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la consommation d'espace

par

la construction

 

antoine givaudan

 

( LE MONITEUR. 27 NOVEMBRE 1978 )

 

origine et destinaton

En 1978, on commençait à mieux maîtriser l’évolution physique des villes. Les tensions sur le marché foncier faisaient beaucoup parler de l’offre foncière. Je commençais à être satisfait car le système statistique de l’urbanisme permettait peu à peu de penser et d’écrire à ce sujet; je regrette de ne pas l’avoir plus exploité.

On commençait ainsi à connaître la réalité qui était jusqu’alors un mystère avant de le redevenir. Le système de collecte de l’information ( SIDU ) mis en place dans la Direction et sa combinaison avec celui de la DAEI ( SIROCO ) ne permettait pas encore d’apprécier le flux annuel de foncier nécessaire à la construction à l’intérieur des POS mais on l’envisageait avec bien d’autres choses encore. Toutes ces bonnes idées ont été abandonnées après mon départ et vingt ans plus tard on ne sait même plus ce qu’on savait avant. A quoi sert donc l’argent du contribuable et que font-ils de leurs ordinateurs ? Des jeux vidéos ou des réussites! !

J’ai donc publié un article dans le Moniteur, le seul de ma vie. Il a d’ailleurs été censuré par la rédaction car la version originelle n’était pas assez neutre. Le Moniteur n’aimait pas ma façon de penser ou de parler ; et comme tous les spécialistes de la langue de bois, il ne supportait pas qu’on appelle un chat un chat mais j’ai accepté la censure. L’amour du Moniteur pour la paraphrase inodore et incolore m’a, en quelque sorte, interdit d’y écrire ( bien plus souvent d’autant que l’exercice était rémunérateur ) malgré l’intérêt indiscutable de cet hebdomadaire. ( Je ne lui en veux pas).

Aujourd’hui le problème ne se pose plus car on ne sait plus rien du tout sur toutes ces questions et si on sait quelque chose on le cache bien.

 


la consommation d'espace

par
la construction

80 000 ha de terres agricoles environ ont été “ urbanisés ” au cours de chacune des années récentes

Combien d'espace la construction consomme-t-elle chaque année ? C'est une question à laquelle il n'est pas facile de donner une réponse précise et parfaitement incontestable. D'abord, les statistiques disponibles ne sont pas très anciennes; elles remontent tout au plus à 1973. Elles n'ont pas, en outre, toute la fiabilité requise; il ne faut donc pas s'attacher à les examiner à un hectare près. Ensuite, ces statistiques sont d'un maniement délicat.

 

Examinons les questions d'ordre méthodologique auxquelles il faut répondre pour que les statistique prennent une réelle signification:

Peut-on par exemple, considérer que la construction d'une maison sur un terrain de 100 ha, correspond à 100 ha d'urbanisation? Assurément non.

Il faut donc définir un seuil arbitraire de densité au-dessus duquel on peut considérer que l'intégralité du terrain est passée du côté de l'urbanisation même s'il n'est pas entièrement couvert de construction ( ce qui est d'ailleurs généralement le cas ). Le seuil retenu est celui du 1/100 (densité égale à 0,01 en coefficient d'occupation du sol) et nous expliquerons pourquoi.

II y a par ailleurs le problème des bâtiments agricoles: la construction d'une grange, d'un hangar, d'une serre n'est pas une opération d'urbanisation Ces bâtiments devraient donc être éliminés du calcul de la consommation d'espace par l'urbanisation. Or, il n'est pas certain qu'ils le soient toujours.

Enfin, il serait raisonnable de ne pas tenir compte des terrains consommés en milieux urbains. pour évaluer la ponction faite par l'urbanisation sur l'espace rural, naturel ou agricole.

 

La densité de 1/100

On peut considérer que, lorsqu'un terrain situé à la campagne est construit à la densité de 1 pour 100, il est passé dans le camp dès terrains urbains. II sera vraisemblablement clôturé. La dimension de la partie non bâtie la rend apte au jardinage et à la décoration. Si elle reste en friche, elle n'est pas suffisante pour intéresser un agriculteur.

La densité de 1/100, tout arbitraire qu'elle soit, est un seuil acceptable de différenciation des terrains.

En tout cas, ce seuil élimine les constructions sur des terrains très étendus qui fausseraient radicalement l'évaluation des superficies consommées par la construction.

II écarte aussi de nombreux bâtiments agricoles souvent édifiés sur de vastes terrains.

Les statistiques confirment ces appréciations mais avec le temps, il sera possible de les affiner; de plus, à l'avenir, la définition de la surface de plancher, maintenant bien établie en surface hors œuvre brute et en surface hors œuvre nette, éclaircira la situation.

 

La part des terrains véritablement urbains

Pour effectuer le partage entre les terrains véritablement urbains et les terrains ruraux urbanisés, une première opération consiste à exclure de ces derniers Paris, qui ne comporte pas de zones agricoles.

Une seconde opération consiste à calculer la superficie des terrains utilisés à une densité supérieure à 1/10 ( C.0.S. de 0,1; une maison sur environ 1 000 m2). Cette opération n'est pas entièrement satisfaisante, car on construit encore, en pleine nature, à une densité supérieure à 1/10. Néanmoins, il est vrai d'affirmer que, dans les zones urbaines, la densité excède généralement 1/10 et que par conséquent, la superficie des terrains concernés par les constructions d'une densité supérieure à ce seuil englobe la totalité des terrains urbains utilisés, même si elle englobe aussi quelques terrains ruraux urbanisés.

 

Une prochaine amélioration

II est intéressant de savoir où se localisent les constructions alors que l'établissement des P.O.S. progresse.

Les P.O.S. sont, pour les informations essentielles qui les caractérisent (phases de procédure; superficies; populations) traités informatiquement, au plan national (système S.I.D.U). Quant aux constructions elles sont suivies par te système SIROCO.

II est possible de connecter S.I.D.U et SIROCO et d'obtenir, dans un premier temps, le nombre de permis de construire délivrés dans les communes pour lesquelles un P.O.S. est prescrit, rendu public ou approuvé.

Pour des raisons d'économie, on se borne actuellement à établir le résultat annuel de cette première connexion. Elle est intéressante par son caractère à peu près constant. 60 p. 100 des permis de construire (et 80 p. 100 des logements) se localisent dans les communes concernées par un P.O.S. qui représente, rappelons-le, environ le tiers du territoire national.

II sera possible d'aller un peu plus loin lorsque SlROCO codera le type de zones (urbaine ou naturelle). On aura ainsi la part des constructions par zone.

On peut, par conséquent, espérer des informations de plus en plus précises pour l'économie foncière qui a manqué jusqu'à ce jour des bases nécessaires pour étayer ses “ impressions ”  N'entendait-on pas dire qu'il fallait 30 000 ha par an pour la construction, alors qu'il en faut quatre à cinq fois plus I

Quels sont les résultats disponibles à ce jour ? Le tableau et les graphiques suivants en résument l'essentiel.



 




graphique N°1. nombre de permis de construire accordés

 


Le graphique 1, relatif aux permis de construire, montre que les chiffres se sont maintenus à un niveau à peu près constant, autour de 300 000 pour les permis de densité supérieure à 0,01, autour de 130 000 pour les permis de densité supérieure à 0,1. II y a un creux en 1974 et 1975, puis une remontée en 1976, année au cours de laquelle les directions départementales de l'Equipement ont eu à faire face à une lourde charge de travail.

 

 


 


graphique N°2. superficie de plancher hors œuvre autorisée

 


Le graphique 2, relatif à la surface hors d'œuvre autorisée, accuse en revanche un accroissement constant, avec un bond sensible en 1976, ce qui traduit une activité d'ensemble du bâtiment satisfaisante, qui n'a peut-être pas été suffisamment perçue, à l'époque.

 


 


Graphique N° 3. Superficie des terrains consommés

 


unites: 1 000 000 de mètres carrés

LE GRAPHIQUE 3, relatif à la surface de terrains consommés, est un peu inquiétant la consommation de terrains fait un bond en 1976. passant de 35 000 à 51 000 ha. L'essor de la maison individuelle sur de petits terrains ne doit pas y être étranger.


Mais la consommation de terrains de l'ensemble des permis (densité supérieure à 0,01) accuse une augmentation très sensible, en passant à 139 000 ha en 1976, alors qu'elle s'était maintenue pendant les trois années précédentes autour de 100 000 ha. Cette évolution, qu'il faudra suivre pour voir si elle se poursuit, reflète un accroissement de la construction sur des terrains de plus de 1 000 m2 environ. Serait-ce un effet du plafond légal de densité ?

En définitive, la superficie des terrains consommés par les permis de densité comprise entre 0,1 et 0,01 est la suivante (chiffres arrondis):

·87 000 ha en 1973,

·73000 ha en 1974,

·69000 ha en 1975

·et 8800 ha en 1976.

On retrouve, en 1976, une consommation un peu supérieure à celle de 1973.

Le nombre de 80 000 ha par an est un bon ordre de, grandeur de la superficie de terrains ruraux consommés chaque année. Il n’est pas négligeable.

S'il indique que de très nombreuses maisons disposent d'un terrain supérieur à 1 000 m2, ce qui est un signe de prospérité, il indique aussi que des terrains agricoles, à proximité des villes et des villages, passent à l'urbanisation dans des proportions qui ne peuvent être indifférentes à l'activité agricole.

D'autres corrélations seraient à faire; avec les transactions immobilières, les autorisations de lotissements, les zones d'aménagement concerté, la taxe locale d'équipement...

Le recueil d'information statistique sur l'urbanisme, ( R.I.S.U.).édité maintenant depuis 1976 par la D.A.F.U., qui doit sortir cet automne, pour la quatrième fois, commence à fournir des séries exploitables. I1 est à souhaiter que tous les enseignements possibles en soient tirés.

 

Antoine GIVAUDAN

Chef du service de l'urbanisme