$XRPDABWWWC$     Consulter le site :      écrire :  

LA POLITIQUE FONCIERE URBAINE

EN FRANCE

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

( 2 SEPTEMBRE 1980 )

Actualisation partielle en 1985

 

ORIGINE ET DESTINATION

J’avais écrit cette récapitulation studieuse pour “ Etudes foncières ”, m’efforçant de réunir une information introuvable, noyée dans les intestins administratifs inaptes à mettre en valeur une politique conduite pendant plusieurs années, avec continuité, par l’Etat et par l’administration.

Car la politique foncière n’eut jamais les honneurs qu’elle aurait mérités. L’Etat et les agglomérations qui s’y impliquaient, avaient engagé un travail intéressant, utile et difficile, destiné à porter des fruits au cours des années à venir.

Bien des progrès restaient à accomplir, tant par l’élargissement des territoires concernés que par la finesse et la justesse des interventions, mais la technique était au point et le système de propagation des idées ( séminaires de formation, colloque, relations avec les élus locaux ) était à la fois efficace, réaliste et apprécié. Un effort sérieux avait été fait pour combiner la politique foncière urbaine et la politique foncière agricole ( SAFER ).( Cf. #1975-09-29---E#)

Contrairement aux idées reçues, les moyens financiers n’ont jamais fait défaut. L’excuse des crédits est souvent évoquée pour masquer un défaut de zèle, la peur ou l’incompétence.

La décentralisation a brisé ce mouvement de réflexion et d’action mené au niveau des agglomérations, sans institutions nouvelles, comme si ce type d’intervention allait de soi de la part des élus locaux. Les “ démocratolâtres ” qui prennent leurs désirs pour des réalités n’ont pas compris grand chose à ces réalités sur lesquelles ils s’asseyaient quand elles ne les gênaient pas. C’est une autre raison de mon hostilité à la décentralisation de l’urbanisme qui a coupé les ailes aux actions pédagogiques, incitatrices ou “ répressives ” de l’Etat sur des fronts que la “ démocratie locale ” déserte facilement, quand on la laisse à elle-même.

En 1985, j’ai repris le document en essayant de le mettre à jour, mais le système central, à la masse, n’était plus capable de fournir quoi que ce soit. La mise à jour s’est donc résumé à quelques commentaires...signalés en italique  dans le texte. Je regrette de ne pas avoir insisté sur le rôle utile des «  établissements fonciers régionaux ».

 

 

LA POLITIQUE FONCIERE URBAINE

EN FRANCE

 

Toute politique foncière reflète de la part d'une société, son souci ou sa détermination de ne pas accepter comme une fatalité, les conséquences plus ou moins paradoxales ou néfastes, du libre jeu des initiatives privées dans le domaine de l'immobilier. Et de ce point de vue, depuis 25 ans notre pays a fait preuve d'une exceptionnelle détermination si nous observons les moyens mis en place pour toucher au problème foncier sous ses divers aspects. Cette chronique devrait le montrer bien qu'elle s'interdise volontairement d'aborder les aspects de la politique foncière relatifs à la sauvegarde des espaces naturels et à l'environnement ou à l'agriculture qui sont beaucoup moins inséparables qu'il ne semble des politiques foncières urbaines proprement dites .( Cf.[1980-06-00---H-UT-PERMANEAT-NATURA]).

Les deux actions en effet se complètent et doivent être coordonnées. La première appuie la seconde et réciproquement et s'il y a carence à certains égards c'est sans doute parce que cette coordination n'est pas encore à ce jour assez pratiquée.

On peut caractériser la politique foncière :

‑ par ses moyens, fort abondants

‑par son caractère plus ou moins décentralisé

‑ pour ses résultats

et ce sont ces trois points qui seront successivement présentés.

 

1. Une politique qui fait appel à une à grande diversité de moyens

La politique foncière ne manque pas de moyens. Aux collectivités publiques d'en user puis qu'aucun d'eux ‑ et c'est assez normal en la matière -- ne s'applique vraiment sans un minimum de détermination. Une telle politique implique de leur part qu'elles aient décidé de prendre en main l'évolution du marché foncier. Elles sont loin d’être allées jusqu'au bout des possibilités.

Ces moyens sont juridiques, financiers ou fiscaux.

Ils devraient être conçus et employés pour se compléter les uns les autres Ce n’est pas souvent le cas et nous y reviendrons dans la 3ème Partie.

 

11. Les moyens juridiques : un attirail complet

Ils sont complets, suffisants, voire surabondants.

La collectivité publique peut intervenir, comme elle l'entend sur le marché foncier.

Elle peut, en application de sa conception de l'aménagement urbain, de l'extension de la ville dans les directions qu'elle souhaite, de la nature des interventions qu'elle entend avoir sur les quartiers existants, fixer des dispositions juridiques, en matière d'occupation et d'utilisation des sols cohérentes avec la politique foncière qui aura sa préférence. De ce point de vue  elle peut dans les espaces destinés à l'urbanisation, y constituer des réserves foncières gratuites. Ce sont les zones d'urbanisation future ( dites NA : article R. 123.18.1° b ) du Code de l'urbanisme ) des plans d'occupation des sois, elles-mêmes conformes quant à leur localisation avec les dispositions des schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme,

L'affectation ainsi déterminée qui n'est pas sans incidence sur les valeurs foncières quand elle aboutit à une interdiction plus ou moins durable de construire, est le premier jalon de la politique foncière.

Elle peut ensuite surveiller le marché foncier au moyen des droits de préemption qui lui permettent de connaître les transactions et de se substituer aux acquéreurs pressentis si le bien à vendre présente un intérêt pour son action future ou si le prix proposé en est trop élevé.

 C'est ainsi que la zone d'aménagement différé ( article L.212.1 et suivants du code de l'urbanisme) créée par arrêté préfectoral est l'instrument privilégié de cette surveillance dans toutes les zones où les valeurs foncières sont susceptibles de s'accroître brutalement ( et notamment dans les zones d'urbanisation futures délimitées dans les POS ). A ce jour [ en 1980  ] près de 600 000 hectares de zone d'aménagement différé sont créés ( plus de 3 000 zones ). Le droit de préemption peut être exercé pendant quatorze ans et le prix des terrains y est évalué en tenant compte de l'utilisation du bien un an avant la création de la Z.A.D.

C'est ainsi que la zone d'intervention foncière ( articles L.211.1 et suivants du code de 1'urbanisme ) qui institue de plein droit, un droit de préemption au profit de la collectivité locale, dans les zones urbaines délimitées par les P.O.S rendus publics de toutes les communes de plus de 10 000 habitants ( et dans les autres, à la demande de la collectivité ) permet d'acheter les biens immobiliers, là où l'évolution urbaine est plus stabilisée. La Z.I.F., perpétuelle quant à sa durée, moins rigoureuse sur la stabilisation des prix, est également un moyen de connaître l'évolution du milieu urbain qu'annoncent bien souvent les transactions. Les Z.I.F. représentent plus de 400 000 hectares ( au 1er octobre 1979 ) et concernent plus de 800 communes.

Elle peut encore s'assurer les terrains nécessaires aux équipements futurs en les localisant sous forme d'emplacements réservés, inconstructibles, dans les plans d'occupation des sols,

Elle peut également exproprier les espaces nécessaires aux équipements ou aux opérations d'urbanisation envisagés. Elle peut même se dispenser de verser l'indemnité préalable et lui substituer un loyer trimestriel avec la procédure de prise de possession prévue aux articles L. 314.1 et suivants, du code de l'urbanisme.

Elle peut quasiment contraindre les propriétaires à engager une opération d'urbanisation ( 1 ), en suscitant la création de sociétés civiles foncières ( articles L.322.12 et suivants du code de l'urbanisme) ou d'associations foncières urbaines ( articles L.322.1 et suivants du Code de l'urbanisme).

Elle peut enfin prendre l’initiative d'opérations en créant des zones d'aménagement concerté ( articles L.311.1 et suivants du code de l'urbanisme ), procédure par laquelle elle s'engage, seule ou avec un aménageur public ou privé, à réaliser une opération, compatible naturellement avec les options d'aménagement définies par les documents d'urbanisme. Plus de 1 700 Z.A.C. ont été créées en 10 ans, représentant près de 80 000 hectares.

Il lui reste la possibilité de vendre les terrains acquis ou de les concéder aux utilisateurs. Les deux systèmes sont également ouverts même si le second n'a pas jusqu'à ce jour eu la faveur.

Les pouvoirs juridiques couvrent toute l'étendue du spectre. Ils sont, malgré quelques imperfections, parfaitement utilisables. Ils sont,, à l'exception de la prise de possession, tous pratiqués et cependant les résultats sont décevants.

( 1 ). [ Ce dispositif, datant de 1964 environ, pourtant intéressant n’a jamais été utilisée faute de promotion un peu volontariste de la part de l’administration centrale qui ne savait même plus qu’il existait. Exemple typique d’abandon inexplicable autrement que par “l’administration contemplative”, peut-être pour ne pas avoir à être jugée sur ses carences elle péféra l’abroger en 1985. AG.02-05-1999. ]

 

12. Les moyens financiers: complexes mais conséquents

Les moyens financiers permettent à l'Etat, aux communes (ou leur groupement voire à des aménageurs publics, d'acquérir des terrains, qu'ils soient bâtis ou non, en vue de les utiliser à plus ou moins long terme, soit pour des équipements, soit pour des opérations d'urbanisme ‑ en quartiers existants ou dans les zones à urbaniser,

Il convient également de noter le rôle important d’établissement publics fonciers spécialisés dotés d'une fiscalité propre ( en Lorraine et en Normandie) ( Cf.[1998-03-15---H-EPBS-A-L-OCCASION-DU-TRENTIEME-ANNIVERSAIRE-DE-L-EPBS]) ou non ( en région Ile-de-France), de l'établissement public régional dans certaines régions ( Provence, Ile-de-France, par exemple) et du département aussi ( Finistère, Vendée, Seine-et-Marne.. ) qui accordent des subventions pour acquisitions foncières aux communes, généralement.

La politique foncière a, si l'on ose dire, nidifié un peu partout, dans les institutions et le pays.

Dans le domaine des financements, le produit de certaines fiscalités spécifiques (dépassement du coefficient d'occupation du sol ou du  plafond légal de densité) est affecté aux acquisitions foncières, directement ou indirectement ; l'apport représente plus de 300 millions par an. C'est peu, sans doute, mais compte tenu de la concentration sur un nombre réduit de communes, cet apport malgré son caractère irrégulier, n'est pas à dédaigner.



Ces montants concernent toutes les opérations : opérations d'urbanisme, quartiers nouveaux ou rénovations, opérations d'aménagement de la Défense ( Hauts-de-Seine ), Quai de Javel ( Paris ) Villes nouvelles, résorption de l'habitat insalubre, et associations foncières urbaines à partir de 1979.

Ces prêts sont accordés pour six ans au taux de 9 % et de 9,75 % s'ils ont une durée supérieure .

13 % des dotations n'ont pas été utilisés.

La consommation est satisfaisante, mais ce pourcentage montre bien qu'il n'y a pas en pénurie de moyens financiers.

Le montant des crédits de bonification qui sont à peu près intégralement consommés, plafonne la consommation des dotations à 76 %.

La bonification diminue de 3 points le taux d'intérêt.

Néanmoins la source essentielle du financement est dans les subventions de l’Etat et les prêts, et il faut en décrire l'ensemble relativement complexe. On trouve :

‑ les prêts de la caisse des dépôts et consignations, aux acquisitions foncières affectés aux opérations d'urbanisme ou aux programmes d'actions foncières,

‑ les prêts de la caisse d'aide à l'équipement des collectivités locales à la constitution de réserves foncières,

‑ les acquisitions directes, les avances et les subventions de l'Etat.

Ces modalités ont beaucoup évolué en vingt ans. Elles se sont clarifiées mais restent encore assez ramifiées. Il faut les décrire car on ne peut apprécier sans cela l'ampleur de la politique foncière.

 

A. LES PRETS DE LA CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATION

Ces prêts sont de deux sortes.

Les premiers sont des prêts spécifiques, accordés aux communes ou organismes d'aménagement qui réalisent une opération d'aménagement urbain ( zone d'aménagement concerté, lotissement ). ils sont à court terme, .( 6 ans en général ) avec un différé d'amortissement qui laisse à l'aménageur le temps d'engager l’opération.

Ils servent à concurrence de 50 % à l'acquisition des terrains et pour le reste à leur équipement, Avec le produit des ventes de terrains équipés, l'aménageur rembourse les annuités d'emprunts, Certains de ces prêts bénéficient d'une bonification d'intér1êt accordée par l'Etat. LES TABLEAUX N° 1 et 2 en résument l'état.

Les seconds sont des prêts globalisés accordés aux collectivités, susceptibles d'être utilisés pour toute opération d'investissement et notamment les acquisitions foncières. Ce sont des prêts à 15 ou 20 ans au taux de 10,25 % au 1er avril 1980. En matière foncière ils sont associés à la subvention spécifique aux programmes d'actions foncières. ( Voir § D.) Pour les années 1976 à 1979  360 millions d'enveloppe de prêts ont été décidés.

 

B. LES PRETS POUR RESERVES FONCIERES.

Depuis 1971, les collectivités peuvent emprunter, auprès de la caisse d'aide à l'équipement des collectivités locales ( C.A.C.L ) pour acquérir des terrains utilisables à long ou moyen terme.

LE TABLEAU N° 3 en résume les caractéristiques et les montants des enveloppes annuelles et des prêts attribués*

Le résultat, malgré l'évolution des prix, illustre l'importance du mécanisme puisque 3,6 milliards d'enveloppe ont été décidés en 10 ans. Néanmoins en 9 ans, 21 % des enveloppes n'ont pas été utilisés ( 766 millions ). Beaucoup de communes ignorent encore cette faculté malgré l'information répandue par le ministère de l'environnement à son sujet,

Avec ces prêts, dont les taux et la durée sont avantageux, la collectivité locale peut :

‑ acheter les terrains réservés aux équipements publiés par les plans d'occupation des sols 

‑ financer les acquisitions, par usage du droit de préemption dans les Z.I.F et les Z.A.D

‑ acquérir à l'amiable ou par expropriation des réserves foncières,

Le système est donc polyvalent et permet à la commune de faire face à toutes les circonstances.

 

C. LES ACQUISITIONS DIRECTES, LES AVANCES ET LES SUBVENTIONS DE L’ETAT.

Les financements de l'Etat ont également sensiblement évolué depuis 20 ans, passant d'un régime d'acquisitions directes ou d'avances remboursables aux collectivités sur les crédits du Fonds national d'aménagement foncier et d'urbanisme ( F.N.A.F.U.) jusqu'en 1967, à un régime mixte, à savoir le précédent auquel s'ajoutent des acquisitions directes sur crédits budgétaires, pour revenir en 1976 à un régime qui comprend maintenant

‑ des acquisitions directes de l'Etat, par le F.N.A.F.U.,

‑ des avances aux collectivités sur le même fonds,

‑ des subventions aux acquisitions  foncières des communes.

1. Les acquisitions directes de l'Etat

Elles sont en régression et réservées aux villes nouvelles, à quelques opérations d'importance nationale et à des opérations touristiques littorales (Languedoc, Aquitaine).

LE TABLEAU N°4 en retrace les variations des financements du F.N.A.F.U depuis 10 ans.

 


 


Ce tableau confond les acquisitions de l'Etat et les avances aux collectivités ( cf. ci-après ). Il faut donc indiquer que ces acquisitions représentent 60 % du total environ ; soit environ 900 millions. Le taux de consommation total est satisfaisant mais il faut encore signaler qu'il n'y a jamais eu manque de financement.

Ce tableau montre que les acquisitions volontaires et les acquisitions par exercice du droit de préemption sont à peu près à égalité.

2. Les avances de l'Etat aux collectivités

Le F.N.A.F.U. accorde depuis toujours des avances aux collectivités locales pour leurs acquisitions. Ces avances sont remboursables au terme de 2 ans, ce délai pouvant être prorogé 3 fois ( soit 8 ans ).

Importantes, à l'origine, elles sont en voie de régression, tant en ce qui concerne les acquisitions pour opérations que les financements de l'exercice du droit de préemption, Les prêts de la C.A.E.C.L. se sont substitués à ce financement quasi -bancaire de l'Etat, le taux d'intérêt mis à part, ( en 1980 le taux n'est encore que de 5 % ).

Ces avances représentent en enveloppe, sur 9 ans, 600 millions soit 40 % environ des fonds attribués.

Actuellement ces avances sont toujours accordées aux communes qui avaient établi un programme d'actions foncières avant 1978 et aux établissements publics d'aménagement ( A.F.T.R.P. notamment) qui ne peuvent pas avoir recours aux prêts de la C.A.E.C.L jusqu'à présent.

3. Les subventions aux collectivités locales

Elles sont de quatre types,

La subvention aux programmes d'actions foncières, sur lesquels nous reviendrons au § D. Par cette subvention, l'Etat allège les charges des collectivités qui auront à emprunter, auprès de la caisse des dépôts ( prêts globalisés ), les financements du programme, dont elles ont besoin ; en complément de l'autofinancement qu'elles doivent apporter ( Avant 1978, les avances du F.N.F.U, jouaient le même rôle en l'absence de subvention ).

Les subventions représentent une enveloppe de 158 millions pour les années 1976 à 1979, et lus avances du F.N.A.F.U, 130 millions ( inclus dans les 600 millions cités précédemment ), pendant les mêmes années car les deux régimes ont coexisté.

Les subventions pour surcharge foncière. Cette subvention permet aux communes d'acheter les terrains, nécessaires à des opérations d'habitat social, dans des zones où les prix sont très élevés ( zones centrales ) et d'où les organismes d'H.L.M. risquent d’être exclus pour cette raison. La subvention compense les effets ségrégatifs du marché. Le mécanisme date de 1978 et entre lentement en application, si bien que les crédits qui dépassaient largement la centaine de millions n'ont pas, été beaucoup utilisés,

Dans le même ordre de préoccupation on peut citer la possibilité d'anticiper la part du prêt locatif aidé ( P.L.A.) au bénéfice des communes et plus récemment des constructeurs, qui permet d'atteindre un résultat voisin. Le mécanisme a eu, celui-ci beaucoup de succès mais l'application progressive de la réglementation sur le conventionnement des organismes constructeurs en a réduit le champ.

Les subventions aux espaces verts. Elles permettent d'aider les communes à acquérir; ‑ où d’aménager des espaces verts urbains, à améliorer l'environnement. Elles ne sont pas, exclusives des prêts, mais leur objet spécifique, qui peut être indépendant d'une politique foncière globale axée sur l'urbanisation, justifie leur existence.

 

D. LES PROGRAMMES D'ACTION FONCIERE

 

13. Les moyens fiscaux : un monde incohérent

 

2. Une politique de l'Etat devenue communale

L'histoire de la politique foncière est, à quelques exceptions près ‑ de plus en plus nombreuses heureusement ‑ celle de la carence communale en matière d'urbanisme. Rien n’empêchait les communes d'avoir une politique foncière, faite d'acquisitions à l'amiable, de terrains destinés un jour à l'urbanisation, même si elles avaient manqué de moyens juridiques d'intervention.

Depuis, si elles l'avaient voulu, elles auraient cherché et obtenu les moyens depuis 30 ans ; mais autant il y eut une pression constante en faveur du logement, autant la politique foncière manqua de groupes de pression. Tout s’est passé comme si les français voulant l'automobile avait négligé la production d'acier. Tant que l'Etat n'est pas intervenu dans l'urbanisme, les collectivités locales n'ont guère occupé le terrain. Les choses semblent évoluer mais cette évolution est lente et il faut la retracer rapidement.  ** 

**[ De fait l’volution a bien été une régressiongénéralisée. Nous la pressentions bien. Les “démocratolâtres” de service prétendaient pourtant le contraire, la décentralisation libérant le génie des collectivités étouffées par l’Etat et ses agents. L’essentiel n’était pas de mieux faire mais d’assouvir la pulsion de pouvoir des nouveaux féodaux. La loi du 18 juillet 1991 prétendit relancer la politique foncière avec la possibilité de créer des établissements publics locaux. Un autre coup d’épée dans l’eau! La seule institution qui survit et prospère dans la discrétion la plus absolue, car ce serait rendre hommage au passé que d’en parler, ce sont les établissement publics fonciers de l’Etat comme il en existe un en Normandie et en Lorraine et depuis peu dans le Nord. AG. 25-07-99 ]

 

21. L'histoire au raccourci

La politique foncière **est jalonnée d'interventions de l'Etat, une fois la reconstruction passée qui fut, ce qui était normal, une affaire d'Etat.

** [ Ecrit en rouge italique, une longue et belle série de cas d’”administration contemplative” AG. 25-07-99 ]

 

1950 . Fonds national d’aménagement du territoire ( devenu FNAFU ),

1953 . Loi sur l’expropriation, permettant d'acquérir des terrains en vue de les revendre à des constructeurs,

1958 . Zone à urbaniser par priorité ( droit de préemption 1962)

1958 . Association syndicale de remembrement ( inappliqué, abrogé en 1967 )

1962 . Zone d'aménagement différé

1961 . Redevance d'équipement ( inappliqué et abrogé )

1964 . Taxe de régularisation des valeurs foncières ( inappliqué et abrogé )

1964 . Bail à construction et prise de possession ‑ inappliqué par les collectivités publiques

1967 . Loi d'orientation foncière

‑ Taxe d'urbanisation ( inappliqué [ par incompétence Cf. Chapitre  #1630#   ] )

‑ Réserves foncières

‑ Concession de l'usage des sols ( très peu appliqué )

‑ Budget de réserves foncières

‑ Taxe locale d'équipement

-             Associations foncières urbaines ( peu appliqué ) 

-             ‑ P.O.S.

1968 . Création de l'établissement public foncier ( Normandie )

1971 . Z.A.D, portée à 14 ans  C.A.E.C.L.

1975 Plafond légal de densité

Zone d'intervention foncière

Programme d'action foncière

1976 . Réforme des financements fonciers

Cet historique incomplet montre que le Gouvernement et le législateur n'ont cessé de renforcer les instruments de l'Etat ou des collectivités locales.

Chacun de ces instruments a d’abord été utilisé par l’Etat mais certains d'entre eux ont disparu avant d’être appliqués.

 

22. Les interventions directes de l'Etat

Elles connaissent une évolution régressive, avons-nous dit, qui s’explique par la conscience accrue des collectivités locales de leurs responsabilités dans le domaine urbain. En dix ans la situation a sensiblement changé. D'une politique foncière engagée par l'Etat, on est passé à une politique foncière soutenue ou incitée par l'Etat.

L'initiative de l'urbanisation appartient aujourd'hui aux collectivités locales même si les villes nouvelles et quelques opérations touristiques en cours d'achèvement y font exception.

La question reste de savoir si l'Etat doit se désengager complètement. Nous ne le pensons pas. La politique foncière n'est pas vis-à-vis de la politique locale d'une rentabilité visible, malgré les efforts qu'elle requiert. Or même si l'Etat peut considérer qu'il doit laisser un maximum de responsabilités aux collectivités, il ne peut pas aller jusqu'à admettre que ses autres objectifs généraux d'aménagement de l'espace, ( naturel ou urbain ) soient contrecarrés faute d'un minimum de politique foncière de la part des collectivités.

Il doit donc conserver quelques moyens d'incitation ou d'intervention directe, afin de rester présent sur un front qui sera toujours stratégique pour l’aménagement. Sa présence doit être plus discrète et elle l'est déjà ; elle ne doit pas disparaître.

 

23. L'incitation et la responsabilité des collectivités locales

Il est étonnant que les collectivités locales n'aient pas pris plus t8t en main cette politique, alors que le débat foncier est ouvert depuis si longtemps, et que toute agglomération de plus de 10 000 habitants ‑ pour prendre un ordre de grandeur approximatif ‑ a la possibilité et est placée devant la nécessité d'avoir un minimum de politique foncière.

L'incitation mérite qu'on s'y arrête un instant. Les mécanismes juridiques et financiers ont tous été conçus pour susciter ‑ voire forcer l'action des collectivités. Le fait par exemple que la Z.I.F. est instituée de plein droit dès que le P.O.S. est rendu public va dans ce sens. Le fait que l'Etat refuse maintenant d'être préempteur dans une Z.A.D. l'est également ; les ressources affectées ( C.O.S. ‑ P.L.D.) le sont aussi.

Or on est loin de voir les collectivités agir, en matière fon­cière, avec la généralité qu'on attendrait d'elles aujourd'hui. L'argument des financements ne résiste pas à l'examen. Toutes les communes qui ont voulu avoir une politique foncière, en ont eu une et ce ne sont pas, tant s'en faut, les plus riches. Il faudra donc maintenir l'incitation encore longtemps et l'adapter aux petites communes qui ont, toute proportion gardée des besoins analogues, On ne lutte pas contre le mitage sans avoir quelques petites opérations ( lotissements bien greffés ) disponibles pour accueillir les constructions les plus indispensables, A défaut, elles iront se mettre n'importe où.

Il y a donc une nécessité d'ouvrir plus encore la politique foncière sans que l'Etat s'engage plus directement. Les régions, les départements même, les établissements publics fonciers comme il en existe trois, ont certainement un rôle à l'avenir très important.

Le programme d'action foncière qui est le moyen inévitable d'ajuster la politique, en ce domaine, a un objectif économique clair : alimenter régulièrement le marché foncier à concurrence d'une proportion décisive et peut-être 30 à 40 % suffisent.

C'est bien localement qu'on peut en juger.

C'est bien les collectivités qui supportent les dérèglements fonciers avec leurs habitants contribuables. A elles donc d'agir et de rechercher des économies en organisant le développement urbain.

 

3. Une politique qui ne produit pas les résultats attendus

Si l’on exclut les communes qui ont négligé cette politique et ne s’en tient qu'à celles qui sont intervenues, il faut bien reconnaître que, même dans ce cas, les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espérances, dans la généralité des cas.

Les apparences, souvent soulignées sont à peu près les suivantes :

Les prix fonciers n'ont guère été stabilisés. En particulier les changements juridiques ( terrains rendus constructibles par un P.O.S. ) et techniques ( réalisation d'équipements ) suscitent toujours une fièvre foncière sensible, sinon brutale.

La fluidité du marché ne s'est guère améliorée. On n'a jamais autant parlé de rétention foncière que depuis 2 ou 3 ans.

La localisation de l'urbanisation, résiste toujours beaucoup aux efforts de canalisation entrepris par la politique des documents d'urbanisme et l'évolution vers de petites opérations favorise les implantations n'importe où, voire dans les communes limitrophes de celles qui ont fait un effort d'organisation.

On n'a donc pas le sentiment que le problème est dominé alors qu'on a tous les moyens pour y parvenir, les moyens fiscaux mis à part. Si dans les centres urbains, il faut bien accepter un niveau de prix élevé que le P.L.D. a stabilisé, ce niveau de prix reste également élevé dans les urbanisations nouvelles et les collectivités publiques sont peu excusables de ne pas obtenir de plus spectaculaires résultats.

La cause en est vraisemblablement que la politique foncière publique est un acte incomplet ‑ ou incomplètement accompli ‑ qui, de ce fait, inhibe plus qu'il ne stimule ou régularise le marché.

En effet tous les efforts, tous les moyens, juridiques ou financiers, favorisent l'acquisition mais sont absolument neutres vis-à-vis de l'utilisation de la cession, des terrains. On acquiert, on ne revend pas assez on ne sait pas vendre pour agir sur le marché local.

 Le coût des emprunts auprès de la caisse des dépôts n'est pas assez élevé pour déclencher le réflexe rentabilisateur. L'avantage tourne en inconvénient. Toute difficulté de commercialisation donne lieu à des mesures de clémence et non à des pénalités. Les garanties d'emprunt jouent rarement. La politique foncière à long terne, quelquefois et à tort critiquée, de geler des terrains, est hors de cause. Ce qui est en cause c'est l'aptitude insuffisante à les équiper ou à les faire équiper.

La collectivité publique comme l'aménageur ont souvent une attitude patrimoniale consistant à attendre la plus value plutôt qu'à avoir une attitude économique consistant à produire et à vendre.

La Z.A.D. a des avantages, ( comme la Z.I.F.) mais contribue à l'attentisme. On observe, on est informé des mutations, on préempte par ci, par là, mais après plusieurs années on n'a qu'un damier de terrains inutilisables, sauf à compléter le travail par expropriation. On hésite à franchir le pas.

Une énergie politique insuffisante affaiblit l'efficacité de la politique foncière et contribue à cette impression ‑ juste et fausse à la fois ‑ que la collectivité publique est partout, plus pour gêner que pour agir. Il faut nuancer ces appréciations dans chaque cas local et il est vrai que les communes qui ont su surmonter l'attitude attentiste ont obtenu des résultats remarquables, mais elles sont une minorité.

Le fait que les programmes d'actions foncières ne concernent que 17 agglomérations ( ce qui représente cependant plus de deux cents communes) et 3 départements ( soit un un nombre même si toutes les communes ne sont pas concernées) montre bien que la politique foncière accède à peine à l'âge de la stratégie après vingt ans de tactique, utile mais désordonnée, de la part de tous les acteurs, L'Etat lui-même a acheté quelquefois de travers et il a recédé des terrains au conservatoire du littoral. L'erreur est ainsi réparée au mieux mais elle illustre les inconvénients du coup par coup trop opportuniste qui méconnaît le principe que la politique foncière est au service d'une politique d'aménagement de l'espace préalablement arrêtée.

L'utilisation des Z.A.D. n'a pas échappé aux débordements et leur rajustement sur les S.D.A.U. et les P.O.S., à mesure qu'ils sont établis, n’est pas vraiment entrepris.

La coordination des prêts aux opérations d'urbanisme ( C.d.C. )  et des prêts aux réserves foncières n'existe pas si bien que la politique foncière à long et à moyen terme est exposée au risque d'être remarquable sans satisfaire les besoins immédiats et d'aggraver les tensions en attendant.

 Toutes ces critiques n'entament point l'utilité de ce qui est fait car si rien n'était fait, ce serait combien pire. Elles mettent en évidence la nécessité locale d'un maître d'ouvrage conséquent et pour la nécessité de dynamiser son action et il s'y est engagé depuis le début de l'année 1980, par de nombreuses mesures qui prendront peu à peu effet

En ce domaine nul dispose d'une baguette magique.

Enfin faut-il le répéter, une politique foncière même réussie, ne suffit pas, à elle seule, à garantir la qualité de l'urbanisation et du milieu urbain qui se feront sur les acquisitions publiques. La politique foncière peut apporter une cohérence d'ensemble au développement spatial. C'est une qualité de l'urbanisme, ce n'est pas la seule. L'art urbain fait appel à d'autres capacités. ( Cf.[1985-07-00---H-REFLEXIONS-SUR-LA-QUALITE-DE-L-URBANISME])

Il y a donc suffisamment d'insatisfaction pour accréditer l'idée que la politique foncière est contestable même si son absence produit des résultats pires.

 

CONCLUSION

Dans une version papier photocopiée la conclusion devient le §4 . En italique quelques § ajoutés en 1985

La politique foncière urbaine n'est qu'un aspect, important mais restreint, de l'aménagement. L'espace est un tout. ( Cf.[1983-10-00---H-LE-PETIT-MANUEL-DU-BUREAUCRATE-AMENAGEUR].  Précepte N° 3 ) ).

Nous regrettons d'avoir été réduit au traitement de la politique foncière urbaine. L'espace est un tout. On ne comprend vraiment tous les effets dévastateurs du dérèglement du marché foncier urbain qu'en débordant sur ses franges le marché foncier rural, qui en subit nécessairement les contrecoups violents. Si la politique foncière urbaine ne conduit pas à isoler les deux marchés fonciers pour que le premier ne contamine pas de ses miasmes le second, elle peut être utile pour la ville [ mais ] elle est nuisible pour l'espace tout entier. Or la puissance publique, même s'il lui faut bien de temps en temps, choisir le moindre mal, ne peut pas se satisfaire de mesures nuisibles à l'espace rural, sous prétexte qu'elles sont bénéfiques à la ville.

Si la politique foncière n'a pas été un franc succès, c'est qu'elle a trop été conçue comme une fin. Elle n'est, ne doit être qu'un moyen, asservi à la fin supérieure d'un aménagement de qualité qui préserve à l'espace  son maximum de potentialités, qui réduise les gaspillages, résorbe les troubles, les conflits de voisinage et les incompatibilités ; si notre pays est bien entré dans l'ère de cet aménagement il ne l'a fait, et ne le fait encore, qu'en tâtonnant. Combien de communes, pour lesquelles un schéma directeur et un P.O.S. sont nécessaires se sont-elles engagées dans une politique foncière ? Inversement, combien de  communes n'ont-elles pas engagé d'actions foncières sans se soucier d'encadrer ces actions par un document ; on a les deux situations, et très souvent les unes commencent et s'arrêtent en chemin, les autres commencent par la fin.

La velléité et la fébrilité sont deux péchés de la politique d'aménagement. L'Etat, au cours des vingt cinq dernières années, n'a pas toujours donné l'exemple et a encouragé bien des mauvais penchants.

Par ailleurs, la politique poursuivie a été handicapée par les deux mythes de la municipalisation du sol et de l'impôt foncier. Ces deux épouvantails ont détourné les énergies de réflexion des objectifs concrets, ont affaibli la portée potentielle des actions qu'il était possible d'engager avec les moyens mis à la disposition des autorités locales responsables. Prétexte à l'inaction ou conviction sincère d'impuissance, les deux mythes ont alimenté la passivité au détriment d'une action persévérante. Ils sévissent toujours d'ailleurs dans une partie de l'opinion. Ils ont contribué à une confusion sur le rôle du marché. S'il est intolérable d'être asservi à ses obscurs déterminismes, il n'est point choquant de se servir de son irremplaçable mécanisme. Le mythe de la municipalisation ‑ qui nie le marché ‑ celui de l'impôt foncier ‑ qui attend presque tout de lui ‑ se rejoignent comme le font généralement les extrêmes, au sein des mêmes individus souvent, alors que la municipalisation exclut l’impôt et réciproquement. Mais les mythes sont aussi têtus que les faits. Le tout témoigne d'une immaturité considérable. Le foncier est encore un objet imprégné de religiosité et de sacré.

Il faut être certain d'un fait : la politique foncière n'est point un problème politique. La majorité et l'opposition s’effritent tout autant à son sujet. Aucun parlement d'opposition ‑ s'il avait été majoritaire ne serait allé aussi loin que les lois qui ont été votées depuis vingt ans. S'il reste quelques aménagements fiscaux à faire, les obstacles, à leur adoption, au plan national, tiennent moins à la politique qu'aux incompréhensions qui se conjuguent pour paralyser le mouvement. Au plan local, les obstacles tiennent au fait que la politique foncière urbaine n'est jamais payante immédiatement, qu'elle conduit, si elle est mal menée, à des effets pervers qui la déconsidèrent, que nul n'en a jamais chiffré les bénéfices ou les économies qu'elle entraîne? qu'elle est livrée à ceux qui ont tout intérêt à la critiquer à cause de l'enrichissement sans cause dont elle les prive.

Enfin la politique foncière a le privilège d'être au centre de débats philosophiques sérieux sur la nature du régime économique et politique d'une société. L'analyse sommaire, non dépourvue parfois de mauvaise foi, laisse penser qu'elle est contraire au libéralisme économique ‑ à savoir à l'initiative privée --; qu'elle est contraire également au droit de propriété en ce qu'elle en rogne les attributs; qu'elle est enfin contraire à la liberté tout court en ce qu'elle prive le citoyen de l'un des refuges les plus inexpugnables de sa sécurité. On cite à grand renfort l'exemple des régimes autoritaires ou totalitaires où la propriété foncière privée a plus ou moins perdu droit de cité. On inverse sans le vouloir les facteurs et prend les effets pour les causes.

Un régime qui veut porter atteinte aux libertés fondamentales, peut très bien se dispenser de toucher à la propriété privée. L'histoire, ancienne ou récente abonde l'exemples. La nature autoritaire ou totalitaire d'un régime commande qu'il s'attaque à d'autres libertés d'abord, bien plus fondamentales. L'atteinte à la propriété ne vient qu'en sus ; il n'y a point d'exemples de régimes politiques qui aient eu besoin d'abord de s'attaquer à la propriété pour amorcer, puis fonder leur véritable caractère autoritaire ou totalitaire, C'est parce qu'ils avaient déjà affirmé et assis leur caractère qu'ils ont éventuellement touché à la propriété.

En revanche il ne manque pas de régimes profondément démocratiques et libéraux qui n'ont point scrupule à affirmer une politique foncière qui mette la propriété foncière en condition "servile", si l'on ose dire ; la Grande-Bretagne et plus encore la Hollande en sont la meilleure illustration.

Quand on y regarde de plus près, la politique foncière n’a d'autre objet que d'éviter, tout au long du processus économique de production du milieu urbain, la formation et l'appropriation d'une rente anticipée, illégitime, anti-économique et anti-sociale, Les moyens qu'elle requiert sont nécessairement coercitifs car ils tendent tous à détourner vers la collectivité publique un profit qui se manifeste par une moindre dépense d'investissement ou un prélèvement fiscal.

La politique foncière fait donc partie intégrante des politiques de transferts sociaux. Elle n'est pas d'essence libérale en apparence mais n1lempêche en aucune manière le libre exercice de l'initiative privée quand elle est bien menée. L'agent économique privé a besoin de matières premières. Il lui importe peu qu'elle lui soit fournie pour une part par la collectivité publique, Une politique foncière réussie permet l'épanouissement des activités économiques immobilières  privées dans le respect de l'environnement et du juste prix.

 

4. La politique foncière a-t-elle un avenir avec la décentralisation ?

AJOUTE EN 1985 AVEC CE QUI PRECEDE EN ITALIQUE

Nous avons écrit tout cela durant l'été 1980, avec l'idée de faire le point avant de quitter l'administration centrale, à une époque où l'offre foncière était particulièrement d'actualité. Le rapport de Monsieur SAGLIO était en préparation et devait être publié en novembre.

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Une première réalité tient à ce que la politique foncière ne semble plus beaucoup intéresser l'Etat. La politique d'aménagement urbain est largement décentralisée. Les subventions aux programmes d'action foncière sont tombées dans la trappe de la dotation globale d'équipement. La construction a sensiblement chuté en volume, rendant du même coup le problème foncier moins brûlant, sauf en quelques endroits relativement à l'abri de la conjoncture. Le discours politique n'évoque donc plus le sujet.

L'administration centrale a géré, sur sa lancée antérieure, les actions engagées, sans innovation financière ou institutionnelle. Elle a mis en place un "club des opérateurs fonciers" composé de fonctionnaires de l'Etat, des Collectivités Locales, de représentants d'organismes aménageurs, maintenant ainsi quelques liens entre personnes qualifiées, d'autant plus utiles que la décentralisation comporte le risque de l'isolement satisfait ou inquiet.

On a peu d'indices sur l’attention que les autorités politiques locales, qui vont en disposer souverainement, porteront à la politique foncière. Essentiellement utile à long terme ‑ et à la rigueur à moyen terme ‑ il est vraisemblable qu'elle sera concurrencée sûrement par des besoins plus tangibles et plus payants. La décentralisation pourrait consacrer l'extinction de l'action foncière conduite avec des budgets pluriannuels. Elle ne devrait pas, au contraire, sonner le glas des droits de préemption qui satisfont la curiosité, au demeurant très compréhensible, des maires, sur ce qui se trame dans leur commune, sans pour autant les contraindre à acheter.

L'âge d'or de la politique foncière semble donc passé.

La Loi 85.729 du 18 juillet 1985, comme un chant de cygne, apporte trois dispositifs importants : une remise en ordre procédurale des droits de préemption qui simplifiera peut-être le déroulement des démarches ; une définition plus juste des critères d'évaluation des terrains à bâtir en matière d'expropriation ; une disposition intéressante sur l'accès aux informations foncières.

Le temps des grandes réformes est lui aussi passé. Réjouissons-nous en. A l'exception de quelques ajustements juridiques inévitables, ici ou là, il serait heureux que le substrat juridique se stabilise définitivement.

Après avoir beaucoup acheté, la puissance publique va peut-être apprendre à gérer, à vendre ou à louer. Pourquoi pas ? Il est toujours temps.

 

Antoine GIVAUDAN