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MINISTERE DE L'EQUIPEMENT

ET SECRETARIAT D'ETAT AUX TRANSPORTS

Textes officiels

 

INSTRUCTION DU 4 AOÛT 1976

concernant la protection et l'aménagement du littoral et des rivages des grands lacs.

 

( PARIS, LE 4 AOUT 1976 )

 

ORIGINE ET DESTINATION

Telle est la première instruction solennelle sur le littoral, ( Cf. [1973-11-26---E-L-AMENAGEMENT-DU-LITTORAL-MARITIME-ET-DES-LACS-IMPORTANTS]) préparée par mon service et mes soins, selon les orientations du Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire. Elle est claire et nette malgré la part d’interprétation laissée aux autorités locales. ( Pour l’expression administrative personnelle : Cf. [1977-10-00---H-LA-PLANIFICATION-DU-LITTORAL])

En la forme, elle correspond bien à une saine conception du commandement. Le pouvoir s’informe et sait. Il réfléchit et donne des ordres à ses subordonnés qui rendent compte. Autoritaire en apparence, mais en apparence seulement car nul n’ignore la force des contingences locales et la nécessité de ne pas les négliger. L’instruction dans ces conditions, vient au secours des âmes faibles et plus soucieuses de leur tranquillité que de l’accomplissement de leurs devoirs, qui est aussi d’appliquer convenablement la loi.

Il faut se souvenir des réactions poltronnes des préfets appelés à des réunions au ministère sur ces questions – et au cabinet s’il vous plaît – pour comprendre que l’aménagement du littoral était livré à des incapables, plus attachés à leur fauteuil qu’à des résultats.

Il faut dire que le discours politique général, autour de la démocratie locale, ( au sommet de l’Etat) était en contradiction avec ces exigences environnementales ( Cf. #1300# ). En outre, les élections municipales approchaient. La majorité, malgré ses contorsions environnementales à contre temps, y boira la tasse.

On doit, en effet, apprécier ces « ordres » dans leur contexte « temporel » et général et quand on le fait, on est saisi d’accablement sur le sens politique du pouvoir et sa capacité d’ordonner ses interventions pertinentes au bon moment. C’est sans doute qu’il préfère le «cinéma » aux actions continues conduites sérieusement.


*N.B. La circulaire sera remplacée en 1979 par une directive qui, à la différence de cette instruction claire et nette, sera une bouillie pour les chats et créatrice de droit ( Cf. [1987-07-00---H-DU-VIRUS-DE-LA-DIRECTIVE-AUX-TOXINES-DES-LOIS-D-AMENAGEMENT]).

 

 


Les documents correspondants aux liens non créés, (identifiants entre deux diéses en rouge)  sont lisibles sur www.imprecator.com

 


INSTRUCTION DU 4 AOÛT 1976

concernant la protection et l'aménagement du littoral et des rivages des grands lacs.

 

Paris, le 4 août 1976

 

Le Premier ministre

à

Messieurs les préfets

 

La protection du littoral constitue un impératif national que doivent prendre en compte toutes les décisions d'aménagement. L'espace littoral est, comme vous le savez, physiquement limité, écologiquement fragile, de plus en plus convoité aussi par des utilisateurs souvent concurrents. Il importe au plus haut point que les zones encore vierges ou non urbanisées, particulièrement celles de grande valeur comme les forêts, les dunes ou les marais, soient préservées ou affectées à des usages non destructeurs conformes à leur nature.

Cet impératif de protection s'inscrit dans une politique d'aménagement qui vise à organiser l'occupation humaine du littoral en évitant à la fois la dégradation des rivages et l'immobilisme qui conduirait à terme à réserver le littoral aux Français les plus aisés. Le Gouvernement, conscient de l'importance du littoral pour tous, a déjà pris un certain nombre de décisions, comme la délimitation de périmètres sensibles, la création du conservatoire du littoral, l'élaboration des schémas d'aménagement pour certaines zones, la préparation d'un schéma national de conchyliculture et d'aquaculture, la réservation de crédits importants pour le tourisme social dans le cadre du VIIème  Plan. Toutefois, il ne saurait être question d'en rester là. Il m'est en effet apparu que trop de documents d'urbanisme marquaient le pas ou ne contribuaient pas suffisamment à protéger et aménager correctement le littoral. De même, les orientations de la politique d'aménagement ne sont pas toujours appliquées localement avec toute la rigueur souhaitable. C'est pourquoi je tiens à vous préciser un certain nombre de directives relatives à l'urbanisation du littoral, aux réseaux routiers et aux zones à protéger plus particulièrement.

 

I. L'URBANISATION DU LITTORAL.

1 Trois orientations doivent inspirer votre action :

-          éviter une urbanisation linéaire du littoral, aussi bien par une ligne continue d'immeubles que par des semis de lotissements ;

-          reporter le plus possible en arrière du rivage les constructions afin de laisser celui-ci ouvert et accessible à tous ;

-          laisser entre les zones urbanisées des zones agricoles ou naturelles suffisamment vastes.

2. Ces orientations se traduisent notamment par les points suivants :

‑ les schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme et les plans d'occupation des sols tiendront compte des schémas d'aménagement du littoral lorsque ceux-ci existent et sont approuvés par les élus et le Gouvernement ;

-- les zones littorales non urbanisées doivent rester en l'état. Les extensions des agglomérations et des zones d'activité situées à proximité du rivage seront réduites et éviteront les versants donnant sur la mer ou les lacs. L'implantation des terrains de camping respectera les mêmes principes ;

‑ les équipements à réaliser liés à l'urbanisation ne doivent pas être localisés sur la frange littorale ;

‑ la délimitation de périmètres sensibles dans tous les départements littoraux doit être achevée avant la fin de l'année ;

‑ l'extension des réseaux d'alimentation en eau potable, en dehors des agglomérations, sera limitée aux besoins agricoles. Les améliorations apportées à l'assainissement porteront sur les zones urbaines existantes ;

‑ vous ne donnerez pas suite aux demandes de créations de Z.A.C. en bordure même du littoral ;

‑ vous appliquerez strictement les prescriptions de la circulaire du 6 février 1974 du ministre de l'équipement : pas de création de Z.A.C. en l'absence de schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme ou de plan d'occupation des sols ;

‑ en l'absence de plans d'occupation des sols rendus publics ou approuvés, vous userez des pouvoirs que vous tenez de l'article R.315.7 du code de l'urbanisme pour rejeter les demandes de lotissements incompatibles avec cette instruction. Les articles R.111.13 et R.111.21 vous permettent d'agir de même pour les permis de construire.

 

II. LES RESEAUX ROUTIERS

1. Deux orientations doivent inspirer votre action .

‑ vous vous efforcerez d'organiser l'ensemble du réseau routier de façon à limiter l'utilisation des zones proches du littoral par la circulation de transit ;

‑ vous vous efforcerez de canaliser la circulation de desserte du littoral en évitant au maximum les routes parallèles au rivage à proximité de celui-ci.

2. En conséquence :

‑ les nouvelles rouies de transit seront éloignées des rivages d'au moins 2 000 mètres ;

‑ les routes de desserte seront orientées perpendiculairement au rivage afin qu'elles ne se transforment pas en routes de liaison ;

‑ les routes de corniche ou de lido sont à proscrire formellement, sauf exception très justifiée par la topographie.

 

III. LES ZONES NATURELLES MARAIS, DUNES ET FORETS

1. Deux orientations doivent inspirer votre action :

‑ ces zones ne doivent plus être urbanisées, vous veillerez à faire respecter strictement cette orientation ;

‑ leurs utilisations éventuelles seront compatibles avec la préservation de leur qualité écologique.

2. En conséquence

‑ les massifs boisés seront classés à conserver selon les dispositions de l'article L. 130.1 du code de l'urbanisme quelle qu'en soit la qualité forestière et les espaces boisés classés antérieurement seront maintenus ;

‑ les marais seront réservés à une utilisation agricole, conchylicole ou aquacole lorsqu'ils ne seront pas classés en réserves naturelles ;

‑ en ce qui concerne les zones de dunes, vous apprécierez si leur état permet de les ouvrir au public en cas d'acquisition par l'Etat ou les collectivités locales et dans quelles conditions.

 

Je vous demande en conclusion

‑ de réunir d'ici la fin de cette année toutes les commissions locales d'aménagement et d'urbanisme et tous les groupes de travail pour leur faire part de ces directives ;

‑ de réexaminer les documents d'urbanisme en préparation afin de vérifier leur concordance avec cette instruction et de les soumettre aux collectivités locales avant la fin du mois de novembre ;

-- de ne plus attribuer d'aide de l'Etat aux opérations d'équipement non conformes aux dispositions de cette instruction.

 

Vous saisirez le ministre de l'équipement des problèmes les plus difficiles, ils seront, le cas échéant, arbitrés au niveau national.

 

Jacques CHIRAC