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PREFACE AU LIVRE

de MAITRE MICHEL RICARD

 

LE PERMIS DE CONSTRUIRE

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

1977

date fixée arbitrairement au mois de juillet

 

 

ORIGINE ET DESTINATION

Je n’ai jamais écrit, dans les quelques préfaces qu’on m’a fait la faveur de me demander d’écrire, rien de ce que je ne pensais pas.

J’étais bien placé pour connaître ce livre monumental, pour l’avoir relu minutieusement, de bout en bout, à la demande du Moniteur des travaux publics. J’y ai passé plusieurs soirées, sans demander la moindre rétribution, sinon un exemplaire ou deux du livre et l’honneur de l’avoir préfacé, sans ménager mes compliments car ils étaient mérités. C’est un livre qui me servit d’ailleurs souvent par la suite dans les cas tortueux.

Mon seul reproche, à ce monumental et très utile ouvrage, est finalement sa sérénité. Et encore, à cette époque, le droit de l’urbanisme n’était pas encore ce qu’il est devenu, une décharge à détritus. J’ai oui dire que Me. RICARD, avec à propos et science, a su s’en accommoder pour gagner des procès.

Le “POUVOIR”, ne récolte que ce qu’il a semé et C’EST BIEN FAIT POUR SA GUEULE” . La décentralisation aura, c’était imprévu, été favorable à la bourse de gens de robe alors qu’elle n’était initialement destinée qu’à satisfaire l’amour propre insatiable de certains élus. Une insouciance qui aura fabriqué des heureux et des victimes.

 

 

 

La rédaction d'un traité complet et actualisé de droit de l'urbanisme est une entreprise héroïque. Maître Michel Ricard s'y est attaché avec une opiniâtreté qui mérite l'éloge et l'admiration, avec le souci de commenter avec une exceptionnelle clarté ce que ce droit peut avoir d'obscur ou de subtil dans sa luxuriance.

L'auteur d'une préface, c'est l'usage, reconnaît des mérites à l'auteur. Bien souvent le compliment ne provient pas de quelqu'un qui peut apprécier l'étendue réelle de ces qualités. Ce n'est pas le cas cette fois. Par fonction et par expérience, je sais les redoutables épreuves qui ont dû être surmontées; je sais combien de recherches, de vigilance, de méticulosité, de patience il faut réunir pour ne rien laisser échapper de l'évolution de ce droit marqué par de vastes réformes législatives récentes, par un train de décrets touchant la quasi totalité des chapitres du Code de l'urbanisme, par un flot de circulaires, modifiées ou nouvelles qui viennent ou viendront commenter la loi et. ses décrets, par une jurisprudence ininterrompue qui apporte une contribution essentielle à l'interprétation du droit.

ET CE N'EST PAS FINI. HELAS !.

L'évolution de notre société, possédée maintenant de ce nouveau démon ‑ démon que nous avons chaque jour l'occasion de surprendre dans ses manifestations ‑ ne laisse aucun répit au juriste de l'aménagement. Pas plus qu'elle ne laisse de répit à ceux qui ont, au sein de l'administration l'humble responsabilité de veiller sur le code et d'en rechercher la meilleure application.

Qu'il s'agisse de réformes des collectivités locales, de lutte contre la violence, de politique des loisirs, d'amélioration de la participation des habitants à l'aménagement du cadre de vie, de solutions à certains problèmes techniques ou professionnels, d'organisation des procédures administratives, d'aménagement du littoral, de la montagne, d'environnement, de protection de la nature ou du patrimoine historique, d'aménagement du temps peut-être.

Il ne se passe pas de jours sans qu'un rapport, un discours, un comité interministériel, une idée géniale, une volonté de simplification, un souci de justice, ne viennent suggérer, conseiller, ordonner la reprise d'un texte, l'édiction d'une loi, la modification d'un décret, la rédaction d'une circulaire.

L'effort de ceux qui veulent expliquer ce droit à leurs contemporains, de plus en plus curieux d'ailleurs de le connaître, n'a plus de fin. Ils sont autant de Pénélope attachées à refaire la nuit une toile que d'autres défont pendant le jour.

Il y a là un problème à la fois singulier et inquiétant.

Singulier car nous ne voyons pas d'autres domaines qui soit l'objet d'autant d'assauts . La législation fiscale, elle-même, semble plus à l'abri. Inquiétant car la loi, au sens large du terme, ne gagne rien tant évoluer même si les facteurs d'évolution sont légitimes, car nul ne peut plus discerner le nouveau de l'ancien et ce risque est très grand pour la sécurité juridique des citoyens de connaître par trop de périodes transitoires au cours desquelles plusieurs régimes juridiques peuvent coexister.

Dans un tel tourbillon dont il faut souhaiter qu'il se calme , Maître Michel Ricard n'a pas perdu le cap. Et s'il a pu le conserver, il le doit à la fois à sa science et à la solidité de la structure de l'ouvrage monumental qu'il a conçu. Cette structure est de nature à résister aux pires tempêtes juridiques ; c'est un avantage considérable en temps d'intempéries. Elle ne dispensera pas l'auteur de colmater les brèches, ni d'écoper le flot ; elle lui épargnera de revoir les fondements de l'édifice quels que soient les coups qui pourront frapper le droit, en gros ou en détail.

Ce traité est aussi un ouvrage pratique, utilitaire, efficace, un instrument de travail. Il n'apporte pas seulement des explications générales ; il fournit des armes qui seront appréciées par les usagers tout autant que par l'administration. Il fouille le droit sans ménagement et fait remonter quelquefois une vase qui gagnerait à être épurée.

Ce dernier caractère m'amène a exprimer un dernier compliment que j'accompagnerai d'un regret. C'est un plutôt un objectif. Maître Michel Ricard, qui démontre magistralement sa culture comme sa maîtrise de cette discipline difficile, avance imperturbablement de chapitre en chapitre, quelles que soient la complexité, les embûches, les paradoxes, les anomalies, les répétitions. Il avance sans hésitation, ni murmure.

Or, j'aurais aimé quelquefois l'entendre murmurer, grommeler ou tonner ...

Cet étrange silence a-t-il sa source dans le respect qu'il doit tout naturellement au législateur, dans le plaisir du spécialiste qui accède aux sommets éthérés de la connaissance, dans une indifférence inhumaine à la complication ? Je crois qu'elle s'explique plus par un souci de ne pas embrouiller encore plus l'écheveau, et par une conscience aiguë des devoirs qui incombent à celui, qui, par profession ou vocation disposant d'un savoir, souhaite le partager ( 1 )

Que le lecteur ne se laisse pas alors impressionner par la dimension du volume puisqu'il y trouvera réponse à ses questions avec facilité.

 

Antoine GIVAUDAN

Chef du Service de l'Urbanisme à la Direction de l'Aménagement Foncier urbain

MINISTERE DE L'EQUIPEMENT ET DE L'AMENAGEMENT DU TERRITOIRE

 

 

( 1 ). [ J’ajouterai aujourd’hui avec malice et regret “en tirer parti” car Me Ricard a fait montre d’une redoutable virtuosité pour extraire de ce réservoir de nuisances, de poison et d’insécurité que cette législation, que j’avais l’espoir et l’illusion de rendre un peu plus objective et sûre, est devenue, des moyens d’annulation qui défient l’esprit le plus blasé. AG. 15-06-1999 ]