Q.U.O. NOTE D’ORIENTATION
ANTOINE GIVAUDAN
( 14 MAI 1977 )
ORIGINE ET
DESTINATION
Cette note précise le contenu des initiatives à susciter
et des idées à répandre en faveur d’un URBANISME ORDINAIRE de meilleure qualité ( Cf.[1977-05-13---H-UA-QUO-SEN]). Je n’ai rien à en
retirer. On y retrouve, ce à quoi je crois toujours, l’ascèse de l’attention,
de l’exigence, d‘une contrainte plus psychologique que juridique ou procédurale,
celle qui donne le goût de mieux faire parce qu’on a du plaisir quand on a mieux fait ( Cf. #1400# ).
Ce mouvement était perceptible et il fallait l’amplifier
et le consolider. La politique des “ villes moyennes ” avait été un bon vecteur de ce souci de mieux faire, mais
avec des crédits. Ce que je voulais faire comprendre,
c’était donc de mieux faire ce que de toute façon on doit faire en prètant plus
d'attention . Ce n’était pas une question
d’argent mais de dispositions d’esprit et de qualification.
Monsieur DEVILLERS, ( Cf. #1994-00-00-3-E#) qui parle en mal du POS et du passé, à raison mais aussi à
tort, ne dit guère autre chose. La question n’est donc pas de dire, mais de
créer un mouvement significatif dans la société. Il n’y a plus, aujourd’hui, ni
moteur, ni direction. Le système est livré à lui-même. L’Etat peut toujours
déverser des crédits sur les quartiers dégradés… “ Des moyens ! Des moyens ! Des moyens ! ” et chanter des cantiques à la mixité sociale. Il ne
changera pas grand chose car il n’a plus de “ frères prêcheurs ” sur le
terrain. Et s’il en reste, car il en reste quand on cherche bien, ils font
penser à un “ordre mendiant” en pays de mission.
Mon propos n’était ni irréaliste, ni grandiloquent et on
ne partait pas de rien. Il y avait sur le terrain des gens de bonne volonté,
mais l’avenir n’était pas positif car les CAUE menaçaient notre système ( Cf. #1430# ).
Comment fallait-il faire pour le faire connaître, en tant
que souci impérieux de la politique urbaine ? Les esprits étaient ailleurs
et on avait voté la loi sur l’architecture, donc on était sauvé.
Les erreurs du pouvoir sont là. Il s’est toujours trompé
de cibles et n’a su que persévérer dans ses erreurs. Il a été humain…c’est à
dire sot et il l’est resté.
MINISTÈRE DE L'EQUIPEMENT ET DE L'AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
AVENUE DU PARC DE PASSY. PARIS (16)
CODE POSTAL 75775 PARIS CEDEX 16
TÉLÉPHONE 524.52.34
DIRECTI0N DE L'AMÉNAGEMENT FONCIER ET DE L’URBANISME
LE MINISTRE DE L’EQUIPEMENT ET DE L’AMENAGEMENT DU TERRITOIRE
A
MESSIEURS LES DIRECTEURS DEPARTEMENTAUX DE LEQUIPEMENT SOUS COUVERT
DE MESS1EURS LES PREFETS
OBJET. Q.U.O. NOTE D’ORIENTATION.
Les milieux urbains, les quartiers nouveaux,
l'évolution des quartiers anciens se font avec des opérations d'urbanisme, mais
sont aussi le résultat de l'accumulation d'une multitude d'actions modestes par
leur dimension, qui se succèdent, au jour le jour. Il s’agit de logements du
commerces et d'établissements divers susceptibles de coexister les uns avec les
autres. Des quartiers se forment de cette façon au cours des ans; d'autres se transforment; toute la question est de
savoir si cette évolution conduit vers un progrès de la qualité, dans
l'organisation, la morphologie, voire l'esthétique des milieux urbains. L'urbanisme
ordinaire n'a pas jusqu'à ce jour été traité comme un objet en soi.
Il est un résultat bien plus marqué par la fatalité que par un dessein
d'agencer des pièces diverses et multiples. Il faut par conséquent avoir une
attention particulière pour surmonter ces fatalités.
1. LA QUALITE DE L’URBANISME ORDINAIRE.
La
réponse est dans des questions:
Comment faire un peu mieux ce qui se
fait spontanément ?
Comment faire un pou moins séparément ce
qui se fait souvent en même temps ?
Comment se libérer des contraintes
inutiles qui coexistent bien souvent, à l'insu de tous, avec des contraintes
nécessaires ?
Comment répondre, avec plus de
justesse, à des aspirations, certaines mais confuses, des habitants ? Comment
parvenir à ce qu'une somme d'initiatives individuelles soit un peu plus qu'une
addition de pièces détachées ?
Il
s'agit donc de retrouver un ART URBAIN qui
s'est un peu perdu avec le développement rapide de la ville. La petite commune
à cet égard a des atouts particuliers car elle vit des mutations d'ampleur
réduite. Les villes moyennes et les grandes villes retrouvent ces questions
dans l’aménagement de leurs nombreux quartiers.
Cet ART URBAIN est à la fois dans la conception de la voirie,
dans la dimension des bâtiments qui s’édifient, dans leur implantation
relative, dans la façon d’envisager des espaces publics, dans le souci de
susciter ou d’imposer des plantations, dans l’exigence qu’il convient d’avoir à
l’égard des constructeurs, quant au choix des matériaux, des façades, des
toitures, dans la capacité d’admettre de la nouveauté... ou de la refuser.
Cet ART URBAIN est
difficile, car il n’est pas l’œuvre d’un seul. Il est l’œuvre de tous; de ceux
qui sont déjà présents dans un quartier et qui peuvent agir sur leur patrimoine
tout autant que réagir sur les transformations des immeubles voisins; de ceux
qui viennent s’installer comme de ceux qui s’en vont.
La
qualité urbaine d’un quartier se juge à deux critères; le premier est objectif :
est-ce que le quartier est recherché ? Le second est bien plus
subjectif : est-ce que ses habitants en sont fiers et ont le
sentiment d’appartenir à une communauté personnalisée ?
Le
chemin d’un urbanisme de meilleure qualité passe ainsi par le point obligé
suivant : est-ce
que ce qui va se faire, inévitablement, - car il se fait bon an, mal an,
d’innombrables petites choses, publiques ou privées dans un quartier - est
susceptible d’accroître ou de réduire l’impression qu’on peut avoir de ce
bien-être ambiant, si bien-être il y a, ou d’atténuer le sentiment qu’on
éprouve dans certains milieux urbains dégradés.
2. LES VOIES ET LES MOYENS
L’urbanisme
ordinaire n’a pas le prestige des opérations. Il n’a pas de maître d’ouvrage Il
est au confluent du savoir-faire machinal et d’un vouloir permanent d’améliorer
la qualité des milieux urbains à toutes occasions.
2.1. Le savoir-faire machinal
L’observation détachée des réalités
laisse apparaître de multiples savoir faire machinaux qui s’ignorent ou qui ont
toute chance de s’ignorer.
Il y a
le savoir faire, devenu machinal, de l’établissement de plans d’occupation des
sols ( P.O.S.) dans de nombreuses villes.
Il y a
le savoir faire machinal de l’instruction du permis de construire ou du petit
lotissement.
Il y a
le savoir faire machinal de l’architecte consultant qui suggère des
améliorations à un projet.
Il y a
le savoir faire machinal des techniciens de la voirie, de ceux qui posent des
réseaux, du service des jardins, du mobilier urbain...
Il y a
le savoir faire machinal des commerçants qui refont leur devanture, etc. etc.
Ces
bonnes volontés ne s'additionnent pas souvent. Elles s'ignorent la plupart du
temps quand elles ne se contrecarrent pas sans le vouloir.
Il
manque la présence d’un vouloir permanent qui saisira l'occasion de chaque
initiative, qui l'infléchira vers quelque chose de meilleur, c’est à dire d'un
peu différent, c'est à dire encore d'un peu plus proche d'un dessein non
arrêté, non imposé, non normalisé, mais ressenti et exprimé.
Ce vouloir c'est d'abord le vouloir du
Maire, du Conseil Municipal qui s'attache quelqu'un pour s'occuper de ce tout
qui, faute d'être dans les réglementations et les budgets, n’est pris en charge
par personne. Et ce quelqu'un ce peut être un architecte consultant de
la direction départementale de l'Equipement, un urbaniste à temps partiel.,
disposé non pas à concevoir un milieu urbain, mais à assister cet accouchement
continu de milieu urbain, au travers des innombrables petites opérations qui
viennent le modifier.
Ce
conseiller doit savoir qu'il ne dispose d1aucun pouvoir., qu'il ne détient
aucune vérité, qu'il n'a pour s’imposer aux savoir faire machinaux que la force
de son bon sens, de sa persuasion, et de l’approbation que suscitent ses
suggestions.
22. Les occasions
d'intervenir.
Elles
sont nombreuses et ne se prêtent pas à une normalisation même s'il est possible
de les rassembler en trois catégories.
A. Les petites Opérations
privées.
Elles
sont le produit spontané des initiatives des habitants qui construisent,
démolissent, surélèvent,, ajoutent, plantent, coupent, repeignent, ravalent,
creusent, déposent, partagent, clôturent, percent des ouvertures...Un quartier
est en perpétuelle mutation.
Ces
opérations intéressent toujours le voisinage; elles intéressent aussi la
collectivité qui est souvent appelée à intervenir par la voie des autorisations
que requièrent certaines opérations.
L'autorisation a plusieurs fonctions
n
celle de faire respecter certaines réglementations,
n
celle de
conseiller l’usager,
n
celle, éventuellement.,
d'empêcher certaines réalisations inacceptables.
La
surveillance, dans les affaires d’urbanisme ordinaire doit se faire cri douceur
et éviter les travers tatillons, quoique la vigilance des voisins oblige bien
souvent à ‑ être strict sur des détails. Pourtant il s'agit moins d'une
action de police que d'une action de bon conseil. Mais ce conseil ne prendra
toute sa légitimité que s'il ne paraît pas arbitraire, s'il ne semble pas
relever de la manie particulière d'un individu. Il n'en est ainsi que si la collectivité a
fait connaître ses soucis, a su les illustrer dans des dessins, a offert la
possibilité d'en discuter avec ceux qui s’y intéressent. Cette pratique ‑
au delà ou en deçà de l’application des réglementations ‑ prend tout son
sens dans les innombrables quartiers où les transformations profondes ne sont
pas nombreuses, où il s’agit beaucoup plus d'embellir et d'améliorer la ville
que d’en revoir l'organisation.
Certains
quartiers sont très satisfaisants et il faut empêcher qu'ils se dégradent; dans
ce cas le dessein est surtout destiné à mettre en évidence la qualité présente.
D'autres
quartiers, à l'inverse, sont très dégradés, et leur "restauration",
leur amélioration lie peut résulter que dune prise de conscience des habitants
auxquels il faut montrer que leurs propres initiatives peuvent cependant
apporter des progrès.
Les
situations intermédiaires se prêtent mieux à une intervention en ce qu'elles
comportent du bon et du mauvais et qu'il est plus facile de justifier la
nécessité de faire mieux.
B. Les actions publiques.
Elles
sont aussi très diverses et contribuent considérablement à la physionomie de la
ville; la réalisation de petits équipements de voisinage, l'arrangement de la voirie ou de places,
l'ouverture d'une voie., les travaux de plantation, la numérotation des
immeubles et la signalisation des rues, l'éclairage public, les rues
piétonnières, les marchés publics, le stationnement des véhicules donnent
d'innombrables occasions d'agencer des éléments en vue d'obtenir, souvent par
des astuces ou du bon sens, des conditions de vie plus commodes ou plus
agréables pour les habitants.
Dans
ces affaires. il s'agit moins d'études, de conceptions savantes, d'audacieuses
techniques que de goût pour le travail bien fait, d'amour pour la bonne
ouvrage. Ce souci anime cren‑1elralement la réalisation technique. Il
faut qu'il s'élargisse pour atteindre un supplément de qualité pour le bien
être quotidien des usagers. A cet égard il n'y a pas de travaux mineurs et la
bordure de trottoir ou la fontaine mérite attention.
On ne
saurait par conséquent négliger l'expression spontanée., concrète de leurs
exigences par les habitants qui peuvent, par leurs suggestions comme par leurs
critiques, mettre en évidence ce qui est souhaité comme ce qui ne convient pas.
La
responsabilité des initiatives incombe très directement
aux
élus locaux mais les directions de l’équipement, avec leurs subdivisions.,
doivent être animés de la même volonté., de faire mieux ce qui leur est demandé
d'étudier, en n’hésitant pas à mettre à contribution les architectes
consultants.
C. L'établissement du P.O.S.
Le souci da la qualité dans l'urbanisme
ordinaire doit naturellement imprégner le contenu du P.O.S. dans les communes
où il en établit. C'est une dimension actuellement négligée dans
bien des cas car le plan, comporte tellement d'enjeux, suscite de tels
problèmes que son utilisation en faveur d'une organisation meilleure des zones urbaines, en
pâtit quelque peu. Le savoir faire machinal remplace alors la
recherche de la qualité. La localisation des équipements futurs ‑ même
les plus élémentaires ‑ mérite d'être examinée au regard des commodités
qu'ils apporteront comme de leur agencement correct, dans le voisinage
immédiat. « L'emplacement réservé », peut être déterminant pour
modeler un quartier destiné à s'étendre, structurer un espace vacant ... Le classement d'espaces boisés urbains, de plantation
d'alignement peut être essentiel pour sauvegarder la trame verte de la ville ou
pour l'améliorer. Le maintien d'espaces cultivés, au sein de l'urbanisation,
est aussi de nature à créer des discontinuités intéressantes. L'ensemble des
moyens d'intervention résultant des documents graphiques est très loin d'être
pleinement utilisé.
Le
règlement, aussi, doit éviter la “ machinalisation ”.
Certaines règles, comme celles qui fixent l'implantation des constructions par
rapport aux voies, conditionnent très directement la physionomie des rues. La
règle de hauteur, influe. sur la silhouette, la règle édictant une obligation
de planter, introduit progressivement la végétation dans les espaces bâtis.
Mais
encore., l'étude du plan est l'occasion, au fil des travaux, de collationner
une multitude de choses à faire ou ne pas faire, qu'il ne faut certainement pas
introduire dans le plan, qu'il ne faudrait pas non plus oublier et qui doivent
être utilisées dans l'action quotidienne ultérieure de la collectivité.
C’est
par cela que le plan est plus - peut-être plus, doit devenir plus - qu’un état
juridique de la propriété. Si son établissement n’a pas permis d’être ainsi, le
véhicule d’un urbanisme ordinaire de qualité, il faudra saisir, ultérieurement,
l’occasion d’une modification pour enrichir, adapter, voire simplifier les
dispositions -graphiques ou écrites- applicables aux zones urbaines.
L’expérience de son application, le passage à l’enquête publique, la
sensibilité plus grandes des élus comme des habitants, devraient permettre
d’atteindre peu à peu, avec le P.O.S., un art urbain qui urbain qui fait encore
défaut souvent, faute de pouvoir tout penser dans la première étape de son
élaboration qui est la plus laborieuse.
CONCLUSION.
Au
cours des cinq années à venir, malgré des différences très sensibles d’un
département à l'autre, ces préoccupations
‑ qui sont déjà présentes ‑ sont appelées à prendre plus
d'ampleur. Ce
sera moins l'effet des lois, des réglementations ou des circulaires que d’une
exigence plus grande de notre Société. Il faut répondre à ses
aspirations. Cette note d'orientation suggère quelques modalités. Il convient
d’entreprendre là où les circonstances s'y prêtent, dans les villes importantes
comme dans les petits villages, tout ce qui peut contribuer à mieux aménager
l'espace urbain. Les résultats ne seront pas spectaculaires immédiatement mais
ils le deviendront avec le temps. La ville conserve la trace de ce qu’on y fait
comme de ce qu'on n1y fait point quand il est encore temps de faire. Il faut
que la pensée de ne point manquer les occasions de faire mieux inspire les
actions publiques ou privées. Cette pensée n’est pas le monopole des hommes de
l'art. Elle a déjà gagné l’opinion. Il faut qu'elle s’enracine définitivement dans notre Société
qui ne doit pas être seulement capable de produire.
ANTOINE GIVAUDAN