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LA COORDINATION DES POLITIQUES FONCIERES URBAINES ET RURALES

CIRCULAIRE COMMUNE A L’EQUIPEMENT ET A L’ORGANISATION

 

VOIR LA CIRCULAIRE     #1975-09-29---E#

ET EN FIN DE NOTE

 

ORIGINE ET DESTINATION

Ce texte est doublement intéressant par son origine et son objet.

Les fonctionnaires de l’administration de l’agriculture n’ont jamais apprécié ceux de l’équipement. Le phénomène reste marginal, mais dans toute tribu verticale, il y a toujours des agents qui se plaisent à dire du mal des autres et de ce qu’ils font. Tant que ces propos restent internes, il n’y a pas lieu de réagir.

En revanche, quand dans des publications et des colloques, pendant des années, on lit ou entend toutes sortes de mensonges sur la politique conduite par la Direction de l’Améagement Foncier et de l’Urbanisme de l’époque et sur ses instruments régulièrement qualifiés d’inadaptés au monde rural, sur la psychologie de notre administration inapte à comprendre ce milieu, il y a lieu de réagir autrement.

C’est pourquoi le Ministre de l’Equipement écrivit à son collègue de l’Agriculture pour les motifs présentés dans la note du 29 juillet 1975 (annexe 1), la lettre (annexe 2).

Il en résulta la circulaire du 29 septembre 1975 signée des deux directeurs de cabinet qui montrait bien que leurs administrations avaient des objectifs communs et qu’il n’y avait aucune ambiguïté sur l’utilisation du code de l’urbanisme pour contribuer aux politiques foncières agricoles.

L’objectif était d’autant plus évident que les organisations professionnelles agricoles (chambre d’agriculture et syndicats) étaient parfaitement satisfaites de notre doctrine et, entretenaient avec nous des rapports de travail --- au plan local et national --- très constructifs et confiants depuis 1972.

Cette harmonie profonde avec la profession -- qui suscitait certainement de l’irritation dans l’administration de l’agriculture -- est peut être à l’origine du sabotage des ZEP, quelques mois plus tard ( Cf #1976-05-00---E# ).

 


MINISTÈRE DE L'ÉQUIPEMENT

AVENUE DU PARC DE PASSY  PARIS. (16IEME )

DIRECTION DE L'AMÉNAGEMENT FONCIER ET DE L'URBANISME

 

AF/U N° 00484                                                                                PARIS, LE 29 JUILLET 1975

 

NOTE A L’ATTENTION

DE MONSIEUR LE MINISTRE

 

OBJET: Construction dans les zones rurales

 

Je me dois d'attirer votre attention sur le développement continu des thèses suivant lesquelles il est nécessaire d'indemniser les propriétaires auxquels le droit de construire est refusé.

Ces thèses sont soutenues par les milieux agricoles et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il en soit ainsi. En effet, au nom de l'équité et de l'égalité, les milieux agricoles mettent en branle une double revendication: celle de la sécurité juridique de leur instrument de travail, souvent perturbé par l'urbanisation et les équipements ; elle est légitime ; celle du droit de construire ou plus exactement du droit de vendre du terrain constructible ‑ qui l'est beaucoup moins ‑ et à défaut d'avoir ce droit, de recevoir une compensation.

On ne peut empêcher cette seconde revendication d'apparaître dans les cahiers de réclamation des organismes professionnels et syndicaux de l'agriculture mais il est beaucoup moins normal que l'administration de I’agriculture entretienne l'idée et se présente en quelque sorte comme le chef de file intellectuel de cette seconde revendication.

Dans ce domaine délicat, l'Etat à travers ses fonctionnaires ne peut paraître trop divisé devant l'opinion. Or de plus en plus souvent à l'occasion de réunions publiques, les fonctionnaires de l'agriculture mettent radicalement en question les techniques juridiques que nous utilisons au nom de leur iniquité pour les propriétaires ruraux et laissent entendre que des solutions plus justes sont possibles, que des compensations ou des péréquations s'imposent en faveur des propriétaires ruraux touchés par les interdictions de bâtir.

Cette attitude ne peut plus durer car elle accroît les obstacles, auxquels se heurte l'établissement des plans d'occupation des sols.

J'ajoute que ce problème est extrêmement sérieux car l'indemnisation des propriétaires de terrains inconstructibles ne doit et ne peut être envisagée.

Financièrement, la solution serait ruineuse.

Socialement, il n'y a pas lieu de favoriser les propriétaires, car notre société à bien d'autres problèmes coûteux à résorber.

Techniquement, on ne voit pas de raison sérieuse à indemniser des terrains inconstructibles faute d'équipement,

Bien d’autres arguments peuvent être en face de cette revendication alimentée par le sentiment d’égalité,

Il importe donc que le Gouvernement se prononce sur cette affaire et mette un terme aux démarches de l’administration de l'agriculture. S’il n’en était pas ainsi l’Etat courrait le risque dé la division entre les tenants des péréquations et les tenants de la non-indemnisation des terrains inconstructibles, à un moment où les Préfets et services départementaux doivent avoir une attitude ferme.

Je vous propose donc dans un premier temps d’adresser la lettre ci-jointe au Ministre de l’agriculture et d’en communiquer copie au Premier Ministre. ( Cabinet M David )

 

Pour le Directeur de l'Aménagement Foncier et de l’urbanisme

L’administrateur civil

Chef du Service de l'Urbanisme

 

A.GIVAUDAN


LE MINISTRE DE L EQUIPEMENT

 

Monsieur le Ministre et Cher Collègue,

Mon administration locale est engagée, comme vous le savez, dans l'établissement des Plans d'Occupation des Sols. Les communes ont une responsabilité importante dans cette tâche ; vos services locaux y participent et vous n'ignorez pas les difficultés qu'elle représente. Parmi celles-ci, il en est une à laquelle j'attache beaucoup d'importance il s'agit de la sauvegarde des zones naturelles ‑ qu'elles soient ou non cultivées. Ces zones sont dépourvues d'équipement, si l'on excepte quelques réseaux d'eau ou de chemin qui les desservent très partiellement. Il est donc légitime qu'elles ne soient pas constructibles mais bien d'autres motifs justifient qu'il en soit ainsi. Du point de vue agricole l'octroi de toute constructibilité contribue à la hausse du prix des terrains, au démembrement des propriétés, à l'intrusion d'une urbanisation diffuse dans la campagne qui compromettent le marché foncier rural et la poursuite des activités agricoles. Du point de vue des paysages et de la protection des espaces naturels, les dangers ne sont pas moins grands.

Toute interdiction de construire est assez mal accueillie., tant par les propriétaires que par les élus locaux. Sans doute rencontre-t-on des exceptions, de la part des jeunes agriculteurs notamment, mais le fait est assez général pour que se développe dans l'opinion l’idée qu'il convient d'accorder des compensations à ceux dont les terrains sont l'objet d'interdiction de construire. L'idée est généreuse, suscite des espérances mais ne peut aller très loin, car toute compensation implique des ressources. La puissance publique ne peut en dégager à cette fin quand on connaît les besoins impérieux qu'elle doit satisfaire dans d'innombrables domaines.

Il n'est pas surprenant que cette idée soit soutenue par les milieux ruraux. Mais l'Etat, devant cette question, se doit de ne pas paraître divisé, de laisser croire qu'une solution est financièrement possible et ceux qui le représentent, dans votre administration comme dans la mienne, doivent veiller à ce qu'il en soit ainsi.

Il ne s'agit pas d'un objet de débat intellectuel mais d'un enjeu national. Il faut que nous parvenions à maîtriser l'extension chaotique des villes avec les moyens dont nous disposons et que je m'attache d'ailleurs à renforcer ; il importe que la légitimité de ces moyens ne soit pas mise en doute par les administrations qui ont à les utiliser. Je ne suis pas hostile à des recherches susceptibles d'atténuer le sentiment de discrimination qu'entraîne l'établissement des plans d'occupation des sols et c'est ainsi que le projet de loi portant réforme de l'urbanisme et de la politique foncière prévoit le transfert des C.O.S. dans des cas bien justifiés. Mais je souhaite qu'il ne soit, en aucun cas, soutenu qu'il est possible et opportun d'indemniser les propriétaires dont les terrains ne sont pas constructibles. Ce serait engager l'Etat et les collectivités locales sur une voie catastrophique.

Nos services, aux échelons les plus élevés pourraient arrêter une doctrine commune qui clarifierait complètement cette question difficile sur tous les points qui sont encore l'objet d’ambiguïtés. Ils peuvent d'autant plus le faire que nous sommes absolument d'accord pour sauvegarder les terres agricoles et pour apporter la sécurité qu'attendent les agriculteurs de l'établissement des documents d'urbanisme dont l'élaboration et la portée dépendent aussi de manière décisive de la contribution et de l'engagement de votre administration.

je vous prie de croire, Monsieur le Ministre et Cher collègue, à l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

 

Monsieur le Ministre de l'Agriculture78, Rue de Varenne

75007 PARIS

ROBERT GALLEY

 


coordination des politiques foncières

 

MINISTERE DE L'EQUIPEMENT

ET SECRETARIAT D'ETAT AUX TRANSPORTS

 

TEXTES OFFICIELS

LETTRE-CIRCULAIRE DU 29 SEPTEMBRE 1975

relative à la

 

Le ministre de l'équipement,

Le ministre de l'agriculture,

à

Messieurs les préfets,

Messieurs les chefs de services régionaux de l'équipement

et Messieurs les ingénieurs généraux du génie rural, des eaux et des forêts, chargés de régions ( pour information),

Messieurs les directeurs départementaux de l'équipement et Messieurs les directeurs départementaux de l'agriculture (pour exécution)

 

Depuis quelques années, les moyens d'action de l'Etat et des collectivités publiques dans le domaine des politiques foncières urbaines et rurales se sont considérablement diversifiés. Les possibilités offertes par les zones d'aménagement différé, l'intervention des sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural ( S.A.F.E.R.) sur le marché foncier rural, les mesures de protection offertes par les plans d'occupation des sols ( P.O.S.), les réserves foncières, lesquelles peuvent être constituées et localisées par le remembrement rural, chacun de ces dispositifs a été utilisé au mieux, sans toutefois être toujours au service d'une politique d'ensemble qui garantisse, notamment, au voisinage des grandes agglomérations urbaines et dans les territoires à fort développement touristique, une parfaite maîtrise des difficultés.

Il manquait bien souvent, au plan local, l'affirmation claire et publique d'objectifs d'aménagement indiscutablement admis par toutes les autorités intéressées. Faute de tels objectifs, la mise en oeuvre des moyens ne pouvait être parfaitement ordonnée. Or, les grandes agglomérations disposent progressivement de schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme qui permettent de connaître les zones préférentielles d'urbanisation et la localisation des grands équipements. Ces schémas définissent aussi les territoires où il convient de maintenir les activités agricoles et rurales et de mieux protéger la nature d'une urbanisation envahissante. Dans ces territoires, il importe que l'ensemble des mesures prises garantisse à la fois la sécurité des exploitants pour une longue durée, permette aux S.A.F.E.R. d'intervenir sur le marché foncier, accompagne l'action propre des plans d'occupation des sols.

 

1. CHAMP D'APPLICATION

Les mesures à prendre concernent par priorité les territoires couverts par les schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme approuvés ou suffisamment avancés dans leur établissement pour justifier le réexamen des politiques foncières.

Elles visent aussi, dans les secteurs couverts par un schéma directeur mais en évolution rapide, les communes concernées par un plan d'occupation des sols et le cas échéant englobées dans un plan d'aménagement rural.

 

2. Z.A.D. ET RESERVES FONCIERES

Cette politique s'affirme essentiellement par l'institution de périmètres provisoires et de Z.A.D. ainsi qu'à un degré moindre par la constitution de réserves foncières soit par l'Etat, soit par les collectivités locales.

Vous vous attacherez à ce que la localisation des Z.A.D. ainsi que celle des réserves foncières se concentre, conformément d'ailleurs aux articles L. 212.1 et L. 221.1 du code de l'urbanisme, dans les zones que le schéma prédestine à l'urbanisation ou à un changement probable d'affectation de l'usage du sol à moyen ou à long terme.

Les mesures d'action foncière de ce type doivent en effet servir les objectifs d aménagement urbain arrêtés par le schéma, et vous veillerez à les y ajuster.

 

3. PROTECTION DES EXPLOITATIONS AGRICOLES

Les territoires à vocation rurale, les zones agricoles riches qui voisinent souvent les agglomérations ne doivent pas être Perturbés par l'évolution urbaine. Les exploitants attendent de la puissance publique qu'elle leur garantisse la sécurité et la stabilité indispensable au devenir normal de leur entreprise, qui exige souvent de lourds investissements. Le schéma directeur leur apporte une première certitude par l'engagement solennel qu'il représente pour les collectivités publiques, vis-à-vis de leurs actions à moyen et long terme.

Cet engagement doit être confirmé par des mesures à la fois complémentaires et concomitantes.

A. Etablissement des P.O.S.

Le plan d'occupation des sois doit confirmer la vocation agricole des terres concernées et prescrire, sur le plan juridique, des dispositions efficaces, de nature à éviter l'intrusion de l'urbanisation diffuse ainsi que toute autre sorte d'occu­pation et d'utilisation du sol susceptibles de compromettre la pérennité des exploitations. Il sera veillé à l'application de la circulaire interministérielle du 20 septembre 1974 relative à la coordination des études du P.O.S. avec le remembrement rural, ainsi qu'aux possibilités de créer et de localiser les réserves foncières par ce moyen.

B. Actions de la S.A.F.E.R.

Une fois ces mesures juridiques prises, il faut aussi restituer aux agriculteurs la liberté de transaction qu'ils ont souvent perdue lorsqu'une zone d'aménagement différé a été instituée sur ces territoires et permettre à la S.A.F.E.R. d'exercer son activité en vue de maintenir, en les renforçant les exploitations agricoles dont les propriétaires actuels ne veulent ou ne peuvent plus conserver la gestion.

Vous êtes donc conduits à réexaminer la délimitation des zones d'aménagement différé créées à ce jour, à mesure que se mettent en place les schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme et les plans d'occupation des sois et à conjuguer les efforts et les moyens d'action de toutes les collectivités publiques.

Dans la mesure, toutefois, où les Z.A.D. comprendraient encore des terrains demeurant affectés à l'agriculture, et pour lesquels les conditions locales ne se prêteraient pas à une révision de leur périmètre, il y aurait lieu d'envisager d'accorder aux S.A.F.E.R. l'exercice du droit de préemption, pour le cas où le préempteur désigné ne l'exercerait pas lui-même, par le moyen d'un décret pris par le ministre de l'agriculture sur votre avis.

C. Zones d'aménagement concerté

Les Z.A.C. doivent, en application de l'article L.122.1 ( 4e alinéa) et R. 122.20 du code de l’urbanisme, être compatibles avec les dispositions des schémas directeurs ; elles doivent également se conformer quant à leur localisation aux dispositions générales du P.O.S. A ce titre, toute Z.A.C. susceptible d'être située dans une “ zone naturelle ” du P.O.S. doit nécessairement être localisée dans la partie “ N.A. ” de cette zone naturelle, qui est spécifiquement destinée à l'urbanisation ( Circulaire Equipement N° 73.94 du 16 mai 1973 et N° 74.22 du 6 février 1974 ).

C'est à ces conditions que le caractère agricole de tous les secteurs dont le maintien à l'agriculture aura été jugé souhaitable lors de l'élaboration des documents d'urbanisme sera durablement respecté.

D. Equipements et investissements

compte tenu de l'effet direct des équipements de desserte ( voirie, eau, assainissement, électricité, téléphone ) sur l'urbanisation, il y a lieu d'en examiner les programmes en cohérence avec les documents d'urbanisme, aux fins d'adapter leur localisation et leurs caractéristiques aux affectations que ces documents établissent.

De même, l'attribution des aides financières aux investissements productifs doit tenir compte des dispositions des schémas et des P.O.S.

 

4. CONDITIONS DE MISE EN OEUVRE

La mise en oeuvre de la présente circulaire concerne des collectivités publiques, des administrations et des organisations professionnelles multiples. Elle doit par conséquent faire l'objet d'une information soutenue et recueillir un consentement général. Il faut que les politiques foncières parviennent à réduire les oppositions que suscite souvent le développement rapide des villes.

Nous vous demandons par conséquent de saisir de la présente directive les commissions locales d'aménagement et d'urbanisme, chargées de l'élaboration conjointe des schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme, de leur demander d'en étudier les modalités d'application et de se prononcer sur les propositions présentées par les administrations intéressées ( D.D.E., D.D.A.) ainsi que par leurs interlocuteurs habituels (agences d'urbanisme, chambres d'agriculture, notamment). Dans les agglomérations les plus importantes, vous vous efforcerez de susciter leur intégration dans un programme d'action foncière global.

Les administrations compétentes informeront les groupes de travail chargés de l'élaboration des plans d'occupation des sols de la présente circulaire afin que leurs travaux, qui peuvent en être d'ailleurs facilités, en tiennent compte et viennent le cas échéant, alimenter les délibérations de la commission du schéma directeur.

MM.. les préfets tiendront informés de l'application de la présente circulaire et de ses résultats les préfets de région ainsi que les chefs des services régionaux de l'équipement et les ingénieurs généraux du génie rural, des eaux et des forêts chargés de régions afin que, le moment venu nous tirions ensemble les conclusions de cette expérience, avant d'entreprendre de nouvelles actions communes.

Nous soulignons la très grande importance des principes que nous venons d'énoncer ; la direction de l'aménagement foncier et de l'urbanisme du ministère de l'équipement, la direction de l'aménagement rural et des structures du ministère de l'agriculture sont à votre disposition pour vous aider dans leur application ; il convient de les saisir chaque fois que vous le jugerez utile.

 

Pour le ministre et par délégation

Le directeur du cabinet,

Jean SRIBER

 

Pour le ministre et par délégation

Le directeur du cabinet,

GABRIEL VUGHT.