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LA SAUVEGARDE DES ESPACES NATURELS

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

( 23 JUIN 1978 )

 

ORIGINE ET DESTINATION

Cette note dans laquelle on y retrouvera plusieurs de ses idées préfigure, en plus bref, l’encyclique  “ Ut Permaneat Natura ” ( Cf.[1980-06-00---H-UT-PERMANEAT-NATURA]).

Quand on regarde les « écritures » voisines de cette période, on discerne à travers elles comment le “ PETIT DESSEIN ” avait pris corps peu à peu.

Mon intention était de fédérer le tout, dans un grand texte “ institutionnalisateur ”. On y aurait retrouvé les finalités, les moyens, les conditions psychologiques à créer, pour réussir. Rêverie de songe creux ou de Don Quichotte de café.

 

 

LA SAUVEGARDE DES ESPACES NATURELS

 

A. GIVAUDAN

Chef du Service de l’Urbanisme

 

Quel immense sujet ! Quel incessant combat !

Mais qu’est-ce qu’un espace naturel ? Dans le vocabulaire habituel de l’urbanisme, c’est un espace qui n’est pas urbanisé, qui n’est pas rongé par l’urbanisation diffuse ou affecté à l'urbanisation tout court. Au sens strict il n’est pas souvent naturel, c’est à dire sauvage, puisqu’il est très fréquemment exploité par des agriculteurs. La forêt elle-même est l’objet de culture. L’espace naturel sauvage existe cependant.

Les distinctions perdent de l’intérêt devant le phénomène d’urbanisation qui ne distingue pas les espaces naturels productifs -- les terres cultivables -- de ceux qui ne le sont pas -- landes, maquis, garrigues, déserts, haute montagne, marais -- quand elle tend à bourgeonner autour de réseaux qui n’ont pourtant pas toujours été réalisés à son intention.

La sauvegarde des espaces naturels, depuis quelques années, est une sorte de combat de tranchées. Ceux qui l’ont engagé ne manquent pas d’armes; ils manquent plutôt d’alliés et bien souvent ils seraient tentés de baisser les bras si la cause ne méritait pas qu’ils laissassent leur tranquillité.

Disons-le haut et fort, l’enjeu dépasse de très loin l’amour du paysage. Il est vital pour notre civilisation et cette emphase mérite quelque peu d’être expliquée, avant d’entrer dans le détail des techniques d’intervention

 

1. UN ENJEU VITAL

Objectif premier et première obsession de toute politique d’aménagement, cette sauvegarde n’est pas un phénomène marginal, et de ce fait, ne doit pas être l’occupation de quelques nostalgiques des espaces verts ou des paysages.

Le développement économique et urbain métamorphose la géographie. On dit que la France est un pays vide, où l’espace ne fait pas défaut et statistique de la densité de population à l’appui, de se carrer dans la certitude que la terre peut être consommée à guichet ouvert. Raisonnement sectoriel, amputé de certaines dimensions essentielles, aveugle à l’évolution.

La région Ile-de-France, mais c’est la Hollande, superficie, population et activités réunies, le littoral français, si nous ne faisons rien, est exposé à l’urbanisation continue. Les plus beaux sites de montagne, après avoir perdu leurs montagnards, ne seront plus que des milieux de résidences saisonnières; les banlieues des grandes agglomérations absorbent les espaces naturels environnants à la cadence de milliers d’hectares par an. La campagne lointaine elle-même est exposée à l’urbanisation diffuse, qui grignote le patrimoine agricole, change le paysage, touche les équilibres écologiques, détraque le marché foncier. La réalisation des grandes infrastructures nationales de transport ou d’énergie fait tomber des pans entiers d’espaces naturels, de bonnes terres, ou d’espaces improductifs précieux par leur faune comme par leur flore. Nous en bénéficions tous, certes, mais les faits sont les faits.

On ne peut pas fermer les yeux sur les effets accumulés de cette évolution. Ils risques d’être catastrophiques à notre Société et nous n’avons pas le droit de tirer des chèques en blanc sur l’espace nécessaire à nos descendants.

La terre cultivable est un produit stratégique sur une planète exposée à la faim; la terre cultivable sous un climat tempéré, c’est pour notre pays l’une des clefs de son indépendance économique à l’avenir. Il en va de même des forêts, quelle que soit leur productivité médiocre d’aujourd’hui.

Quant aux espaces improductifs, ils ne méritent pas, de ce seul fait, d’être livrés aux tentations immobilières et le jour est prochain où leurs fonctions seront connues et rappelées.

 

CONSOMMATION D’ESPACE PAR L’URBANISATION

 

 

 

1973

 

1974

 

1975

 

1976

Hectares concernés (1)

 

117.000

 

104.000

 

104.000

 

140.000

(1) Paris exclu

Ces statistiques concernent les superficies de terrain concernées par les permis de construire dont la densité est supérieure à 1/100 (100 m² de plancher par hectare). Pourquoi ce seuil bizarre ?

Parce qu’on estime qu’une construction, même si son emprise au sol n’est que d’une centaine de mètres carrés, retire de l’espace naturel du marché foncier rural, de l’exploitation agricole, de l’écosystème ( par les clôtures ) le terrain qui l’entoure.

Mais quels sont ces 100.000 hectares ? Une partie n’est pas constituée d’espaces naturels. On construit dans les villes, dans les banlieues urbanisées mais l’espace ainsi consommé est bien moindre en étendue.

“ La ponction de l’urbanisation diffuse, appréciée conventionnellement par la surface de terrain correspondant aux permis de construire dont la densité est comprise en 1/10 et 1/100 ( une maison sur 1000 m² et une maison sur 10.000 m²) représente environ 70 % ”.

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2. UN TERRAIN DE CONFLITS

Ces évidences soulignées, qu’est-ce que l’objectif de sauvegarde par rapport aux politiques et à l’exercice des prérogatives d’aménagement par les autorités ?

C’est quelque chose de désagréable puisque c’est une gestion avare, parcimonieuse, regardante de l’espace, sa livraison à contre cœur à l’urbanisation et aux équipements, la recherche de solutions moins gaspilleuses, en un mot des restrictions à la liberté de disposer du bien foncier.

La sauvegarde des espaces naturels est inséparable des certificats d’urbanisme négatifs, des refus de permis de construire, de lotissements, de caravanes. Elle expose l’autorité administrative aux critiques; elle lui donne le visage d’une bureaucratie sourde et insensible aux lamentations de ceux qui voudraient bien vendre un peu plus cher leur terrain ou y poser leur maison. Elle est impopulaire, elle n’attire pas souvent la sympathie des électeurs, sauf s’ils sont installés dans un site dont ils souhaitent jouir seuls.

Le droit, la loi, permettent d’édicter ces restrictions, ces interdictions, d’en contrôler l’application, d’en sanctionner l’irrespect... “ Il n’y a qu’à... ” puisque le Code de l’urbanisme fournit tous les moyens d’agir.

Le droit, la loi la fiscalité, les budgets permettent de procéder à des acquisitions d’espaces naturels, mais il est impensable que la puissance publique fonde la protection de la nature sur la seule acquisition. Elle n’en a pas les moyens, ni d’acquérir, ni de gérer et même si elle les avait ce ne serait pas la solution. L’appropriation publique des sols n’est pas une garantie absolue de sauvegarde devant les nécessités et les pressions.

La sauvegarde des espaces naturels qui implique une rigueur se heurte ainsi à des difficultés. Son affirmation ne suffit pas. Les lois non plus. Il faut que l’objectif entre dans une stratégie.

C’est elle que nous esquisserons en situation, en temps réel ses développements.

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3. LA STRATEGIE

Le but est clair.

Réduire au minimum indispensable et inévitable la consommation d’espaces naturels, productifs ou improductifs, par les activités urbaines, économiques ou touristiques et leurs dérivés en amont ( carrières ) ou en aval ( déchets ).

Comment l’atteindre ?

Un peu d’histoire

Cet objectif n’est pas nouveau. Il est présent dans la législation de l’urbanisme antérieure à 1967; il était présent dans l’esprit des urbanistes et dans les plans d’urbanisme; il existait aussi chez les fonctionnaires; enfin, il y a eu toujours des milieux d’élite pour se préoccuper de la sauvegarde des paysages et des milieux agricoles pour protester contre certaines opérations amputant le capital cultivable.

Jusqu'à 1968, cet objectif n’est pas explicité en tant que tel.

En 1968-69, un objectif inverse est affirmé; la construction doit pouvoir bénéficier de la nature. Les terrains doivent être constructibles.

En 1971, s’amorce un retournement et l’objectif deviendra le principal objet de discorde entre les collectivités locales et les directions de l’Equipement, dans l’élaboration des P.O.S.

Parallèlement la Société se réveille. Les milieux agricoles sont de plus en plus actifs et agressifs et font de la sauvegarde de leur outil de travail une constante revendication. Les milieux “ écologiques ” se font entendre aussi.

Le Président de la République y fait largement écho ( Lettre au Premier Ministre du 29 juin 1976).

Des mesures nouvelles législatives ou réglementaires sont édictées ( loi du 31 décembre 1976 portant réforme de l’urbanisme; décrets du 6 juillet 1977 ).

L’ordre est confirmé aux préfets et aux directeurs départementaux de l’Equipement par la circulaire du 16 mars 1977, de sauvegarder les espaces naturels dans les P.O.S. et ailleurs.

La machine administrative s’est ébranlée -- elle l’a fait quelquefois bien avant -- et l’objectif, émergeant de sa clandestinité, va donner lieu à des affrontements locaux très durs.

L’enjeu est clair; le problème est simple; les solutions sont difficiles à faire accepter.

 

Les conditions pour agir.

L’historique à lui seul illustre une certaine stratégie inconsciente. Aujourd’hui une stratégie consciente et déterminée s’impose si l’on veut éviter l’échec et le recul.

Si les engagements pris au niveau le plus élevé de l’Etat empêchent d’imaginer une retraite ouverte -- un reniement -- la détermination locale est loin d’être partout la règle. Nous sommes par conséquent au début d’un combat qui n’aura pas de fin. Dans tout combat il faut avoir la supériorité morale, des alliés, des munitions et savoir en jouer.

 

A. La supériorité morale ou l’art d’avoir raison

Il y a trois handicaps à surmonter.

1er handicap. Est-ce à l’Etat de fixer un pareil objectif ? N’est-il pas du ressort des collectivités locales de gérer leurs affaires; leurs représentants élus savent mieux que des bureaucrates quels sont les besoins des populations ? Au surplus le Gouvernement envisage des réformes tendant à un renforcement des pouvoirs des collectivités. N’est-il pas contradictoire en même temps de poursuivre cet objectif ?

2ème handicap. Est-il normal de brimer à ce point les propriétaires, qui n’ont souvent pas beaucoup d’argent tout en disposant d’un terrain, qui sont souvent âgés et améliorent leur niveau de vie en vendant plus cher un morceau de terrain constructible ? ( qu’ils ne vendraient pas s’il est inconstructible ).

3ème handicap. Est-il normal d’entraver l’économie du bâtiment, l’initiative des constructeurs qui cherchent des terrains pour construire, à un moment où l’économie est en crise, où le chômage est important ?

La poursuite de l’objectif implique de braver ces objections.

a) C’est un objectif qui intéresse l’Etat

Le patrimoine économique de l’agriculture intéresse toute la nation; le patrimoine écologique aussi. Les collectivités locales en sont dépositaires avec l’Etat; elles ne sont pas souveraines pour en déterminer irréversiblement l’affectation.

b) La propriété est un droit limité

Si la propriété reste un droit absolu devant l’expropriation, elle n’est pas du point de vue de l’usage qui peut être fait livrée au libre arbitre du propriétaire. Telle est la loi française. La collectivité publique ne doit pas hésiter à sauvegarder un patrimoine indispensable à tous, même s’il est inutile à son détenteur. L’opération immobilière ne peut pas être une façon de résoudre les problèmes sociaux ou pécuniaires au détriment de la sauvegarde de l’espace. Et s’il appartient aux collectivités publiques de rechercher des solutions charitables aux cas les difficiles, elles ne doivent pas le faire au détriment de l’espace.

c) La crise du bâtiment a d’autres origines

Sans doute tout permis de construire refusé est-il préjudiciable aux entreprises qui devaient réaliser l’opération, mais la crise du bâtiment n’a pas son origine dans la sauvegarde des espaces naturels et elle ne trouvera pas les remèdes en les saccageant ici ou là. En revanche, il convient de rechercher des solutions en agissant sur l’offre des terrains constructibles qui sont généralement abondants.

 

B. La recherche des alliés ( 1 ).

Encore ne suffit-il pas que ces affirmations ne soient partagées que par celui qui les écrit; il faut qu’elles soient reconnues à l’extérieur, du plus grand nombre de milieux, et mises en face des raisons profondes qui impliquent la sauvegarde dont on ne peut ouvertement contester la légitimité.

La supériorité morale est essentielle. Sans elle aucune action n’est possible sur une Société qui va chercher les faux fuyants et pour légitimer ses intérêts particuliers va faire appel aux schémas éculés mais efficaces, de la bureaucratie tatillonne et prompte à refuser sans discernement.

Mais il est vain d'avoir raison tout seul. L’administration se passe d’héroïsme, sa raison d’être n’est pas dans les barouds d’honneur. Il lui faut donc trouver ses alliés.

Les alliés se manifestent plus lentement que les adversaires. En France, l’opinion n’aime pas défendre l’administration. Il faut compter avec ces contingences avant d’engager le combat quand l’ordre de tirer est donné.

Il est donc bon d’avoir recensé auparavant ses alliés afin de les alerter et qu’ils se manifestent au bon moment.

 

( 1 ). [Cette stratégie est à rapprocher de celle décrite par M. Chabasson au moment de la décentralisation de l’urbanisme (#1983-12-13---E#) qui s’appuie quasi-exclusivement sur les associations, transformées en clientèle à exploiter contre les élus en écartant implicitement l’Etat arbitre. Si l’Etat peut avoir un rôle légitime ce n’est pas en prenant parti en faveur d’une catégorie sectorielle de population mais en fonction d’un intérêt objectif et concret qui peut plaire ou déplaire à certaines catégories vis-à-vis desquelles il n’est pas lié. A.G. 02/12/98 ]

 

Il est bon aussi d’étaler le pouvoir de refus sur plusieurs fronts, afin que l’enfoncement de l’un soit compensé par la résistance de l’autre, compte tenu des capacités de tenir, variables des différents fronts, aux diverses formes d’agression.

Il y a des alliés à trouver :

·      dans les autres administrations      Agriculture (D.D.A.) ;

                                                                       Représentants du ministre de l’Environnement (sites) ;

                                                             Direction de l’action sanitaire et sociale (eaux) ;

·      dans les Commissions ( d’urbanisme, des sites ) ;

·      dans les milieux professionnels de l’agriculture ( Chambre d’agriculture, syndicats agricoles, jeunes agriculteurs ) ;

·      dans les milieux écologistes ( Associations de défense des sites ou des milieux biologiques ) ;

·      dans les milieux de l’information qui reproduisent les propos les plus spectaculaires ;

·      dans les élus locaux, qui ne sont pas tous, tant s’en faut, insensibles au problème, et qui le sont : d’autant moins qu’ils se prononcent dans une instance moins directement exposée à l’usager individuel ( grandes communes, conseil général ) ou qu’ils payent ensuite l’addition des équipements.

Il faut que les alliés recensés aient compris l’objectif; il faut donc le leur expliquer; c’est quelquefois délicat car ils ont souvent rencontré la direction départementale de l’Equipement, comme adversaire, sur leur chemin; que la méfiance peut marquer les rapports, que la récupération est déplaisante, etc...

Il faut enfin que les alliés se manifestent spontanément car on ne peut les obliger.

Mais rien n’empêche d’organiser des manifestations en saisissant les occasions ou en les provoquant. Elles ne manquent pas. Cette stratégie fait donc appel à des capacités que l’administrateur habituel a quelque hésitation à déployer. Il le doit. C’est affaire pour lui d’échec ou de succès.

Le combat n’ayant aucune fin ( contrairement à celui qui peut se produire à l’occasion d’une expropriation ), le but n’est point de vaincre, mais de transformer la vision qu’on a localement des espaces naturels. Le but est l’intériorisation collective de l’objectif de sauvegarde, l’apparition d’un sentiment de culpabilité devant le gaspillage de l’espace, l’adhésion à l’idée que la propriété n’est pas le droit de faire ce qu’on veut n’importe où. Compte tenu de l’état de l’opinion générale sur ce problème, n’importe quel débat public, où alliés et détracteurs s’opposent, est de nature à enrichir la culture des citoyens.

Au plan national, une stratégie analogue s’impose, plus feutrée, plus abstraite, plus conceptuelle, dont l’objectif est aussi de gagner des alliés qui s’exprimeront dans les moyens d’information ou dans les colloques, les conversations, et ne laisseront pas indifférents les milieux les moins bien informés.

 

C. Les munitions

Elles sont dans le droit, les budgets et dans l’information.

Le droit et les budgets

Le Code de l’urbanisme offre une panoplie complète et efficace à qui veut s’en servir.

Le plan d’occupation des sols permet d’attaquer le problème de front, dans la commune ou le groupe de communes.

La délimitation des zones agricoles protégées ( dites NC ) où ne doivent être admis que les bâtiments liés et nécessaires à l’exploitation agricole, permet de garantir la sécurité des agriculteurs, de rentabiliser leurs investissements, d’opérer les restructurations foncières indispensables, de stabiliser les prix fonciers... Avec de bonnes zones NC, comme on dit, un premier objectif est atteint : l’espace productif est isolé de la contagion.

La délimitation de zones caractérisées par leur intérêt écologique ou paysager ( dites ND ) complète la protection; qui peut aller jusqu'à l’interdiction totale des constructions. Toutefois, dans ces zones le transfert de C.O.S. peut atténuer la rigueur de ces interdictions.

Les espaces boisés, classés par le P.O.S., sont préservés des défrichements et des coupes intempestives si aucun régime issu du Code forestier ne permet de les contrôler.

NC. ND. Espaces boisés classés, sont les trois termes clefs de la sauvegarde des espaces naturels dans les P.O.S. Il en va de même dans les zones d’environnement protégé.

Le permis de construire et d’autres autorisations, la surveillance des infractions, permettent d’assurer le respect de ces dispositions.

Mais les P.O.S. ne concernent que le tiers du territoire; il ne faut pas que la rigueur ici se retourne contre ses auteurs et aboutisse à transférer ailleurs le laisser-faire. Le Règlement National d’Urbanisme, renforcé en 1977, permet d’agir; ( articles R.111.13, R.111.14, R.111.14.2, R.111.21 ). Le droit national actuel fournit les moyens de sauvegarder l’intégrité des espaces naturels, qu’ils soient productifs ou non; l’application rigoureuse du R.N.U. conduit assez naturellement la commune et l’administration à arrêter ensemble une façon de décider ( ici on admettra les constructions; ailleurs elles seront refusées ).

Sur le littoral et en montagne, respectivement, la circulaire du Premier ministre du 4 août 1976, et la directive national d’aménagement du 22 novembre 1977 commandent d’utiliser avec rigueur tous ces moyens.

Les périmètres sensibles viennent compléter l’attirail, en autorisant le département à prélever une taxe -la taxe départementale d’espace vert- affectée à des acquisitions d’espaces naturels et à délimiter des zones de préemption dans lesquelles il peut surveiller les transactions et se porter acquéreur. La politique foncière départementale peut ainsi venir renforcer la protection juridique qui reste du ressort des communes et de l’Etat. Mais il faut ajouter la politique foncière du Conservatoire du Littoral et rivages lacustres. L’acquisition publique des espaces improductifs est donc en bonne voie si la protection juridique la précède et en réduit les coûts exorbitants.

Le Code de l’urbanisme à lui seul permet de définir une politique.

Quand on ajoute les moyens issus du Code rural ( action des SAFER, remembrement ), du Code forestier ( contrôle des défrichements, régime forestier, plans simples de gestion, forêt de protection...) la loi de 1930 protégeant les sites, et d’autres moyens financiers ( de l’Etat ou de certaines régions ), quiconque conviendra qu’on ne manque pas de pouvoirs pour maintenir dans un état décent, la campagne française; son potentiel économique comme son patrimoine écologique ou paysager, avec un peu de foi et de conscience, peuvent être mis à l’abri de la dégradation.

 

D. L’information

L’expression vulgarisée, vivante, convaincante, adaptée aux sociétés locales et à leur diversité, de l’objectif de sauvegarde et des moyens de l’obtenir est la seconde condition.

Des documents largement diffusés, auprès de ceux qui s’intéressent aux problèmes comme auprès des indifférents, des alliés comme des adversaires, des élus et des habitants; des montages audiovisuels, des exposés et des expositions, des discussions, sont les vecteurs indispensables de l’idée et des lois.

Ces documents existent aujourd’hui; d’origine diverse, faits par des collectivités, par des associations, par les chambres d’agriculture, par les administrations... Les uns sont nationaux; d’autres sont locaux; leur efficacité peut être accrue d’une utilisation associée; il en va des informations comme des vaccins, leur association renforce l’immunité. ( Cf.[1981-04-02---H-DEPLIANTS-PLAQUETTES-ET-AVANT-PROPOS])

La sauvegarde des espaces naturels, compte tenu des obstacles que soulève l’application des lois, implique une propagande - n’ayons pas peur des mots - active de tous ceux qui croient à sa nécessité. Et pour les autorités locales du préfet jusqu'au cantonnier, en passant par les maires, il s’agit d’un dessein national.

A cette condition, la rigueur qu’elle implique, sera débarrassée de la gangue bureaucratique qu’elle ne manque pas d’avoir tant qu’elle reste un monopole involontaire de ceux qui ont le privilège douloureux d’appliquer les lois tout autant utiles qu’illégitimes faute d’être connues et comprises dans leur finalité.

 

Conclusion :

Il ne suffit pas de gagner -- encore faut-il tenir, durer, et résister aux tentations de l’abandon !.

Cette capacité dépendra pour beaucoup de l’ancrage local des objectifs de protection, de leur utilité. Les efforts soutenus de très nombreuses chambres d’agriculture y ont déjà considérablement contribué. Le P.O.S. doit apporter la sécurité nécessaire et éviter les troubles liés aux errances de l’urbanisation et des équipements. Il faudra cependant que les collectivités publiques tiennent durablement leurs engagements. Elles seront attendues à ce tournant. Plus inquiétant est l’avenir des espaces improductifs qui manquent un peu de défenseurs directs.

Si l’opinion, les associations, les collectivités locales ne prennent pas le relais, il faut s’attendre à de continuelles remises en question. Le P.O.S. est la première barrière immunologique. La sauvegarde des espaces naturels exige aussi la santé.

 

ANTOINE GIVAUDAN