L’ACTION SUR LA QUALITE DE L’ARCHITECTURE
( 6 NOVEMBRE 1974 )
ORIGINE ET DESTINATION
On trouvera une
bonne description des intentions consécutives à la mise en œuvre à la
circulaire du 17 mai 1974 ( Cf.#1974-05-17---E#).
Ambitieuses et
réalistes, replacées dans l’ensemble des processus administratifs, soucieuses des
pétitionnaires, ces intentions participaient d’une volonté délibérée d’aller
loin, pendant longtemps, pour élever insensiblement le niveau de conscience et
d’exigence des services administratifs eux-mêmes et de
« l’extérieur ».
Nous ne nourrissions aucune illusion en nous-mêmes et nous n’en
entretenions pas chez les autres à la différence des amateurs, inventeurs du
CAUE, qui, avec des moyens bien supérieurs ( Cf. #1997-08-00---E# ) ne firent pas le
centième de ce que nous avions mis en route en deux ans.
DIRECTION DE
L’AMÈNAGEMENT FONCIER ET DE L'URBAN!SME
Service
de l’urbanisme
PARIS, LE 6 novembre 1974
L'ACTION SUR
LA QUALITE DE L’ARCHITECTURE
Les quelques réflexions issues de cette note de synthèse
montrent à la fois les difficultés et les limites des action entreprises à ce
jour, malgré leur intérêt certain et bien souvent, leur qualité.
Depuis le mois de juillet d'autres plaquettes ont
été publiées ou, recensées. Néanmoins elles ne changent pas les conclusions
qu'il est possible d'en tirer. Elles gravitent autour de quatre idées
1)
La valeur du document écrit.
2)
L’indispensable prise en charge administrative.
3)
La nécessité d’éviter la bureaucratisation.
4)
L'objet et le champ des plaquettes.
1.
LA VALEUR DU DOCUMENT ECRIT
On entend sous ce terme, la plaquette composée de textes, de dessins et de photos. Si le document est souvent plaisant et peut influencer un constructeur, s’il lui apporte, sous une forme indicative agréable et non impérative, des suggestions de bon sens, il n’en reste pas moins que sa portée reste sans doute limitée parce que les raisons profondes qui conduisent quelqu’un à construire une maison, prédéterminent déjà la construction et il y a peu de chances qu’il change significativement d’idées après avoir lu la plaquette.
Par ailleurs, le constructeur
n’est généralement pas celui qui établit les plans de la maison, même en
l’absence d’architecte; il y a tout lieu de croire que le message de la plaquette
s’affaiblit encore plus s’il n’est que retransmis verbalement au dessinateur
capable sans doute de dresser les plans réglementaires d’une maison mais
beaucoup moins à l’aise s’il s’agit d’aller au delà.
On manque absolument d’information sur le processus intellectuel et technique de conception des constructions, en l’absence de recours à l’architecte et il est bien certain que les plaquettes conçues généralement dans cette ignorance risquent de manquer leur cible. Le maître d’ouvrage comme le dessinateur peuvent reconnaître la qualité des suggestions sans être capables de les mettre en œuvre. Les plaquettes seules, ne peuvent apporter le conseil pratique qui permet de faire autre chose même lorsque le pétitionnaire en a la volonté.
Pour qu’elles soient plus efficaces, il faudrait peut être étudier, auprès des utilisateurs comment ils la perçoivent, pourquoi ils ne peuvent en suivre les indications, quelle difficulté ils éprouvent à le faire etc... Le nombre de plaquettes est suffisant, elles ont touché suffisamment de personnes qui ont bâti pour qu’on se demande maintenant, en en interrogeant un certain nombre, quelle portée peuvent avoir ces documents.
Sans doute est-ce à certains
égards entrer dans la physiologie interne de l’acte de construire. Elle a, me
semble-t-il, été jusqu'à ce jour éludée parce qu’elle est assez inaccessible.
Elle doit faire l’objet d’une introspection. Il n’est pas sûr que les plaquettes nouvelles
qui en résulteront aient la même tactique d’explication et de persuasion.
C’est un point qui méritera d’être approfondi avec ceux qui s’y intéressent le plus.
2.
L’INDISPENSABLE PRISE EN
CHARGE ADMINISTRATIVE
La plaquette véhicule une information. On peut l’améliorer en tant que telle, mais il dépend de la collectivité publique qu’elle porte tous ses effets. Il ne suffit pas de l’établir, de la présenter au public avec publicité, de la distribuer.
Il faut qu’elle atteigne les intéressés.
Pour cela il faut remplir deux
conditions :
·
Les plaquettes doivent être indéfiniment disponibles, donc
rééditées après épuisement. Seule la collectivité publique peut assurer ce
service gratuit ;
·
Les plaquettes doivent être données au bon moment, à savoir
au moment où l’intention de construire s’exprime par une demande d’information,
dans une mairie, une subdivision de l’Equipement, une direction départementale
de l’Equipement, de l’Agriculture, dans une préfecture.
Il y faudrait une troisième condition plus difficile
à remplir :
le don de la plaquette gagnerait à être accompagné d’une petite explication
verbale.
En d’autres termes, si toutes les ramifications de l’Etat et des collectivités locales ne sont pas impliquées dans la tâche pédagogique, le message contenu dans la plaquette risque d’être perdu, parce qu’il n’aura pas été signalé et se sera noyé dans le flot des prospectus publicitaires qui envahissent les boites aux lettres.
Cette propagande, pour la qualité,
doit être une propagande de masse, continue, légère mais persuasive,
omniprésente, ponctuée de moments particuliers (expositions, manifestations).
Elle ne doit pas être le fait d’un organisme extérieur, distinct des administrations, voire opposé à elles. Elle doit au contraire imbiber l’administration locale des collectivités et de l’Etat. Il faut, semble-t-il, exclure du système l’élitisme qui n’engage qu’un petit nombre de techniciens avertis, qui crée un fossé entre l’usager et eux-mêmes car, peu nombreux, ils ne peuvent être omniprésents et donnent l’impression d'être les dépositaires d’un savoir secret.
Si l’administration de base, le maire et les autres élus, le secrétaire de mairie, le subdivisionnaire et ses collaborateurs, et tous ceux qui ont un contact quotidien avec le public, ignorent ou sont exclus, le système est voué à l’échec. La construction d’une maison, ce bien qui dure et qui n’appartient pas qu’à celui qui l’habite, mérite plus qu’une froide instruction administrative ; elle doit être précédée de conseils amicaux, plus fraternels que tutélaires, exprimés dans un langage dépourvu des enjolivures techniques. Dans ce travail à la base, la plaquette apporte le secours de toute documentation.
Il semble bien que le succès dépende d’une participation volontaire et collective, à laquelle les professionnels locaux ne doivent pas rester étrangers.
Il semble aussi que le succès
exclut tout comportement moralisateur ou répressif de la part de ceux qui ont à
conseiller.
3.
LA NECESSITE D’EVITER
L’ECUEIL BUREAUCRATIQUE
La déviation bureaucratique guette toute action administrative. Elle se caractérise par trois manifestations certaines :
·
La tyrannie tatillonne,
·
La création d’organes instructeurs parallèles,
·
L’allongement des délais.
La tyrannie tatillonne est un mal difficile à extirper. Quand un fonctionnaire sourcille parce que la pente du toit s’écarte de 3 à 4 degrés de la pente conseillée, on est dans le cœur du sujet. La tentation du pouvoir ne sélectionne pas nécessairement ses points d’application. Et pourtant il faut aussi de la fermeté. L’équilibre est difficile et tient essentiellement dans le comportement des individus.
La création d’organes instructeurs parallèles. C’est un second danger que d’obliger les usagers à comparaître deux fois, une fois pour la qualité de ce qu’ils projettent, une seconde fois pour sa régularité administrative.
L’instruction d’un permis de construire est un tout ; le saucissonnage sectoriel des consultations est admissible lorsqu’il reste interne à l’administration ; il est intolérable lorsqu’il oblige le demandeur à s’adresser à plusieurs guichets pour obtenir des tampons. C’est le grand progrès accompli par le permis de construire en 1945, il ne faut pas le négliger.
Il faut donc que les techniciens de l’architecture interviennent dans le processus normal du permis, en amont, tout en évitant de conseiller longuement quelqu’un qui projette une construction sur un terrain inconstructible. C’est un principe fondamental qui ne peut être respecté que si les organes administratifs normaux sont présents lorsque le conseil est fourni au constructeur.
On rejoint ici l’idée exprimée au paragraphe 2. L’architecte conseil ou consultant doit opérer auprès des agents administratifs locaux ; au surplus il leur apporte une certaine formation.
L’allongement
des délais
Les délais de délivrance du permis sont bien codifiés.
Il n’en reste pas moins que l’intervention des organes conseils peut, subrepticement les allonger, il faut éviter que le conseil aboutisse à une pré-instruction officieuse du permis. On retrouve ici la nécessité d’une documentation de qualité qui donne des idées et qui épargne aux architectes conseils les corrections, qui les dispense de faire recommencer des projets...
La recherche de la qualité ne doit pas se faire au détriment de la réputation d’une administration. Les récriminations sur les délais n’ont pas disparu.
4. L’OBJET ET LE CHAMP
LIMITES DES PLAQUETTES
Une autre conclusion s’impose.
Les plaquettes ne visent généralement que les maisons individuelles à la campagne. Elles vont quelquefois un peu plus loin mais on ne peut pas vraiment parler d’architecture urbaine.
Elles visent la construction isolée.
Or il ne fait aucun doute que l’intervention du conseil architectural doit être plus large : quartiers anciens ; banlieue, immeubles importants... la tâche est bien plus difficile ; l’information ne peut se mettre aussi aisément en plaquette, mais l’objectif ne peut être ignoré et il faudra l’aborder.
CONCLUSION
La grande réforme qui s’impose touche beaucoup plus les comportements que les instruments.
Les instruments
existent :
·
institutionnels : architectes conseils et
consultants ; il faut à la fois mieux les rémunérer et les
multiplier ;
·
juridiques : procédures (permis de construire)
et normes juridiques (plans d’occupation des sols, zone à caractère
pittoresque) il faut apprendre à mieux les utiliser et les manipuler ;
·
techniques : on peut très souvent faire mieux,
avec les techniques actuelles sans pour autant être plus cher. La simplicité
est économique et souvent plus jolie.
Les comportements sont par contre souvent figés, soit par l’indifférence, soit par l’ignorance, soit par des maniaqueries excessives ; c’est aussi vrai pour le constructeur que pour l’Administration et seule une action continue et profonde pourra les changer. C’est dire la grande utilité de séminaires d’information, réunissant des publics locaux variés qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer. C’est aussi souligner la nécessité d’une formation continue des agents administratifs, elle ne fera pas d’eux des architectes et tel n’est pas le but d’une formation ; mais elle les rendra plus conscients, plus lucides, plus capables de comprendre et d’informer. Plus aptes aussi à faire partager les exigences et le souci de qualité.
A. GIVAUDAN