Du rôle des toitures dans la
ville
antoine givaudan
( LE 1ER
AVRIL 1974 )
ORIGINE ET DESTINATION
J’avais profité de l’apparition des techniques de visualisation
informatique des paysages urbains pour faire produire deux vues du même profil
d’une petite ville vue de loin. Je crois que c’est Autun qui s’était présentée
par hasard sur le dessin. Selon la finesse du traitement, on passe d’une
morphologie différenciée à « l’architecture parallélépipédique
universelle ». Ce petit article, qui ne prend pas
parti sur le fond -- l’un des rares que j’ai publié sur ce thème -- n’avait
d’autre prétention que de susciter chez le lecteur une interrogation sur ce
qu’on avait tendance à construire à cette époque-là. ( Cf.#1971-11-30---E#. C’est à dire des maisons sans toit. Cette réflexion rejoint celle
que j’ai eu en écrivant « NI QUEUE NI TETE » ( Cf.#1974-03-15---H#) et plus tard l’article relatif à l’architecture et au règlement (
Cf.[1974-11-25---H-ARCHITECTURE-ET-PLAN-D-OCCUPATION-DES-SOLS]). Ma préférence personnelle allait à la figure 1 et le seul fait
d’écrire de cette façon le trahissait mais certaines personnes l’ont compris
autrement ; la cause en est, dans la force péjorative du terme
« passéiste » employé à la fin. Or on manque de mot positif et
dynamique pour rendre hommage aux choses du passé à mois de parvenir à faire
croire qu’elles sont nouvelles en profitant de l’ignorance collective de
l’histoire. Certains excellent dans cet exercice trompeur qu’il s’agisse
d’architecture, d’autres choses ou d’idées.
C'est une méthode bien connue des physiologistes; quand la fonction d'un organe parait mystérieuse, on ampute l'organe en question et on surveille attentivement les dérèglements qui en résultent. De proche en proche et avec un peu de patience et par divers recoupements on finit par découvrir que le pancréas n'est pas étranger au diabète.
Dans la ville les choses ne sont pas plus
complexes mais la méthode d'observation est moins facile et l'interprétation
des phénomènes laisse une bien plus grande place aux désaccords. Par ailleurs
les évolutions sont progressives. Elles lassent la patience des observateurs.
Les calamités -- naturelles ou non -- avec les destructions qui les
accompagnent, permettent parfois de voir un site urbain comme on ne l'avait
jamais vu. L'observateur est alors tout étonné de le découvrir ou de le redécouvrir.
Malheureusement ces calamités ne sont pas sélectives et jusqu'à présent on n'a
jamais vu tout un quartier de ville subitement privé de ses toits. Il faut donc
avoir recours à des méthodes plus artificielles pour produire un tel résultat.
Voici deux représentations d'un même site urbain.
La figure 1 correspond à une visualisation
obtenue avec un nombre de références important. Le profil est à peu près
reproduit comme on le voit.
La
figure 2 correspond à une visualisation obtenue avec un nombre plus
réduit de références. Le profil du même site en est simplifié.
L'ordinateur, obéissant au même programme, dessine les toits dans la figure 1 et les supprime dans la figure
LA
FIGURE 1 illustre sans conteste une ville ancienne. LA FIGURE 2 est nettement plus
contemporaine, plus moderne. Le clocher pointu, vers la gauche, n'est plus
qu'un parallélépipède très actuel. La cathédrale vers la droite est devenue un
ensemble de bloc qui peut rivaliser avec certaines réalisations récentes.
Fig.1 avec un grand nombre de points pour références.
Fig.2 Visualisation simplifiée (
petit nombre de points pour référence ).
La silhouette, dans la figure 1, est vivante, agitée, attire l’oeil par ses
anfractuosités.
Dans la
figure 2, elle prend le poli des planches rabotées, mais elle se
distingue encore des réalisations contemporaines par une certaine
différenciation des hauteurs et des longueurs d'immeubles, ce qui lui enlève un
peu de cette noble uniformité que nous connaissons tous.
Telle
est donc la fonction, visuelle, des toits et des toitures.
Celui qui préfère la figure 1 est certainement un passéiste: il a son avenir derrière
lui. Celui qui préfère la figure 2 est beaucoup plus près de son époque; il
s'est bien adapté à elle.
Chacun peut ensuite juger de ce qu'il est en
regardant un instant au fond de lui-même.
A.
GIVAUDAN
Chef du service de l'urbanisme ù ta D.A.F.U.