années à venir, à partir de 1970-1980, les volumes annuels iront en augmentant.

On peut en donner un exemple :

Bois d'oeuvre avant

·                  1914 ‑ 129 000 m3 pour 78 000 ha rendement    1,7m3/ha/an

·                  1956 ‑ 61 000 m3 pour 78 000 ha                        0,8rn3/ha/an

·                  1960 ‑ 87 000 m3 pour 78 000 ha                   1,1m3/ha/an

Même si ces deux dernières valeurs, à raison de la justesse relative des statistiques, ne sont peut être qu'approximatives, on note une amélioration du rendement. Il faudrait encore nuancer ces observations par le fait que les bois domaniaux ont un rendement inférieur à 1 m3/ha/an alors qu'ils dépassaient autrefois 2,5m3 , tandis que les forêts privées du Nord ont un rendement un peu supérieur à celui du domaine.

Ces productions se caractérisent d'abord par un tonnage de résineux négligeable. Parmi les feuillus, seule la production de peupliers atteint un pourcentage de la production française qui soit important ( 5,6%) ( TABLEAUX IV ET V ), Les autres bois d'oeuvre n'en représentent que 1,8%. Dans les bois d'industrie, ce pourcentage est de 3 7% pour les bois ronds et 1,4% pour les bois à pâtes. Seuls les sciages de peupliers, en ce qui concerne l'importance du travail des scieries, étaient considérables ( 10 % des sciages de ce bois en France ) ‑ TABLEAU VI.

Ces chiffres, pour faibles qu'ils soient, doivent être rapprochés de celui qui exprime la part de la forêt locale dans la forêt nationale : 0,77 %. La comparaison est utile par le degré d'exploitation relativement élevé dont font l'objet ces petites forêts. On peut même dire qu'il est bien supérieur à ce qu'on pourrait attendre. Mais la comparaison exprime moins la vigueur de la forêt des deux départements que la sous-exploitation de l'ensemble des forêts françaises.

A notre avis, la situation privilégiée dont bénéficie les bois de cette région permettent un écoulement plus facile qu'ailleurs, les centres d'utilisation étant peu éloignés. Sans ces conditions singulièrement favorables les productions n'atteindraient pas leur niveau actuel. Il est donc intéressant d'entretenir ces richesses plus qu'il ne le semble a priori même si elles ne peuvent être considérées comme prioritaires par une politique forestière nationale plus entreprenante.

On considère ici que la production locale satisfait environ le tiers des besoins. Le négoce du bois a pris de ce fait une extension considérable. Les utilisateurs sont d'autre part très exigeants. Les qualités supérieures des bois extérieurs relèguent alors souvent les bois de la région dans des emplois secondaires. L'approvisionnement est donc insuffisant en quantité mais en qualité aussi.. S'il est une action à. définir, elle doit tenir compte de ces impératifs particuliers.

On peut maintenant illustrer par un exemple le genre de perspectives offertes à l'une des essences les plus répandues mais d'un intérêt très faible jusqu’ici : le charme. Le charme se traite en taillis et fournit un très bon bois de feu dont on ne sait que faire. Il est très vivace, se régénère seul sur ses cépées. Or voici qu'il est sans doute l'un des meilleurs bois de papeterie ( pâte chimique ). Les recherches entreprises par la S. C. P. P. ont abouti et il sera possible de l'employer sous forme de rondins pouvant descendre jusqu’à 3,5 cm de diamètre. Son stockage n’exige aucun soin particulier. La S. C. P. P. prévoit une consommation annuelle de 150 000 stères. Malgré l'abondance du charme, en taillis, la région en fournira au plus 50 000 stères. C’est fort intéressant pour elle mais il faut envisager certains aménagements.

Il semble donc que la politique régionale de la forêt devrait s’orienter à la fois, vers une plus grande production de bois de qualité, en essences les plus demandées et vers une amélioration des conditions matérielles d'exploitation.

 


CHAPITRE III.

LES FORETS DANS LENVIRONNEMENT HUMAIN

 

Il est extrêmement important dans les zones très urbanisées et très peuplées de disposer, à proximité des villes, d'espaces verts au sens large du terme ‑ bois, forêts... ‑ qui constituent des lieux de loisir, de repos ou d'évasion. La région du Nord et du Pas-de-Calais est l’une de celles où l'urbanisation et l'industrialisation se sont faites en dehors de ces préoccupations humaines et sociales. Aujourd’hui un retard considérable doit se rattraper d'une manière ou d’une autre.

Les grandes villes sont un tissu serré qu’il est malaisé de décongestionner et rares sont celles qui possèdent une proportion convenable d'espaces verts. La densité démographique du Nord approche 400 habitants/km2 ; celle du Pas-de-Calais 150. La proportion de forêt est très faible par rapport à la masse des usagers éventuels. Elles sont rarement aménagées pour les recevoir et de plus se trouvent souvent à des distances considérables des principaux centres urbains, si l'on prend en considération les difficultés de communication,

Aux alentours de Dunkerque il n'existe aucun massif pour une population urbaine de 165 000 habitants dans un rayon de vingt kilomètres. Il n’en existe qu'un ( Phalempin ‑ 648 hectares) dans un même rayon, autour de l’agglomération Lilloise qui compte 900 000 habitants. Le triangle Arras - Béthune - Lens en est pratiquement dépourvu. La zone la plus favorisée se trouve dans l'arrondissement de Valenciennes où la forêt de Raismes offre de sérieuses possibilités..

Mais l'utilisation de la forêt dans ce but nouveau ne va pas sans poser de nombreux problèmes. Elle est en partie inconciliable avec la conception productive de la forêt, surtout dans l'esprit des propriétaires privés qui redoutent les déprédations involontaires ou non. Elle se heurte à l'opposition des chasseurs qui voient dans le promeneur un ennemi du gibier. Enfin, les bois sont d'une pénétration difficile, en l'absence d'aménagement intérieur.

Cet aspect du problème forestier présente par conséquent un intérêt et des difficultés particuliers. Son importance est aujourd’hui suffisamment reconnue pour qu'il soit inutile d’insister sur elle mais il conviendra d’examiner les moyens qui permettront d’atteindre ces nouveaux objectifs offerts à la forêt.

De ce rapide aperçu se dégagent plusieurs idées. Tant du point de vie de la structure que de la localisation, de celui de sa production en face des besoins et de celui de ses possibilités touristiques par rapport aux exigences d'une société en évolution, la forêt est demeurée archaïque. Elle est demeurée ce qu'elle a toujours été, elle semble justifier des efforts que nous nous efforcerons de définir maintenant.

 


DEUXIEME PARTIE

 

LES GRANDES LIGNES DUNE POLITIQUE FORESTIERE REGIONALE

 

On n'entend pas, par politique forestière régionale, un ensemble de mesures particulières qui bénéficieraient aux deux départements de la Conservation. La seule application de la législation actuelle suffirait à améliorer considérablement la situation. L'extension de certains procédés d'incitation amènerait aussi de sérieux progrès Il revient surtout aux milieux forestiers locaux de tirer tout le parti des possibilités qui leur sont affectées et d'approcher les aspects spécifiques de leur pays avec le souci de les mieux comprendre, En d'autres termes , il leur appartient de concevoir un avenir différent du passé et de s'exercer à le réaliser. Des bouleversements importants passent inaperçus, faute d'une remise en cause des données traditionnelles. Aune échelle moindre, ce phénomène peut se produire en ce qui concerne la forêt. On peut ainsi rater son adaptation économique, oublier sa fonction sociale et conserver un patrimoine inutile.

A n'en pas douter, la forêt de cette région est encore à même de rendre de multiples services. Les quelques éléments de la politique préconisée visent à lui faire donner tout ce qu'elle peut, dans le domaine de l'écoulement de sa production et dans celui de la satisfaction des besoins nouveaux d'une société en pleine évolution Ils visent aussi à rendre compatibles ces deux rôles différents par une meilleure conception des rapports qui doivent les relier.

 

CHAPITRE 1.

L'ADAPTATION DES FORETS A L'ECONOMIE

 

Ce chapitre concerne essentiellement la forêt privée parce qu'elle est la plus touchée par les changements actuels des besoins en bois d'une part, et par les difficultés qu'elle a à s'adapter à cette évolution. A la forêt domaniale ne se pose pas un problème d'orientation mais seulement le problème de l’exécution technique ‑ avec ses aspects forestiers et financiers ‑ de l'orientation choisie. L'obstacle essentiel qui s'oppose à une gestion rentable des forêts privées tient à leur structure morcelée. C'est donc à lui qu'il convient de s'en prendre en premier lieu sans toutefois perdre de vue les autres actions susceptibles d'améliorer la production.

 

SECTION 1. La politique foncière

L'adaptation d'un massif n'est guère possible sans un regroupement des propriétés qui le constituent. Il s'agit par conséquent de trouver le moyen de réaliser ce regroupement.

Une institution existe, le groupement forestier, qui assure d'une manière satisfaisante cette opération. Il en existe cinq dans le Nord et quatre dans le Pas-de-Calais. Le plus étonnant est que deux d'entre eux ne dépassent pas cent hectares. L'objet du groupement est la constitution, l'amélioration, l’équipement ou la gestion de massifs forestiers. La loi du 6 Août 1963 permet d'inclure dans le groupement les terrains à vocation pastorale nécessaires pour cantonner la pratique du pâturage hors des parties boisées non défensables ou des terrains à boiser du groupement.

Ainsi l'institution peut favoriser le reboisement de parcelles nues. Encore faut-il qu'elle soit utilisée. Elle l'est assez peu, elle a cependant le mérite d'éviter qu'une propriété soit morcelée, lors du décès de son propriétaire, par les exonérations qui sont accordées aux héritiers s'ils se décident à constituer un groupement. Par ce même avantage, elle leur évite encore de laisser le bien dans l'indivision pendant de longues années.

C'est insuffisant. D’abord l’occasion la plus efficace qui permet sa constitution se présente rarement; il faut attendre une succession. Dans le même sens, l'amendement Monichon qui exonère de 75 % les droits de succession, ne joue qu'occasionnellement et la loi Serot qui soumet les mutations entre vifs à un taux réduit n'est pas d'un effet suffisant dans les régions où la propriété forestière ne constitue pas une ressource fondamentale, Si ces dispositions ont l’avantage de limiter le morcellement, elles ne favorisent pas beaucoup le remembrement.. Or c'est ce qu'il importe le plus de réaliser.

Il serait souhaitable qu'une législation qui ferait bénéficier les massifs de faible importance ( inférieur à 500 ha par exemple ) de dispositions fiscales extrêmement intéressantes, soit prise en faveur des propriétaires qui décideraient de se constituer en groupement. Elle fixerait par exemple une exonération de 50% de l’impôt sur le revenu de la propriété foncière non bâtie, pendant quelques années ( deux ou plus ). Assortie d'une condition concernant le traitement du massif, elle pourrait tout en préservant la liberté des propriétaires, finalement aboutir. au résultat recherché ( conversion, enrésinement, équipement routier, assainissement ).

Dans un autre sens, il conviendrait aussi de réserver des avantages financiers plus substantiels aux groupements forestiers. Les aides du Fonds forestier national prennent trois formes. Les subventions pour reboisement ( boisement de terrain nu ; enrichissement de forêts pauvres ) atteignent un taux maximum de 50 % et ne peuvent dépasser 1500 francs. Ce plafond est de 3 000 francs pour le groupement.

Les prêts sont accordés dans des conditions tellement favorables ( 0,25 % ou 1 % ) qu'on ne peut les différencier au profit des groupements. Cependant il serait possible peut-être de les leur attribuer par priorité. Le contrat est aussi une institution très intéressante pour le propriétaire; les travaux sont exécutés par l'Administration; la créance du F.F.N. augmentée des intérêts ( 0,25% ) est remboursée par des prélèvements sur les produits.

L'inefficacité de ces institutions tient à la modestie des crédits. Elle tient aussi au comportement des petits propriétaires qui, par ignorance ou crainte de s'endetter, n'essayent pas assez d’en obtenir le bénéfice. La première raison relève d'un choix politique qu'on peut juger regrettable mais dans la mesure où des crédits sont disponibles il faudrait les utiliser surtout pour favoriser le regroupement et accélérer les conversions et adaptations nécessaires des massifs.

On peut aussi envisager le boisement des dunes littorales. Dans les grands domaines, il est commencé mais le morcellement empêche ailleurs sa réalisation, outre que la location des dunes pour la chasse est souvent d'un profit supérieur à celui de leur transformation en forêts. L'association syndicale de propriétaires peut jouer un rôle efficace quand elle existe, mais elle existe rarement.

 

SECTION 2. Les orientations de la production

Par tradition, les propriétaires ‑ les moins importants surtout -- ne tiennent pas beaucoup à modifier le peuplement de leurs biens. Par économie ils n'entreprennent aucun travail important. Dans le but d'avoir rapidement des revenus, ils répugnent aux aménagements qui peuvent ralentir la production pendant quelques années. Si l'intérêt est une raison légitime, l'ignorance et la tradition n'en sont pas. Aussi l'action à mener devrait essentiellement s'efforcer de désarmer certaines réticences et d'informer plus complètement les intéressés des possibilités dont ils disposent. Elle est de nature administrative car seul l'Etat possède les moyens ‑ en personnel et en fonds ‑ pour exercer une pression sur les propriétaires, les informer, les aider.

La condition de sa réussite réside dans l'intéressement des propriétaires à la mise en oeuvre d'adaptations culturales. Il faut donc leur offrir la certitude de gains rapides. Trois solutions se présentent dans la région.

La culture du peuplier. Le succès qu'elle a et la faveur dont elle jouit montre bien qu’une action intelligemment menée et continuellement poursuivie aboutit à de tangibles effets. S'il existe 10 000 hectares de peupliers, c'est essentiellement à la suite de la politique intensive de plantation dont il a été l'objectif. C'est un arbre à croissance rapide ( il peut fournir plus d'un m3 de bois en 20-25 ans). Il exige un certain travail du sol avant la plantation et des soins pendant les premières années. On peut en mettre 180 à 200 par hectare. Des calculs montrent qu'on atteint un revenu annuel à l'hectare supérieur à 250 francs qui correspond à un taux de placement de 4 à 4,5%. Les peupliers peuvent se planter sur des terrains inutilisables ( bordures de champs, de rivières, bois pauvres ) et non sur des terrains forestiers exclusivement. La politique du peuplier réussie, une politique semblable doit être entreprise en faveur de l'épicéa et du charme.

L’épicéa. Il existe une variété d'épicéa qui s'adapte parfaitement aux conditions locales. Son implantation suppose résolu, ce qui n'était pas le cas pour le peuplier, la préalable du regroupement, si l'on veut l'étendre aux petites propriétés. Mais les avantages qu'il présente devraient être utilisés comme argument en faveur des groupements. L'écoulement des produits est absolument assuré. Sa croissance est plus lente ( 40 à 50 ans ). Mais on peut en mettre 2 000 à l'hectare au lieu de 200 pour le peuplier et rattraper en volume ce qu'on a perdu en durée car une telle densité impose des éclaircies. Avant que la plantation ne fournisse une grume, on aura donc pu exploiter des arbres de plus faible dimension.

Le gibier se plaît moins dans les résineux que dans les feuillus. L'enrésinement en épicéa doit se faire par poches pour ne pas nuire aux intérêts des chasseurs. Cette nécessité particulière suppose une coordination dans la gestion des différentes propriétés incluses dans un massif. La généralisation de l’enrésinement n'est vraiment concevable que dans le cadre d'une propriété privée collective.

Le Charme. Il est promis à un avenir très grand. Traité en taillis, on peut l'exploiter en quinze ans. Son extension ne devrait soulever aucune difficulté. L'action indispensable est d'informer les propriétaires des taillis de l'avantage qu'ils ont à les spécialiser dans cette essence. La structure divisée de la propriété n'est un obstacle que dans la mesure où elle empêche l'équipement des massifs ( routes – ponts ). Une liaison étroite entre les utilisateurs et les producteurs est en outre souhaitable et semble en voie de s'établir.

Ces trois directions vers lesquelles peuvent s'orienter les propriétaires, permettront de plus en plus une exploitation intensive et rationnelle des ressources locales. Si elles ne rendent pas inutiles la conversion des taillis sous futaie, elles la rendent moins impérative. Le petit exploitant recule, devant les charges d'une conversion dont il ne percevra pas les fruits. Il faut cependant étendre les futaies partout où des bois nobles de qualité sont susceptibles de pousser. Cette conversion devrait même se combiner avec les autres moyens d’adapter la production forestière, afin de ne pas immobiliser tous les capitaux pendant des durées excessives Cette politique est suivie par certains groupements forestiers qui diversifient leurs investissements. Il est donc urgent que d'autres groupements se constituent si l'on ne veut pas retarder la mobilisation nécessaire des possibilités existantes.

On peut d'ailleurs remarquer une sorte de spécialisation par régime juridique. Il est normal que la forêt domaniale se consacre à la production de bois d'oeuvre. L’Etat gère ses biens plus librement car il n'est pas tenu par la nécessité de tirer profit, le plus rapidement possible, de ses investissements.

Par contre , il est plus compréhensible d'accélérer la périodicité des revenus, dans les domaines privés. Les solutions préconisées qui semblent correspondre à ce souci devraient être par conséquent susceptibles de favoriser les aménagements. Leur mise en oeuvre est gênée par diverses difficultés et notamment par inexistence d'un inventaire forestier récent à partir duquel les études techniques pourraient être commencées, compte tenu de la division de la propriété , de la constitution des massifs etc. . Il ne faut pas qu'elle le soit par l'utilisation à des fins sociales de la forêt.

 

CHAPITRE II.

L'AMENAGEMENT TOURISTIQUE DES MASSIFS

 

Parler d'aménagement touristique des massifs forestiers c’est avant tout permettre aux citadins d'accéder aux forêts et d'y séjourner plus ou moins longuement. Si le problème de l'accès dépasse le cadre de ce travail par contre celui de la pénétration concerne directement l'Administration des Eaux et Forêts qui est responsable de l'équipement des bois domaniaux, tant du point de vue cultural que de celui des infrastructures ( routes, chemins, ponts, drainage ). La puissance publique dispose avec ce service d'un moyen perfectionné pour équiper ses domaines; elle est pratiquement désarmée quand elle veut intervenir dans les propriétés privées. Les disponibilités en forêts étant limitées , il faut bien cependant envisager un biais par lequel on pourrait les mettre , le plus largement possible, à la disposition du public.

 

SECTION 1. Principes d'aménagement immédiat.

Dans une première étape, le but est de satisfaire en forêt la triple nécessité de se déplacer, de stationner et de se distraire, premier stade relativement aise à atteindre.. Il s’agit par diverses installations de déterminer les gens à suivre une règle de conduite, respectueuse du milieu où ils se trouvent. Venus pour se délasser, sans intention précise, il est plus facile qu'on ne le croit de leur imposer une discipline invisible.

L'usage répandu de l'automobile implique d'abord la construction de routes forestières dont le tracé délimite en quelque sorte les zones de fréquentation. Leur largeur réduite à 3,5 m en moyenne est de nature à limiter la vitesse, à ne pas nuire à l'équilibre interne du massif tout en constituant d'excellents coupe-feu bien que le risque d'incendie soit dans le Nord assez faible à raison du climat et de l'absence de résineux.

Cette dimension a l'avantage supplémentaire de correspondre à l'utilisation la plus économique du matériel de construction.

Les zones de fréquentation n'excèdent pas, en général, 200 m. de chaque côté de la route. Le secteur où les déprédations peuvent se produire est donc circonscrit et sa surveillance intelligente, commode. Si l'on tient à orienter, plus encore, les promenades, il faut alors prévoir des aires de stationnement autour desquelles l'installation de quelques centres d'intérêt est susceptible de fixer les familles, occuper les enfants et éviter que l'oisiveté ne s'exerce aux dépens de la forêt.

On n'insistera pas sur les détails de ces équipements qui vont du toboggan à la balançoire, ni sur l'intérêt de leur adjoindre un établissement de plein air où l'on trouve des rafraîchissements. Leur but est de déclencher le processus suivant lequel, après le repas, les enfants vont jouer et entraînent leurs parents. La liberté est sauve et les dangers de destruction, involontaire ou non, diminués.

On peut cependant craindre une concentration humaine excessive qui enlèverait tout charme à l'évasion projetée. L'objection est sérieuse et les endroits privilégiés n'y échappent pas. Il est donc indispensable d'aménager le plus grand nombre de massifs et dans chacun d'eux plusieurs de ces points de fixation convenablement éloignés les uns des autres et suffisamment variés; Les réalisations existant à ce jour dans certaines forêts domaniales, dans le massif de Mormal notamment, permettent de croire à la justesse et à la légitimité de cette politique.

Toutefois, eu égard à l'importance de la population urbaine, les seuls bois domaniaux ne sont pas assez vastes. Dans d’autres arrondissements, ce devrait être à la forêt privée d'assurer ce service mais rares semblent les propriétaires disposés à consentir à un pareil sacrifice sur leurs droits, bien qu’on en rencontre déjà quelques-uns ( à Eperlecques notamment ). Ce faisant ils n’empêchent guère les promeneurs de venir dans leurs forêts, il en vient beaucoup moins sans doute mais en l'absence de points de fixation, ils sont plus difficiles à surveiller et plus dangereux.

Il paraît donc nécessaire de trouver un moyen d'intéresser les propriétaires à la mission nouvelle qui incombe à leur bien. Prêts, subventions ne semblent pas convenir car il est plus justifié de les réserver aux investissements productifs. On pourrait imaginer un ensemble de mesures qui fasse bénéficier un massif déclaré d'intérêt touristique de dispositions fiscales appropriées telles que le ou les propriétaires aient intérêt à accepter un contrat par lequel ils s’engageraient, dans un délai de deux ou trois ans , à construire un réseau déterminé de routes et d'aires de stationnement et l'ouvrir au public. Par la suite, dans la mesure où l'entreprise s'avérerait utile, ils aménageraient des points de fixation, les avantages qu'ils retireraient dans l'exploitation de certaines de leurs coupes, étant assurés en tout état de cause.

Cette politique d'adaptation touristique des forêts s'efforce de satisfaire un besoin périodique de courte durée qui n’excède pas beaucoup celui de la promenade. Il faut envisager maintenant l'hypothèse d'un séjour plus prolongé. C'est la seconde étape.

 

SECTION 2. L'Aménagement à long terme

Au nomadisme dominical tendra à se substituer l'absence plus longue de la fin de la semaine. Faute de moyens et sans doute par la pratique d'autres usages la majeure partie de la population ne quitte pas son domicile pendant ces deux jours. Le temps viendra cependant où les habitudes changeront et où l’accroissement du niveau de vie entraînera de nouvelles exigences. On se demande alors comment elles pourront être localement satisfaites. La situation géographique ne laisse actuellement que deux possibilités, les côtes de la Manche et à un degré moindre celles de la Mer du Nord ou la Belgique. L'intérieur n'offre qu'un intérêt dérisoire et n'est pas en mesure d'accueillir le touriste des fins de semaine.

Il est alors légitime de poser la question : que fera une population de cinq millions d'habitants pendant ses deux ou trois jours de repos ? Sa condition peut l'inciter à s'éloigner de ce pays de travail sans possibilité de loisirs, hebdomadairement d'abord, et pour toujours ensuite. Le sous équipement touristique est susceptible de devenir, plus qu'il ne l'est aujourd'hui, une cause d'émigration. Dans la ligne d'une politique bien conçue d'aménagement du territoire il nous paraît inévitable d'aborder ces problèmes non seulement dans le but humanitaire d’offrir aux hommes une environnement harmonieux mais encore dans le but intéressé de ne pas briser la croissance économique d'une région par l'émigration régulière clés éléments, parmi les plus utiles, de sa population. L'attachement sentimental à une province conserve toute sa force dans la mesure où il s'accompagne d'une raison d'être matérielle.

La deuxième étape concerne alors la mise en place d'un équipement touristique propre à retenir les hommes dans le cours de leur vie quotidienne et dans le cours de leur existence. Ce serait un non-sens économique de proposer la construction d'hôtels, de motels, d'installer des terrains de camping, des manèges d'équitation tant que ne s'offre pas un cadre attrayant susceptible de justifier la halte ou le séjour. Les champs de betteraves ne prédisposent pas le touriste à s’arrêter y eût-il des installations à leur proximité. Dans d'autres régions de la France, le relief suffit à lui seul ; dans les plaines les endroits où il est raisonnable d'implanter des infrastructures touristiques se trouvent aux alentours ou au sein des forêts.

Actuellement, le problème se pose moins en terme de programme à réaliser qu'en études à entreprendre et en objectifs à définir. L'examen de l'évolution démographique, économique et sociale conclut à la nécessité d'un plan d'aménagement touristique régional, Il s’agit de localiser les zones qui pourraient en bénéficier, en fonction de l'expansion naturelle ou dirigée des grands centres industriels et urbains.

Ensuite, dans un premier temps on s'efforcerait de mettre en place ces équipements nouveaux dans les parties où leur absence se fait le plus cruellement sentir. Leur rentabilité sera vraisemblablement assurée car la demande potentielle paraît énorme. Si l'entreprise s'avérait vouée à l'échec, au terme de cette première phase, il serait superflu de la poursuivre, par contre si elle se montrait propre à infléchir localement les courants migratoires hebdomadaires, on pourrait alors l'étendre à d'autres secteurs géographiques et dans un deuxième temps, aborder la reconversion partielle de zones rurales actuellement réservées à l'agriculture.

En définitive, à partir d'un inventaire des possibilités présentes ou futures et des besoins il serait souhaitable de définir un programme minimum réalisable durant le Vème Plan et un programme optimum qui répondrait à l'évolution à long terme de la région. Le premier s’appliquerait aux quelques endroits privilégiés existants ; le second déterminé par les exigences prévisibles ‑ vérifiées ou infirmées par l'avenir ‑ consacrerait une conception plus complète de l'aménagement régional.

Les caractères spécifiques du Nord et du Pas-de-Calais impliquent en effet des mesures particulières. Dans la plupart des régions françaises le paysage existe et son exploitation à des fins sociales est commencée depuis plusieurs années. ans ces deux départements, le paysage est en grande partie à créer et on ne peut, semble-t-il le faire qu'à partir des forêts. Les décrets des 31 Décembre 1958 et 7 Septembre 1959 définissent des dispositions conservatoires qui permettent de limiter et contrôler l'exploitation des bois compris dans le périmètre des plans d'urbanisme. Ils ne servent pas beaucoup lorsque dans ces périmètres il n'existe aucune forêt. Ainsi ces textes sont très utiles dans les environs de l’agglomération parisienne. Il n'existe en Flandre et dans le Pays Minier rien de comparable à l'Ile de France dont le taux de boisement est tout de même de 20 %.

L'interpénétration des problèmes ruraux ‑ et plus spécialement forestiers ‑ et urbains est inéluctable. De même qu'on a conçu des zones à urbaniser par priorité, des zones d’aménagement différé, des zones industrielles il semble indispensable d'envisager la création de "zones de boisement futur". (X). Dans l'ordre des urgences, ces besoins passent après la construction d'immeubles ou de routes, il n’en reste pas moins important de les prévoir dans leur nature, leur ampleur et leur utilité.

 

(X). [ Je n’ai relu mon mémoire de débutant inconscient dans l’aménagement de l’espace qu’à l’occasion de sa numérisation. Je le regrette un peu car l’idée de telles zones auxquelles auraient pu être attachés des effets positifs auraient utilement complété les « espaces boisés classés » par le POS qui n’ont que des effets protecteurs par interdiction. Je me suis souvent souvenu de ce travail qui m’avait appris bien des choses mais j’en ai oublié mes propres suggestions ! ]

 

L'idée d'instituer des parcs de nature correspond à la nécessité croissante d'occuper les loisirs. Elle est en quelque sorte la transposition, en plus grand, du jardin public de la ville, dans une forêt. L'hébergement, l'équipement de sports de plein air seraient assurés en partie par l'Etat, en partie par une société privée concessionnaire des installations qui souscrirait à un contrat ou le but social de l'entreprise serait préservé.

L'équitation pour donner un exemple, pourrait devenir un sport plus répandu qu'il ne l'est. Malgré 8 sociétés hippiques très actives et 213 chevaux, elle ne touche dans le Nord que fort peu de gens. Il en est de même pour d'autres activités de loisir.

Ces mesures particulières intéressant le territoire de la 1ère Conservation ne sont en vérité pas tellement originales. C’est plutôt leur application à une région à laquelle on ne les croyait pas destinée qui l'est un peu plus.

 

CHAPITRE III.

LES CONDITIONS D'UNE ACTION D'ENSEMBLE

 

La diversité des régimes juridiques, la persistance d'une conception absolue du droit de propriété, les intérêts divers dont elle est le siège font de la forêt un point de convergence où se rencontrent des forces antagonistes. Jusqu'à une époque récente leurs oppositions se résolvaient dans un compromis où chacun trouvait sa part de satisfaction, les problèmes n'ayant pas le. caractère aigu qu'ils ont pris depuis quelques années.

Il importe alors de trouver des institutions qui soient à même d'amener ces forces à s'entendre et d'imaginer les moyens d'assurer un progrès régulier à cette idée d'associer forêts de production et forêts de loisirs tout autant à celle d'en créer de nouvelles.(x)

(x) [ Je suis heureux de retrouver ici cette idée fondamentale que j’ai souvent développée plus tard selon laquelle tous les intérêts antagonistes sont en quelque sorte légitimes. Il faut essayer de les concilier puis arbitrer  ( Cf.. [1983-09-00---H-LE-JURIDIQUE-ET-LE-POLITIQUE]PMBA. Notion N° 11 ) AG 30-09-99 ]

 

SECTION 1. Les institutions

Il est difficile de prévoir pour tous les usagers de la forêt une représentation convenable au sein d'un organisme, qu'il soit national, régional ou local. Il est cependant nécessaire de créer certaines institutions qui permettent l'expression, la défense ou la mise en oeuvre de cette politique d'aménagement..

La proposition de créer un comité interministériel “ des loisirs et des sports de nature ” est à même, semble-t-il, de lui offrir une base de départ intéressante Il faut en effet que l'idée d'utiliser l'espace rural dans l'intérêt des centres urbains commence à être développée à l'échelon supérieur de l’Etat, si l'on tient qu'elle soit reprise à des niveaux inférieurs. Elle n'est pas nouvelle mais elle est trop chargée de conséquences, dans sa nouvelle expression pour donner tous ses fruits à l’échelon régional ou local. La création de ce Comité comblerait une lacune dans la mesure où il pourrait entreprendre des études et même disposer de crédits. De son initiative et de sa capacité à proposer des solutions à ce problème, dépendra le succès de la politique moins du point de vue de ses réalisations immédiates que de sa chance d'être poursuivie.

A l'échelon régional, les centres régionaux de la propriété forestière prévus par la loi du 6 Août 1963 devraient constituer un relais de première importance, L'institution est surtout destinée à développer les groupements forestiers et la coopération, la vulgarisation des méthodes et l'élaboration d'orientations régionales de production. Il n'en reste pas moins qu'elle sera, si elle réussit, un centre d'échanges de vue très utile. Sa qualité d'établissement public en fait une autorité officielle avec laquelle il devrait être possible de commencer certaines expériences En tout cas, il faudrait qu'elle facilite une prise de conscience des problèmes économiques et sociaux de la région. Il serait regrettable qu'elle demeure une institution uniquement corporative. Cette nouveauté a été accueillie avec suspicion par les propriétaires pour lesquels seule la perspective de voir sa mise en place reportée calme les appréhensions.

Toujours au même niveau, il est indispensable que les organismes économiques, officiels ou privés, accordent plus d'intérêt à cet aspect de la politique régionale. Chacun est bien persuadé qu'il faut des arbres mais peu envisagent la création de massifs plus spécialement affectés aux loisirs. On s'est limité jusqu'à ce jour à prévoir quelques parcs ou des alignements dans les avenues. Dans les régions peu boisées c'est condamner le projet à ne jamais se réaliser. Dans la mesure où la production forestière est faible, dans l'ensemble de la production industrielle et agricole, la forêt est délaissée. Cette façon d'aborder le problème fausse considérablement sa solution.

Enfin, il faut intéresser les collectivités locales. Il semble en effet que la nécessité perde de sa force à mesure qu'on approche des personnes ‑ physiques ou morales ‑ les moins importantes. La commune est fière de son jardin public, elle ne conçoit guère qu'une forêt pourrait l'enorgueillir encore plus. De plus, le problème ayant des incidences qui dépassent le cadre de sa compétence, elle ne s'efforce pas de l'examiner. Pourtant il est indispensable que les conseils municipaux soient associés à toute politique de boisement, de même qu'ils le sont à celle d’urbanisation. (X).

 

(X). [ Amusant de voir comment je percevais la nécessité de la présence de la commune et de son engagement même si un certain conditionnement mental conduit à placer d’abord sa confiance et ses espoirs dans l’Etat. Il faut dire qu’on était au début des années 60 et que l’ Etat, à cette époque, était bien plus respectable qu’il ne l’a été par la suite avant de se déconsidérer définitivement à partir des années 80].

 

La coordination et la mise en oeuvre des deux actions nécessaires ‑ boisement et aménagement touristique des massifs impliquent donc une série d'institutions, sources d'impulsions et support d'exécution. Elles impliquent encore des moyens administratifs et financiers importants..

 

SECTION 2. Les moyens

Les moyens administratifs existent. L'administration des Eaux et Forêts est là pour gérer les domaines de l'Etat et surveiller l'application de la législation forestière. Dans ses fonctions conservatoires cette administration est suffisante, elle l'est beaucoup moins dans le cadre d'une politique générale d'aménagement qui exige d'une part une présence plus fournie sur le terrain, tant dans un but de contrôle que dans l'exercice d'une action personnelle d'aide et de conseil et d'autre part, un personnel d'étude plus nombreux.

La Conservation de Lille avec ses 75 agents ( dont 4 ingénieurs et 2 Ingénieurs des travaux ) ne pourra assurer les tâches nouvelles, quand elles se multiplieront. De plus la répartition des compétence des différents services administratifs est telle que l'aménagement touristique et le boisement du voisinage des zones urbaines échappent aux Eaux et Forêts. Elle ne joue plus, dans ce cas, qu'un rôle technique, qui consiste à donner des avis ou à exécuter certains travaux.

Il appartient par conséquent aux autres services ‑ Construction et Urbanisme ‑ de concevoir les aménagements, en collaboration avec les collectivités locales comprises dans les plans d'urbanisme. Une pareille délimitation des pouvoirs limitent nécessairement l'ampleur des conceptions que n'a pas compensé, jusqu'à ce jour l'activité des institutions. L'élaboration d'un programme régional est de ce fait impossible car les institutions régionales ne l'ont pas entreprise, les collectivités ne l'ont pas exigée, les services administratifs n'ont pas la compétence pour le faire.(X)

 

[.(X) Sans appartenir encore à l’administration de l’urbanisme je n’avais pas si mal vu que cela son rôle et ses responsabilités au delà de la « construction » au sens très urbain du terme, et qui accaparait l’essentiel de ses forces en cette période d’explosion urbaine et de crise du logement. Plus tard j’ai toujours regretté « in petto » le confinement dans lequel a été maintenu « l’agence des espaces verts » que la Direction de l’aménagement et de l’urbanisme avait créée. C’était une bonne idée dont on a pratiquement rien tiré d’ambitieux  dans la mise en œuvre des documents d’urbanisme. A.G. 30-09-99. ]

 

En l’état actuel des moyens, les choses en resteront là, si personne ne lance l'affaire, si nulle autorité ne la soutient.

Sur le plan des aménagements immédiats, les institutions existent et peuvent poursuivre une action utile, sur le plan des aménagements à long terme, il faut espérer que les institutions prévues répondront à leur raison d'être et susciteront la création de zones de boisement là où elles s'avèrent nécessaires.

Quant aux moyens financiers mis en oeuvre ils demeurent très limités. Dans la conservation, les travaux effectués sur crédits budgétaires s'élèvent en 1962, à 212 000 francs, le reboisement des forêts domaniales a absorbé 88 000 francs ( crédits du F.F.N ) les pépinières 32 600 francs. Les subventions accordées aux particuliers représentent 146 600 francs ( statistiques prises dans le rapport des chefs de service aux Préfet ). L'ensemble des dépenses bénéficiant aux forêts s'élèvent donc à 479.200 francs.

Ces dépenses permettent une amélioration progressive mais très lente de la production, un programme d'équipement mesuré. Si elles se maintiennent à ce niveau, il faut craindre que les objectifs économiques ne soient pas rapidement atteints, malgré la rentabilité qu'ils présentent et que les objectifs à caractère social prévus dans la première étape soient aussi lentement poursuivis. On ne peut évaluer leur coût dans l'ensemble des dépenses mais il est certain qu'il n'est pas très élevé malgré l’utilité des réalisations. Aussi serait-il regrettable de les retarder.

Les forêts domaniales ont cependant rapporté 1 723 000 francs en l962 . Les investissements dont elles ont bénéficié ( 332 600 francs ) sont un peu inférieurs à 20% de leur produit. Même compte tenu des frais de personnel et des frais généraux, qu'il serait intéressant de connaître, il se peut qu'elles assurent un petit profit à l'Etat. Ne serait-ce que pour cette raison, elles mériteraient sans doute de bénéficier de crédits d’équipements plus importants. Sans aller jusqu'à proposer la création d'un établissement public à caractère industriel et commercial, comme le veulent certains, [ on a crée l’ONF peu après  ] il serait peut-être souhaitable, au prix d'une entorse nouvelle du principe de non-affectation des recettes, d'envisager une certaine liaison entre le revenu forestier des conservations et leurs crédits d'investissements. Le procédé assurerait un financement des équipements forestiers qui ne soit pas totalement dépendant de la politique budgétaire et permettrait d'augmenter les ressources du F.F.N car l'expérience montre que les crédits budgétaires attribués à l’aménagement des forêts sont régulièrement rognés chaque année.

Les crédits destinés à la forêt conçue comme un élément important de l’aménagement régional devraient évidemment être dégagés d'une façon différente, dans le cadre du financement des mesures prises pour l'aménagement du territoire.

Telles semblent les grandes lignes d’une politique forestière régionale à la fois modeste et ambitieuse. Modeste quand il s'agit de mieux gérer le capital existant, ambitieuse quand il s'agit de l’accroître. Mais la partie la plus modeste exige déjà beaucoup d'efforts, sa mise en oeuvre et sa réussite semblent pourtant le point de départ de la partie ambitieuse par l'exemple qu'elle constituerait. L'emprise industrielle est telle dans la région qu'il faut lui trouver un élément modérateur. Le seul qui puisse servir l'économie sans accuser les travers d'une industrialisation qui a déséquilibré la région, nous paraît être la forêt.

 

CONCLUSION

 

Tout porte à croire qu'une place de choix est réservée à la forêt dans la vie économique du pays et dans l'existence des hommes Il serait extrêmement regrettable, sous prétexte que la Région du Nord est peu boisée, de considérer que cette vérité ne la concerne pas.

On s'est efforcé de montrer la place qui lui revient dans l'industrie et la façon dont son utilité peut être accrue si l'on veut bien l'élever à la hauteur des tâches qui l'attendent. Il nous semble dangereux de ne pas y croire. D'abord un appoint de matière première bon marché, fourni à proximité des lieux de consommation, ne doit pas être négligé. Ensuite pour des raisons particulières l'investissement forestier est toujours rentable. C'est la contrepartie de la lenteur de ses effets. Il n'est guère sensible à une crise économique parce qu'une ou deux années de régression ne causent aucune perte en capital. Il suffit de proportionner l'importance des coupes à la demande. L'arbre ne dépérit pas aussi vite que le fruit. Il peut attendre. Sans faire de ces investissements des placements refuges, il est cependant nécessaire de souligner ce fait afin de bien marquer l'intérêt financier que comportent les reboisements. On en parle avec tant d'insistance qu'on est tenté parfois de les considérer comme des opérations à fonds perdu pour le bien du paysage. Ils peuvent donc avoir leur place dans une région à prédominance industrielle quand bien même on ne distingue pas facilement le moyen de la leur trouver.

Enfin, productifs ou non, ils participent à l'harmonie de la région et d'autant plus qu'elle n'est pas essentiellement agricole et qu'elle se trouve au confluent de forces multiples et de voies de communication nombreuses.

A ce titre la Région du Nord – Pas-de-Calais est privilégiée, par rapport à bien d'autres, éloignées des grands centres d’activités internationaux. Sa place dans l'Europe du Marché Commun et aussi, celle dans l'Europe du Nord l'est tout autant. Il est alors vraiment regrettable qu'un lieu de passage aussi fréquenté soit mal adapté aux exigences croissantes qu'il suscite. Son aménagement s'imposera bientôt avec beaucoup plus de force qu'aujourd'hui.

Il est sans doute excessif d'en faire une urgence, il l'est moins de l'envisager comme une nécessité future assez proche qui pose en fait un choix politique immédiat. Les études urbaines actuelles, orientées surtout vers la solution des crises nombreuses qui se superposent : logement, circulation, équipements divers l'éludent en partie. Confrontés à ces situations critiques, disposant de moyens limités, les urbanistes évitent l'utopie d'un aménagement complet de l’espace régional et parent au plus pressé. Ils évitent le pire plus qu'ils ne conçoivent le meilleur. (X).

(X). [ Mon jugement de la politique d’urbanisme et d’aménagement, bien qu’il soit celui d’un ignorant, était pertinent, lucide et modéré. Ensuite je dois reconnaître que j’ai un peu caressé « l’utopie » d’un aménagement plus global des agglomérations ( « l’espace est un tout » ) mais les circonstances en 1966-67 y étaient plus propices qu’un 1963  ]

 

Limitées dans leur pouvoir et en butte à des hostilités diverses, les autorités administratives recherchent des compromis qui fassent un peu avancer les problèmes. La constitution d'une agglomération est semée d'embûches et le réalisme commande de commencer par le plus facile, par ce qui a le plus de chance de réussir. Dans ce faisceau de difficultés une doctrine cohérente d'aménagement du territoire a du mal à s'imposer d'autant plus qu'elle reste incertaine et en grande partie à définir.

Mais une conception nouvelle des rapports de la ville et de la campagne qui jette les bases d'une organisation de l'espace rural en vue de satisfaire à l'évolution prochaine de la société est nécessaire. La croissance actuelle des villes est aussi inévitable que dangereuse. Subie plus que souhaitée, elle se fait dans des conditions hâtives qui hypothèquent l'avenir. La rupture d'un équilibre implique la recherche d'un autre équilibre qu'on ne réalisera vraiment que dans la création de centres urbains nouveaux.

On s'est efforcé dans ce travail de définir, dans un cadre régional limité, les perspectives offertes à un élément naturel unanimement reconnu indispensable. Cet élément, il n'apparaît guère possible de l'intégrer efficacement dans le tissu urbain existant. La législation le protège mais demeure impuissante à le développer et le demeurera toujours jusqu'au jour où les grandes agglomérations, doublées d'une agglomération parallèle seront enfin livrées à la pioche des démolisseurs ou conservées avec leurs richesses historiques. Les surfaces réservées d’avance aux espaces boisés devraient assurer aux cités nouvelles l'harmonie qu'on recherche vainement aujourd'hui dans les grandes villes.(X).

 

[ (X). Je sais d’où me sont venues ces idées ou si je répétais comme un perroquet des idées à la mode ou des lectures de journaux bien qu’à l’époque ils évoquaient rarement ces sujets-là ; en tout cas je sais qu’elles ne me sont pas venues des penseurs de l’urbanisme car je n’en avais pas encore rencontré. Quant à leur contenu, à quelques nuances près, elle correspondent à la doctrine qui prévaudra bientôt, avec les villes nouvelles et l’idée «  d’urbanisation discontinue ».

Elles me paraissent plus le résultat d’une intuition fugitive provoquée par la rédaction du mémoire que celui d’une véritable réflexion. En 1963, ces problèmes n’étaient pas au centre de mes méditations personnelles et je ne me souviens pas d’y avoir consacré quelques écrits comme j’ai pu le faire sur d’autres questions qui me tracassaient.

J’en ai la certitude car ces « prémonitions » ne me sont plus revenues à l’esprit alors que mon travail, à partir de 1965, les concernait directement. Je les retrouvées, sous ma plume, 36 ans plus tard, avec un certain étonnement. Je souviens pourtant très bien des thèmes et des positions qu’ils m’inspiraient, sur lesquels je me suis laissé aller à méditer à ma façon à des époques bien antérieures à celle où le mémoire a été écrit.

Cet oubli tient peut-être aussi à ce que la médiocre note que reçut ce mémoire m’a fait inconsciemment considérer qu’il ne valait pas un clou et ne méritait pas d’être reparcouru ( comme ce fut le cas de « l’affaire Péret »  ( Cf. #1961-09-00---H#) qui avait été très bien noté ». Ma nature est ainsi faite que je me détache facilement des déceptions personnelles en même temps que je n’oublie plus jamais des « injures » faites à la raison qui peuvent ne pas me toucher directement. On en trouvera des exemples à profusion dans cette anthologie. A.G. 30-09-99 ]

 


 

 

 

 

 


TABLEAU I. LES FORETS DU NORD ET DU PAS-DE-CALAIS

Superficies des propriétés forestières privées

(sources :Statistiques Daubrée 1912 Adaptation récente)

 

 

 

 

 

 

 

 

 


TABLEAU IV. PRODUCTION REGIONALE ET NATIONALE EN 1960