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REUNION DU MINISTRE

AVEC LA DIRECTION.DE L’URBANISME ET DES PAYSAGES.

 

ANTOINE. GIVAUDAN

 

( 28 OCTOBRE 1978. 16 H 30 )

 

ORIGINE ET DESTINATION

Le Ministre avait décidé de réunir les cadres de notre direction, dans laquelle je n’étais qu’un chef de service depuis le 1er janvier 1972.

Il souhaitait faire connaître sa « ligne », ce qui me paraissait une excellente chose, car rares furent ceux à le faire de cette façon. Il n’y en avait rien à redouter, car nous la savions bonne à deux réserves près, essentiellement administratives ou psychologiques.

1. Il voulait que la direction soit réorganisée et change de nom. Il fallait un peu réorganiser, à cause de l’accrétion, des structures venues de la culture, mais cette affaire qui aurait pu se régler à l’économie, avait pris une force symbolique et allait faire perdre du temps. Ce qui fut le cas.

2. Le ministre et le cabinet donnaient à entendre que nous devions comprendre le « changement » et allier désormais « protection et développement », ce qui était précisément l’axe central des actions de mon service depuis des années. D’ailleurs, toutes mes « écritures » en font foi.

Je ne contestais donc pas cette « ligne » mais je tenais à ce que l’on sache qu’elle était déjà nôtre et que nous y avions donné beaucoup de nous-mêmes, sinon un peu plus, au point que « démocratolâtres » et « nouveaux conformistes » tendaient une oreille complaisante aux récriminations communales ( Cf. par exemple#1977-09-01---E#, un article très représentatif de la bêtise en cours à l’époque, dans laquelle on nous confiait le mauvais rôle à tout propos ).

C’est pourquoi je tins au ministre ces propos un peu « don Quichotte » pour qu’il « sache », mais surtout pour que son entourage et les nouveaux venus d’ailleurs, sachent que nous n’étions pas des barbares, obsédés par le béton ou soumis à ses injonctions, comme il était facile et coutumier de nous présenter.

 

[ J’avais écrit ce texte et appris par cœur. Je l’ai donc récité. ]


Relation de mon intervention. (à quelques mots près)

 

Monsieur le Ministre,

Au delà des procédures, il est aussi possible d'exprimer quelques impressions et de vous remercier de nous avoir donné cette occasion.

Quand un nouveau ministre arrive ‑ et nous en avons eu plusieurs en quelques années ‑ son cabinet demande généralement aux directions ce qu'elles font.

Leurs projets, leurs problèmes, leurs actions. Peut-être n'avons nous pas assez fourni.

Je dis nous ‑ car sans être mandaté par quiconque ‑ j'ai des yeux et des oreilles et je traduis un sentiment que je crois assez général.

On aurait pu attendre sympathie, on a senti quelques préventions. Puis les mois ont passé.

Injures répétées des architectes à notre égard, calomnies, insinuations. Evocation maladive et méprisante de la bureaucratie. Aucun écho public, en réponse, en notre faveur.

Et cependant que faisons-nous ?

n   On édicte

n   On contrôle

n   On prélève

n   Et quelquefois on exproprie.

Ce n'est peut-être pas la bonne voie.

Faut-il sacrifier notre code oppresseur ?

Nous pouvons aussi spontanément baisser les bras. Et pourtant, nous avons deux ou trois idées, de l'énergie, beaucoup de bonne volonté. Nous avons le privilège de croire un peu à ce que nous faisons. Sauvegarde de la nature, qualité de l'urbanisation, souci de l'usager, ne sont pas que des mots pour nous.

Ce sont aussi pratique, conseil, exemple, changement profond de comportement, local ou central, décision.

Voue avez devant vous, Monsieur le Ministre permettez-moi un grand mot, des évangélisateurs à leur façon.

Vous en avez plus que vous ne le pensez.

le Ministre : "Plus qu'on ne le pense.

Plus qu'on ne le pense, dans la plupart des départements.

Contrairement à ce qu'on dit – qu’on laisse dire ‑ la norme n'est pas notre religion. A la complication nous savons résister. En six mois nous avons refusé ‑ ou proposé de refuser ‑ bien des causes nouvelles de complication.

Nous avons presque appris à parler au public simplement.

Notre religion est plutôt, l'amour de notre pays, de sa géographie, la rigueur qu' impliquent son respect et celui de la loi, qu'il nous faut concilier avec celui des habitants.

Le respect de la Nature impose la sévérité et nous avons apprécié, avec soulagement, les positions que vous avez exprimées sur ce sujet.

La Qualité de l'urbanisations dont nul n'a le secret, implique participation, liberté, prescription.

Quant au souci de l'Usager, il appelle d'inlassables explications. Notre foi et notre force sont dans ces quelques mots.

Nous aimons les Collectivités locales même si quelque fois nous devons un peu les opprimer.

Nous croyons à la démocratie. Nous savons qu'elle n'est pas licence, l'espace est trop précieux. Pour nous, l'espace est un tout.

Aussi puis-je vous adresser, Monsieur le Ministre, une prière insolite :

"Soutenez nos actions et vous verrez cent fleurs jaillir de la bureaucratie"

Je tenais enfin à vous dire merci de m'avoir permis cette libre expression.

 

                                                                          A. GIVAUDAN