DU BIPEDE AU MILLE-PATTE
QUESTIONS SUR L'URBANISME
A. GIVAUDAN
( JUILLET 1976 )
ORIGINE ET DESTINATION
Cette très longue suite de questions avait été sollicitée
par Monsieur Eddy ROTTEMBERG, urbaniste, qui souhaitait disposer d’une base
historique sur le sujet. Les questions sont un peu redondantes quelquefois, et
les réponses aussi mais je me suis plié à l’exercice avec patience. Leur
contenu est à rapprocher de ce qu’on annonçait 6 ans plus tôt. ( Cf.#1970-06-00---E#)
Sur un seul point j’ai justifié
l’injustifiable. C’est celui des schémas directeurs,
laissés en panne, en minimisant les inconvénients de l’inversion des démarches.
Je n’étais peut être pas de très bonne foi, car je n’étais pas, à l’époque,
très satisfait de la situation.
Pour le reste, j’étais sincère et avais quelque espoir que
le bipède deviendrait un mille pattes. On était en juillet 1976 et, à ma souvenance, il n’y
avait pas trop de nuages à l’horizon. Il fallait seulement que le projet de loi
portant réforme de l’urbanisme fût voté et nous donnât la possibilité de
pousser quelques nouveaux pions.
Les réponses présentent donc un panorama intéressant d’un
moment charnière de notre action, où rien n’était gagné, mais où rien n’était
encore perdu.
Cette longue explication qui ne concède pas grand chose à
l’opportunisme du moment couvre l’essentiel des activités de la direction. Elle
est à rapprocher de ce que les “ignorantins” en disent maintenant pour justifier leur propre indigence et
faire queque illusion.
On y verra tout de même que je ne ramenais pas tout au POS
comme un débile ou un maniaque obsessionnel.
Pour information à MM. MAYET ,
ROBERT, ARROU VIGNOD, ROUSSET SIMON,
MALLET, GRAMMONT, DONZET, SALMONA, CORNUAU et UR. UT. UA
QUESTION. IL EST QUESTION DE FAIRE UN PANORAMA SUR L’EVOLUTION DE
L’URBANISME, UNE SORTE DE FRESQUE.
ANTOINE GIVAUDAN. Oui,
une fresque historique et à la fois administrative, politique et technique.
On
peut dire qu'il y a en gros, depuis la Libération, trois époques.
La première
époque est
celle de la reconstruction qui s'achève en 54. Il y a par la suite un petit
trou.
Vient
après la
seconde époque qui est la grande époque de l'immobilier et qui a
commencé vers 60 et qui s'est achevée ‑ même si les dates n'ont pas de
sens rigoureux ‑ vers 71-72. Cette époque est caractérisée par la Z.U.P.
comme instrument d'urbanisation à tout-venant. Des Z.U.P., on en a fait
plusieurs centaines. ( 1 )
( 1 ). [Au sens strict il y a eu un peu moins de 200 ZUP. (
Cf.#1973-12-31---E#). En comptant
les Zones opérationnelles d’habitat ( Z.O.H ) il en a eu bien plus. La ZUP
devait avoir plus de 500 logements. AG. 04-09-99 ]
La troisième
époque est
celle dans laquelle nous sommes entrés depuis deux ou trois ans.
Pendant la première époque, tout
était très centralisé du point de vue administratif, financier, juridique et
technique. L'Etat tenait le financement de la reconstruction, il tenait le
pouvoir et il tenait aussi la conception technique. La reconstruction a été une
période très dirigiste de l'aménagement urbain.
La seconde époque est
une période plus déconcentrée, mais néanmoins encore très centralisée aux plans
financiers administratifs et juridiques, un peu moins au plan technique.
Pendant la première époque on n'a fait que la reconstruction et le pouvoir ‑
je ne dis pas les fonctionnaires responsables à cette époque-là ‑ le
pouvoir a agi comme si, après la reconstruction, c'était fini, il n'y aurait
plus d’urbanisation. D'où ce trou entre les années 54-59 pendant lesquelles on
a radicalement réduit les effectifs du ministère de la Reconstruction, de
moitié environ. La situation est consacrée par la loi du 7 août 57, une grande loi d'orientation en matière
d’aménagement et de construction qui a, certes, apporté des innovations mais
qui. a aussi consolidé, pérennisé les structures au ministère de la
Construction qui étaient des structures provisoires, qui a créé les corps du
ministère de la Construction, qui a fonctionnarisé un certain nombre de gens en
purgeant du même coup, ce ministère de ses effectifs, de sorte qu'en 1958-59 il y
avait bien un ministère avec des corps spécifiques à cette administration mais
les effectifs étaient deux fois moins nombreux, comme s'il ne devait pas y
avoir de vague d'urbanisation.
Q. LA CONCEPTION AU DEPART, ON A PENSE UNIQUEMENT RECONSTRUCTION, C'EST
A DIRE LOGEMENT
R. Non, la reconstruction
c'était reconstruire. Le problème du logement, en soi, s'est posé juste après;
au début il se confondait avec la reconstruction. Ce n'est qu'après la
reconstruction que le problème du logement est apparu en tant tel à cause d'une
pénurie très grave.
La reconstruction
a consisté à rebâtir les villes sinistrées et à répondre aux besoins en
logements dans les villes sinistrées où il y avait un besoin parfaitement
objectif. On a reconstruit les ports, les gares, les infrastructures
importantes et les villes sinistrées.
La mise
oeuvre d'une politique du logement, essentiellement axée sur les besoins
quantitatifs a vu le jour en raison de la pénurie. On est passé à 300 000
logements fin des années 50, 400 000 en 65 et à un rythme de production de 500
000 environ par an aujourd'hui.
Q. DONC A LA FIN DE LA PREMIERE PERIODE, TOUT CE QUI TOUCHAIT AU
TRANSPORT, AUX EQUIPEMENTS LOURDS, AUX VILLES SINISTREES, ETAIT A PEU PRES
REBATI......
R. Tout a été reconstruit à peu près à l'identique, plutôt
qu'en fonction d'un développement urbain important. Il y a eu un manque de
prévisions à long terme au plan politique plus qu'administratif, comme si après
la reconstruction, les villes resteraient ce qu'elles étaient et ne seraient
pas appelées à devenir beaucoup plus importantes en volume par accroissement de
la population urbaine. Cette cécité politique n'a pas été une cécité de
fonctionnaires et d'administrations car le phénomène était facilement
prévisible. Autrement dit, on n'a pas reconstruit des villes susceptibles de faire
face à des développements importants, on a reconstruit des villes
convenablement, je crois, et dans ce sens la reconstruction n'est pas un échec
d'urbanité. Elle n'a pas
suscité de reproche ni de critique urbanistique graves. Sa conception étriquée
n'a pas une origine technique; une conception moins étriquée aurait exigé
beaucoup plus de moyens.
L'essentiel de l'instrumentation de
l'aménagement était fondée sur le permis de construire, inventé en 46, sur le
programme de reconstruction et d'aménagement analogue au plan d'urbanisme,
obligatoire dans les villes sinistrées essentiellement, appliqué et exécuté
dans les villes sinistrées ( mais beaucoup moins ailleurs ) en association avec
le
remembrement urbain, sur des financements spéciaux importants,
spécifiques à la reconstruction mais sans financements particuliers à
l'aménagement et, à partir de 54, sur une forte extension du pouvoir
d'expropriation par les collectivités publiques en vue de leur permettre de
réaliser des opérations d'aménagement.
Grosso
modo, des financements spéciaux pour la reconstruction mais pas de financements
généraux pour l'aménagement. Un plan d'urbanisme pour instrumentation mais pas
d’organisation des études susceptibles de survivre à la reconstruction,
le permis de construire et, à partir de
54, un pouvoir nouveau et considérable, celui de l'expropriation.
L’usage
de ces pouvoirs a été malaisé pendant les dernières années 50 parce qu'ils
étaient un peu neufs. Il a fallu inventer des pouvoirs financiers nouveaux. Ce
fut le Fonds national d'aménagement du territoire qui est devenu par la suite
le F.N.A.F.U. La politique des
Z.U.P. ( Zone à urbaniser en priorité ) est née dans les années 60, 61, 62;
combinée avec le pouvoir nouveau de la zone d'aménagement différé qui ouvrait
un droit de préemption pour l'Etat ou les communes dans certains territoires
qu'il était dans l'intention des pouvoirs locaux d'aménager et d'urbaniser.
Q. DONC, POUR FINIR LA PREMIERE PERIODE, ON PEUT DIRE QU'IL Y A EU UNE
RECONSTRUCTION DANS UNE CONCEPTION QUI ETAIT CELLE DE LA FRANCE DU MOMENT,
ESSENTIELL.EMENT AGRICOLE AVEC DES GRANDES VILLES, MAIS SANS QUE L’ON AIT
EXPRIME AU NIVEAU POLITIQUE L'IDEE DE L'URBANISATION EN FONCTION DES NOUVELLES
GENERATIONS DE PAYS QUI SONT DES PAYS URBAINS.
R. L'idée était dans
l'air. Ce n'était pas de l'ignorance mais de l'insuffisante volonté de prendre
en compte un phénomène qui allait se manifester et aboutir à concentrer
l’urbanisation là où il y en avait le plus et à vider la France rurale d'une
grande part de sa substance là où il y avait déjà le moins de population. Ce
phénomène-là a été décrit, il a suscité des inquiétudes et l'aménagement du
territoire a vu le jour en tant que politique autonome en 63-64, avec la
D.A.T.A.R. Par contre la politique d'aménagement urbain, à partir des années
60, s'est engagé dans la production des Z.U.P. c’est à dire de très importants
quartiers nouveaux accrochés, plus ou moins mal au bord des villes anciennes.
La Z.U.P. avait pour objet ‑ d'ailleurs le mot priorité est en soi
significatif -- de permettre l'urbanisation rapide des espaces voisins des
villes après les avoir expropriés, en utilisant d'ailleurs l'instrumentation de
1954.
Q. DANS LA Z.U.P., IL N'Y AVAIT PAS LE PHENOMENE DE LA PREEMPTION ?
R. Si, il y avait un droit
de préemption pendant quatre ans, mais en pratique les acquisitions se sont
essentiellement fondées sur l'expropriation (ou les acquisitions amiables).
A
partir de cette époque-là, la politique d'aménagement, la politique d'urbanisme est ESSENTIELLEMENT BIPEDE, un bipède qui va reposer sur la Z.U.P. qui est un pied public et sur le PERMIS
DE CONSTRUIRE qui est un pied
privé. Toute l’action du pouvoir central. jusqu'en 70 a consisté à
accélérer la délivrance des permis de construire que
chacun s'accordait à reconnaître trop lente, trop compliquée, et pratiquement
tous les ministres qui se sont succédés à la tête du ministère de la
Construction ont réformé le permis de construire ou ont essayé de réduire les
délais. Là est l'aspect privé.
L'aspect
public, ce sont les Z.U.P. qui ont eu d'autant plus de difficultés à être
conçues, à se réaliser, qu'elles étaient grosses, ( une Z.U.P. avait facilement
cinq mille logements ), que le système était centralisé au plan financier et au
plan administratif. Finalement, la priorité de l'urbanisation dans les Z.U.P.
est devenue une anti - priorité. D'ailleurs certaines ne sont pas encore
achevées aujourd'hui. ( Cf.#1973-12-31---E#) En effet faute d'être absorbée
par les Z.U.P., en chiffre de logements annuels eh ! bien la construction
s'est reportée souvent au dehors des Z.U.P. Autrement dit, la mécanique
intelligente de la Z.U.P., qui permettait de coordonner les équipements et la
construction n'a rien produit de significatif au début des années 60, elle a
commencé à produire tous ses effets à partir des années, 69, 70, 71. C'est vers
ces années là que les grandes Z.U.P. sont arrivées à maturité et ont commencé
vraiment à se voir un peu partout dans le paysage français, alors qu'elles
avaient été conçues bien souvent au début des années 60. Il faut toujours
parcourir l'histoire des phénomènes; toute une conception de l'aménagement
urbain a été en quelque sorte inscrite dans les esprits, dans les documents
puis dans l’architecture urbaine que nous voyons, au début des années 60.
Cette
conception n'est devenue vraiment visible dans l'espace qu'à la fin des années
60.
A la
fin des années 60, la Z.A.C. a pris le relais de la ZAC a pris le relais de la
Z.U.P. Elle est différente de la Z.U.P. mais procède de la même technique. A
l'époque du ministre Chalandon, le fondement de la politique d'aménagement a
été à nouveau le permis de construire qu'il a voulu d'ailleurs supprimer dans
certains cas, et la Zone d'Aménagement Concerté. On retrouve donc
pendant dix ans LE BIPEDE permis de construire, Z.U.P. ou Z.A.C.
Permis
de construire que l'on veut accélérer parce qu’on le trouve trop lent et Z.U.P.
ou Z.A.C. qu’on s’efforce de simplifier, de déconcentrer, etc auxquelles on apporte
des aménagements en matière de financement ou de mise en oeuvre mais qui
restent quand même de grosses opérations; les années 60 sont celles au cours
desquelles on ne casse de parler de l'effet dimension, des économies d'échelle,
ce qui revient tout simplement à dire que lorsqu'on travaille sur de grandes
quantités on peut faire des économies.
Pendant
toute cette période il faudrait énumérer tout ce qui n’a pas été fait, tout ce
qui est resté à l'état marginal., malgré des tentatives intéressantes. La qualité
architecturale à laquelle s'est attaché M. Sudreau dès 1960 est
certainement la préoccupation la plus connue. Ces idées ont vivoté, ont donné
lieu quelquefois à des déviations perverses. Ce fut le cas du conseil
d'architecture et d'urbanisme, ( C.A.U
) organisme central qui examinait toutes les Z.U.P. au niveau national, qui
donnait son avis sur tous les permis de construire importants, etc. qui ne
contribuait pas à alléger les procédures.
Il faut
aussi souligner que pendant ces années 6o, il n'y a pas eu pratiquement aucune politique foncière, aucun
moyen d'action foncière propre, sinon les moyens d'action foncières
nécessaires à la réalisation des Z.U.P. ce qui n'est pas à proprement parler de
l'action foncière qui prépare l'urbanisation future puisque ces moyens
servaient seulement aux besoins de l'urbanisation immédiate. L’action foncière
c’est ce qui concerne l'action future, celle qui n'est pas marquée du sceau de
l'urgence opérationnelle. La naissance des moyens d'action foncière date de
66-67 avec les crédits spéciaux et les moyens juridiques nouveaux qui résultent
de la loi d'orientation foncière. Au début ils ont été essentiellement affectés
aux villes nouvelles ainsi qu'à certaines opérations du littoral du Languedoc
Roussillon ou de la côte Aquitaine
Il n'y a pas eu pendant plusieurs années
pratiquement de politique d'information. Sans doute l'urbanisme
n'intéressait-il personne. Sans doute, les gens n'y étaient-ils pas sensibles ?
L'administration qui est naturellement discrète et les élus locaux, peu soumis
aux pressions du public n'ont pas beaucoup agi dans ce domaine.
Déclin aussi des plans d'urbanisme malgré
une réforme de 1958 qui avait déconcentré l'élaboration des plans; pratiquement
pas de crédits d'études pour les établir, pratiquement, pas d'appareil
administratif pour animer leur étude et, en définitive l'élaboration des plans
est restée un travail marginal extra - social à peine connu et souvent
discrédité par l'idée que les plans d’urbanisme n'existaient nulle part et que
par conséquent l'on ne pouvait pas trop se fonder sur eux pour faire de
l'aménagement urbain. Ignorance de l’opinion qui persiste encore et discrédit
du plan pour le décideur, dans la mesure où le décideur marchant sur LES DEUX PIEDS :"permis de construire et Z.U.P”. se passe de plan. Pour les permis de construire, il oublie volontiers les
documents d'urbanisme, il n'en a pas besoin puisqu'ils ne peuvent que gêner la
délivrance discrétionnaire des permis de construire. Il fait des Z.U.P., il est
sérieux, productif., opérationnel, il ne réglemente pas, il n'a par conséquent
pas besoin de document d'urbanisme., il réalise et il a plaqué sur les Z.UP. sans le savoir et sans le vouloir une
réglementation ultra rigide, ultra complexe, contractuelle, dont on
ne parviendra pas à se débarrasser de sitôt.( 2 )
( 2 ). [ C’est ce que certains
découvrent et déplorent aujourd’hui.A.G. 07-06-99 ]
Grande période aussi caractérisée par
une liberté architecturale complète. En effet les Z.U.P. étaient
l'occasion pour notre pays de concevoir un urbanisme complètement nouveau et
renouvelé; elles ont été confiées pour leur conception
urbaine à des architectes qui ont eu totale liberté pour concevoir
l’aménagement urbain avec les solutions souhaitées malgré le processus
administratif qui a tendance à limer l'imagination, malgré les procédures
financières qui ont tendance à différer les réalisations; les Z.U.P. ont été
réalisées sur la base des conceptions architecturales de l'époque et sur la
base des propositions des architectes, si nous constatons aujourd'hui que les
Z.U.P. ne sont pas satisfaisantes du point de vue de l'aménagement urbain, de
la conception de cet aménagement, par leur gigantisme, par leur forme, etc, on
peut le reprocher à l’Etat, aux collectivités locales, aux pouvoirs publics,
mais on doit aussi le reprocher à ceux qui ont proposé ces formes avec de
sublimes discours, qui n’ont été contestées par personne. Il aurait été de mauvais goût à l'époque de
contester ces conceptions inspirées du Corbusier que représentent toutes ces
Z.U.P. et que la société condamne à peu près à l'unanimité aujourd'hui.
Aussi, quand les architectes viennent se plaindre que les règlements empêchent
de concevoir, etc. on peut leur dire qu'ils ont eu une ÉPOQUE DE COMPLÈTE LIBERTÉ, qu'ils
ont fait à peu près ce qu'ils ont voulu, que leurs conceptions transmises dans
la réalité a donné ce que nous savons. Il faut en tirer un jugement plus modéré, sur le
savoir-faire et le résultat que donne ce savoir-faire de l'homme de l'art quand
il peut exercer souverainement ses facultés.
Q. Y AVAIT-IL DES PLANS POUR LES Z.U.P.
?
R. Il y avait des plans
de masse, c'est à dire le dessin des futurs bâtiments. Il y avait aussi l’architecte en
chef de la Z.U.P. chargé de veiller à ce que l'on exécute
correctement le plan de masse quand les constructions étaient confiées à
d'autres architectes qui venaient construire dans la Z.U.P. L'architecte en
chef était en sorte le surveillant de la Z.U.P. avec la collectivité.
Q. AU DELA DE TOUT CELA, QUELLES SONT LES PRINCIPALES CAUSES DE L’ECHEC
DES Z.U.P. DANS QUELLE PART CELA, TIENT-IL A LA CONCEPTION DE DEPART QUI
CONSISTE A RACCROCHER UN BALLON AU BOUT D'UNE FICELLE A COTE DIUNE VILLE?
R. C'est une erreur de conception d'aménagement qui n'est pas imputable
aux architectes. Ce n’est pas de leur faute si on a voulu faire une Z.U.P.
de cinq mille logements à coté d'une ville de dix mille habitants. C'est une
conception de l'aménagement qui s'est avérée erronée mais à l'époque elle
paraissait bonne. L’erreur était de croire cette conception universelle. Elle
est peut-être bonne dans certains cas, elle est mauvaise dans d’autres. Mais il
faut bien penser à la cause suprême qui est dans les urgences et la priorité
qui font qu'on ne chipote pas trop sur la conception de l’aménagement; quand on
a besoin de dix mille logements pour loger des habitants et qu'on a l'occasion
de faire une opération sur cent hectares.
La
cause profonde est évidemment la. croissance de la population en valeur absolue
à quoi s'ajoutent les migrations vers les villes qui ont accentué
l'accroissement des populations dans certains territoires urbains.
L'industrialisation est aussi responsable dans la mesure où elle a fourni des
emplois dans les villes et a permis d’en supprimer dans les campagnes, puisque
quand on mécanise le travail à la campagne on a moins besoins d'agriculteurs.
Q. DE MEME, EST-CE QU'II N'Y A PAS UNE SECONDE CAUSE A L’ETAT DES Z.U.P.
QUI SERAIT LIEE A L’INDUSTRIALISATION DU BATIMENT ? SI ON A CHOISI DE FAIRE DU
GIGANTISME, EST-CE QUE CE N'EST PAS PARCE QUE L’ON A PENSE QUE CELA COUTERAIT
MOINS CHER ?
R. Toute l'action administrative de l'Etat a consisté à
inciter les industriels du bâtiment à se doter d'un appareil de production de
masse industrialisé ou semi-industrialisé, etc., capable de produire des objets
que la technique ancienne du bâtiment était inapte et incapable de produire.
La reconstruction n'a pas été faite avec ces techniques, elle a été faite avec
des moyens traditionnels, alors que les Z.U.P. ont été l'occasion d’un
renouveau de l'industrie du bâtiment, avec la rationalisation qui en découle et
en contre -coup les effets radicaux et visibles que
cette rationalisation peut avoir sur la forme urbaine qui se stéréotype et se
banalise au point que toutes les Z.U.P. se ressemblent
Q. EST CE QU'IL N'Y A PAS NON PLUS UNE AUTRE EXPLICATION. EST-CE QU'ON
N’A PAS CONCU UN MODELE DE Z.U.P. ACHEVE ET QUE TANT QUE CE MODELE ETAIT LOIN
DE L'ACHEVEMMIT, CELA DONNAIT QUELQUE CHOSE D'INVIVABLE ?
R. C’est peut être une des
causes de l’échec, mais ce n’est pas la seule, car les Z.U.P. ont beaucoup
évolué depuis leur conception jusqu'à leur résultat final.
Q. POURQUOI LES CONSTRUCTEURS PRIVES N 'Y SONT-ILS PAS ALLES ?
R. Pour plusieurs
raisons. D'abord parce que la puissance publique ( malgré le caractère semi-privé des
sociétés d’économie mixte ) n'a pas été capable d'offrir sur le marché, assez
rapidement, des terrains à bâtir dans les Z.U.P. Ce n'est pas parce
que l'on a décidé de créer une Z.U.P. qu’un an après on est capable de fournir
à des constructeurs cent hectares à construire.
Il
fallait acquérir les terrains, réaliser les réseaux, les infrastructures, etc.
ce qui est long, et il fallait malgré tout construire. Par conséquent il y
avait bien des terrains à bâtir potentiels dans les Z.U.P. mais ces terrains n'étaient pas mis sur le marché.
Au
surplus, le système administratif du point de vue de sa gestion, impose des
contrôles qui permettent de vérifier en particulier, puisque les terrains
avaient souvent été expropriés, les prix de vente des logements construits dans
les Z.U.P. Ces contrôles ne sont pas faits pour attirer les investisseurs privés qui
souhaitent naturellement réaliser un maximum de bénéfice. Ainsi, quand on
cumule le contrôle des bénéfices et les difficultés liées à la
commercialisation des terrains, il ne faut pas s'étonner que les investisseurs
privés ne s'y soient pas rués. Il fallait cependant mettre des logements dans
les Z.U.P. car c'est bien pour cela qu'on les avait créées. On y a donc mis des
logements sur lesquels la puissance publique a des pouvoirs, c'est à dire des
logements sociaux, des logements aidés. Et plus
la Z.U.P. devient sociale moins elle attire les logements d'une autre
catégorie. Le phénomène ségrégatif est quasi inévitable. La réalisation
des équipements a souvent été difficile. Les logements pouvaient les précéder.
Quelquefois on ne les a pas réalisés après; on n'a pas toujours eu les
financements quand il fallait. Mais ces défauts ne sont pas aussi déterminants
qu'on le croit car ce serait sous-entendre qu'à l'extérieur des Z.U.P. il y
avait tous les équipements nécessaires; or, on a construit beaucoup à l'extérieur
des Z.U.P. dans des conditions encore bien plus discutables du point de vue des
équipements que dans les Z.U.P. elles-mêmes.
Le
problème des équipements est un problème qui a mieux été résolu, me
semble-t-il, dans les Z.U.P. sur le plan quantitatif, qu'à l'extérieur. Et à
cet égard les ZU.P. actuelles ne sont pas catastrophiques du point de vue des
équipements. Elles sont plutôt critiquables du point de vue de la sociologie urbaine,
de la perception
urbaine et de l'art de vivre urbain; les gens n'y trouvent pas ce
qu'ils attendent de la ville. Aussi, à défaut, ils préfèrent une maison
individuelle qui répond à 80 % de leurs aspirations, de même qu'ils ont un
genre de vie qui répond à 80 % de leurs aspirations quand ils habitent dans les
villes anciennes, très denses et chargées d'autres inconvénients; dans la Z.U.P. ils ne trouvent pas une part suffisante de bien être urbain pour être satisfaits.
L'évasion
naturelle à l'égard de ce type d'habitat urbain, aboutit à ce qu'aujourd'hui il
y a beaucoup de logements libres dans les Z.U.P. Les gens sont dans les Z.U.P.
parce qu'ils ne peuvent pas être ailleurs, mais dès qu'ils le peuvent, ils s'en
vont.
Voilà
donc dix années d'efforts considérables; les ministres qui se sont succédé
n'ont pas lésiné sur leur énergie, mais VIVANT SUR DEUX PIEDS ( le
permis de construire et la Z.U.P.) ils ont en quelque sorte restreint
leur champ d'appréhension du phénomène urbain et laissé échapper d'innombrables
problèmes. Un homme comme M. PISANI avait une conception beaucoup plus
complète, totale de l'aménagement urbain et de 1'urbanisme. Ses initiatives (
comme la loi d'orientation foncière de 67, etc.) ont injecté un droit nouveau
et une idéologie nouvelle dans l’aménagement urbain; elles ont conduit à une
conception plus globale de l’aménagement, à une conception plus complète
territorialement.
Les
schémas directeurs, les P.O.S. et combien d'autres dispositifs au delà de leur
contenu technique, peuvent apporter une pratique sociale nouvelle si cette
pratique sociale se met en place et prospère.
Cette
injection en 67-69 aurait pu n'être qu'une injection juridique. Elle fut
beaucoup plus sur le plan politique, sur le plan des moeurs, de la société et
de l'opinion, d'où ‑ sans qu'il y ait une corrélation directe ‑
l'apparition de plus en plus nette d'une sensibilité de l’opinion publique aux
problèmes d’aménagement à partir de la loi d'orientation foncière. Si on
comparait la presse avant la loi et après la loi, on verrait que la chronique
des journaux dans ce domaine s'est étoffée considérablement. En 61, il n'y
avait pratiquement rien sur l'aménagement dans les journaux; en 68-69 il y en
avait beaucoup plus dans leurs colonnes. C'est quand même phénoménologiquement
un indice révélateur.
Q. EST-CE QUE CELA NE DATE PAS DE LA
CREATION DU MINISTERE DE L'AMENAGEMENT
R. La création du
ministère de l’Equipement a été une opération sans signification sensible pour l'opinion.
Elle a eu par contre des retentissements très profonds dans l'administration de
l'Etat tout entière au delà des deux administrations concernées: travaux
publics et construction; à l'extérieur elle n'a pas été perçue comme une
rénovation. En revanche, ses effets ne devaient pas se faire attendre trop
longtemps; le fait de confier à l'administration personnalisée par les Ponts et
chaussées, la majeure partie de l'urbanisme, pouvait paraître ‑ et à cet
égard ce n'était pas inexact ‑ procéder de
l'idée ou de la volonté de confier la conception de l'aménagement de la ville à
un corps de techniciens et non pas à un corps technique artistique.
On
oppose quelquefois un peu sommairement la conception de l’ingénieur
et la conception de l'architecte dans l'aménagement urbain. Les architectes ont
vu un corps d'ingénieurs s'emparer de tout un domaine qui jusqu'à présent était
plutôt le leur et qui, il faut le reconnaître, reste encore dans les autres
pays entre leurs mains. La France a cette originalité que l'administration de
l'aménagement urbain, de l'urbanisme ‑ je ne dis pas de l'architecture ‑
pour ce qui est de l'Etat est confié à un corps composé en majorité
d’ingénieurs, donc de gens qui sont présumés ne pas avoir la sensibilité de
l'architecte, ce dont je me permets quelquefois de douter dans la mesure où la sensibilité n'est quand même pas une
qualité de l'homme qui s'acquiert uniquement dans les écoles et dans la mesure
où les écoles, quelles qu'elles soient, ne sont pas nécessairement de
considérables pourvoyeuses en sensibilité.
Q. CE QUI FAIT LA QUALITE DE L’ARCHITECTE N'EST PAS UNIQUEMENT SA
SENSIBILITE MAIS EGALMENT LA CAPACITE QU’IL A A CONCEVOIR LES VOLUMES ?
R. Les architectes ont conçu en volumes dans les Z.U.P. et on a
vu qu'ils avaient une conception qu'on prête volontiers aux ingénieurs réputés
dit-on, pour leur amour des travaux géométriques d’envergure
.
Q. AVEC 67, APPARAISSENT LES Z.A.C.
R. Oui, ce problème des
Z.A.C. il ne faut pas l'exagérer. On a beaucoup parlé des Z.A.C. mais en vérité
le phénomène était exactement le même que celui des Z.U.P. Il y a eu un immense malentendu collectif, politique
et social, sur les Z.A.C. S'il n'y avait rien eu dans la loi d'orientation foncière
sur les Z.A.C. on aurait tout de même fait la politique des Z.A.C. qui a été
menée après 67. Les Z.A.C. n'ont pas apporté de novations, elles ont
apporté une mise en ordre du système d'élaboration des
grandes opérations; cette clarification juridique n'est pas en elle-même
porteuse d'idées. Ce n'est que parce qu’on a mis derrière le concept
relativement neutre de la Z.A.C., des idées et une politique que, finalement, on
a beaucoup parlé des Z.A.C. Mais ,on aurait pu mettre les mêmes idées, la
même politique derrière le concept de Z.U.P. ou de quelque chose qui s'en
serait rapproché sans en avoir le nom.
Q. VU DE L'EXTERIEUR, LES Z.U.P. SE FONT A L'EXTERIEUR DU TISSU URBAIN
ET LES Z.A.C. SE FONT A L'INTERIEUR.
R. Elles se font partout.
La Z.A.C. est un instrument juridiquement unifié de l'opération d'urbanisme. Il
peut servir au dedans ou au dehors de la ville, etc. la Z.U.P. a eu une
utilisation plus extérieure parce qu'on l'a spécialisée dans le champ
territorial de la périphérie. Mais en fait, dans les villes, on a fait des
opérations de rénovation urbaine qui, sous un régime juridique différent, aboutissent à
remplacer un tissu urbain existant par quelque chose qui est voisin,
architecturalement parlant, d'une Z.U.P. On a fait de la Z.U.P. à
l’intérieur des villes par la rénovation urbaine avec une procédure, qui est
celle de la rénovation urbaine mais qui peut aujourd'hui être aussi celle des
Z.A.C. Il ne
faut pas confondre l'instrumentation qui est une sorte de moulin, avec le grain qu'on y met et la farine qui en sort, le
pain qu'on en fait.
La législation, il faut la concevoir
comme un moulin. C'est le moulin qu’on voit, qu'il y a dans les
lois et qu'on discute au parlement; c'est ce qu'on voit dans les actes
administratifs que l'on attaque et que les tribunaux annulent. On tend alors à
transférer sur l'objet saisissable au plan juridique, au plan du droit, toutes
les insatisfactions, tous les drames, alors que les malheurs proviennent
beaucoup plus de la matière, du grain et de la façon de le moudre ( 3 ). Je veux dire par là qu'il ne faut pas parler des
Z.A.C. en tant qu'instrument, mais en tant que politique, il ne faut pas parler de Z.U.P. en tant qu’instrument mais
en tant que politique. On aurait dit qu'il fallait faire de petites Z.U.P. au
lieu d'en faire de grandes, çà c'était la politique. La conception
des grandes Z.U.P. pouvait se justifier en 60-65 pour des raisons variées. J'ai
entendu des hommes éminents se réjouir, s’extasier devant le fait qu'on faisait
des Z.U.P. de dix mille logements. Ils considéraient cela comme un progrès.
C'était indiscutable à l'époque. Aujourd'hui on condamne cette conception. Pourquoi a-t-on trouvé
que c'était bien d'agir ainsi à. cette époque et pourquoi trouve-t-on que c'est
mauvais aujourd'hui. Peut-être parce qu'on en voit les résultats. Là est la
vraie question.
( 3 ). [ Nous
sommes dans un moment de ce type singulier. Insatisfait de l’évolution urbaine
on va s’en prendre aux instruments qu’on qualifie de vieillis ou d’obsolétes,
datant d’une époque différentes ( on brandit alors les “trente glorieuses” qui
expliquent tout ). On se garde bien de s’en prendre à la décentralisation de l’urbanisme qui a rompu la marche lente du progrès dans la meilleure utilisation de ces instruments. A.G.
08-08-99 ]
De
même, aujourd’hui on se lance dans de nouvelles opérations plus fines, plus
subtiles, plus délicates qu'on critiquera peut-être dans dix ou quinze ans. On
ne pourra pas nous reprocher en 1987 d'avoir eu cette conception. Il fallait
bien en avoir une, et il n'est pas très anormal qu'elle soit en réaction avec
la précédente. Dans les années 60 il y a eu une résurrection productiviste, expansionniste
en réaction à une période non productiviste. C’est ce qu'il faut
voir. Il aurait été rétrograde en 1960 de dire : il ne faut pas faire de
“ grandes
choses ”, alors que toute la société frappait aux portes pour
avoir des logements. Il fallait répondre par la quantité. On a produit cette
quantité comme on a pu et je crois que sur le plan quantitatif c'est une
réussite.
Q. POLITIQUEMENT QUELLE EST LA DIFFERENCE ENTRE LES Z. A.C. ET LES ZUP
ET QUELLE EST LA NOVATION ?
R. Il n'y a pas de
novation. Il. y a simplement qu'un ministre, M Chalandon, a fait beaucoup
de publicité pour les Z.A.C. Par conséquent, la Z.A.C. s’est mise à exister dans
l'opinion. On a vu par la suite les Z.A.C. se réaliser; on peut en
critiquer certaines. On les a vues aussi se localiser un peu n'importe où. La loi n'oblige
pas à les faire n'importe où, bien au contraire. Par conséquent
double critique, critique de localisation et critique
de contenu qui se reportent sur l'instrumentation. Mais la Z.A.C. en
tant qu'instrument est irremplaçable, l’important est de la domestiquer.
L’obusier de 105 est un instrument remarquable pour des soldats,
mais il faut qu'il tire sur l'ennemi. Il en est de même pour les Z.A.C. Quand
on laisse croire qu’elles peuvent se localiser n'importe où, en chantant leurs
vertus parées de l'idée contractuelle, quand on clame que chaque fois qu'il y a
un problème on peut le résoudre par une ZAC.
Q. QU'A-T-ON VOULU FAIRE AVEC LES Z.AC.
?
R. On a perpétué l'idée productiviste
: produire du logement, jumelée à l'idée contractuelle à la mode.
Q. EN QUOI CELA DEVAIT-IL ETRE MEILLEUR
QUE LA Z.U.P. ?
R. Il n’était pas dit
que ce serait meilleur. La Z.A.C. est supérieure, du point de vue
administratif à la Z.U.P. parce qu'elle est plus simple plus déconcentré. Mais la déconcentration, la même simplification auraient
touché les Z.U.P. si la notion de Z.A.C. n'était pas née. Cette
déconcentration et cette simplification n'ont pas été décidées spécialement
pour les Z.A.C. Elles ont été appliquées aux Z.U.P. qui existaient encore à
cette époque et qui ont existé jusqu'au décret récent qui les a supprimées. La
déconcentration qui a été, je crois, un fait majeur, ainsi que les
simplifications de procédure n’ont pas été à l'origine de la création de la
Z.A.C. C'est le grand mouvement de déconcentration qui
a marqué les années 69 et 70 qui en est la cause. Ce mouvement a
bénéficié à la Z.A.C. mais celle-ci n'a pas été la cause de ce mouvement de
déconcentration.
Sans ce
mouvement de déconcentration, la Z.A.C. aurait ressemblé comme une soeur jumelle à la
Z.U.P. Là est l'énorme malentendu. Si la loi n'avait pas créé la
notion générique de Z.A.C., les critiques faites à l'opération d'urbanisme mal
greffée sur la ville dans des conditions discutables et de dimensions
discutables, auraient été faites aux Z.U.P.
Q. LA Z.A.C. N'A DONC APPORTE AUCUNE CONCEPTION NOUVELLE DANS LE
DEVELOPPEMENT URBAIN ?
R. Non. c'est ma thèse. Elle a entraîné parfois des déviations
parce qu'on pensait qu'on pouvait faire beaucoup de choses par la voie de le
Z.A.C. en
s'émancipant de certaines contraintes et en évitant d'obéir à certains
impératifs d’aménagement. On disait “ la Z.A.C. abroge le P.O.S. ou le plan
d'urbanisme ” quelle commodité de ne pas obéir aux orientations
et aux impératifs édictés par le Plan d'Occupation des Sols ! !.
C’est un faux problème, une fausse argumentation puisque les P.O.S. n’existant
pas en 69, 70, 71, la Z.A.C. n’abrogeait rien du tout quand on la créait. Le
jour où les P.O.S. ont commencé à naître, on a dit “ Pas de P.O.S., pas de Z.A.C. ”
( Cf.#1974-02-06---E#)
et on dit maintenant “ Il n’y aura de ZAC que là où les P.O.S. le permettent".
La subordination,
la domestication de la Z.A.C. à une conception plus globale et plus vaste de
l'aménagement d'un espace donné, ont été progressivement introduites au moment
où il devenait possible de faire. Mais en 69 il n'y avait pas de
P.O.S. Il n'y avait pratiquement pas de plan d'urbanisme; quand il y en avait.
ils étaient dépassés depuis longtemps puisque datant de 63-64 et conçus encore
dans une optique étriquée, héritée d'une époque antérieure. Parce que
l'urbanisation a explosé dans tous les sens et parce qu'elle a explosé
légitimement dans certains cas, l'opinion a perçu qu'elle pouvait exploser
légitimement partout. Et une part de l'opinion s'en est émue et a accusé la Z.A.C.
Q. IL RESTE QUAND MEME QUE LORSQUE LES P.O.S. ONT COMMENCE A EXISTER
DANS LA PRATIQUE, CHAQUE FOIS QUE L'ON AVAIT BESOIN DE S'ARRANGER SUR LE
TERRAIN, ON DECOUPAIT UN TROU DANS LE P.O.S....
R. Il n'y a rien d'anormal à cela parce qu'il y a des zones
dans un P.O.S. qui sont faites en quelque sorte pour recevoir l'urbanisation
future et dans lesquelles on empêche de bâtir pour justement pouvoir mieux y
bâtir plus tard. Mieux y bâtir plus tard ce n'est qu'une question de modalités.
Ou bien c'est la puissance publique qui décide de prendre en main
l'urbanisation et elle utilise l'instrument qui est fait pour cela, c'est à
dire la Z.A.C., qu'elle le fasse directement ou qu'elle en confie l'exécution à
quelqu'un du secteur privé. Ou bien elle estime, au contraire, que cette
urbanisation est du ressort spontané des agents économiques et elle modifiera
le P.O.S. sur cette zone promise à l'urbanisation pour qu'elle s'urbanise
;qu’on ait une densité de deux dans une Z.A.C. ou qu'on ait une densité de deux
dans le P.O.S. dans une zone destinée à l'urbanisation future qui vient d'être
ouverte à l'urbanisation; qu'on ait obtenu cette densité de deux, soit par
modification du P.O.S. soit par création de la Z.A.C. peu importe; du point de
vue du résultat urbain, il n'y a pas de différence. Le problème est de savoir s'il faut une
densité de deux et quelle forme lui donner.
Q. LE PROBLEME C’EST QUE LE P.O.S. DEGAGE UN ESPRIT DE CE QUE DOIT ETRE
LA VILLE. IL DEGAGE UNE CONCEPTION. A PARTIR DU MOMENT OU ON DECOUPE UN TROU
DEDANS ET QUE DANS CE PETIT CARRE ON NE MAINTIENT PAS LE MEME ESPRIT, LA MEME
CONCEPTION A QUELQUES DETAILS PRES, ON A CHANGE DE CONCEPTION.
R. Je prends un autre
exemple. Il y a une zone d'urbanisation future. Le P.O.S. dit : interdit de
bâtir. On décide à un moment donné d'urbaniser. Je peux décider par
le P.O.S. de faire des tours de cent mètres de haut dans cette zone et je peux
aussi faire une Z.A.C. avec des tours de cent mètres de haut. Quelle est la
différence entre le P.O.S. et la Z.A.C. ? Il n'y en a pas, pour cette partie du
territoire où le droit a été changé, à partir de l'instant où on a décidé d’urbaniser
cette zone.
Par conséquent, il ne faut pas imputer
à la Z.A.C. pas plus qu’au P.O.S. d'ailleurs, la qualité défectueuse le
l'urbanisation. IL NE FAUT PAS IMPUTER LA FAUTE AU
MOULIN, A L’INSTRUMENT, IL FAUT L'IMPUTER A CEUX QUI CONÇOIVENT
LA VILLE, qui ont cent hectares à urbaniser et qui, tout d'un
coup, décident d'y faire des tours de cent mètres de haut. Que ces tours,
soient faites par la voie d'une Z.A.C. ou par la voie d'une modification du
P.O.S., je n'y vois pas la différence. Je dirais même qu'il vaut mieux choisir
la Z.A.C. parce qu'elle apporte une garantie de coordination meilleure à
l'intérieur de l'opération. Mais l’instrument n'apporte jamais la garantie que cette
urbanisation nouvelle s'incorporera à la fois physiquement,
géographiquement et sociologiquement par ses
équipements à la ville ancienne. C'est un art nouveau à pratiquer.
En 1973
on a pensé qu'il était difficile d'incorporer intelligemment, sous tous ces
critères, une grosse opération de deux mille à trois mille logements. On a donc
dit : vous ne
ferez que des petites opérations. Effectivement on a plus de
maîtrise technique, financière, et dans le temps sur de petites opérations de
cinq cents logements. Elles sont plus faciles à raccorder, à agencer à la ville
ancienne. On aurait pu y penser plus tôt direz-vous.
Q. CETTE IDEE, EN 1973 CORRESPOND A QUOI
?
R. Cette idée est dans la
circulaire de M. Guichard du 21 mars 73 sur la dimension des Z.A.C. des grands
ensembles ( Cf.#1973-03-21---E#); elle complète celle de 1971 de M.
Chalandon qui dans une circulaire sur les tours et les barres, s'est attaqué au
gigantisme formel des bâtiments. ( Cf.#1971-11-30---E#). La circulaire
Guichard attaque le gigantisme opérationnel parce qu'on peut faire dix mille logements
avec des bâtiments de trois niveaux, sans barre et sans tour. Mais faire dix
mille logements de cette façon là c’est encore de la folie à cause du temps
qu'il faut pour en venir à bout et de la difficulté à greffer, à coordonner,
etc., l'opération sur la ville.
La
circulaire ordonne : "faites de petites opérations limitées à mille logements ”.
Elle annonce la conception nouvelle qui résulte d'une prise de conscience. Le
gigantisme formel et ponctuel est condamné, puis le gigantisme opérationnel, même
s'il ne contient pas en lui-même de gigantisme formel, l'est aussi; on l'a dit
parce qu'il devenait possible et nécessaire de le dire. Il s'agit de deux
orientations nouvelles, fondamentales, qu'on nous
reprochera peut être dans dix ans. Il ne faut pas avoir trop
d'illusions. On croit dire vrai puis on passe pour d'affreux timorés, pour les
gens qui ont condamné l'évolution de la technologie du bâtiment en introduisant
des constructions moins hautes, qui ont paralysé le développement de grands
opérateurs immobiliers en empêchent les grosses opérations, qui ont paralysé
les génies de l'architecture....
On
pourra critiquer cette politique mais du point de vue urbanistique, les
opérations plus modestes sont plus faciles à diriger, à gérer. On croit qu'il y
a qu’il y a une part de vérité dans cette politique. On le croit d'autant plus
qu'on a essuyé à la fois les difficultés des grandes opérations et les erreurs
physiques et sociologiques des bâtiments importants.
Q. C'EST AUSSI A LA LIMITE UNE QUESTION DE PRUDENCE CAR QUAND ON SE
T'ROMPE SUR MILLE LOGEMENSTS C'EST MOINS GRAVE QUE SUR DIX MILLE. DONC
MAINTENANT, ON ENTRE DANS LA TROISIEME PERIODE ?
R. Oui, dans une troisième période qui n'hésite pas mais qui se
forme. La période actuelle, qui a commencé en 71 et qui ne poursuit aujourd'hui
dans la continuité ( mais qui pourrait s'interrompre car on n'est jamais à l'abri d’un arrêt,
d’un changement de direction, de ligne ) se caractérise, en opposition au bipède, par la
naissance enfin d’un HEXAPODE. On n’en est pas encore au Mille-pattes, mais enfin le stade de
bipède est dépassé. Celui du quadrupède aussi. La politique d'aménagement n'est plus fondée sur cette dualité sommaire, misérabiliste,
faite du permis de construire d’un côté ( l’individu) et la Z.U.P. de l'autre; elle se fonde sur une pluralité de politiques qu'il faut mettre en
oeuvre et combiner.
En
quelques années, à le. suite d'actions invisibles, bien des choses ont changé.
Elles ont changé d'abord en cela du fait de la fusion Ponts et Chaussées ‑
Construction qui a donné à la base un appareil administratif capable de
travailler. Elles ont changé aussi par le fait que les crédits d’études, c’est
à dire l’oxygène
de l'organisme administratif, ont, considérablement augmenté. (
Entre 65 et 75, les crédits d'Etat ont été multipliés par sept ou huit. De dix à douze
millions par an, ils sont à plus de cent millions par an). On passe de moyens qui permettaient de
s’amuser quelque part à des moyens qui permettent de travailler partout.
Je dois dire et c'en est une conséquence et un signe, que pour des
collectivités locales les crédits sont passés de zéro à autant que l'Etat.
L'Etat investit 100 millions et les collectivités locales presque autant chaque
année.
Il y a là, prise de conscience des collectivités intelligentes qui
s’aperçoivent que pour agir il faut penser, que pour penser il faut de
l'oxygène et que cet oxygène est dans les crédits, bien sûr. C'est aussi la mise en
place, prudente, lente et difficile des agences
d’urbanisme dans les grandes agglomérations, qui ont donné un appareil d'études
indépendant de l'Etat, relativement indépendant des collectivités locales du
point de vue intellectuel et susceptible de travailler sur tous les problèmes
d'aménagement. Actuellement il y en a vingt quatre. Leur création a commencé en
67-68. L’Etat n'a pas le pouvoir d'obliger les collectivités locales à payer un
organisme d'études où il paie à peu près le tiers des dépenses. VOICI DONC LA PREMIERE PATTE NOUVELLE, celle du financement des
études, des institutions chargées de les faire, dans de bonnes conditions
d'unanimité avec les collectivités locales ( car sinon l'agence ne se fait pas
ou meurt ). Il y a des agences qui sont mortes parce qu'elles ne réunissaient
pas ces conditions, elles n'avaient pas la possibilité de survivre faute de
consensus local. Par contre, beaucoup d'autres sont aimées, estimées et
finissent par produire ce dont le décideur local, qu'il soit dans la
collectivité locale ou qu'il soit dans l'Etat, a besoin.
Une
agence change considérablement les choses. Ce changement se manifeste par le
financement croissant pour les collectivités locales des études d'urbanisme.
Quand une commune ne paye pas d'études, elle ne n'y intéresse guère. Quand elle
en paye, elle prouve qu'elle s'y intéresse et elle s'y intéresse doublement
parce qu'elle veut aussi savoir ce qui est fait avec ses fonds. Le contrôle des
dépenses des collectivités est plus serré que celui de l’Etat car les seuls
contrôles qui pèsent sur les dépenses de l’Etat, sont des contrôles
administratifs lointains :Cour des Comptes, inspection des finances,
contrôles administratifs divers, le contrôle politique parlementaire ne peut
pas entrer dans le détail des dépenses d'un organisme local, sauf exception.
UNE TROISIEME POLITIQUE EST DANS L'ETABLISSEMENT DU DOCUMENT
D'URBANISME.
Je
dirais que la
politique du document d'urbanisme permet de voir le développement urbain dans
l'espace. Il permet aussi de le voir dans le temps; il permet enfin de, le
confronter avec des exigences autres que les seules exigences urbaines, avec
les problèmes ruraux, agricoles, avec les problèmes de grandes infrastructures,
avec les problèmes de pollution, avec les problèmes énergétiques, de ressources
du sous-sol, avec les problèmes d'écologie. Avec le document on a l'occasion d'arbitrer
entre ces préoccupations contradictoires sans être chaque fois sous le feu de
l'urgence, sous la pression d’une décision qu'il faut prendre dans des délais
très brefs.
Du même
coup, les responsables se donnent du temps pour décider, si tant est que
l'élaboration suit un rythme à peu près normal et ne conduise pas à tout
paralyser pendant, qu'elle se fait et ne conduise pas non plus à faire
n'importe quoi rapidement avant son établissement.
Il y a trois déviations à
éviter. La première est la paralysie : puisqu'il n'y a pas de
document, on ne fait rien; elle est rare. L'autre déviation est au contraire : faisons vite;
elle l'est aussi. La
troisième est d'admettre tout ce qui se présente sans trop se soucier du
document qui se prépare. C'est le risque majeur.
Sur
le plan technique, l'établissement du document est une occasion vraiment unique
pour les collectivités locales et pour les administrations de ne pas se donner
d'excuses plus tard, puisqu'elles auront vu les problèmes, pour é1uder les
problèmes. Sur
le plan psychosocial, l'élaboration est une psychothérapie de groupe.
C’est vraiment, pour la première fois dans la société locale, une promiscuité,
des échanges, des discussions sur un objet largement ouvert. Des
gens qui s’ignorent souvent ou qui. ne se voient habituellement que sur des
enjeux brûlants, précis et ponctuels, des gens qui sont à la fois dans
l'administration et des élus finissent par se connaître et se comprendre. C'est
encore une ouverture, sous la
pression des réalités, vers l'extérieur, vers la population, vers la société
qui elle aussi s’intéresse aujourd'hui aux problèmes d'aménagement, un peu plus
qu'hier. Autrement dit, la politique du plan d’urbanisme a un double aspect ‑
prise de conscience technique et prise de conscience politique et sociologique
qui changent radicalement les conditions de la décision d'urbanisme.
Nous avons déjà quatre pattes le permis des construire, la Z.A.C., l'organisation
des études et les documents d'urbanisme.
Q. LES AGENCES D'URBANISME DONT VOUS PARLIEZ TOUT A L’HEURE SONT
CHARGEES D’ETUDIER LES OPERATIONS PRATIQUES ?
R. Dans l'établissement
d’un documents d’urbanisme ( et des P.O.S. en particulier ) les agences
d'urbanisme ont évidemment le premier rôle. C'est à elles qu'il revient de
fabriquer les documents cela signifie que la maîtrise de l'étude passe de
l'Etat à un organisme commun à l'Etat et à la collectivité locale.
CINQUIEME PATTE MAINTENANT : LA POLITIQUE FONCIERE qui. a vu le jour en 1967 avec la LOF (loi
d'orientation foncière). La politique foncière pour exister a besoin de deux
choses : elle a besoin
d'argent et elle a besoin d’instruments. Il faut comparer la
politique foncière à un réservoir et des tuyaux. Si on a beaucoup d'eau
dans un réservoir sans avoir les tuyaux on ne peut irriguer. Si on a les tuyaux
sans avoir de liquide dans le réservoir, on ne peut pas irriguer non plus.
Actuellement, la politique foncière a tous les tuyaux qu'il lui faut mais les
réservoirs sont un peu vides. Néanmoins, la politique
foncière qui est née avec l'expropriation en 54, avec les Z.A.D. en 62,
atteint aujourd’hui une maturité à peu près complète. Elle est sortie du stade
marginal, elle
devient aussi une politique globale, mais ce qui est intéressant
c'est quelle ne devient pas une seconde globalité en soi. Sa globalité dérive
du schéma directeur d'aménagement d'urbanisme ou du P.O.S. Autrement dit, la
politique foncière devient de plus en plus conçue comme un moyen de mise en oeuvre et
d'explicitation des options arrêtées dans un S.D.A.U. ou dans un P.O.S.
La
coordination, l'articulation avec la politique documents d'urbanisme prennent
corps : l'action d'affecter l'espace c'est le rôle des documents d’urbanisme ‑
et la prise
de possession d'une partie de cet espace par les collectivités,
c'est l'action foncière. Cette articulation se manifeste dans les programmes
d'action foncière établis eux aussi par les agences d’urbanisme là où elles
existent. Puisqu'on a l'instrument qui a établi le S.D.A.U. qui a fait les
P.O.S. donnons lui l'occasion de proposer la mise en oeuvre foncière qui est
aussi administrative, juridique, financière. Les Z.A.D. sont à revoir dans
beaucoup d'endroit; ici on a trop "zadé" ou ailleurs pas assez; la
politique des emplacements réservés aux équipements par les P.O.S. et de leur
acquisition pour disposer de ces emplacements et éviter aux gens qui sont
touchés par ces emplacements réservés d'en pâtir ( par conséquent d'atténuer
les frictions sociales ) est à développer. La politique des zones
d’intervention foncière qui permettra dans des villes où il y a un P.O.S. rendu
public de surveiller les mutations dans les zones urbaines et éventuellement
d'acquérir certaine immeubles se met en place. Ces politiques foncières peuvent
être fortement amplifiées par les possibilités qui. ont été, en 1971, données
aux communes d'emprunter de largement pour réaliser des réserves foncières, par
prêts de la C.A.E.C.L. C’est le liquide qui commence à couler dans les tuyaux;
autre liquide, les crédits budgétaires qui aujourd’hui peuvent être accordés,
en subventions aux collectivités. L'entière maîtrise d'oeuvre de la politique foncière
passe à la collectivité locale qui établit un programme d'action foncière.
Q. COMBIEN Y A-T-IL DE VILLES QUI ONT FAIT LEUR PROGRAMME D’ACTION
FONCIERE ?
R. Il y en a cinq ou six en cours d'élaboration. le
problème est de parvenir à ce que tous ces crédits et tous ces moyens
s'organisent et se mettent en oeuvre d'une façon coordonnée, qu'ils touchent au
centre de la ville, qu'ils touchent à la périphérie mais qu'ils ne touchent pas
aux milieux ruraux qui ne doivent pas avoir à souffrir de l'action foncière
urbaine. Les conséquences de l’action foncière urbaine sont souvent brutales et
pénibles.
Le code
de l’urbanisme est un code répressif pour la propriété. Il ne faut pas que
l'action foncière de l'agglomération urbaine nuise à l'action des SAFER, nuise
à l'activité normale de l'espace rural qui n'est pas destiné à l'urbanisation.
La coordination entre action foncière urbaine d’une part et action foncière
rurale qui s'applique sur le milieu rural et qui est du ressort du ministère de
l’agriculture se met en place. Dans ce domaine, une politique globale voit le
jour, qui trouve un peu son origine dans les orientations et les prescriptions
des documents d’urbanisme et qui vient leur apporter son appui pour que ces
documents ne tombent pas en quenouille, ne soient pris foulés au pied mais
soient au contraire consolidés dans leur existence par les acquisitions
foncières ou les contrôles fonciers.
Q. QUELLE EST L’EVOLUTION POUR LES ACTIONS FONCIERES
R. En l'espace de quelques
années, on est passé de zéro à deux ou trois cents millions par an de crédits d'Etat.
S’ajoutent les prêts de la C.A.E.C.L. qui doivent représenter entre trois ou
quatre cents millions. Autrement dit le budget de l'action foncière véritable
tourne autour de six cent à sept cent millions par an. Les collectivités
locales y ajoutent leur part.
Donc, cinquième patte : politique foncière.
SIXIEME PATTE : LA POLITIQUE FISCALE. Ce domaine, qui est effectivement apparu avec la loi
d'orientation foncière, en 67 en est encore à ses débuts. Le dépassement du
C.O.S. qui est une manière de contrôler la densité est d'application
restreinte. Le plafond légal de densité est une disposition puissante et
sélective. La
taxe pour les espaces verts, telle qu'elle était autrefois, très
ponctuelle et peu productive mais qui, avec la future loi sera plus productive,
ajoute un volet. Le permis de construire a été pendant longtemps l'occasion de
marchandages sur le financement des équipements. Il y a eu fiscalisation
croissante de toutes les contributions aux équipements qui peuvent être
accrochés au permis de construire. Il y a donc eu une corrélation de plus en
plus étroite entre l'acte d'utiliser le sol qui est générateur d'équipements et
de dépenses pour la collectivité publique et le paiement des frais
d’équipement. La tendance est à l'autofinancement. Le droit de construire tend à devenir payant.
C'est
une sixième
patte qui pousse. La taxe locale d'équipement rapporte plus de sept
cent millions par an. Le plafond légal de densité rapportera aussi quelques
centaines de millions dans un premier temps. La taxe pour les espaces verts
quelques dizaines de millions. Le dépassement du C.O.S. restera marginal malgré
certains effets dans certaines communes. Un phénomène qui était totalement
ignoré avant 1970 commence à s'enraciner dans la société : l'acte de construire
est un acte coûteux. Il est important pour la politique urbaine car il
responsabilise à la fois la collectivité et le pétitionnaire c’est à dire
l'usager. Il met de la vérité dans l’utilisation de l'espace. Il est important
pour les villes, il est important aux portes des villes et il est important
pour les campagnes, même si les contributions ne s'applique pas à toutes les
communes de France et à toutes les constructions.
Nous
avons ensuite la politique immense et qui n'est pas indifférente aux précédentes,
qui est LA POLITIQUE DE PROTECTION DES ESPACES NATURELS.
Jusqu’en 1960, aucun ministère n’a mis l'accent sur la nécessité de sauvegarder
l'agriculture et le paysage. L'agriculture c'est le paysage exploité et le paysage tout
court, c'est le paysage non exploité. Cette politique se traduit
dans l'établissement des P.O.S. par des interdictions de construire, par des
classements d'espaces boisés qui empêchent de couper les arbres et de défricher
les forêts, par des interdictions d'ouvrir les carrières... Economiquement
ces actions sont négatives puisqu'elles empêchent de construire, elles
empêchent de vendre des terrains puisqu'ils ne seront pas achetés s’ils sont
inconstructibles.
Cette
dimension de la politique
d'aménagement est un peu le négatif de la politique urbaine active, de la
politique d'urbanisation; elle prend une importance considérable,
elle est source de conflits sociaux et politiques considérables aussi. Mais le
problème qui était autrefois éludé, masqué ou négligé devient un problème national.
Devant l’ampleur de la dégradation des espaces naturels agricoles, ruraux; les
autorités locales ne l'ignorent plus, même si elles ne trouvent pas toujours de
solutions satisfaisantes, même si elles adoptent quelquefois des solutions
critiquables.
La politique de protection de l'espace
naturel pour le ministère de l'équipement, ‑ Je ne parle
pas des autres ministères‑ est une politique majeure. de tous les instants.
C'est celle qui nous vaudra le plus
d'ennuis; elle s'étend sur un tiers du territoire national ( les
P.O.S. couvrent un tiers du territoire national ) et touche la plupart des
français. Elle a une ampleur à la fois technologique, géographique et politique; elle
est sans commune mesure avec la politique des réserves naturelles ou la politique
de classement de sites beaucoup plus sélective. Des progrès sont à faire et ils
commencent à se faire. Ainsi s'atténuent peu à peu des attitudes
administratives jalouses et indépendantes; les rapprochements administratifs
commencent à permettre d'utiliser les moyens des lois spécifiques aux sites et
aux réserves naturelles, soit après avoir mis en oeuvre le P.O.S. pour le
confirmer et le consolider soit inversement en vue d'établir le P.O.S. sous le
parapluie protecteur des mesures de classement. Autrement dit, il y a'
fécondité et dimension nouvelle dans les politiques de protection des espaces
naturels' dimension qui n'existait pas il y a seulement deux ou trois ans. ( 4 )
( 4 ). [
Malheureusement cette évolution n’a guère prospéré même avec la création du
ministère de l’environnement et du cadre de vie ( 1978- 1981 ) et de la
direcrion de l’urbanisme et des paysages. Après 1981 les chose ont même
quelquefois empiré. AG. 25-06-99 ]
Cette septième patte de la politique, celle de la
protection des espaces naturels, devient un fait majeur et non pas un
fait subordonné, ni un sous-produit de la politique d'aménagement. Pour les
directions départementales de l'Equipement elle est le principal obstacle à
leur bonne entente avec les collectivités; elle est une source considérable de
frictions, voire de conflits très graves avec les citoyens.
Q. ON A DONC L’IIMPRESSION QUE LES DIRECTIONS DE L’EQUIPEMENT COMMENCENT
A CEDER UN PEU.
R.
Elles cèdent. Elles résistent autant qu'elles le peuvent mais je crois qu'il ne
faut pas parler de résistance de cette manière. Une administration technique
comme la nôtre qui manipule un objet politique, ne résiste que, si dans la
société locale, des forces appuient sa résistance. On trouve. souvent ces
forces dans des associations de défense. Mais il ne faut pas avoir trop
d'illusion. La société locale comporte des forces minoritaires et marginales,
qui, par leur action risquent de discréditer l’idée de protection de l'espace
naturel, lorsque les discours qu'elles tiennent, sont perçus comme des
préoccupations d'esthètes et de nantis, rejetées par la société locale qui est
beaucoup plus dans la glèbe. Quand la société locale tout entière commence à
être culpabilisée, commence à prendre conscience de l'enjeu, la conservation
intelligente de nos richesses naturel les peut devenir réalité. Les rapports de
force locaux créent une dimension de plus.
LA HUITIEME PATTE, C'EST LA POLITIQUE D'INFORMATION qui devient en quelque
sorte inévitable quand on triture autant de politiques et produit autant de
problèmes autant de projets, autant d'idées, autant de possibilités. Qu'elles le
veuillent ou non, les autorités administratives ou élues, sont condamnées à
s'expliquer. Dans un premier temps, c’est
l'information descendante. A un stade plus avancé, c’est l’information réciproque de récupération des idées qui
traînent dans la société et qui permettent de faire accepter les
messages que transmet la politique d'aménagement, qui sont des messages rudes
pour ceux qui les subissent. Car, s'ils n’ont bons pour l'espèce, s'ils sont
bons pour l'avenir, s'ils sont bons pour la collectivité, ils sont souvent
douloureux. pour celui qui en subit les effets concrets.
Je dirais presque que l'Etat travaille
pour l'espèce avec tous les moyens législatifs, réglementaires,
financiers qui lui permettent d'agir; ces moyens qui sont bons pour le salut de
l'espèce, en revanche, on imagine bien qu'ils peuvent entraîner quelques
désagréments pour l'individu à qui il faut donc un défenseur naturel
et qui se trouve dans l'élu. D'où quelquefois, opposition élus ‑ Etat ou élus ‑ administration.
Le fonctionnaire de l'Etat est un
technocrate quand il défend des objectifs qui dépassent les besoins quotidiens
de l'individu. Ces règles, ces prescriptions, ces actions doivent être légitimes
pour durer; le risque est d'obtenir des victoires à la Pyrrhus, sans suite et
des remises en question.
L'information est dans un premier
temps, un moyen de légitimer. Dans un second temps, il faut
multiplier, sans tomber dans des excès qui conduiraient à la paralysie, les
auto-contrôles ou les contrôles extérieurs informels. On connaît déjà les
contrôles administratifs, et juridictionnels, ils sont sérieux et suffisants
mais d'autres administrations veulent en rajouter. Je crois plutôt à l'utilisation de contrôles
extérieurs informels qu'il appartient de glisser dans les processus de
décisions. Les contrôles permettent de prendre tout ce qu'il il y a
de bon dans les apports spontanés de la base de la population; ils permettent
aussi de prendre et de rejeter des suggestions en s'appuyant sur les
manifestations spontanées des citoyens qui sont aussi divisés entre eux que
peuvent l'être les autorités qui décident.
La
prise de conscience des citoyens est lente. Ils comprennent mal que certaines
de leurs idées soient rejetées. Les nécessités supérieures de l'aménagement ne
sont pas toujours faites pour leur plaire; elles aboutissent quelquefois à des
décisions et à des réalisations pénibles, voire douloureuses mais nécessaires;
c’est ici une route, ailleurs une station d’épuration, des interdictions de
construire; un équipement fait du bruit, un autre enlève la vue d’un joli
paysage que l'on a devant soi; la nécessité d’urbaniser touche souvent
l'agriculture, etc.
Toutes ces éventualités, malgré leur
caractère souvent inévitable, ne doivent pas se décider sans explication et
sens prendre en compte toutes les suggestions de la population qui peuvent être
retenues. Prise de conscience par tous les usagers des besoins
d'autres usagers, un décloisonnement social s’impose. L'administration et les
élus n'ont pas pour rôle de décloisonner une société cloisonnée, mais
objectivement et sans le vouloir, ils contribuent, en mettant en oeuvre toutes
ces politiques, au décloisonnement de la société.
Exemple : quand quatre associations
demandent des choses radicalement contraires, le fait que ces contradictions
soient mises sur la table de la puissance publique, provoque un
décloisonnement. Il y a enfin décloisonnement intérieur des individus qui sont
dans l'administration, l'ouverture sur l'extérieur leur apporte des échos qui
les enrichissent considérablement.
La politique d'information, entendu en ce sens, ne peut pas se mettre
dans le droit mais, en revanche, elle apparaît dans les budgets car elle coûte
cher. Elle prend du temps et des moyens en personnels car il faut beaucoup
d'hommes pour expliquer, écouter et répondre.
NEUVIEME PATTE : L'AIDE
ARCHITECTURALE, LA QUALITE DE L'ARCHITECTURE. Il y aurait toute une
histoire à raconter, qui remonte à 1950, date où l'on a créé l'institution les architectes -
conseils, à 1960, quand M. Sudreau a inventé les architectes -
consultants. Mais l'administration n'avait que sa première patte :
le permis de construire et l'idée de qualité architecturale n'est guère
compatible avec sa seule instruction. Il y eut la période 68-69 pendant
laquelle le sentiment prévalut qu'il était sacrilège pour l’Etat de s'occuper
de l'esthétique des constructions. Le temps mort dura jusqu'en 1972. La
renaissance fulgurante de l'aide architecturale à partir de 73-74 suivit la
recommandation ‑ et non pas l'ordre ‑ donnée à nos administrations
locales d'engager librement des actions en
ce domaine, en utilisant les moyens qu'elles avaient; les architectes
-conseils qui existaient déjà, les architectes -consultants qu'il suffisait
qu'elles recrutent ( il y en avait soixante dix en 73,
il y en a deux cent cinquante actuellement). On
leur a dit : "recrutez-en et vous aurez un peu d’argent, faites savoir
ce que vous voulez faire, expliquez-vous avec les constructeurs et les
lotisseurs, avec les milieux professionnels, expliquez-vous avec les
architectes, avec les élus. Agissez, mais faites en sorte que votre action
n’aboutisse pas à des récriminations ». Je ne dis pas que ce
soit parfait dans tous les départements, et ils sont plus de 70, qui ont pris
des initiatives mais jamais encore pareille propagande ne fut faite en faveur de
la l’action de l'architecte et de sa nécessité.
Et cette publicité c'est notre
administration qui la fait. Il en restera des traces. (H).
Un risque demeure: celui qui conduirait à institutionnaliser une pratique dont
le développement ne sera un succès que s'il évite l'écueil bureaucratique.
Aucune obligation nouvelle ne doit incomber à l’usager. Par contre un nouveau
devoir de Conseil revient à la puissance publique. Tout le monde ne l'a pas
encore compris. Beaucoup ne pense qu'à "visas" "contrôles",
« conditions supplémentaires » alors que l'essentiel. est ailleurs,
dans le sentiment d’utïlité que ressentiront les usagers, les maires, la
population de l'intervention des architectes consultants; on n'obtient pas:
cette insertion sociale d'un homme de l'art dans la société locale, en créant
des institutions lourdes, départementales, éloignées, mais en commettant un
conseiller auprès des autorités les plus décentralisées.
(H). Hélas non !
Et le conseiller ‑
un architecte indépendant.‑ ne doit pas intervenir au nom de
l'Equipement, au nom de la Culture, au nom de la Mairie Il doit intervenir au
nom d'un IMPERATIF DE QUALITE QU'AUCUNE AUTORITE
NE DETIENT EN MONOPOLE.
Il
ne doit pas intervenir en réprimant mais en aidant et expliquant. Et l'indice du succès
apparaîtra lorsqu'on viendra spontanément à lui, comme vers quelqu'un qu'il est
utile et agréable de rencontrer.
Cette
politique de l'architecture se raccroche à celle des P.O.S. Car quand on
établit les P.O.S. on agit sur l'architecture même sans le savoir. Il faut
greffer sur la pratique sociale du document d'urbanisme de l'élaboration du
P.O.S., la pratique sociale de l'aide architecturale. L'ensemble doit garder
beaucoup de souplesse. Les hommes, qu'ils soient payés par le Conseil général, par
l'Equipement, par le ministère de la Culture ou par le ministère de la Qualité
de la Vie, ne doivent pas avoir une étiquette sur le front. Il ne
faut pas qu'Untel soit du ministère
de ceci ou du conseil général de cela, mais qu'il reste tout simplement un
architecte qui connaît les problèmes à fond et qui apporte ses conseils.
Beaucoup d'esprits ont une conversion à faire.
LES DEUX DERNIERES POLITIQUES SONT CELLES DES CENTRES ET DES QUARTIERS
NOUVEAUX.
La
politique des centres, c'est tout un univers compliqué qui bute sur l'écueil de
la rénovation qui est ruineuse, sur celui de la restauration, sur la
réhabilitation de l'habitat ancien, la résorption de l’habitat insalubre,
autant d'actions qui ne se complètent guère. Il faut passer des opérations de
grandes dimensions qui ne sont pas viables à des opérations de dimensions modestes, plus adaptées, plus
diversifiées car le tissu urbain est diversifié et ses problèmes ne se
présentent pas en procédures toutes faites. Il n'est pas fait pour
être totalement démoli, il n’est pas fait non plus pour être entièrement
restauré Il
faut faire de tout. Le Fonds d'aménagement
urbain devrait résoudre bien des
difficultés. Les choses ne sont pas encore complètement arrêtées. D'autre part,
on ne peut pas dire plus que les actions antérieures constituent une politique
puisqu'elles n’ont pas été vraiment coordonnées. Il faut mettre de la cohérence
dans ces actions comme il faut y mettre aussi de nouvelles idées. On va peut être alors pouvoir les greffer sur les P.O.S.,
sur les agences d'urbanisme et sur la politique foncière, etc.. ( 5 )
( 5 ). [Après 1981
toutes ces orientations ont été jetées à la
poubelle. La décentralisation allait résoudre
ces problèmes par miracle en libérant les communes…On y reviendra un jour.
AG.09-09-1999 ]
Quant à la politique des quartiers
nouveaux, elle repose à la fois sur les
Z.A.C. domestiquées et sur des lotissements rénovés; elle repose sur une
injection massive d'6tudes préalables dans les opérations qui n'existent pas
encore, il n'y a actuellement que les études techniques nécessaires à la
réalisation des opérations, il n’y a pas vraiment d'études de conception de
l'opération. A mesure que s'établissent les documents d'urbanisme, que le cadre général est défini, que les des affectations de l'espace sont arrêtées,
les crédits d'études doivent s'investir dans les opérations pour faire qu'elles soient
plus richement et plus calmement pensées. Le calme viendra de ce que
les besoins en logements sont moindres, de
la richesse de l’expérience acquise et de la capacité de prendre en
considération des facteurs plus nombreux, qu'ils soient physiques, économiques,
sociologiques ou humains. Ces deux politiques se greffent
naturellement sur les précédentes.
ON EST DONC LOIN DU BIPEDE AVEC TOUT CELA. Quand
une agglomération commence à prendre conscience de tout ce qu'elle peut
entreprendre, je ne dis pas que c'est l'émerveillement mais c'est sans aucun
doute un espoir d'agir différemment qui voit le jour.
J'ajouterai une ONZIEME
POLITIQUE : LA POLITIQUE REPRESSIVE. Elle
n'existe pas encore, mais elle existera l'année prochaine. La politique
répressive c'est un art car pour bien réprimer il faut justement réprimer. Si la répression
n'existe pas, les lois ne servent plus à rien. Si la répression est injuste,
les lois sont discréditées. Il faut définir une politique répressive
juste.
Elle
consistera à apprendre à nos services à réprimer. Il faut qu'ils connaissent
mieux la procédure pénale. Il faut qu'ils sachent en user. Il ne suffit pas de
dresser des procès-verbaux pour de petites infractions, sinon les tribunaux
disent : "Vous
m'amenez des miséreux". Il faut éviter, en un premier temps les
trop puissants, pour s'épargner des échecs. Refuser le permis de construire est
une forme de répression.
Or le taux des refus augmente. Il est donc de plus
en plus intolérable que ceux qui méprisent la loi ne soient pas punis.
Les poursuites et la répression sont la contrepartie naturelle de la rigueur de
l'application de la loi, à ceux qui refusent de la suivre. Une politique
répressive ne s’impose pas quand chacun fait n'importe quoi. Il en est de même que pour la corruption :
on peut lutter contre elle quand l’ensemble de la société n'est pas corrompu.
Réprimer avec
art c'est éviter les erreurs qui discréditent à la fois l'autorité
et la loi, éviter les contre coups qui mettent en cause les hommes et les
principes.
La loi
sur la réforme de l'urbanisme et la loi sur la politique foncière de décembre
viennent en quelque sorte ajouter des impulsions précises à toutes ces
politiques, qui ne sont pas perçues par l'extérieur. L'extérieur ne perçoit que
la pathologie que la presse lui transmet parce que la presse ne retransmet que
la pathologie.
Ainsi,
quand le Conseil d'Etat annule un permis de construire à Bormes-les-Mimosas
mais valide une seconde décision relative au plan d'urbanisme de cette commune,
la presse ne parle que de l'annulation du permis de construire. Elle ne parle
pas du fait que le Conseil d’Etat a annulé le jugement du tribunal
administratif qui a annulé le plan d'urbanisme.
Q. SAUF SUR LE SECTEUR CONCERNANT LE
PORT ?
Le conseil
d’Etat n'a annulé qu'un article du règlement du plan de Bormes, concernant le
port. Et en annulant cet article, il a donné le droit d’autoriser la densité
qu'on veut sur le port, alors que cette densité était limitée par l'article
annulé qui était mal rédigé. Il n'y a donc plus de C.O.S. La presse n'en a pas dit un
mot.
Voilà
donc un front des politiques qui avancent. Les unes sont parties, les autres
démarrent, certaines sont encore au. garage mais sont prêtes. Elles vont
enlacer toute l'évolution urbaine. Voilà qui paraît porteur d'avenir.....
Q. EST CE QUE LE BUDGET D’URBANISME A
ETE REDUIT ?
Il n'a
pas été réduit. Il. est stabilisé je crois. Le budget de 1977, ressemblera à
celui de 1976. On peut comparer les crédits à des aliments. Pour un organisme
vivant il faut des protides, des lipides des glucides, etc. Il en faut pour que
l'organisme puisse satisfaire ses dépenses énergétiques. Mais on peut priver
cet organisme, de pain sans qu'il en souffre structurellement. Les crédits de
l'urbanisme ne correspondent pas du tout à ces aliments; ils correspondent aux
vitamines, aux enzymes, à tous ces éléments qu’il faut en faible quantité mais
qui, dès l'instant où ils font défaut, provoquent des carences, et des troubles
du métabolisme. Autrement dit, priver un département d'un million, l’obliger à
faire moins de routes cette année-là c'est sans gravité.
C’est
réversible et. ce peut être différé. Mais lui enlever cinq mille francs sur une
action qui aurait déclenché toute une série d'initiatives c'est tuer l'occasion
qui se présente, l'enthousiasme qui naît; c'est décevoir; c'est enterrer. L'action foncière
demande du courage de la part, des collectivités locales. Les
oppositions sont nombreuses. La prise de conscience est lente. Quand elle a
lieu, il faut payer, il faut aider. Les occasions ratées ne se reproduisent
pas, la résignation et le dénigrement accompagnent l'avortement des entreprises
intelligentes. L'opinion demande des routes, des logements, etc... Il n’y a pas
de pression collective pour un budget d'urbanisme. Il n'y a pas de pression
politique en sa faveur. Or le métabolisme urbain se dégrade sans crédit. même
si les doses nécessaires sont quelquefois homéopathiques.
Dernière
réflexion : il faudrait regarder les phénomènes urbaine avec les yeux d'un
physicien et penser à la thermodynamique.L'administration qu'elle soit d'Etat
ou communale est un convertisseur d’énergie. Ce convertisseur n'est capable de
produire du travail que s'il puise de l'énergie de haute qualité quelque part.
Analogue à la haute température. Et il n’obtient un rendement élevé que s’il se
déverse dans un milieu à basse température. L’admi.nistration ne peut agir que
s'il y a différences de tenpératures. La haute température, en amnt, c’est le
pouvoir de la loi, c’est l'argent, c’est la foi, c’est la volonté de faire. Et,
en aval, à basse température, c’est le calme social. C'est la légitimité. Pour
que la machine marche très bien, il lui. faut de la haute température pour
s'alimenter et de la basse température là où elle peut obtenir des résultats.
En revanche, s'il y a élévation de température à la sortie et baisse de
température là où le convertisseur s’alimente le désordre s'accroit.
Le
phénomène lazer m'inspire une image. On met de la lumière quelconque dans un instrument et il
en ressort de la lumière cohérente. Dans la machine administrative, on met des
moyens divers dont il faut tirer des actions cohérentes.
Mais on est encore loin de
l'administration lazer. ( * )
ANTOINE GIVAUDAN
[*Je
n’ai pas eu le bonheur de voir ce rêve se réaliser mais j’ai quand même eu le
privilège d’observer le cauchemar inverse depuis un quinzaine d’années et il n’était pas
ethnologiquement inintéressant à observer !. AG. 19-09-1999 ]