UA. QUO .SEN
ANTOINE GIVAUDAN
(
13 MAI 1977 )
Elle donnait le coup d’envoi interne de
ce que j’ai appelé bien plus tard “ LE PETIT DESSEIN ” ( Cf. #1000# ). Chacune des actions UAA,
QUO, SEN risquait de se pratiquer, indépendamment les unes des autres, sans
être en quelque sorte élevée au rang d'objectif identifié et fédérateur. Il
fallait éviter cette erreur. Le concept a germé en 1975-76 ( Cf.[1976-12-09---H-LA-LOI-DU-31-12-1976-LES-PERSPECTIVES-OFFERTES-PAR-SON-ADOPTION]) puis après la loi du 31 décembre 1976, il a pris corps comme
moyen de mieux faire comprendre nos orientations multiples qui restaient
particulièrement comprises de travers ( Cf. #1977-03-18---E#) par le grand public.
Le triptyque
couvrait toute l’activité de la direction, ( Cf. #1977-04-00---H#) mais je ne pouvais pas l’étendre au
delà de mon service. Je regrettais pour cette raison que plusieurs initiatives
intéressantes se déploient en ordre éparpillé, sans apparaître comme
appartenant à une même famille, affaiblissant la force de nos intentions et la
compréhension de nos objectifs.
J’étais conscient de
la disproportion entre ce que j’étais et ce qu’il fallait faire. Mon initiative
ne suscita aucun intérêt du dessus qui avait l’esprit ailleurs. La
décentralisation chatouillait les têtes comme des poux en plein été.
J’aurais pu ne rien
faire et me la couler douce – mais j’ai du mal à me retenir. Dans la foulée,
j’esquissai une note “ QUO ” à destination du Cabinet, mais elle ne partit jamais (
Cf. [1977-05-14---H-QUO-NOTE-D-ORIENTATION] ). Je me suis donc contenté d’agir dans le cadre étroit de mon
seul service.
SERVICE DE L’URBANISME 13 MAI 1977
NOTE
D’ORIENTATION
Sous ces trois
termes, que l’usage n’a pas encore consacrés, chacun reconnaîtra les trois programmes auxquels doivent
se rattacher nos principales interventions.
I. RAPPEL DES OBJECTIFS.
U.A. USAGERS ET
AUTORISATIONS
La
montée des exigences et la multiplication des contrôles qui en résulte, suscite
déjà et suscitera de plus en plus des problèmes avec les usagers de notre
administration.
Les
exigences sont dans l’opinion. Elles sont souvent contradictoires.
Les
contrôles sont dans les lois. Ils ne sont pas tous satisfaisants car ils ne
sont pas organisés en tenant compte du principe général suivant lequel “ UNE
RIGUEUR ACCRUE APPELLE PLUS DE COMMODITE ”.
Le Programme UA est destiné à proposer et à mettre en oeuvre les actions de nature à
améliorer les relations entre l’administration et les usagers de ces
autorisations.
Il
faudra lui trouver un coup d’envoi,
quand nous aurons accumulé quelques munitions.
Q.U.O. QUALITE DE
L’URBANISME ORDINAIRE
L’aménagement
de la ville se fait par des opérations. Il se fait aussi par l’accumulation de
faits divers, indépendants, déconnectés, par la mise en œuvre de savoir faire
machinaux qui s’ignorent...
Et
pourtant les collectivités publiques tiennent tous les fils de l’urbanisme
ordinaire. Elles peuvent donner des affectations à l’espace et en déterminer la
morphologie ( P.O.S.). Elles contrôlent l’application et l’usage de ces
affectations ( permis de construire, petits lotissements courants, travaux
divers ) ; elles réalisent des travaux ( voirie, plantations...) ;
elles utilisent des architectes consultants... ; elles perçoivent des
contributions.
Il
faut que ces actions quotidiennes, innombrables, au lieu de se juxtaposer,
s’agencent... Il faut que chaque réalisation participe à l’édification d'un
tout plus harmonieux. Il faut que les responsables locaux retrouvent le sens du “ bel
ouvrage ” ; il
faut que les citoyens l’exigent en acceptant les exigences qui en découleront
pour eux.
Tel
est l’objet du programme Q.U.O., auquel il faut trouver un coup d’envoi. Nous avons quelques
munitions pour la suite des événements.
S.E.N. SAUVEGARDE DES
ESPACES NATURELS
Dans ce domaine, bien
connu, les objectifs sont clairs ;
les moyens ne manquent pas. Les solutions, dans un premier temps, sont
simplistes :interdire, arrêter l’invasion des espaces agricoles et
naturels par les retombées de la ville.
La circulaire du 16 mars 1977 a
donné le coup d’envoi. ( Cf. #1977-03-16---E#)
La
diffusion de la plaquette “ Attention mitage ”, ( Cf.[1981-04-02---H-DEPLIANTS-PLAQUETTES-ET-AVANT-PROPOS]) a illustré l’objectif pour le grand public.
D’autres
munitions sont en préparation. Il faudra que le tir soit bien ajusté et que les tenailles
se resserrent.
II. LES OBJECTIFS ET LES REALITES
Nos
généreux objectifs se heurtent à trois obstacles. Nous devons en avoir
conscience afin de ne pas commettre d’erreurs d’appréciation.
Il
y a l’obstacle politique ; il y a l’obstacle économique ; il y a
l’obstacle sociologique.
1. L’OBSTACLE POLITIQUE
Il
est dans le fait qu’un courant en faveur d’une décentralisation, d’une responsabilité
accrue des communes anime les élus locaux comme les gouvernants. Ce courant est
salutaire et légitime. Notre législation, notre doctrine risquent d’être en
contradiction avec lui.
Pour
beaucoup, l’attitude “ politique ” consiste à faire ce que demande
l’élu local, quelles que soient par ailleurs les exigences qui s’y
opposeraient. Vis à vis de nos règles, c’est tout aussi bien refuser ce qui est
permis et doit être accordé
qu’accorder ce qui est interdit.
Le programme UA ne se heurte pas
à l’obstacle politique ; en revanche, il doit en collationner les
exemples.
Le programme Q.U.O. ne se heurte pas
à l’obstacle politique. Au contraire il permet d’amorcer une décentralisation
concrète, non institutionnelle ; c’est la
technique au service de l’élu.
Le programme S.E.N. heurte de front l’obstacle politique car il contrarie
d’innombrables désirs individuels.
2. L’obstacle économique
Il
est dans le fait que des raisons économiques conjoncturelles peuvent conduire à
autoriser n’importe quoi pour aider une entreprise en difficulté ( chômage...),
à violer des procédures longues pour résoudre un problème urgent... à
discréditer, comme l’obstacle politique, les exigences générales d’aménagement.
Le programme U.A. devrait précisément collationner les rigidités
procédurales superflues qui dénaturent la signification des autorisations et
surveiller l’effet des fiscalités.
Le programme Q.U.O. devrait, au contraire, susciter des idées de
menus travaux divers, importants par leur nombre, malgré la petitesse de leur
volume.
Le programme S.E.N. risque, en revanche, de subir le contrecoup des
aléas économiques tout en bénéficiant de la détente de la demande en
construction. Quoi qu’il risque de subir le contrecoup de la conjoncture immobilière
qui favorise les constructions mobiles ( moins chères ).
3.
L’obstacle
sociologique
Il
est dans la difficulté, particulièrement au plan local, d’engager des actions
d’information, d'ouvrir les dossiers au public, de s’expliquer franchement sur
le pourquoi et le comment. L’information purifie l’ambiance sociologique comme
l’oxygène purifie les eaux. ( Cf.[1983-10-00---H-LE-PETIT-MANUEL-DU-BUREAUCRATE-AMENAGEUR]. Précepte N° 31
). Quelquefois
ça s’enflamme.
Les
3 programmes sont dépourvus de sens et n’auront aucune portée s’ils ne sont pas
accompagnés d’une
information continue, soutenue, profonde, pénétrante, qui atteigne
des cercles, de plus en plus grands d’élus et de citoyens.
Il
ne faut pas compter sur l’ouverture spontanée des centres de pouvoir sur le
public. Tout pouvoir tend à ne concéder que
l’information qui l’arrange tant qu’il n’a pas compris tout le parti qu’il peut
tirer d’un jeu ouvert. Il est assez heureux que nos services commencent
à le comprendre mais ils sont très souvent prisonniers de l’environnement
administratif ou politique local. Il
faut donc parvenir à les en libérer.
Alors,
les objectifs qui fondent les programmes seront bien plus facilement atteints.
Pour le programme UA, cet objectif est notamment celui de la rigueur dans
la commodité. Les lois
incommodes doivent être revues.
Pour le programme Q.U.O., cet objectif est notamment celui de faire mieux en ne comptant que sur
soi-même.
Pour le programme S.E.N., cet objectif est notamment de légitimer
l’impopularité des protections.
Ainsi
retrouve-t-on l’Etat, mieux à sa place, devant la Société à la recherche d’une
décentralisation.
L’Etat
reconnaît et respecte les exigences de l’usager, sans nécessairement aller
jusqu'à la complaisance. Il le défend aussi ( U.A.).
Il
connaît et soutient les collectivités locales dans leurs soucis de faire mieux.
Il cherche à leur en donner le goût, si elles ne l’ont pas encore. Il se met à
leur disposition.
Il
connaît et défend les impératifs supérieurs de la défense des espaces naturels
et dans ce domaine, il est ce qu’il doit être ; à savoir, rigoureux, à
peine de n’être rien.
III. UNE CONDITION DU SUCCES : LA SUPERIORITE MORALE
Il
faut des crédits ; il faut des personnels ; il faut du pouvoir
juridique ; il faut du savoir faire, soit. Mais tout cela n’est rien, si
ceux qui ont à s’engager dans ces actions n’ont pas la supériorité
morale avec eux.. La supériorité morale
n’est pas un don du ciel. Elle s’acquiert. Acquise, il faut la conserver.
Elle
s’acquiert de multiples façons :
·
en sachant discerner
les grands courants qui parcourent l’opinion et qui sont favorables aux
objectifs qui nous sont chers ;
·
en sachant exprimer
clairement le “ pourquoi ” des actions dont nous endossons
la paternité ;
·
en reconnaissant
avec lucidité nos propres turpitudes et en mettant en évidence les
succès ;
·
en mettant les adversaires
éventuels dans l’impossibilité d’être hostiles aux objectifs que nous
affichons ;
·
en déclenchant des
initiatives à plusieurs détentes de telle façon que ceux qui veulent agir,
finissent par découvrir tout seuls les bons chemins de l’action ;
·
en sachant nous
éclipser modestement quand la victoire est presque acquise afin d’en laisser à
d’autres les bénéfices et nous constituer ainsi des alliés ;
·
en faisant éclater
les contradictions par l’intermédiaire de ceux qui ont bien plus le droit que
nous, de les montrer ;
·
en tenant les
promesses que nous pouvons faire ;
·
etc. etc...
La
supériorité morale est le moteur de toute action sociale. Elle libère des
énergies profondes.
Nous
ne l’avons pas dans le domaine UA.
Toute une pente est à remonter “ feu sur le Conseil architectural ” serait de
nature à nous en approcher, mais le fait même que nous ne le faisons pas montre
bien que nous ne l’avons pas.
Nous
ne l’avons pas dans le domaine Q.U.O.,
parce que nous n’avons encore rien fait dans ce domaine, mais il sera aisé de
l’acquérir dès que nous aurons agi.
Nous
commençons à l’avoir dans le domaine S.E.N.
Il faut la consolider.
Quand
la supériorité morale est acquise, les trois obstacles mentionnés précédemment
imposent moins leur solution aux problèmes courants car les
“ dérogations ” doivent, avant d’être accordées, apporter la preuve
qu’elles sont absolument indispensables. Elles sont ressenties comme des fautes
et suscitent un sentiment de culpabilité.
CONCLUSION
Depuis
trois ou quatre ans nous avons essentiellement agi en développant l’utilisation
d’instruments spécifiques, sans trop nous soucier
d’obtenir des résultats globaux, des corrélations, des synergies. Il le fallait et
il le faut encore car l’instrumentation est compliquée et ceux qui savent en
combiner les possibilités sont encore rares.
Il
faut cependant, par les programmes U.A.
- Q.U.O. - S.E.N., apprendre à faire la jonction entre les
instruments ; habituer nos interlocuteurs à tresser des politiques, avec eux, au
delà de l’application machinale des lois ou des budgets. Nombre d’entre eux ne
nous ont pas attendu pour le faire et nous devons puiser dans leur savoir.
Encore faut-il qu’ils sachent que nous apprécions leurs efforts et que nous
nous en servons.
Les
tâches qui découlent de U.A., Q.U.O. et S.E.N. ne
constituent pas des tâches spécifiques, à part, décrochées, spécialisées ;
tout ce que nous faisons -- dans tous les bureaux -- s’y rattache souvent de
très près. Les chefs de file des programmes ont par conséquent tout pouvoir, au
fur et à mesure que nous avancerons, pour susciter des initiatives transversales dans le
service et nous décloisonner un peu plus.
Les
trois programmes ont aussi pour vertu de nous permettre de juger ce que font
les autres et ce que nous faisons. Quelle dose de ( U.A., Q.U.O., S.E.N. ) y a-t-il dans les affaires que nous
rencontrons ? C’est la question qu’il nous faut nous poser devant
toute situation, tout texte, tout organisme, toute pratique, tout document,
toute procédure, toute proposition... C’est une autre façon de penser.