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SERVICE DE L’URBANISME

 

USAGERS   AUTORISATIONS   ADMINISTRATION

 

POUR DE MEILLEURS RAPPORTS AVEC LES USAGERS

 

 

NOVEMBRE 1977

 

 

 

ORIGINE ET DESTINATION

Ce « rapport » abondamment diffusé dans les services et à l’extérieur découle directement de initiatives engagées deux ans plus tôt ( Cf.#1975-10-27---H#, #1977-03-28---H#, [1977-05-13---H-UA-QUO-SEN] et [1977-09-29---H-USAGERS-AUTORISATIONS-ADMINISTRATION] qui le présentait sous forme d’annexe à une circulaire[1977-10-04---H-LE-RAPPROCHEMENT-CULTUREL]) mais différées par l’élaboration des lois de 1975 et 1976.

La direction traversait une passe mauvaise. Le ministre avait changé pendant l’été. Il s’agissait de M Fernand ICART qui, sans en faire une question de principe, n’avait pas spontanément en lui-même, les exigences de l’aménagement et percevait douloureusement les refus de permis de construire. Je l’avais rencontré en septembre sur ce sujet et il m’avait dit sur un ton contrit et malheureux : « C’est insoutenable ! ». ( Cf. #1000# ). Aussi l’intention antérieure de faire porter les efforts en faveur de l’amélioration des relations de nos services avec les usagers n’était-elle pas inopportune d’autant qu’on n’avait pas traité ce thème depuis longtemps. Il y avait une sorte de coïncidence objective entre nos projets et la « ligne » du ministre.

Mon texte, qui n’en était pas une en effet, ne fut pas retranscrit en circulaire, dans un style administratif mais on m’autorisa à le diffuser. J’aurais aimé le travailler, l’enrichir et en faire un beau document dans sa présentation ainsi qu’une sorte de référence officielle de déontologie administrative pour son contenu. Bref un manuel pratique de « catéchèse »  ou pour parler plus pompeusement, une « encyclique ». Je n’ai pas mené à son terme ce volet du « Petit Dessein ». Je le regrette. Il faut dire que ça ne semblait pas intéresser grand monde. Les « nouveaux conformistes » attendaient plutôt de la décentralisation du permis de construire la solution finale de ces difficultés.

A ce que j’ai pu constater de moi-même, je ne suis pas sûr que les usagers aient beaucoup gagné au change. ( Cf.[1994-02-10---H-DECENTRALISATION-DU-PERMIS-DE-CONSTRUIRE-COLLOQUE-DE-SAINT-BRIEUC]). En revanche notre administration locale a pu enfin ravaler au rang de tâche subalterne cette fonction éminemment impopulaire si on juge par le grade des agents qui, majoritairement, la remplissent dans les postes les plus élevés.

L’effort en faveur de la qualité de ce qui se fait,  qui engendre sujétions, rigueurs et interdits inhérents à toute politique de sauvegarde des espaces naturels composaient, avec un renversement profond des comportements bureaucratiques, un triptyque à mes yeux indissociable. C’était d’une évidence telle que le nom modeste de « PETIT DESSEIN » que je lui ai plus tard donné n’est pas inapproprié. Eh ! tout petit qu’il soit, ce dessein n’a pas survécu aux « avancées démocratiques ». Le hasard est redevenu le grand maître !

Le Thème 15 ( Cf. #1500# ) est consacré à l’objet toujours problématique des relations entre les gens et ceux qui administrent.


 

CE RAPPORT EST DEDIE :

·     Aux agents de bureau,

·     Aux secrétaires,

·     Aux assistants techniques,

·     Aux attachés administratifs des services extérieurs,

·     Aux ingénieurs des travaux publics de l’Etat,

·     Aux chefs de service administratif,

·     Aux urbanistes de l’Etat,

·     Aux ingénieurs des Ponts et Chaussées,

·     Aux directeurs départementaux de l’Equipement.

 

 

Il l’est aussi à tous les usagers auxquels nous pensons beaucoup plus qu’ils n’oseraient seulement s’en douter.

 

 

[ Pour des raisons de clarté la numérotation initiale disparate a été unifiée en chiffres arabes. A.G. 12.09.99 ]


AVANT PROPOS

 

Ce document ( 1 ) est un bilan inquiet et optimiste qui procède de l’observation de  notre administration de l’Equipement, de ses activités, de son évolution tout comme de l’évolution de notre Société et de nos concitoyens, plus exigeants vis à vis des services publics.

Il ne recommande ni n’ordonne ; il suggère et souhaite ; les suggestions proviennent de constatations, de ce qui se dit ici et là, de ce qui commence à se faire, de ce qui voudrait se faire, de ce qui ne se fait malheureusement pas.

Ces documents proviennent d’habitude de groupes de travail d’experts, de sages, de gens extérieurs qui sont censés savoir ce qui se passe à l’intérieur ; pour une fois le document provient de l’intérieur, de gens qui ne sont pas censés savoir ce qui se passe à l’extérieur.

Et pour quelles raisons un Service particulièrement qualifié en raison des législations qu’il gère, des réclamations qu’il reçoit, ne dirait-il pas, tout haut, ce qu’il connaît et laisserait à d’autres le soin de dire, ce qui ne va pas bien et ce qu’il faut faire, comme si l’administration était congénitalement inapte à se regarder et à évoluer ?.

C’est un petit rapport de l’administration sur elle-même, le rapport d’un Service qui entend dire, qui voit faire, qui connaît la compétence, le dévouement, la lassitude aussi, de tous les fonctionnaires de base chargés, au nom de l’Etat, d’appliquer des lois difficiles, à des citoyens qui ne les connaissent pas souvent.

De fonctionnaires qu’on appelle volontiers bureaucrates ou technocrates, qu’on n’aime guère, dont on n’entend dire aucun bien, peut être parce qu’ils accomplissent à peu près leur devoir.

Ce petit rapport n’engage naturellement que la responsabilité du Service de l’urbanisme qui doit avoir le droit de s’exprimer sur ce sujet

 

 

( 1 ). Le style et l’expression de ce texte, établi par A. GIVAUDAN, Chef du Service de l’Urbanisme ne sont pas habituels dans un document administratif. Avec quelques adoucissements de forme, l’Administration le prend à son compte tant sont justes les sentiments et les analyses qu’il exprime.       


SERVICE DE L’URBANISME

 

USAGERS AUTORISATIONS ADMINISTRATION

 

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE. 1. L’ENJEU

DEUXIEME PARTIE. 2. LES CHEMINS DU RAPPROCHEMENT

21. QUELQUES NECESSITES A RAPPELER

211. UNE INFORMATION VRAIE

A. Une information vraie sur les politiques d’aménagement

B. Une information vraie sur la rigueur inévitable qui va découler des objectifs

C. Une  information vraie sur les contrôles que vont impliquer les politiques d’aménagement

214. Les modalités de l’information

L’information par le Service Central

L’information par les directions départementales

L’information par les collectivités locales

22. LE SOUCI DE L’USAGER

221. L’usager, ses droits et ses devoirs,

222. Le souci quotidien de  l’usager

 

TROISIEME PARTIE. 3. QUELQUES SUGGESTIONS

31. SUGGESTIONS CONCERNANT LES ADMINISTRATIONS LOCALES

311. DANS L’EDICTION ET LA REDACTION DE LA REGLE DE DROIT (REGLEMENT DE P.O.S. ET DOCUMENTS ASSIMILES)

312. DANS L’APPLICATION DE LA REGLE DE DROIT

313. RECOMMANDATIONS CONCRETES

A. Information et accueil du public ordinaire ( usager qui vient s’informer ),

B. Information et accueil du pétitionnaire ( usager qui dépose une demande ),

C. Information et Accueil de l’usager au cours de l’instruction,

D. Information au stade de la décision,

E. Conditions matérielles de l’accueil,

F. Connaissance des besoins de l’usager,

G. Epidémiologie des problèmes,

H. Rôle particulier du directeur*

I. Initiatives locales,

J. 4BRéorganisation

 

32. .INITIATIVES ET MESURES CENTRALES

 


INTRODUCTION

 

La diversité et la complexité des lois qui régissent l’occupation et l’utilisation du sol, l’intérêt croissant des citoyens pour tout ce qui touche à leur cadre de vie, les exigences accrues qui en découlent tant pour les collectivités locales et les administrations de l’Etat que pour les usagers, conduisent à s’interroger sur la façon d’appliquer les réglementations.

Les réformes récentes ont introduit dans le droit de très nombreuses innovations  qui touchent très directement à la vie quotidienne de tous ceux qui désirent construire ou qui disposent d’un terrain. Elles nous invitent plus que jamais à cette réflexion.

Nul ne conteste des décalages importants :

·       entre les objectifs des lois et les conséquences finales, concrètes, quotidiennes de leur application,

·       entre les spécialistes de l’administration centrale et les praticiens des services locaux de l’Etat,

·       entre ces praticiens et les élus locaux, qui ont aussi, en tant qu’autorité, à les faire appliquer,

·       entre la puissance publique en général, et les citoyens et les usagers.

Ces décalages, inévitables et naturels, se résorbent progressivement avec le temps à mesure que la connaissance des obligations nouvelles se répand dans la Société et qu’une fraction de plus en plus grande du corps social fait siennes les orientations prises. Ils restent acceptables tant que les enjeux qu’ils comportent ne sont pas trop conflictuels et que chacun s’accommode d’une application approximative des textes. Ils sont sans importance lorsqu’ils ne concernent qu’une minorité de cas.

Il n’en est pas malheureusement ainsi dans le domaine de l’urbanisme et de l’aménagement. Le nombre d’usagers est considérable et dépasse le million chaque année, lorsqu’on pense au permis de construire, au certificat d’urbanisme, au lotissement, au camping, aux caravanes, aux coupes et aux abattages et à d’autres autorisations encore, au travers desquelles la puissance publique -- les collectivités locales et l’Etat -- surveille l’occupation et l’usage du sol.

La vigilance croissante des citoyens quant au respect des textes, le nombre de recours devant les tribunaux, l’exigence d’une meilleure information, ne permettent pas non plus d’affirmer que l’administration de ces affaires se fait partout dans la sérénité, que les enjeux sont secondaires et que les solutions viendront avec le temps. D’ailleurs nombre de ces exigences se traduisent par un appel à de nouvelles réglementations.

Or l’usager est double ; il est d’abord celui qui demande une autorisation et qui se plaint des délais, des incertitudes sur la réponse, de la complexité des conditions qu’il doit remplir. Il est aussi celui dont le voisinage est troublé par une opération qui vient irréversiblement changer son paysage familier, auquel il est effectivement attaché et celui-là exige des garanties plus fortes afin que ne se fasse pas n’importe quoi, n’importe où.

Devant ces revendications, toutes aussi légitimes les unes que les autres, le risque est grand pour les autorités locales ou centrales, d’avoir des attitudes évolutives et fluctuantes et de passer de la rigueur à la compréhension et puis de la compréhension à la rigueur suivant les courants dominants qui mobilisent l’opinion.

La presse à cet égard est un très bon reflet de la difficulté. Elle fustige à la fois la bureaucratie et la coupable tolérance et telle opération, flétrie par l’un parce qu’on l’a autorisée, l’aurait été de même par un autre, si on l’avait refusée.

L’administration de l’Equipement est au centre de la discussion. Le Code de l’urbanisme, cette loi qu’il lui faut faire appliquer, l’est aussi.

Avec les collectivités locales, responsables comme elle, de cette application, avec les usagers innombrables qui vont avoir à la subir -- ou à en bénéficier -- il lui faut s’interroger sur le meilleur moyen d’y parvenir.

Mais elle doit d’abord se regarder elle-même.

Certes, il est toujours possible de publier une instruction généreuse, ordonnant à la fois d’accélérer les procédures, d’améliorer la concertation, de mieux rédiger et expliquer les décisions... il est aussi possible d’annoncer l’étude de mesures simplificatrices et de rassurer ; il est possible encore d’espérer des moyens renforcés pour mieux gérer le quotidien.

Il ne faut pas mentir.

Oui, la législation s’est compliquée récemment et il serait inconséquent d’attendre maintenant qu’elle change d’autant que des simplifications hâtives risquent de la compliquer encore plus.

Oui, les moyens resteront à peu près ce qu’ils étaient avant.

Oui, un effort particulier attend notre administration.

Elle doit trouver les voies qui mènent à de meilleurs rapports entre les usagers et l’administration à l’occasion des autorisations qu’elle instruit, délivre ou refuse.

Elle doit essayer de réduire les décalages, l’écart considérable qui sépare la loi de son application. Elle doit rechercher un rapprochement entre deux mondes qui ne sont pas toujours en communication, celui de l’exigence collective d’aménagement, d’environnement, de qualité de vie, et l’exigence de l’individu, de l’agent économique qui ne comprend pas que ce qui lui est imposé est le produit d’une culture nouvelle qui se fait jour, celle de l’environnement. Ce rapprochement doit se faire au stade des autorisations, moment exceptionnel où la loi sort des codes et atteint le citoyen.

Ce rapprochement des deux mondes qui se méconnaissent est difficile car le trait d’union est un ensemble de législations complexes, qui traînent des scories, qui se prêtent à l’erreur... Il ne faut pas attendre par ailleurs des efforts de clarification et de simplification accomplie récemment qu’ils compensent l’effet des obligations nouvelles dans la mesure où ils n’ont supprimé que des anomalies, et encore, pas toutes les anomalies...

Aussi, plutôt que d’ordonner -- par instructions -- et de décrire un résultat à obtenir, a-t-il paru plus authentique et plus sincère, d’engager une méditation sur les chemins possibles à parcourir.

 


PREMIERE PARTIE

 

1. L’ENJEU

 

Certificats d’urbanisme, permis de construire, lotissements, coupes et abattages d’arbres, installations de caravanes, de camping, démolitions, installations diverses, clôtures, certificats de conformité... dans chacun de ces domaines la procédure d’autorisation permet de veiller à ce que l’occupation du sol envisagée par un usager quelconque, se conforme à ce qu’il est possible et souhaitable d’admettre sur le terrain.

Ces procédures peuvent déboucher sur un refus, plus rarement sur un sursis à statuer ( Revenez dans deux ans ), le plus souvent sur une autorisation assortie ou non de prescriptions particulières.

Leur instruction peut durer de quelques semaines à quelques mois et amène chaque année près d’un million d’usagers à remplir des formulaires complexes, en deux ou trois exemplaires, à passer par les guichets des mairies et des directions de l’Equipement, à attendre que le Sphinx administratif se prononce.

Ces procédures impliquent des professions nombreuses, notaires, géomètres, promoteurs, architectes, agents immobiliers, financiers, bureaux d’études techniques, entrepreneurs de  construction, agriculteurs...

L’intervention des autorités publiques touche directement aux désirs les plus profonds des individus à leurs aspirations, à leur droit de vivre et d’avoir des initiatives, alors qu’ils ne connaissent pas toujours -- sinon souvent -- ni le pourquoi, ni le comment de ce qui leur est demandé.

L’intervention des autorités touche directement aussi à la vie économique des individus comme des entreprises qui ont mobilisé des moyens, qui ont à assurer des emplois.

L’intervention des autorités, si mal perçue, si mal subie, est pourtant destinée à obtenir un aménagement de qualité meilleure, un désordre moins grand dans l’utilisation de l’espace, dans les cités et les milieux naturels, à parvenir à ce qu’ils soient moins irréversiblement marqués par l’accumulation désordonnée de toutes sortes de travaux.

 

L’ENJEU et PEUT-ETRE LE DEFI, C’EST D’OBTENIR QUE LA RIGUEUR SOUVENT INDISPENSABLE NE S’ACCOMPAGNE PAS D’INADMISSIBLES INCOMMODITES.

 

Comment y parvenir ?

Comment y parvenir en effet, à un moment où l’administration est facilement prise pour cible par de nombreux groupes de la Société.

A un moment où on la charge, au nom de l’environnement, de la qualité architecturale, de la vie quotidienne, de multiplier ses interventions, avant, pendant et après les décisions.

A un moment où chaque problème, réforme foncière, réforme du logement, loi sur l’architecture, environnement, urbanisme, loisirs, travail noir, handicapés, économie d’énergie, aménagement du temps, protection des occupants, lutte contre le bruit, contre la violence, etc... fait naître presque nécessairement de nouvelles sujétions pratiques pour les pétitionnaires.

Sujétions ponctuelles, sectorielles, mais universelles en ce qu’elles s’appliquent partout, engendrent un droit nouveau, des contrôles plus fins, des exigences à peine évidentes pour l’usager qui les subit ou qui les subira bientôt.

Qui peut faire le bilan de ces accumulations successives d’obligation, sinon ceux qui sont à l’embouchure du processus d’application du droit, où se retrouve pêle-mêle l’ensemble des obligations à imposer à l’usager ? A un stade où il faudrait

·        ou appliquer les lois et montrer le visage exigeant de la bureaucratie

·        ou tricher avec elles.

Une telle alternative serait intolérable, pour l’administration comme pour l’administré, car ce serait la négation de l’état de droit, et le commencement de l’arbitraire.

L’administration de base, celle qui vit quotidiennement cela et qui se tait, accepte mal que de bons esprits viennent lui faire la leçon, viennent lui chercher des “ poux dans la tête ” quand elle croule sous les recours, les réclamations, les interventions qui peuvent l’amener  à négliger ceux qui croient encore en elle et suivent fidèlement le chemin ordinaire.

Il serait vain de fermer les yeux sur les difficultés. La tournée générale de la base, réalisée à l’occasion des journées d’information dans les Centres Inter-régionaux de Formation Professionnelle, a confirmé ces sentiments.

Notre administration a des agents sérieux, compétents, qui aiment leur travail, qui s’intéressent à le faire un peu mieux, qui savent discerner l’utile et l’inutile, qui ne reculent pas à réapprendre leur métier... Elle a aussi des agents déçus et quelque peu désabusés devant l’indifférence à ses difficultés en laquelle peut paraître la tenir toute la Société et les exigences accrues qu’on la requiert de satisfaire.

Parler d’INFORMATION VRAIE, c’est dire tout cela, sans se cacher, sans gémir, sans faire d’objection aux nécessités nouvelles de la Société, sans non plus hésiter à mettre en évidence le danger qu’il y a à trop tirer sur la ficelle.

Tels sont les enjeux.


DEUXIEME PARTIE

 

2. LES CHEMINS DE RAPPROCHEMENT

 

On ne parvient pas, dans une Société complexe, à un rapprochement réel entre “ gouvernants et gouvernés ” suivant la terminologie traditionnelle, entre “ administrations et administrés ”, entre “ autorités et usagers ” entre le citoyen et les services publics -- et c’est ainsi qu’il faut appeler les parties en présence -- sans un effort mutuel de compréhension. Aux services publics de faire le premier et le plus grand pas. Aux citoyens aussi d’en faire un tout petit.

Il faut donc commencer par rappeler quelques nécessités avant de rechercher des suggestions.

 

21. QUELQUES NECESSITES A RAPPELER

 

211. UNE INFORMATION VRAIE

Les actions de la puissance publique sont trop nombreuses et trop diverses pour ne pas faire l’objet d’une information vraie. Mais qu’est-ce qu’une information vraie ? C’est d’abord une information qui explicite clairement pour le public les objectifs. C’est ensuite une information qui ne dissimule pas la rigueur de certaines dispositions qui pèsent ou pèseront sur l’usager ; c’est enfin une information qui porte aussi sur les cheminements, hélas complexes, de la décision.

 

A. UNE INFORMATION VRAIE sur les politiques d’aménagement.

Il s’agit d’exprimer les raisons réelles et diverses qui impliquent une intervention de la puissance publique. Pourquoi soumet-on à autorisation des opérations souvent élémentaires ? Quel est le but en vue ? Quel en est le motif ? S’il n’est que d’appliquer la loi, il est insuffisant. On ne peut pas répondre à l’usager surpris d’avoir à demander des permissions pour toutes sortes de travaux qu’il en est ainsi parce que c’est la loi.

La puissance publique doit exposer ses buts, sa stratégie, restituer l’obligation de l’autorisation dans son contexte général qui est d’éviter la détérioration du cadre de vie. La surveillance des activités des citoyens n’est pas un but en soi ; elle n’a point d’intérêt ; elle est contre nature dans un pays de liberté. Il faut par conséquent justifier la surveillance pour la légitimer. La base légale de l’autorisation n’y suffit pas.

L’information vraie, en ce domaine, est celle qui ne méconnaît pas le but en vue duquel est exigée l’autorisation, et le résultat qu’il est raisonnable d’en attendre.

B. UNE INFORMATION VRAIE sur la rigueur inévitable qui va découler des objectifs

Une autorisation quelle qu’elle soit ne répond aux raisons qui ont conduit à son institution que si elle est refusée lorsqu’elle est incompatible avec les objectifs locaux d’aménagement. Dans le cas contraire, son octroi peut être éventuellement accompagné de prescriptions à respecter par le bénéficiaire.

La puissance publique a le devoir de ne pas compliquer la vie des usagers en édictant des règles inutiles qu’elle est astreinte, par la suite, à faire respecter. La bonne réglementation est celle qu’on est capable d’expliquer et dont on n’a pas honte d’exiger l’application. Le contenu des règles applicables à l’espace rejoint alors leur forme, leur expression concrète, dans un règlement. Ce principe doit conduire, à l’occasion de l’établissement des règles locales d’occupation du sol ( dans un P.O.S., une Z.E.P....) à s’interroger sur l’utilité effective de toute règle, sur les effets qui en sont attendus, sur la clarté de sa rédaction, sur la capacité réelle des autorités à la faire appliquer. Et son application sera d’autant moins difficile que les raisons qui ont conduit à l’édicter ont été clairement définies.

C’est à ce prix que la règle, quelle que soit par ailleurs sa rigueur vis à vis de celui qui souhaiterait la transgresser, pourra être appliquée, que ses avantages liés aux garanties qu’elle apporte à l’ensemble des usagers, apparaîtront avec le temps.

Aucune information vraie n’est possible sur des réglementations trop complexes pour répondre à des objectifs définis, obscurs, inexplicables à ceux qui ont à les subir.

C. Une INFORMATION VRAIE sur les contrôles que vont impliquer les politiques d’aménagement

Il ne suffit pas d’exprimer des intentions d’aménagement, il ne suffit pas de transformer ces intentions en politiques en mettant notamment en place le corps de règles juridiques qui y correspondra dans le domaine de l’occupation du sol ; il faut aussi, par les autorisations préalables ou des contrôles a posteriori, veiller à ce que les opérations engagées, au jour le jour, respectent les objectifs et contribuent au résultat recherché.

Les autorisations que doivent obtenir les usagers avant d’engager leurs travaux méritent donc aussi de faire l’objet d’une information vraie. Ils doivent d’abord en connaître l’existence. Ils doivent ensuite être informés, s’ils le demandent, sur les modalités d’instruction et d’octroi de l’autorisation. Ils doivent enfin avoir accès aux raisons particulières et concrètes qui expliquent les décisions de refus ou les prescriptions particulières qui leur sont imposées.

Il s’agit là d’une question de moralité publique. Toute décision comporte un double fondement. Elle a, en premier lieu un fondement juridique -- et légal -- dont dépend sa régularité ; ce caractère formel, malgré son importance, n’est pas le seul. Elle a, en second lieu, un fondement réel, matériel, qui lui donne sa légitimité. C’est ce second caractère qui doit être plus souvent porté à la connaissance de l’usager. C’est la seule façon de le considérer comme un être majeur.

Les procédures d’autorisation -- et d’autant plus qu’elles débouchent sur des décisions rigoureuses -- doivent être commodes et brèves.

 

LA RIGUEUR APPELLE LA COMMODITE.

 

A cet égard, de grands progrès restent à accomplir et une information vraie ne doit pas dissimuler les incommodités qui jalonnent souvent de très nombreuses procédures d’autorisation. On n’éliminera ces incommodités qu’en les mettant en évidence.

Il ne faut donc pas hésiter à expliquer les sources de complications et à les critiquer quand elles manquent de raison.

 

212. LES MODALITES DE L’INFORMATION

Le devoir d’informer incombe tout autant au Service Central qu’aux directions départementales et aux mairies.

A.  L’INFORMATION PAR LE SERVICE CENTRAL

Il revient au Service Central, passée la phase d’établissement des lois et des décrets, de produire une information générale de trois ordres.

Il doit d’abord fournir le commentaire général des textes afin que tout intéressé puisse s’y référer, à l’occasion d’une difficulté. Ce commentaire général prendra la forme de volumes ordonnés par autorisation d’utilisation du sol.

Il doit ensuite établir et diffuser des documents généraux plus ou moins détaillés, de vulgarisation, à l’usage du public.

Il doit enfin contribuer par la présence active de ses agents, à la vulgarisation générale auprès des publics nationaux ou locaux qui font appel à lui.

B.   L’INFORMATION PAR LES DIRECTIONS DEPARTEMENTALES

Elle est au minimum de faire connaître aux publics locaux l’information générale produite par le Service Central, mais elle peut aller beaucoup plus loin. Les politiques d’aménagement sont des politiques locales et seules les autorités locales peuvent en formuler les buts et les modalités même s’il appartient au gouvernement et au ministre de désigner des objectifs.

De même, les directions départementales ont toute latitude pour apprécier la façon de toucher les multiples publics, et notamment les collectivités locales, concernés par les autorisations.

C.  L’INFORMATION PAR LES COLLECTIVITES LOCALES

Chaque commune est libre d’apprécier la meilleure façon de traiter du problème des autorisations avec ses usagers. Elle peut obtenir le concours des directions départementales de l’Equipement pour toutes les affaires qui de son point de vue le requièrent. Il convient seulement de souligner que les maires agissent au nom de l’Etat quand ils décident d’accorder ou de refuser une autorisation. Ils ont par conséquent le devoir de contribuer au développement d’une information vraie dans ces domaines délicats.

Ils ne faut cependant pas oublier que les communes sont autant de petites républiques qui ont à faire face à toutes sortes de problèmes, que leurs problèmes ne se cantonnent pas à ceux de l’urbanisme ; que leur gouvernement ( le maire ) reçoit ainsi de plein fouet, l’avalanche de lois, de décrets, d’instructions en provenance de toutes les administrations. Et comment informer quand on est submergé d’information ? comment hiérarchiser l’essentiel, comment ne pas manquer l’indispensable ?...

En comparaison, l’administration de l’Etat, professionnelle, est en situation privilégiée.

 

22. LE SOUCI DE L’USAGER

Deux idées majeures doivent être à la base de toute action.

L’usager est un citoyen majeur et ignorant.

L’administration, au sens le plus large du terme, est quasi incapable de satisfaire spontanément les aspirations de l’usager.

 

221. L’USAGER EST UN CITOYEN MAJEUR ET IGNORANT.

L’usager, ses droits et ses devoirs.

La législation impose des obligations aux usagers tout autant qu’elle leur garantit des droits. Si les devoirs de l’usager se bornent à respecter la loi, ses « droits », en revanche méritent d’être rappelés. Il a droit :

·      à un accueil amical et rassurant,

·      à l’information vraie,

·      à des explications quand il ne comprend pas ou quand il n’est pas, à tort ou à raison, satisfait.

Les autorisations -- et le permis de construire en particulier -- sont naturellement impopulaires. Pour l’usager courant, elles sont une affaire essentielle, quelquefois vitale, du point de vue de son patrimoine, de son habitat, de sa vie familiale ou professionnelle, elles sont souvent l’aboutissement d’une longue maturation intime, d’efforts et d’économie. L’administration ne peut pas méconnaître la tension psychologique qui sous tend la demande d’autorisation.

La compréhension de ces réalités particulièrement sensibles aux “ pétitionnaires ” est un devoir pour l’administration.

Mais l’usager n’est pas sans quelque obligation. Le petit pas qu’on lui demande est de bien poser sa question, et de bien présenter son dossier. Il gagnera du temps. Il évitera à l’administration de lui demander des pièces ou des renseignements complémentaires, de lui renvoyer sa demande incomplète et impropre à l’instruction. L’usager ne comprend pas très bien cette forme d’inquisition qui le conduit à préciser tant de détails sur le terrain, sur son projet... Il croit que ces exigences résultent de la toute puissance tatillonne de l’administration alors que les formulaires ne comportent que les prescriptions exigées par la loi.

 

222.   LE SOUCI QUOTIDIEN DE L’USAGER

Le souci quotidien de l’usager n’existe pas encore. Les logiques variées -- juridiques, techniques, administratives -- qui déterminent les processus administratifs, ne font qu’une place résiduelle à l’usager. Les procédures d’autorisation ne sont pas conçues pour sa commodité. Cette commodité de l’usager est négligée ; elle s’incline devant le souci de la légalité, devant les exigences propres à chaque administration, devant les exigences des collectivités, devant les exigences d’information des autres usagers... La commodité n’est le plus souvent qu’un produit résiduel assez aléatoire. Elle doit devenir un impératif majeur, au moins égal aux autres préoccupations.

 

L’ADMINISTRATION CENTRALE COMME LES ADMINISTRATIONS LOCALES ET LES MAIRIES ONT DE CE FAIT DE GRANDS EFFORTS A ACCOMPLIR, POUR QUE L’APPLICATION DES LOIS DONT LA RIGUEUR EST NECESSAIRE AUX POLITIQUES D’AMENAGEMENT NE SOIT PAS UNE SOURCE DE TENSIONS ET D’INCOMPREHENSIONS NEFASTES A L’OBTENTION DES OBJECTIFS QU’ELLES ONT EDICTES.

 

C’est en mettant l’usager au centre de leur réflexion, mais aussi de leurs textes, de leurs procédures, qu’elles verront les choses sous un autre jour. Et pour qu’elles y parviennent, il faut qu’elles s’habituent à parcourir les processus de décision à rebours, dans le sens du parcours de l’usager, qu’elles s’imaginent à l’extérieur, qu’elles reconstituent le trajet des démarches tel qu’il est vécu par l’usager pour accéder à l’information et pour essayer de satisfaire aux exigences multiformes des autorités...

Il faut qu’elles pratiquent le raisonnement par récurrence (1).

C’est d’abord un état d’esprit à acquérir.

C’est aussi un culture élargie des agents qui s’imposent.

Car, comment raisonner par récurrence, si on ignore si on méconnaît, si on n’a pas même conscience de l’existence de certains mécanismes économiques de certaines exigences sociales, de certaines pratiques propres aux professionnels, interlocuteurs de l’administration.

Cette culture ne s’acquiert vraiment que par fréquentation. Les stages de formation sont utiles, mais rien ne remplace une expérience vécue.. Mais quel danger de trop fréquenter l’interlocuteur dépendant de l’autorisation ; quel risque, quelle accusation de collusion ou de favoritisme. Tout se sait dans un département. Et à trop fréquenter les uns, on risque de déplaire aux autres... Aussi faut-il chercher ouvertement le contact, mais n’en privilégier aucun.

C’est aussi l’occasion d’expliquer aux autres l’administration.

L’ensemble exige des hommes de qualité.

 


TROISIEME PARTIE

 

3. QUELQUES SUGGESTIONS

 

Il faut suggérer plus qu’ordonner. Il faut réfléchir et regarder le fonctionnement de la machine administrative. Il faut que chacun se demande s’il ne peut faire mieux, ou moins péniblement pour l’usager. Il n’y a point de normes à définir. En revanche, il faut que ce comportement devienne un réflexe conditionné.

L’impératif de commodité concerne à la fois l’édictions de la règle de fond ( celle qui détermine l’occupation du sol ) et l’organisation des procédures d’autorisation qui permettent d’en assurer le respect.

Cet impératif est généralement perdu de vue quand on élabore la règle et quand on conçoit ou applique la procédure.

Il faut aussi compenser ces déficiences par un effort dans le domaine des relations entre usagers et administration.

Les mesures éventuelles doivent permettre :

·      d’améliorer la connaissance de l’épidémiologie des problèmes,

·      de réduire les tensions et les incompréhensions.

 

31. SUGGESTIONS CONCERNANT LES ADMINISTRATIONS LOCALES

 

311. DANS L’EDICTION ET LA REDACTION DE LA REGLE DE DROIT ( REGLEMENT DE P.O.S. ET DOCUMENTS ASSIMILES ).

RECHERCHER :

·      la règle la plus simple dans son expression,

·      la règle la plus utile et réduire ou supprimer celles qui font double emploi avec elle, ou qui ne peuvent avoir qu’un usage exceptionnel,

·      cette recherche n’exclut pas l’édiction de règles rigoureuses.

Le principe semble le suivant :

« La rédaction de la règle de droit doit être telle que l’usager moyen puisse la comprendre ”.

 

312. DANS L’APPLICATION DE LA REGLE DE DROIT

L’application de la règle de droit est exposée à deux séries de difficultés qui se combinent.

 

PREMIERE SERIE : l’interprétation de la règle de droit.

*      Les unes sont dans les contradictions ou incompatibilités entre le projet et la règle de droit. Leur résorption exige une interprétation intelligente de la règle et éventuellement des adaptations mineures. L’interprétation intelligente consiste à rechercher la solution plutôt que l’objection.

L’interprétation intelligente expose le fonctionnaire au reproche de “ complaisance à l’égard du pétitionnaire ”, reproche qui pourra lui être opposé si la décision prise, sur la base d’une interprétation intelligente, est attaquée par des tiers mécontents de la décision.

Toute “ interprétation intelligente ” ne débouche pas nécessairement sur une adaptation mineure. Pour éviter le reproche de complaisance il convient de donner toujours la même interprétation.

Si l’interprétation intelligente implique, ou semble impliquer, une adaptation, il est toujours possible de consulter une commission ( C.D.U. - C.P.P.C.) afin que cette interprétation soit collectivement examinée et devienne un usage connu. Le rôle des Commissions est ainsi de créer une coutume, un usage qui enlève l’arbitraire aux interprétations.

En d’autres termes, l’interprétation intelligente implique des agents sûrs d’eux mêmes, compétents, capables de dominer la règle de droit, d’en apprécier la portée, la rigidité ou la flexibilité, en fonction de critères qui ne sont pas toujours très accessibles ( par exemple la jurisprudence ). Cette interprétation exige des hommes de qualité qui disposent de temps. Et par définition, les personnels très compétents n’en ont pas trop puisqu’ils sont très sollicités.

DEUXIEME SERIE : Les difficultés liées aux soubresauts de la procédure.

La procédure d’autorisation est exposée à des soubresauts liés, soit à des faits juridiques (consultations supplémentaires ; pièces manquantes ;etc...), soit à des interventions extérieures qui viennent en ralentir l’instruction ou la troubler.

L’usager supporte les conséquences de ces deux séries de difficultés dont il ignore jusqu’à l’existence.

Avoir le souci de l’usager c’est éviter que ces difficultés ne soient perçues par lui comme le fait d’un caprice administratif….

C’est aussi s’efforcer de ne pas lui en faire subir les conséquences ( par un allongement des délais d’instruction ) ou tout au moins de lui dire pourquoi les choses ne vont pas de soi.

 

313. RECOMMANDATIONS CONCRETES

a)  Information et accueil du public ordinaire ( Usager qui vient s’informer ).

Etre en mesure de lui répondre et de lui montrer des documents, voire de lui en fournir.

Les seuls documents généralement disponibles sont les imprimés et les dépliants ou brochures.

L’administration doit expliquer les formulaires ; ils sont complexes car ils envisagent la totalité des cas, mais tout n’est généralement pas à remplir par le demandeur ; il semble bon de le rassurer sur ce qui ne le concerne pas.

Un archivage bien étudié des documents, un accès rapide aux archives, l’usage de la microscopie, sont de nature à la fois à réduire la pénibilité du travail des agents de l’administration et à permettre une réponse rapide et complète à l’usager qui se présente.

La Direction départementale de l’Equipement doit examiner, en fonction des demandes de renseignement les plus fréquentes, quels sont les documents d’information dont elle doit, à tout prix, disposer.

Le matériel d’information est produit, sur la base d’intuition, par l’administration, dans le sens descendant. Il faut qu’elle réexamine le matériel en fonction des besoins exprimés.

 

b) Information et accueil du pétitionnaire (usager qui dépose une demande).

Les demandes d’autorisation parviennent à la Direction Départementale de l’Equipement soit par la poste, soit par le bureau d’accueil ( remise contre décharge ).

Examiner les problèmes à ce stade ( attentes, difficultés d’examiner si le dossier est complet ou non...).

A ce stade les difficultés ne sont pas encore importantes. Mais les délais commencent à courir pour l’usager, s’ils ne courent pas encore pour l’administration.

 

c)  Information et accueil de l’usager au cours de l’instruction

A ce stade :

*     soit l’usager est appelé par l’administration pour obtenir des compléments de pièces ou d’explications ;

*     soit l’usager demande où en est son affaire.

Le service doit parvenir à ce que les deux opérations se fassent avec un minimum de pénibilité. On peut avoir recours à divers procédés :

*     renvoi du dossier,

*     lettre de rappel au pétitionnaire (pièces manquantes),

*     communications téléphoniques (à développer),

*         rendez-vous (lieu, heure, personne).

Le choix entre ces diverses solutions va dépendre du problème qui se présente et de la disponibilité du personnel.

Il ne présente pas trop de difficultés avec les usages professionnels qui savent de quoi il s’agit. En revanche, il est difficile et sans doute mal résolu avec les usagers courants peu informés. Il est souhaitable donc de juger sans complaisance le système de relations avec ces usagers courants, et de le remettre en question.

 

Ces usagers ne devraient pas venir au chef-lieu du département pour avoir une réponse à leur question. Le maire ou la subdivision devraient répondre dans la plupart des cas. Aussi, la subdivision doit elle avoir elle aussi des informations de base ( les formulaires, le Code de l’urbanisme, les recueils de circulaire, les plans d’occupation des sols des communes de la subdivision, les servitudes d’utilité publique, l’annuaire des services départementaux ) et être à même d’élucider le problème, de l’identifier, de le résoudre ou d’aiguiller l’usager vers le service compétent...).

Elever le niveau d’information des maires et des subdivisions, décentraliser l’information, éviter que la source d’information soit détenue par un seul agent, c’est améliorer le service rendu aux usagers (même en l’absence de tout transfert d’attribution ou de pouvoir).

 

Quelques principes

Quand un usager se présente, examiner la totalité des questions qu’il pose ; ne pas s’arrêter à la première réponse négative qui se présente, au premier obstacle, car un obstacle en cache d’autres et quand il reviendra en croyant remplir les conditions, il rencontrera d’autres difficultés. L’examen complet évite les démarches successives, le cumul des délais et des déplacements, notamment si l’affaire ressortit de plusieurs administrations.

Exprimer clairement, non seulement l’exigence, mais son motif, afin d’être mieux compris et de rassurer. Répondre à l’avance à la question de l’usager “ Mais bon Dieu, pourquoi veulent-ils encore ça maintenant ? ”. En effet, l’exigence a toute chance de surgir du tréfonds d’un texte que l’usager ignore ou d’un souci de l’administration qu’il ne connaît pas.

Mais il ne faut pas non plus prétendre traiter au fond ex abrupto toute affaire, il en est qui paraissent simples et ne le sont pas. Il faut savoir sentir la difficulté et ne pas la cacher. Dire la vérité, c’est peut être inquiéter ; mais c’est aussi ne pas décevoir.

 

d) Information au stade de la décision

Cette information prend d’abord la forme de la notification de la décision. Cette notification est faite par le maire ( permis de construire signé du Maire ) ou par la direction départementale de l’Equipement.

Si la décision est une autorisation ; le souci de l’usager doit transparaître dans la rédaction des prescriptions -- s’il y en a -- accompagnant la décision. Ces prescriptions doivent être concrètes et “ immédiatement ” applicables c’est à dire sans le recours à des consultations de spécialistes pour en mesurer la portée.

Si la décision est un refus (ou un sursis à statuer), le souci de l’usager doit apparaître dans la motivation de la décision de refus. Cette motivation doit être défendable, non seulement du point de vue juridique, mais encore du point de vue concret, être compréhensible et bien fondée.

Un grand principe : une décision de refus doit être prise rapidement. Il est malsain et incorrect d’attendre plusieurs mois pour dire “ non ”.

Un deuxième principe : on ne doit pas avoir à refuser deux fois la même demande d’autorisation en ayant recours à des motifs différents, quand l’usager s’est efforcé de pallier dans sa seconde demande de répondre aux exigences de l’administration.

L’usager doit avoir le droit de recevoir des explications verbales ou écrites s’il en fait la demande et il doit le savoir.

 

e)  Conditions matérielles d’accueil

Elles doivent être réexaminées sous l’angle des usagers. Confort matériel et confort psychologique. Signalisation. Eviter les queues ( ce qui implique un renfort de personnel d’accueil aux heures de pointe ).

 

f) Connaissance des besoins de l’usager

*     Sondage ; questions ; observations...

*     L’administration doit ouvrir ses oreilles aux réflexions libres de l’usager... et connaître ce qui ne va pas. L’usager doit devenir un client ; il doit pouvoir exprimer ses suggestions à l’administration ( Boîte à idées  ).

 

g) Epidémiologie des problèmes

L’administration doit non seulement traiter les affaires les unes après les autres dans les meilleurs délais ; il faut aussi qu’elle sache ce qui fait problème, autrement qu’intuitivement. C’est le contrôle de la qualité et des défauts. Cet objectif implique un traitement particulier du courrier reçu au cours du mois, durant l’année, qui met en évidence les problèmes qui se répètent et qui peuvent recevoir une solution générale.

Un rapport annuel succinct doit être établi par le chef d’U.O.C. permettant d’apprécier l’évolution globale et analysant les difficultés :

*     délai - retard

*     fréquence des causes de refus

*     lieux difficiles...

*     causes d’intervention

susceptibles de réorienter l’action des autres services ( explications, réforme..., intervention, redressement ).

C’est aussi la seule façon de quantifier l’invisible.

On peut juger l’activité des directions départementales de l’Equipement sur le nombre de décisions qu’elle traite. Cette seule apparence méconnaît les innombrables démarches qui les accompagnent, le temps considérable qu’elles peuvent requérir pour des résultats apparemment évidents.

Le Budget - temps, s’il était établi, montrerait le coût effectif de la décision. Or l’U.O.C. gère surtout du temps et des délais.

Il faut donc rechercher la vérité du temps passé par l’administration pour mieux servir l’usager ; et si possible la chiffrer et la faire savoir.

 

h.  Rôle particulier du directeur

Il faut que le directeur et le responsable du Service U.O.C. ou du droit des sols soient proches l’un de l’autre ; qu’il y ait soutien mutuel et large délégation de responsabilité. Le patron doit savoir pour soutenir, corriger éventuellement, arbitrer mais chacun doit être responsable de ce qu’il fait. On n’apprendra pas grand chose en disant cela.

Des réunions, avec tous les agents des services et des subdivisions sont utiles, afin que chaque agent connaisse les orientations, les objectifs, la “ ligne ”, le “ pourquoi ” général de ce qui est à faire et ait le sentiment de participer réellement à une action, au lieu d‘être un rouage sans finalité, qui accomplit machinalement des tâches sans raison.

L’affectation prioritaire du personnel -- aux domaines qui mettent en contact l’administration avec l’usager -- est de nature évidemment à remonter le moral, à réduire l’accablement de ceux qui traitent cinq dossiers et en reçoivent dix, dans le même temps. Elle prouve aussi que l’activité en question a retenu l’attention, mais chaque secteur, chaque réforme peut donner lieu au même raisonnement.

C’est alors qu’on retrouve l’utilité de la connaissance épidémiologique pour apprécier à sa juste importance, le volume des tâches et en déduire l’affectation des renforts.

 

i.     Initiatives locales

Il faut, dans le département, parler ouvertement  avec tous ceux qui se plaignent :

*     avec les milieux professionnels,

*     avec les associations d’usagers s’il y en a,

*     avec les maires -- et plus particulièrement les mécontents.

L’administration doit entendre, expliquer, et s’il le faut se défendre.

Mais pour cela, elle doit reconnaître ses défauts, ses erreurs ; loin de s’affaiblir elle en sera plus estimée car nul n’attend qu’elle soit infaillible. Elle doit aussi remettre à leur place ceux qui racontent n’importe quoi à son sujet. Or elle n’a aucune de ces deux habitudes. Elle pratique le silence. Elle doit apprendre à parler.

Elle doit diffuser des informations départementales générales ( vers la presse et vers les élus ) sur sa structure, ses attributions, son activité.

Sans en abuser, elle doit faire connaître les progrès, les améliorations, ses problèmes, ses difficultés.

Toutes ces pratiques peuvent permettre de faire comprendre l’attitude de l’administration, de faire savoir qu’elle n’est pas inaccessible, de lui faire connaître ce que le public attend d’elle et qui, quelquefois peut être satisfait, sans grand effort.

 

J.    Réorganisation

Il n’y a pas d’organisation idéale.

Toute réorganisation doit être plus l’aboutissement d’une évolution qu’un changement brutal.

Le sens de toute réorganisation doit rapprocher l’administration de l’usager et des élus. Le rôle de la subdivision doit être à cet égard reconsidéré.

Mais cette réorganisation se fait mieux avec quelques agents de plus...

 

32. INITIATIVES ET MESURES CENTRALES

Le mieux consiste à ne rien dire ou en dire peu et à essayer de faire des choses qui ne viennent pas compliquer un peu plus la situation.

Il faut éviter aussi d’imposer des mesures générales de nature à s’imposer sans discrimination partout, car la simplification, utile ici, inopportune ailleurs, conduit à des régimes différenciés encore plus compliqués.

 

Le service central doit donc :

*     améliorer sa connaissance “ épidémiologique ” des problèmes locaux, afin de mieux adapter sa doctrine et ses initiatives aux réalités ;

*     rechercher, recenser, mettre en réserve, toutes les sources mineures mais absurdes de complications, qui se logent dans les textes nationaux ( lois et décrets ),

*     produire des documents d’information commodes et utiles,

*     appuyer les initiatives locales, les faire connaître et les mettre en valeur,

*     mettre sur pied un groupe informel de “ consultants intelligents ”, c’est à dire de personnes dont on a remarqué l’intérêt pour ce type de problème ainsi que la compétence,

*     observer l’organisation locale des services afin de susciter des évolutions ou d‘être en état de donner des conseils,

*     proposer le moment venu, quelques petites retouches simplificatrices ou classificatrices ( susceptibles d’éliminer les soubresauts de procédures ),

*     susciter des cycles de formation,

*     information les milieux parisiens de la réalité qui mesurent assez mal l’énorme accumulation d’exigences ; ces exigences convergeant toutes en définitive, sur un usager.

 

Dans ce domaine, il faut être prudent. Ne pas créer d’illusion et ne pas ouvrir de trop grandes espérances. Il ne faut pavoiser qu’après. Et encore. Rien n’est jamais acquis.

Enfin le Service Central doit être en mesure de plaider des moyens supplémentaires.

 

LES MOYENS QU’EST-CE QUE C’EST ? Quel voeu former à ce sujet ?

Le voeu c’est 1.500 agents de plus dans les deux ans qui viennent ; de formations diverses mais de bon niveau, à même d’apporter, là où l’accablement commence à dépasser les bornes, l’espoir que la situation devrait se redresser ; à même de donner un élan aux idées qui n’ont rien de sorcier, mais qui appellent quelque changement dans les comportements; à même de remplir des tâches actuelles et ces tâches spéciales qui font la qualité des relations avec les usagers.

1500 agents permettraient de casser le processus de dégradation avancée que ressentent certains départements; ailleurs ils permettraient d’ajuster les discours, les intentions aux réalités.

Il faut aussi rechercher d’autres manières de développer l’aide administrative à l’usager en recourant à des consultants.

Les réformes sont à appliquer, donc à faire comprendre. Leur entrée en vigueur ne dépend pas du journal officiel, mais de tous ceux qui ont à les apprendre.

 

ANTOINE GIVAUDAN