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ACTION A COURT TERME

ET

ORGANISATION

[ ANNEXE N°1 du testament ]

( Cf.[1969-09-30-0-H-BILAN-DE-52-MOIS-A-LA-DAFU-OU-TESTAMENT])

 

 

antoine givaudan

 

( 30 SEPTEMBRE 1969 )

 

 

ORIGINE ET DESTINATION

L’analyse est dure et lucide. Je ne pense pas qu’elle soit exagérée. La direction a agi pendant ces années cruciales comme si le temps ne comptait pas mais je ne n’avais sans doute pas bien mesuré combien la « nouvelle politique d’urbanisme » contre laquelle j’avais enragé pendant 15 mois, avait inhibé la hiérarchie. A mon départ je tenais à faire savoir que je n’étais pas content de nous. Ainsi, au moins, je l’avais dit.

 

 

Le climat actuel, tout au moins dans l’environnement que je peux connaître, est en voie de dégradation depuis plusieurs mois. On peut à certains égards parler de désarroi ou de découragement dans la mesure où la mobilisation passée des esprits sur l’application de la L.O.F. a fait place , pour ne pas dire plus, à une démobilisation. Cette mobilisation a d’ailleurs atteint certaines collectivités locales et ils serait dommage de décevoir leur attente.

Les services extérieurs ralentirent leur action en matière de plan d’urbanisme en 1966-1967 dans l’attente de la loi, sans pouvoir, faute de loi, se lancer vraiment dans les nouveaux documents. On leur ordonna bien tardivement en juillet 1968, d’accélérer la production des documents anciens, alors qu’ils étaient “ moralement ”, beaucoup plus prêts à se lancer dans les nouveaux. Ce déphasage fit passer au second plan les documents nouveaux au moment où ils auraient dû commencer à occuper la première place.

En ce domaine, le Service Central a fait preuve d’une étrange négligence car il n’était pas bien difficile de prévoir quelques années à l’avance ce qui devait se faire.

A ce déphasage, en soi regrettable, se sont ajoutés deux faits nouveaux beaucoup plus importants dont les conséquences sur l’action à court terme risquent d’être catastrophiques.

Le premier concerne l’affirmation de “ nouvelles doctrines ”.

Le second concerne les modifications d’organisation de l’échelon central.

 

I. Les “ nouvelles doctrines ”

Ces “ nouvelles doctrines ” touchent à la conception de l’aménagement, et à la conception de l’utilisation des moyens juridiques dont nous disposons. Ainsi sont rouverts les dossiers du S.D.A.U., du P.O.S. (et du C.O.S.), de la Z.A.C., du permis de construire; sont ouverts pour la première fois d’autres dossiers (certificats d’urbanisme, servitudes notamment)

On peut débattre de la justesse de ces “ nouvelles doctrines ” ; chacun reste libre de les juger, en tant qu’esprit pensant. En tant que fonctionnaires, il faut s’interroger sur les problèmes d’application. Or il faut bien reconnaître que le trouble fait place à une conception d’ensemble assez cohérente, que par quelques idées sommaires les vrais problèmes sont éludés, qu’une accumulation de textes de tous ordres nous éloigne toujours plus d’une clarification du droit. On peut aussi constater que la réouverture de certains dossiers est une occasion de remettre en question certaines notions qui commençaient à être comprises et que la confusion et le retard marquent la mise en oeuvre de certaines mesures. Ainsi en est-il en matière de :

·- C.O.S. provisoires. Il a fallu six mois pour obtenir six signatures (!). Aucune circulaire d’application n’a été prise. Or le délai de 3 ans est bientôt consommé ;

·- SDAU. Le décret n’a été suivi d’aucune circulaire sur la procédure ni d’aucun document sur la présentation du SDAU. On va renouveler l’erreur des livres blancs.

·- P.O.S. Le décret n’est pas un stade qui permet de prévoir une date de publication. Les documents techniques risquent d’être enterrés.[ Elle surviendra, hélas dans deux ans, en octobre 1970 ]

Cette situation démobilise les énergies. Il faut craindre que la L.O.F. passe pour une grande illusion. Les deux années qui viennent, cruciales pour l’application de cette loi, seront perdues si l’aboulie du Service Central se prolonge. Cette perte discrédite, et le service central -- qui s’est engagé par la bouche de M. ORTOLI à sortir des P.O.S. en 1970-1971 -- et la loi. On peut évidemment croire aujourd’hui qu’elle n’est plus adaptée mais on peut défier quiconque de la remplacer par quelque chose d’autre de plus cohérent. On peut se réjouir d’un laisser-faire généralisé, mais la non application de la loi y conduit naturellement.

 

II. Les modifications d’organisation

En 1966-1967, à l’époque où le S.T.C.A.U. fut créé, je n’ai pas ménagé mes observations sur les problèmes d’organisation. L’un des arguments qui plaidèrent en faveur d’un S.T.C.A.U. fort et nombreux était qu’on ne pouvait créer une telle structure, sans lui donner une certaine masse. C’était beaucoup ou rien. Ce fut donc beaucoup. On sait ce qu’il advint.

En 1968-1969, quand il fut question de “ réorganiser ” le S.T.C.A.U., il fut difficile de justifier une réduction des effectifs car il était à craindre que des licenciements partiels semblent avoir pour motif l’insuffisance professionnelle. Le licenciement fut donc global, pour les équipes qui n’étaient ni dans la documentation ni dans la recherche pure.

Ainsi, plus de quatre ans après mon arrivée, la D.A.F.U. se trouve dans une situation pire; elle a perdu des éléments anciens ; elle a perdu presque tous ses éléments nouveaux. Ces à-coups dans la gestion du personnel sont à peu près fatals, d’autant que les rigueurs budgétaires empêcheront tout redressement prochain.

On peut bâtir monts et merveilles sur la déconcentration. Si la déconcentration libère du personnel dans certains services, il n’est pas sûr que ces personnels puissent être réellement utilisés par le service de l’urbanisme, car ce service n’a jamais été très centralisateur. Son intervention massive ne s’impose que si aucune méthodologie n’est diffusée car il lui faudra regarder ce qu’auront fait, sans directive, les services extérieurs. D’ailleurs, à une époque où on n’a jamais autant parlé de déconcentration, il faut bien constater que la mise en oeuvre des “ nouvelles doctrines ” aboutit à ce que le Service Central examine des affaires qu’il n’aurait jamais examinées. C’est un des paradoxes dont on pourrait sourire s’il n’était pas le signe d’une incohérence profonde.

Aussi, me permettrai-je de suggérer à nouveau qu’il est indispensable qu’il y ait dans le Service Central -- au service de l’urbanisme -- une petite équipe pluridisciplinaire - une force d’intervention mobile -- à même de conseiller les services extérieurs à leur demande ou à l’initiative des autorités centrales et à même d’apporter son avis sur les documents qui doivent être approuvés par le pouvoir central. Cette équipe existait presque il y a un an, elle a été détruite et il ne sera pas facile de la reconstituer. Les bureaux n’auraient pas vu leurs prérogatives diminuer mais ils auraient pu ainsi développer, en la modifiant, leur action.

Au lieu de cela, il n’y a plus rien. Par contre les Missions ont succédé aux Missions : avec le recul on peut se demander sincèrement quelle a été leur utilité.

Il reste donc un service mal en point, incapable d’animer, incapable d’examiner dans des délais corrects les documents reçus, incapable de produire. Rien de pluridisciplinaire alors qu’il en faut un peu pour le bénéfice de tous même s’il ne faut pas attendre des miracles de la pluridisciplinarité.

 

A.G