CARRIERES
ET ENVIRONNEMENT
( 25 AVRIL 1977 )
ORIGINE ET DESTINATION
J’avais entrepris quelques
années auparavant de définir convenablement la doctrine applicable en matière
de carrières, à l’occasion de l’établissement des POS. La circulaire
Equipement - Industrie N° 74-188 du 14 novembre 1974, élaborée non sans peine
car l’administration des mines soutenait que le POS ne pouvait pas interdire
l’ouverture de carrières, tranchait à peu près convenablement la question.
Toutefois, le plus difficile était
bien d’avoir localement en la matière, une politique cohérente, évitant le
mitage et des exploitations inopportunes de gisement, sans compromettre la production
de matériaux. Pour agir en conséquence, il aurait mieux fallu connaître la
ressource, ce qui n’était pas toujours le cas. Par ailleurs, l’hostilité
fréquente à ce genre d’utilisation du sol risquait de donner lieu à des
interdictions générales excessives. Aménager
= arbitrage + juste milieu, plus facile à dire qu’à faire.
De ce point de vue, le schéma
directeur combiné au POS, fournissait ces moyens et ces occasions d’arbitrages
raisonnables. Je n’ai pas lancé d’enquête d’évaluation à ce sujet. C’est sans
doute regrettable. Je n’ai pas non plus d’ »écritures » consacrées à ce sujet.
La seule intervention publique (
restreinte ) est dans cette brève communication à un colloque d’un soir.
Les débats et exposés avaient
montré, que malgré leur compétence et leur rôle éminent, les participants
ignoraient le rôle que le droit de l’urbanisme avait à jouer.
CARRIERES
ET ENVIRONNEMENT
2EME PARTIE
sous la présidence de Monsieur HUGON
ENPC
( 25 AVRIL 1977 )
avec Messieurs ARNOULD, BOURRELIER, GIVAUDAN, LEFROU, MENAT, TOSTAIN, VALIRON
M.
Dominique JACQUET : Au
nom de l'Union Nationale de l'Ecole des
Ponts et Chaussées, je me permets de souhaiter la bienvenue pour la
deuxième soirée d'étude dont le titre est "CARRIERES ET
ENVIRONNEMENT".
Traditionnellement,
les soirées d'étude à l'Ecole traitaient de sujets en rapport avec l'Equipement
et le public était composé de membres de l'Administration, d'anciens élèves et
d'élèves.
Cette
année, nous avons souhaité ouvrir ces débats vers l'extérieur. C'est pourquoi
ce soir nous sommes heureux d'accueillir des entrepreneurs, des carriers, des ingénieurs conseil et des journalistes
spécialisés.
M.
Louis-François DURRET : Je vous rappelle que ces soirées
d'étude n'ont pas pour objet de vous présenter un débat tout fait, où vous
n'auriez qu'à être des spectateurs passifs. Ce que nous vous proposons, c'est de venir chercher l'information des
discussions auprès de personnalités compétentes. Ce dispositif particulier
réclame une certaine activité de la part du public ; nous vous demanderons d'être "actifs".
Il y aura une courte introduction de M. HUGON.Ensuite, M.
VALIRON va vous présenter le montage audiovisuel ; c'est la première
projection; les participants eux-mêmes ne l'ont jamais vu. Ensuite, les participants
à la table ronde se présenteront et feront un commentaire sur ce montage. La
parole sera enfin donnée au public pour poser des questions.
M. LE PRESIDENT : Nous devons parler des
Carrières. Je n'ai, moi non plus, pas vu le montage. Les carrières, d'aspect
assez variable sont toujours
nécessaires.
Les
besoins en matériaux de carrières sont
légèrement inférieurs à 500 Millions de tonnes par an. Les trois quarts,
soit 350 Millions de tonnes, sont nécessaires pour le bâtiment et les travaux publics et la viabilité. 500
Millions de tonnes, quelle que soit la façon dont on cherche à les
disposer, c'est difficile à camoufler
discrètement.
Les
besoins consomment environ 35 km2 par an. Ce n'est pas toujours une
consommation définitive. Ce sera un des
points essentiels du débat.
Ce soir, nous ne devrions pas beaucoup discuter
sur la réalité de la demande et de la question de savoir si
nous sommes la civilisation du béton ou non. Pour centrer le débat convenablement, il faut prendre la demande
comme un paramètre.
Le sujet du débat, tel que je me permets de le
voir, est : comment rendre
compatible cette demande, qui résulte d'un besoin économique, avec un autre
besoin qui se fait sentir de façon de plus en plus forte et légitime, qui est le besoin d'un environnement naturel
convenable?
Pour ma part, je suis tout à fait heureux que ce débat ait lieu à
l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées ; en effet, bien qu'il soit toujours
commode pour l'exposé mais pas toujours convenable dans la réalité de prendre les gens en corps constitué, je crois
que vous autres, qui êtes formés ici, si je vous regarde collectivement, vous
avez vos soucis professionnels et votre âme un peu partagée en deux, que vous
soyez dans le public ou le privé ; d'une part vous êtes branchés sur les
problèmes d'équipement qui sont du côté de la demande, qu'il faut satisfaire au
moindre coût, d'autre part, vous êtes branchés du côté de l'aménagement de la
surface du sol et de la planification, et alors la multiplication des trous
n'est pas une bonne chose !
Nous sommes donc au coeur de la contradiction et c'est bien l'endroit
où il faut discuter de ce genre de problème.
Je donne la parole à M.
VALIRON, Directeur de l'Agence Financière de Bassin de la Seine -
Normandie, qui va vous présenter un montage audiovisuel.
M. VALIRON : Vous
allez voir un audiovisuel ; je vais vous dire
dans quel esprit et comment nous avons fabriqué ce document.
je ne reprendrai pas ce que vient de dire M. HUGON. Il a expliqué
qu'il y avait un paramètre qui était le besoin en granulats ; je suis tout à
fait d'accord ; il y a un autre paramètre qui n'est pas seulement
l'Environnement avec un E majuscule mais quelque chose de très palpable qui est
la ressource en eau et les besoins en eau de qualité.
Or, il se trouve que dans un certain nombre de cas de figure ‑
et c'est particulièrement vrai dans le Bassin Seine -Normandie dont je m'occupe
‑ il y a de l'eau souterraine mais cette eau souterraine se trouve
précisément dans des zones dans lesquelles il y a des granulats. Par
conséquent, il y a des problèmes entre l'eau et le sable, c'est incontestable.
Dans certains cas cela peut aller jusqu'au conflit.
Il faut tenir compte des besoins en sable comme d'un paramètre ; il
faut aussi tenir compte des besoins en eau comme d'un paramètre si on ne veut
pas que, demain nos enfants nous fassent des reproches graves.
Il ne faut pas oublier qu'on extrait le sable une seule fois, si on
s'y est mal pris ou si on n'a pas fait ce qui était nécessaire, on a gâché la
ressource en eau de qualité ! Eh bien ! ceci ne doit pas être permis !
Ce que nous avons voulu montrer dans cet audiovisuel ‑ et c'est
peut-être une note optimiste c'est que finalement, il est possible de faire
cohabiter sur le terrain deux activités qui a priori pourraient paraître
totalement concurrentielles. Cela nécessite simplement que le sable veuille
bien faire une place modeste, mais une place quand même à l'eau, et que pour
avoir cette petite place, nous nous battrons si c'était nécessaire.
Nous avons pensé qu'il était plus simple d'exposer d'abord le sujet
d'une façon que vous jugerez je l'espère objective. Nous avons donc exposé les différents points de vue et nous avons
montré les possibilités de compatibilité.
Cet
audiovisuel est aussi une expérience. Il a en effet été réalisé avec des Petits
moyens. Il n'a pas coûté cher à l'Agence de Bassin. Et cela a été un travail
collectif entre l'Agence de Bassin, qui a donné un certain nombre de matériaux
techniques et un certain nombre d'élèves.
Il serait souhaitable que vous indiquiez tout à l'heure quels sont
vos camarades qui ont participé à cette affaire, parce que je dois dire qu'ils
s'y sont donnés avec beaucoup de foi, je ne voudrais pas oublier non plus les
professeurs de l'Ecole qui s'occupent de l'audiovisuel, M. DEMEYER, et M.
ODINOT sans lesquels il est certain que nous n'aurions pas fait un travail convenable.
Ayant personnellement fait fabriquer un certain nombre
d'audiovisuels, je crois pouvoir dire que celui-là se présente de façon très
valable, vu le budget très modeste que nous y avons consacré. A vous de juger
M. DURRET : Il
faut remercier les élèves MARCHAND SAAL, SIDANER et THOMAS qui ont passé
beaucoup de temps sur cet audiovisuel.
(PROJECTION DU MONTAGE)
M. LE PRESIDENT : Nous allons retenir
un instant nos réflexions et nos réactions pour nous présenter.
M. VALIRON : Je
suis le Directeur de l'Agence Financière de Bassin Seine Normandie.
M. LEFROU : Je
suis Chef du Service des Problèmes de l'Eau au Ministère de la Culture et de
l'Environnement, qui ‑ il y a quelques jours encore était le Ministère de
la Qualité de la Vie.
M. TOSTAIN : Je
suis Délégué Général de l'Union Nationale des Producteurs de Granulats.
M. ARNOULD : Je suis professeur à l'Ecole des Ponts et Chaussées et
à l'Ecole des Mines ‑ en Géologie.
M. MENAT : Je
suis responsable d'une entreprise de production de granulats.
M. BOURRELIER : Je
suis Directeur Général du B.R.G.M.
M. GIVAUDAN : Je dirige le Service de l'Urbanisme
à la Direction de l'Aménagement Foncier et de l'Urbanisme du Ministère de
l'Equipement.
M. HUGON :
Adjoint au Directeur des Mines ; responsable de toutes les questions
d'approvisionnement en matières premières énergétiques Ministère de
l'industrie.
M. DURRET : Nous
vous demandons vos commentaires à chaud sur le montage.
M. LE PRESIDENT : Cet
audiovisuel est excellent mais pour ma part je trouve qu'il restreint le problème ‑ c'est normal compte
tenu de vos préoccupations à
l'Agence de Bassin ‑ à une part fort importante qui est la compétition
eau ‑ sable qui est une partie seulement du problème de ce soir. Vous
l'avez ressenti dans vos propres fonctions,
bien que le problème de la compétition eau ‑ sable soit fort important,
je n'ai pas l'impression, je n'ai pas le sentiment que ce sera le plus
difficile à résoudre.
M. VALIRON : Nous nous sommes limités effectivement
au sujet de l'eau parce que c'était le sujet de notre soirée et ce n'était pas les
gravières et l'environnement. Je reconnais qu'il y a sur le plan de
l'environnement un problème beaucoup plus vaste et sans doute difficile.
Par contre, je suis moins optimiste que M. HUGON en ce qui concerne,
non pas la compétition entre techniciens parce que les choses peuvent se
résoudre entre gens de bonne volonté. Mais sur le terrain le problème de la
réservation de l'eau pose des problèmes extrêmement importants. Je ne veux pas
jeter la pierre à nos amis sabliers aujourd'hui, mais ils disposent de moyens
financiers importants ; ils ont les coudées franches pour acheter les terrains,
alors que l'Administration, elle qui a réussi à mettre sur pied des moyens
financiers est obligée de passer par tout un système très lourd avec
l'évaluation par les Domaines. Enfin, elle ne peut agir que dans le cas où il y
a une D.U.P., sinon elle ne peut pas acheter et par conséquent la compétition
est totalement biaisée. Si dans un certain nombre de cas effectivement nous
avons pu nous entendre avec un certain nombre de groupes sabliers pour réserver
pendant un certain temps les terrains, ce n'est pas le cas partout et de loin.
Et des conflits importants naissent, qui sont à mon avis extrêmement graves. En
effet, comme l'audiovisuel l'a montré, une fois que le sable est parti, on a
tué la ressource en eau ! Cela me paraît extrêmement grave.
L'effort est peut-être infime, nous l'avons évalué à quelques pour
cent. Mais si on ne le fait pas, nous aurons demain une catastrophe pour l'eau.
M. LEFROU : Je
suis, moi aussi, un homme de l'eau, donc je vais rester dans ce domaine étroit
de la concurrence de l'environnement et du sable.
Je crois que VALIRON a mis le doigt sur le point difficile qui est
effectivement qu'on a deux problèmes, deux ressources, et que la demande n'est pas
équivalente ; d'un côté, nous avons des gens qui peuvent s'organiser, qui
disposent de moyens financiers, qui peuvent acheter facilement les terrains ;
de l'autre, nous avons la demande représentée par les collectivités locales qui
sont en grand nombre, qui sont soumises à des procédures difficiles pour
réussir à préserver leurs ressources en eau.
Il y a eu un progrès considérable avec la création. agences de
bassin, car il y a eu la création d'un interlocuteur Eau qui disposait de
moyens financiers. Et l'apparition de M. VALIRON qui, ici, représente
l'interlocuteur des carriers est quelque chose de relativement nouveau puisque
les agences n'ont que 10 ans, mais c'est quelque chose qui a permis de
rééquilibrer la demande en eau et la demande en sable.
Ceci étant, je crois comme VALIRON qu'il y a encore des problèmes qui
ne sont pas résolus sur le plan des procédures administratives de façon que
l'équilibre soit bon.
Ceci étant, je crois comme VALIRON qu'il y a encore des problèmes qui
ne sont pas résolus sur le plan des procédures administratives de façon que
l'équilibre soit bon.
M. TOSTAIN : Je
voudrais vous apporter un certain nombre d'informations sur ce qu'est la
profession et ses nécessités.
Actuellement
chaque français, si jeune soit-il, consomme ses 7 tonnes de granulats par an.
La production globale annuelle française est de 350 millions de tonnes dont 60
% vont à la construction et 40 % à la viabilité. Elle est inéluctable : les
bétons hydrauliques et bitumineux constituent dans chaque cas les solutions
techniques permettant la réalisation des ouvrages modernes.
Au plan économique, le chiffre d'affaires de la
profession dépasse 4 milliards et demi de francs en le comparant avec la
production, il apparaît que le granulat qui ressort à une quinzaine de francs
la tonne est le matériau le moins onéreux possible, tout en constituant le
squelette des bétons auxquels il apporte sa résistance.
Lorsque que le granulat a été transporté de la carrière au chantier,
il a effectué quelques dizaines de kilomètres et son prix de revient a doublé.
La structure de la profession est extrêmement dispersée puisqu'il y a intérêt à
utiliser les carrières les plus proches des travaux à réaliser. On compte
actuellement 3 500 points d'exploitations en France qui assurent un emploi à 25
000 personnes.
Vous voyez tout de suite qu'un producteur moyen de granulats, est un
chef d'entreprise qui utilise les services d'une dizaine de personnes. Bien
entendu, il y a une certaine concentration industrielle, et il existe aussi des
firmes très importantes avec des effectifs de plusieurs centaines de salariés.
Elles sont aussi dans l'obligation de multiplier leurs points d'exploitations
pour répondre économiquement aux demandes qui leur sont faites.
Il est à remarquer que cette demande en granulats se concentre ‑
ainsi que la demande en eau ‑ au voisinage des grandes agglomérations
urbaines, ce qui n'est pas sans poser de problèmes.
Les producteurs ont été amenés a faire des investissements
extrêmement importants, de l'ordre du triple du chiffre d'affaires annuel. Leur
profession est donc une industrie lourde.
Il serait préjudiciable pour l'économie générale
du pays que ces investissements ne s'amortissent pas dans des conditions
normales
Cependant la profession doit évoluer et dans un contexte économique
anti-inflationniste, qui, visant la stabilité des prix, rend bien difficile la
prise en compte des charges nouvelles, notamment celles ayant trait à
l'environnement c'est-à-dire l'amélioration de la qualité de la vie.
M. ARNOULD :
Première réaction spontanée : moi aussi, je trouve que le débat est ramené à
une seule de ses parties. Si on suit les conclusions essentielles de cet
audiovisuel ‑ qui par ailleurs est très bien fait et je fais des
compliments à ceux qui l'ont préparé. ‑ si on suit les conclusions à
savoir qu'il suffit de préserver 2 ou 3 % des réserves en sables et graviers pour que soit réglé le problème
de la préservation de l'eau souterraine,
à ce moment là il reste à parler des 97 ou 98 autres pour cents !
De toute façon, les carrières ne se ramènent pas aux sables et
graviers, et l'Environnement ne se ramène pas à l'Eau.
Quant à la
façon dont est présentée cette Compétition,
j'entre à mon tour dans le débat qui nous est proposé par l'audiovisuel,
car je crois qu'il faut d'entrée de jeu émettre certaines protestations.
Il y a un schéma en particulier qui ‑ montre l'existence d'eau de nappe, eau
souterraine, bonne, et l'eau de rivière, ‑ eau de surface polluée comme
si ces deux milieux étaient indépendants Si vous avez fait attention au schéma,
on voit les flèches qui passent sous la rivière.. je suis désolé, c'est faux !
Il n'y a pas indépendance de l'eau de surface et de la nappe alluviale ! il
faut déjà le préciser ! et dans énormément de cas le pompage d'eau de nappe
correspond purement et simplement au pompage de l'eau de la rivière qui filtre
au travers des alluvions ! c'est une interaction entre les deux !
J'ai aussi noté au passage des affirmations dont on doit contester la
véracité : "Une gravière de plus,
C'est une nappe en moins !". on ne peut pas ne pas réagir ! ce n'est
pas exact !
Sur un autre plan on a fait ressortir que l'échéance de l'épuisement
des ressources en matières minérales (en granulats) était relativement proche :
1995 ou 1996 1
Le problème de l'eau souterraine présente des analogies. Les zones de
pompage de l'eau souterraine vont s'éloigner de telle manière qu'il y aura une
limite pour l'utilisation pratique des eaux souterraines. Elle est probablement
du même ordre de grandeur. Car l'échéance pour les granulats est une échéance
économique, c'est une distance de transport
en réalité ! et c'est la même chose pour l'eau souterraine.. tout au moins
le problème se pose sensiblement dans les mêmes termes !
Il ne faudrait donc pas poser d'entrée de jeu le débat comme s'il y
avait des règles pour une substance minérale et d'autres règles pour une autre
substance minérale. Car l'eau et les sables sont finalement deux substances
minérales.
Troisième point. J'aurais aimé que dans une présentation initiale il
y ait une amorce de recherche de solution. La seule solution qui est proposée,
que j'ai ressentie tout au moins, est de stériliser une ressource pour
permettre de continuer à en exploiter plus longtemps une autre. Ce n'est pas ce
que j'appelle une recherche de solution !
Telle est ma première réaction spontanée !
M. MENAT :
Réaction spontanée aussi de ma part. C'est la reconnaissance d'une certaine
objectivité, à ce montage, objectivité à laquelle nous ne sommes pas de notre
côté habitués, nous les producteurs de granulats. Nous avons effectivement
depuis un certain temps pris l'habitude de reconnaître dans les reproches qui
nous sont adressés une certaine démesure verbale, dont notamment la Presse et
la Télévision se sont faits très largement l'écho !
Or, indépendamment de quelques petites erreurs de présentation qu'on
pourra relever éventuellement, ce montage audiovisuel reconnaît quand même que
la production de granulats est une activité nécessaire de terrain au même titre
que les autres candidats à l'utilisation de terrains, et qu'il n'est donc pas
question de résoudre les problèmes qu'elle pose en supprimant l'activité, ce
qui entraînerait d'autres conséquences infiniment plus graves et difficiles à
contrôler ! mais il s'agit de résoudre le problème en recherchant une règle du
jeu convenable entre les différents partenaires et candidats à l'utilisation du
sol.
M. BourRELIER.: Il a été dit beaucoup de choses
sur cet audiovisuel qui est bien ; il est évidemment simpliste par un certain
nombre d'éléments. Au total, je crois qu'il suscite les réactions et c'est dans
ce sens que je dis qu'il est bon.
Je crains que celui qui le voit pense que le problème se pose
effectivement, comme l'a relevé M. ARNOULD, sur 2 % des sols alors qu'en fait
le débat porte sur l'essentiel des terrains, c'est beaucoup plus large
qu'uniquement les périmètres de captage.
En définitive, ce qui est demandé par certains mouvements écologiques
ou certaines associations de défense de vallée, c'est la protection complète
des sables d'une vallée, c'est à dire l'interdiction de toute exploitation dans
une vallée donnée on est donc très loin de l'idée de protéger 2 % ! c'est 100 %
de protection ou de stérilisation des sables !
C'est pour moi la faiblesse
principale de ce document, d'avoir minimisé le problème. Le problème
est de savoir effectivement, à terme d'une décennie, s'il y a encore des
possibilités d'exploitation de sables alluvionnaires, ou plus aucune.
Je crois qu'il minimise par ailleurs l'existence de tous les
règlements d'urbanisme, dispositifs d'autorisation ou d'interdiction qui
existent. Le problème n'est pas seulement celui de l'acquisition de terrains
correspondant au périmètre de protection. S'il ne s'agissait que de cela, on
n'aboutirait pas à la stérilisation complète de vallées, mais on travaille et
on vit dans tout un contexte de réglementations et d'autorisations, et je pense
qu'il faudrait élargir le problème en considérant tout l'ensemble réglementaire
qui existe.
M. GIVAUDAN : Je crois qu'il faut effectivement
féliciter les réalisateurs car, avec les moyens du bord, ils ont fait quelque
chose de bon. Si on leur avait donné plus d'argent, ils n'auraient sans doute
pas fait mieux ! .. cela prouve qu'avec peu on peut faire des choses très
intéressantes et parfaitement compréhensibles, sans être des spécialistes.
M. HUGON a cité le chiffre de 35 km2. L'audiovisuel de
250 000 hectares. Une question de chiffres se pose ..
M. HUGON : Les
miens sont bons !
M. GIVAUDAN : Je ne sais pas lesquels sont les meilleurs. Cela fait
une différence assez considérable que nous éluciderons sans doute.
Je ferai quelques
reproches à cet audiovisuel. Il baisse les bras dans le domaine juridique. Je
regrette qu'il ait baissé les bras dans ce domaine. Je suis obligé de les lui
relever en disant que pour protéger l'eau, si on en a envie, rien n'empêche
d'exproprier les points de captage essayez !.. vous verrez..
D'autre part, on n'a pas cité les possibilités qu'offre
le Code de la Santé Publique et son Article 20 qui permet de protéger les
captages, si tant est qu'on veuille appliquer ce code de la Santé Publique et
non pas dire qu'il est impossible à appliquer.
Enfin, J'ai souffert
au fond de mon âme.. on n'a pas cité le mot de "plan d'occupation des
sols" qui est le moyen le plus élémentaire à la portée de toutes les
bourses pour sauvegarder l'eau, de même que pour sauvegarder l'exploitation des
carrières dans une conception globale de l'aménagement.
Au demeurant, pour sortir de ces aspects juridiques qui sont
ingrats et mineurs, à certains égards, je regrette un peu qu'on ait opposé
l'eau et le sable, car il y a bien d'autres impératifs en compétition qui sont
tout aussi exigeants. M. ARNOULD y a fait allusion. Il n'y a pas que la
compétition entre le sable en matière de carrières et quelque chose d'autre !
il y a d'autres matériaux qui ne sont pas du sable et qui constituent aussi
l'objet d'extraction, dont il faudrait peut-être dire quelques mots au cours du
débat. Les exploitations qui ne se font pas sous forme de trous, au sens propre
du terme, sont aussi intéressantes à aborder.
M. DURRET : Je
vous remercie pour cette intervention. La règle du jeu est de passer la parole
au public.
M. LE PRESIDENT : M.
GIVAUDAN vient de poser une question précise sur des kilomètres carrés. J'ai
parlé de tous matériaux, et l'audiovisuel est branché exclusivement sur
l'alluvionnaire.
L'alluvionnaire représente 200 ou 225 Millions de tonnes !
M. GIVAUDAN : Je parlais d'hectares..
M. LE PRESIDENT : Quand
j'ai parlé de 35 km2, c'est 480 Millions de tonnes ! c'est une explication, encore que sur les hectares je
ne suis pas tout à fait d'accord !
M. VALIRON : Les
hectares ont été calculés à partir d'une épaisseur moyenne de 6 à 7 mètres de sables
exploitables par mètre carré ; ce sont les chiffres qui ont été données ; ils
sont valables pour les matériaux alluvionnaires.
M. LE PRESIDENT :
L'autre point, c'est que LEFROU a dit : dans le paysage il y a des choses qui
ont changé.. en particulier les agences de bassin sont arrivées ! Il a tout à
fait raison. C'est un élément fondamental, surtout en ce qui concerne la partie
du débat eau et sable.
Je voudrais vous dire que dans le paysage juridique et réglementaire
il y a quelque chose qui a changé, qui est extrêmement important et beaucoup plus récent, c'est que jusqu'en
1970 l'exploitation de carrière était à l'entière disposition du propriétaire
du sol ou simplement susceptible d'une déclaration au Préfet.
Nous nous sommes trouvés dans un système où, collectivement, pendant
une vingtaine d'années, peut-être plus, un certain nombre de préoccupations
étaient, collectivement, moins bien prises en compte. Il en est résulté un
certain développement des carrières avec la difficulté qu'a dites M. TOSTAIN.
Une production dispersée est plus difficile, quand on veut lui faire suivre des
évolutions, qu'une production concentrée. Et dans ce contexte général, il y
avait les textes réglementaires, législatifs et réglementaires que,
collectivement, nous méritions.
Chaque fois que l'on veut s'attaquer à des problèmes de protection de
l'environnement ou d'approvisionnement, quels qu'ils soient, on s'aperçoit
qu'il faut porter une atteinte à la propriété privée.
En 1970, on a modifié la loi, on a modifié le code minier, on a porté
une légère atteinte à la propriété privée en la matière, c'est à dire qu'on a
soumis ces exploitations, qui jusqu'à maintenant étaient entièrement libres et
sous simple régime de déclaration, à un régime d'autorisation, l'autorisation
pouvant être refusée dans des conditions qui sont bien codifiées, et le refus
devant être motivé.
C'est donc là un changement extrêmement important.
Il y en a d'autres, de détail, sur lesquels nous pourrons revenir.
Nous verrons dans le cours du débat, si c'est nécessaire. Ce changement est
important ; il est extrêmement récent.
Là où le discours devient difficile, c'est que le paysage tel qu'on
le voit à l'heure actuelle, résulte de dizaines et de dizaines d'années du
contexte économique et général que J'ai Cité. Alors, bien sûr, quand on essaie maintenant d'avoir un propos
raisonnable et de dire ; on peut faire vivre ensemble l'eau et le sable et les
contraintes d'environnement, on va s'en sortir.. il faut dire que le paysage ne
plaide pas toujours pour nous,!
C'est vraiment une situation collective. Ceci est important. Je
voulais le faire toucher du doigt avant que le débat ne commence.
M. VALIRON : Moi
aussi, je suis professeur à l'Ecole des Ponts. Et je ne veux pas avoir un débat
avec mon collègue ARNOULD. Mais je ne suis pas tout à fait d'accord sur un
certain nombre de points.
D'abord en ce qui concerne l'écoulement des nappes. Tant qu'il n'y a
pas de captage, les nappes s'écoulent en direction de la rivière. Quand il y a
captage, il faut prendre des précautions pour essayer d'éviter de faire passer
une trop forte proportion d'eau de la rivière dans les nappes. Il faut noter
d'ailleurs que pour cette eau de rivière captée au travers du sol, on a
précisément tout l'effet de tampon des matériaux pour amener à une modification
de la qualité de l'eau et on sait que cela a un effet particulièrement
important. C'est une première remarque.
Deuxième remarque. L'eau et le sable ne sont pas du tout des matières
minérales du même ordre. Le sable existe, on l'a dit dans l'audiovisuel, il met
je ne sais combien de dizaines de milliers ou de centaines de millions d'années
pour se reconstituer. L'eau, quand elle existe, est là tous les jours. S'il y a
une limite en ce qui concerne l'exploitation su sable, il y a effectivement une
limite dans le captage des nappes, c'est parfaitement exact, M. ARNOULD a
raison, mais il a oublié de dire que, lorsqu'on a capté l'eau des nappes, on
l'a pour la vie entière, tandis que, lorsqu'on a pris le sable une fois et
qu'on l'a enlevé, on l'a fait disparaître ! il y a une différence essentielle
entre les deux actions.
Je ne veux pas introduire un débat sur ce l'on fera demain pour les
sables. Il est évident que dans vingt ans au maximum au rythme actuel, les
zones. alluvionnaires seront entièrement utilisées même si on a protégé les
captages, il faudra bien trouver le sable ailleurs, tandis que l'eau qu'on aura
protégée continuera à alimenter les populations de demain, et nos enfants,
demain, si on n'y prend garde, ne
pourrons pas disposer de cette eau.
Je voulais noter la différence. Elle me parait essentielle.
M. LE PRESMENT : La
parole est à la salle.
M. ARSAC : Je
suis d'accord, à l'heure actuelle il y a un problème de gravier et d'eau, et il
y a bien d'autres problèmes de matériaux qu'on enlève ou qu'on devrait enlever,
qu'on apporte ou qu'on devrait apporter. Il y a un vieux dicton dans la Région
Parisienne qui dit : Il y a plus de Montmartre à Paris que de Paris à
Montmartre.. ce qui veut dire que Paris s'est construit à partir de Montmartre
et d'ailleurs ce n'est pas tout à fait la faute des gens car les plans de ces
carrières ont brûlé avec les Tuileries en 1870. on dépense tous les ans des
sommes considérables à construire au-dessus des carrières dans Paris ! Il y a
là un autre élément minéral qui est le vide (Rires.) Dans Paris même on en
trouve d'ailleurs les utilisations.
Les géologues utilisent le vide.. tout le monde parle d'espaces
vides.. on ne voit pas pourquoi il serait plein.. M on ne voit pas pourquoi il aurait droit à....
Il y a des points dans Paris où il y a beaucoup trop d'eau..
Personnellement je pense depuis un certain nombre d'années qu'il y a
des solutions d'ordre géologique qu'on pourrait appliquer pour la construction
de certains quartiers, de certaines villes.. d'autres civilisations avant la
nôtre l'ont fait. On a parlé des ordures. Je vous signale qu'à Paris
l'utilisation des ordures pour remblayer et pour construire est tout à fait
fréquente. C'est par exemple le premier développement de Paris sur la Rive Droite
de la Seine, le Parc Monceau et tout l'espace depuis les Tuileries, c'est à
dire la Concorde d'aujourd'hui et les maraîchages du côté de la Rue François 1er
étaient au XVIIIème siècle d'infâmes étendues de roseaux et d'eau tout à fait
comparables à celles que craignent aujourd'hui les gens chargés de
l'aménagement dans les environs de l'agglomération parisienne.
M. DURRET :
Voulez-vous développer une question ?
M. ARSAC : Je
dis simplement qu'il y a beaucoup d'autres problèmes que le problème de l'eau
et du sable.
M. LE PRESIDENT : En
parlant des ordures vous voulez dire que la réutilisation des déchets
d'incinération peut contribuer à apporter des solutions à la ressource en
matériaux ?
M. ARSAC : on a
parlé de la carrière négative. D'habitude, quand on parle de carrières, on
entend qu'on emporte quelque chose.
Il y a également des choses extrêmement positives à faire, dont
d'ailleurs nos amis les sabliers portent le témoignage ; cela consiste à mettre
certains détritus à certains endroits pour en faire des terrains de
construction magnifiques !
M. LE PRESIDENT : Il
faut avoir des ordres de grandeur. Je parle sous le contrôle du B.R.G.M. Ce
n'est pas mon domaine. L'ensemble des déchets bruts urbains, c'est 20 millions
de tonnes par an ? .. ( approbation.) on parle de vingt fois plus en
matière de trous.
M. ARSAC : Il
faut être sérieux.. Quand je parle des détritus sur lesquels Paris s'est
construit, je parle des détritus généraux de la Ville de Paris, y compris les
matériels de démolition !
M. LE PRESIDENT : ..
matériaux de démolition, c'est 20 000 tonnes par an.
M. ARSAC : .. plus
les scories industrielles..
M. LE PRESIDENT : 7
millions de tonnes ! Vous n'arriverez pas à boucher le trou,
vraiment ! .. quant au machefer, c'est un autre sujet..
M. DURRET : Autre
question ?
M. BOURNY : ( I.C.P.C.
– ex-délégué général de l'environnement en Picardie ). ‑ Nous avons en
Picardie réfléchi avec l'ingénieur des Mines sur les problèmes posés par
l'exploitation des carrières, en particulier sur la nécessité d'avoir des
dossiers correctement présentés pour permettre non seulement à l'Administration
mais aux élus de savoir quel environnement ils pourront avoir. Et j'ai eu
connaissance de travaux qui ont été faits par la Commission sur les granulats,
qui doit éditer prochainement une plaquette qui traite l'ensemble des
problèmes, non seulement les problèmes d'eau souterraine, les problèmes des
eaux de surface, mais encore le problème du bruit, de la pollution atmosphérique
et même le paysage dans un certain nombre de cas.
Je pense que cette plaquette pourrait utilement intéresser les
ingénieurs, les élèves-ingénieurs de l'Ecole des Ponts et Chaussées ; je
souhaite qu'ils puissent en avoir connaissance si, d'après ce que j'ai entendu
dire, ces documents tiennent bien compte de l'ensemble des ces facteurs.
Ma première question est la suivante. Est-il possible de faire
connaître aux élèves de l'Ecole cette plaquette en cours de préparation ?
Ma deuxième question concerne la présentation des dossiers.
Actuellement, il faut bien le dire, même en tenant compte des dispositions de
la loi, et notamment du décret de 1971, les dossiers ‑ j'en ai vu assez
régulièrement ‑ ne permettent absolument pas de savoir quel sera l'environnement
après l'exploitation.
Compte tenu des dispositions de la loi du 10 juin 1976 sur la
protection de la nature et de l'environnement, est-ce que les services
intéressés vont exiger de la part des sabliers des documents qui permettent
effectivement de savoir ce qui se passera ?
Troisième question. Elle a trait à une expérience qui s'est faite en
Picardie.. on ne parle que de ce que l'on connaît bien.
A ma demande, la Préfecture de la Somme avait demandé au B.R.G.M. une
étude sur les granulats dans la Vallée de la Somme. Cette étude faisait
apparaître la qualité et l'importance des gisements dans la Vallée de la Somme
et les différentes servitudes administratives qui pesaient sur ces terrains..
On déborde le problème de l'eau.. on parle de toutes les servitudes
administratives.. pour savoir s'il y avait compatibilité ou non entre
l'exploitation et les différentes servitudes, y compris en matière de
l'urbanisme.
J'aurais souhaité qu'on tienne compte non seulement des servitudes
officielles mais également des servitudes potentielles, c'est-à-dire que l'on
sait aujourd'hui, grâce à un certain nombre
de données, que certains terrains doivent être protégés pour diverses
raisons et qu'il y a lieu d'en tenir compte ‑ c'est-à-dire remettre à
jour ces servitudes administratives.
Il parait également important
d'engager une réflexion sur l'ensemble des problèmes posés. Je prends
le cas de la Vallée de la Saône. Je pense que cela pourrait être fait soit à
l'échelle de la région soit à l'échelle d'un bassin. Je préfèrerai la région.. on traiterait non seulement des carrières
en eau mais également des carrières en dur. Il s'agit donc de l'ensemble des
problèmes de carrières.. de façon à savoir quelle est la partie qui devrait
être réservée à l'exploitation et la partie qui devrait être réservée pour un
certain nombre de raisons d'urbanisme.
Quatrième question,
adressée à M. GIVAUDAN.
Effectivement, pour permettre un aménagement rationnel des carrières, il a été
question d'envisager un examen global des problèmes, et on a parlé de
"zone d'aménagement coordonné". Est-ce que dans les documents, dans
le Code de l'Urbanisme, en particulier le règlement national, les règlements
concernant les POS, il serait possible d'envisager justement des "Z A
C" qui permettraient un meilleur aménagement des carrières avant même
qu'elles soient exploitées. Je veux dire qu'on pourrait examiner l'ensemble des
problèmes dans tout un secteur et pas seulement le problème d'une carrière.
M. DURRET : Pour
la première question, vous pourrez voir M. BARRERE qui représente la Direction
de l'Enseignement à la fin de la soirée.
M. LE PRESIDENT : cette plaquette est relativement importante,
elle est en préparation, elle sera très belle.. on a l'intention de la donner à
tous les maires de France, aux agences de bassin, peut-être à l'Ecole des
Ponts. Elle sera prête d'ici un mois au maximum.
M. BOURNY : N'y
a-t-il pas confusion entre les deux plaquettes, l'une destinée aux maires et
l'autre aux sabliers ?
M. MENAT : oui !
il y en a une seconde en préparation. Elle est destinée aux sabliers eux-mêmes.
Elle est moins avancée.
M. LE PRESIDENT : Il y
a une plaquette plus technique, elle est moins avancée.
M. MENAT : Cette
deuxième plaquette est plus restrictive, elle ne parle que des carrières de
granulats, la première traite de l'ensemble des industrie extractives et de
tous les types de réaménagement. on démontre qu'il n'y a pas de problème de
zonque à résoudre ; pratiquement tous les sites de carrière peuvent
actuellement, techniquement, être réaménagés. C'est un problème économique et
non technique. Ceci pour rassurer les écologistes.
M. le PRESIDENT: Cela ne les rassure pas du
tout et ils ont raison !
M.GIVAUDAN En ce qui me
concerne, la réponse sera simple
quand on étudie !'aménagement d'un territoire quel qu'il soit, et je prends
l'exemple d'une agglomération et son voisinage rural naturel, on doit se poser
beaucoup de questions. Il faut se poser en particulier celle de
l'approvisionnement en matériaux pour l'agglomération ou pour d'autres
agglomérations, et savoir s'il y a des gisements ; il faut poser la question de
savoir si on doit permettre ou non de les ouvrir à l'exploitation. Et quand on
a posé la question, on doit donner une
réponse. Et si la réponse est
"oui", il faut permettre l'exploitation des matériaux, en tenant
compte de tous les facteurs qu'on peut imaginer. La réponse peut être “ oui si ”. Si vous prenez certaines précautions !" La réponse peut être "non". On ne voit pas pourquoi on ne
répondrait pas "non" quand
il le faut.
Quand on a répondu à ces questions, il faut les mettre
quelque part, et ce quelque part ‑ vous vous en doutez ‑ c'est le P
0 S qui va en quelque sorte permettre ou interdire, permettre sous condition ou
interdire.
Le problème est le suivant. Ce n'est pas parce qu'on a dit
"oui" que le propriétaire est disposé à autoriser l'exploitation du
sous-sol ou autoriser quelqu'un à le faire ou à le faire lui-même. Il faut
trouver la possibilité d'exploiter ce sous-sol malgré la volonté du propriétaire
puisqu'il faut des matériaux et puisqu'il ne faut pas les prendre n'importe où
au hasard de l'improvisation des uns et des autres qui ont envie de faire des
trous chaque fois qu'ils ont l'occasion de le faire, parce que le propriétaire
leur a donné l'accord pour le faire.
Je me pose deux questions.
1. Pourquoi n'a-t-on pas utilisé à ce jour l'Article 109
du Code Minier qui permet d'opérer malgré l'absence de volonté ou de désir du
propriétaire ?
2. Le réaménagement est difficile parce que l'exploitation
dure, et qu'au terme de l'exploitation, le carrier n'a pas trop envie ou n'a
plus les moyens de faire son aménagement lui-même. Pourquoi n'autoriserait-on
pas l'ouverture des carrières par petites tranches de façon qu'on réaménage le
morceau exploité au fur et à mesure qu'on a fini d'exploiter et qu'on autorise
une nouvelle tranche ? ceci permettrait d'obtenir des conditions de
réaménagement plus sûres par rapport aux promesses qui ont pu être faites ou
aux conditions qui ont pu être imposées à l'occasion de la demande
d'autorisation.
Je ne réponds pas à vos questions et. j'en pose
M. .DUBUS (
Sablier ) : Je ne suis pas tout à fait d'accord ! Le Code Minier
prévoit déjà cela. Cela existe ! Si les aménagements prévus dans l'arrêté ne sont
pas respectés, le Préfet peut arrêter immédiatement l'exploitation.. ce sont
les termes administratifs.. Pourquoi les Préfets ne l'appliquent-ils pas ?
M. GIVAUDAN : C'est une troisième question.
M. DUBUS : La question est importante. on va introduire un
nouvel article que les Préfets ne liront pas, et on en demandera un autre dans
deux ans !
M. LE PRESIDENT : Je
suis extrêmement heureux d'avoir entendu M. GIVAUDAN dire ce qu'il vient de
dire. Je l'en remercie. Je suis tout à fait satisfait d'apprendre que les POS
contribuent largement à réserver les terrains pour l'exploitation des
carrières. En effet, d'après ma modeste expérience administrative, qui est
d'une part une expérience régionale de 7 ans, d'autre part une expérience
centrale, j'avais cru comprendre que je me bagarrais constamment contre les POS
qui m'interdisaient les carrières dans tous les sens sans que j'arrive à saisir
ou à contrôler l'exercice.
J'aimerai que mon ami LEFROU nous dise ce qu'il pense des POS en
matière de réservation de ressources en eau.
M. LEFROU :
Justement.. tout à l'heure il a été dit que les POS permettaient de réserver
les ressources en eau. C'est vrai.. c'est vrai dans le cas qui se présente
presque jamais où la Commune doit rechercher ses ressources sur son propre
terrain ! Mais, la plupart du temps, les communes doivent aller chercher leurs
ressources sur le terrain du voisin, et c'est le voisin qui décide de mettre
dans son POS une réservation pour une autre commune !.
Et à partir de ce moment on n'a pratiquement aucune chance que le
département de Seine-et-Marne fasse de grandes réserves foncières et sacrifie
des terrains au profit de la Ville de Paris ou du département des Yvelines ! Et
je vois mal comment la merveilleuse machine des POS va nous permettre de
résoudre nos problèmes d'alimentation en eau !
S'il résout déjà le problème de l'exploitation du sable, c'est pas
mal. Mais pour l'eau, jusqu'à présent, cela n'a pas été extrêmement bénéfique.
Un Intervenant : Les
communes rurales n'ont pas de POS !
M. LE PRESIDENT : Si on
a du mal à résoudre le problème de l'approvisionnement en granulats par cet
outil, qui est un outil remarquable sur d'autres points, c'est pour la raison
qu'a donnée LEFROU pour l'eau !
M. GIVAUDAN : Pas d'accord ! ( Rires.).
Je réponds brièvement.. Vous posez mal le problème tel qu'il se pose ! Ce n'est
pas un problème de texte mais de volonté !
Il y a de l'eau là-dessous.. Quelle que soit la commune et
quel que soit l'utilisateur de cette eau, c'est l'Etat qui est un peu
responsable de cette ressource ! ( Approbation.) c'est l'Etat à travers les
agences de bassins ! si la Commune ne veut pas, c'est l'Etat ! Il y a l'Etat
dans les POS ! l'Etat protège la ressource qui ne servira pas à la Commune mais
à un syndicat ou à quelqu'un d'autre !
Par conséquent, par la voie d'un POS communal d'une petite
commune qui est noyée dans l'eau, qui n'a pas besoin d'eau, on peut
parfaitement protéger une ressource aquatique qui servira des intérêts
supérieurs et extérieurs à la Commune. Si vous ne le faites pas, c'est que vous
n'utilisez pas les moyens qui vous sont offerts !
J'ajouterai que si dans un cas, on ouvre la carrière..( il
doit bien se trouver un cas où le POS autorise l'ouverture de carrières ). Le POS
ne peut pas à la fois accepter de gêner les carrières et ne pas protéger
l'eau..
M. LE PRESIDENT : Tout à
fait !
M. GIVAUDAN : C'est l'un ou l'autre !
M. ETANCELIN (
Ciments Français ) : Je voudrais répondre à M. GIVAUDAN sur son exploitation
d'un gisement en tranches ou en rondelles successives. En ce qui concerne les
cimentiers c'est pratiquement impossible puisque les investissements d'une
usine sont considérables et que nous considérons déjà que l'exploitation sur 30
ans est trop courte !.. qu'est-ce que sera au bout de 6 ou 7 ans.. (
difficilement audible ).. Il nous faut donc la permission de tout exploiter
sinon nos investisseurs ne nous permettront pas de faire les choses si on n'a
pas l'autorisation !
M. GIVAUDAN : Ce n'est pas incompatible !
M. ETANCELIN : Il faut la
permission d'exploiter..
M. MENAT : On a
parlé de l'utilisation du POS pour réserver l'utilisation de la ressource rare
et on a dit : le granulat est une ressource rare parce qu'épuisable par
définition.
Je demande à M. GIVAUDAN si le Ministère de l’Equipement est disposé
à envoyer une circulaire à ses divers services départementaux pour les inciter
à prévoir dans les POS la protection des gisements et non seulement
l'autorisation de les exploiter. Vous avez remarqué comme M. GIVAUDAN a parlé
d'autorisation, il est restrictif, or il faut préserver les gisements et en
imposer le respect par les autres candidats au sol.
Est-ce que M. HUGON a fait part de son expérience personnelle ?..
Nous essayons journellement de
faire inscrire à des POS la possibilité d'exploiter des gisements de
granulats (ce qui ‑ je voudrais le signaler ‑ n'est pas une
occupation stérilisante en ce sens que cette occupation temporaire, pour autant
qu'elle soit insérée convenablement dans l'utilisation du sol, est au contraire
un élément d'aménagement parmi d'autres).
Nous demandons aux communes et aux services de l'Equipement d'inclure
dans les POS la possibilité d'utiliser les gisements. Nous avons de ce côté un
mal fou à nous faire entendre : le granulat est considéré d'une manière
systématique, comme l'ennemi et non pas comme une ressource qu'il faut
respecter et protéger et utiliser intelligemment !
M. ARSAC : Je voudrais donner un exemple d'autorisation et
de non-autorisation. Comme les Belges avaient interdit la destruction d'une
partie du littoral pour ramasser du sable pour construire les autoroutes
belges, les fabricants d'autoroute venaient ramasser le sable sur la dune de
Dunkerque ! Les deux classes sont possibles effectivement .. ( ? )
M. GIVAUDAN : monsieur MENAT, la circulaire du 14 novembre 1974 existe ! elle est juste au sens
qu'elle pense à toutes les préoccupations, en particulier à la vôtre. Je ne méconnais
pas l'ostracisme qui peut se rencontrer et qui veut faire payer votre passé..
disons-le.. il y a un passé je pense qu'après, cela reviendra !
M. VALETTE : Je voudrais
attirer l'attention sur ce qui a été dit dans l'audiovisuel et sur ce que M. MENAT
a dit et sur les ouvertures de carrières.
On dit aux carriers si vous allez enlever des matériaux, vous allez
substituer un autre matériau qui ne soit pas soluble et qui présente une
granulométrie à peu près équivalente à celle que vous avez enlevée de manière à
rétablir la circulation de l'eau. Ce sont des textes que j'ai lus dans les
autorisations départementales. Je voudrais que le carrier me donne des
matériaux de granulométrie égale à celle du sable.
D'autre part, si l'on peut rechercher à terme un matériau de
substitution du granulat alluvionnaire, le voudrais aussi qu'on m'indique quel
sera le matériau de substitution de l'eau lorsqu'on aura épuisé toutes ses
ressources !
Je voudrais aussi me permettre, M. MENAT, de vous faire remarquer que
l'eau n'est pas une matière minérale, c'est une matière vivante, complètement
vivante et extrêmement complexe. Et lorsque vous faites une carrière en
découvrant une nappe souterraine, si on peut prendre une analogie humaine, vous
faites une piqûre de poison intraveineuse ! Si vous faîtes une piqûre
intraveineuse de phénol, vous mourez dans les deux heures
C'est le déséquilibre qui est apparu au vu de l'audiovisuel. On a
presque comparé deux matériaux équivalents avec deux utilisations équivalentes,
finalement en termes d'économie.. je crois que non.. Dans un cas, c'est
peut-être des termes d'économie, pour ce qui est des granulats. Pour ce qui est
de l'eau, c'est la patrimoine de l'humanité.