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DE L’URBANISATION DOMESTIQUEE A LA THROMBOSE

 

antoine GIVAUDAN.

 

(SEPTEMBRE 1985 )

( Courrier du parlement )

 

 

ORIGINE ET DESTINATION

C’est un des rares articles écrits sur le département, quand j’étais dans les Yvelines. Je regrette un peu de ne pas avoir livré plus souvent mes impressions sur ce qui s’y passait, d’autant que c’était plutôt satisfaisant.

L’objet de mon propos reste général et bienséant. Mais pour ceux qui connaissent le département, les “ thromboses ” de l’époque et celles que j’annonçais, avaient un sens routier précis, au regard des hostilités locales irréductibles à certains projets.

Je crois que je n’ai pas osé écrire ce que j’ai dit souvent en aparté, “ vous ne voulez pas de routes nouvelles gratuites, vous les aurez à péage ”… C’est ce qui est arrivé.

Sur le plan technique, il est regrettable que l’Etat ait hésité çà réaliser dans la grande couronne des liaisons Banlieues- banlieues. Hésité ou renoncé ? Les “ beaux esprits ” résoudront la difficulté avec des transports collectifs.

 

 

 

A L'OUEST DE PARIS ET DE SA PRENIIERE COURONNE URBAINE PARTlCULIEREMENT REMPLIE, LE DEPARTEMENT DES YVELINES OFFRE UN PAYSAGE URBAIN ET RURAL COMPLEXE PAR SON ENCHEVETREMENT, SON CARACTERE HEUREUX ET VARIE ET SON EVOLUTION DES VINGT CINQ DERNIERES ANNEES.

LES TRAITS DOMINANTS ET DURABLES DE CETTE EVOLUTION SONT DIFFICILES A DISCERNER POUR UNE RAISON APPAREMMENT PARADOXALE: AUCUN EVENEMENT IMPREVU NE S'EST PRODUIT DANS CE DEPARTEMENT DEPUIS AU MOINS DIX ANS, ET IL DEVRAIT EN ETRE AINSI PENDANT OUELOUES ANNEES ENCORE.

Par ANTOINE GIVAUDAN,

directeur départemental de l'Equipement

 

 

 

 

L'URBANISATION du département a connu, entre 1966 et 1973, une ampleur exceptionnelle ( 26 000 logements autorisés en 1971 ), et la géographie en conserve des traces qui ne sont pas toutes bien cicatrisées. Depuis 1978, l'urbanisation se maintient au rythme honorable moyen de 7 500 logements par an, qui est l'un des plus réguliers de la région.

Aux grands programmes qui s'édifiaient voici quinze ans aux quatre coins du département ont succédé des opérations plus modestes, fortement encadrées par le maillage de plus en plus complet des plans d'occupation des sols, dans un ordre tranquille. que ne troublent même plus la montée en régime de la ville nouvelle ou la réalisation de quelques zones d'aménagement concerté de forte taille.

Si ce développement urbain domestiqué, canalisé, suscite bien quelques combats retardateurs, ici ou là; il n'inspire plus la crainte, puisqu'il est bien aux mains des autorités variées qui le surveillent, dans les communes ou les services de l'État.

Les fronts d'incertitude sont très limités: la plaine de Montesson, l'exceptionnelle zone agricole de Chambourcy, Orgeval, Roissy, Aigremont, l'est de la ville nouvelle.

Cette maîtrise, quasi parfaite, de l'expansion urbaine dans une région exposée aux pressions et tentations continuelles de ceux qui, Français ou étrangers, aimeraient s'ancrer dans l'ouest parisien, et plus précisément dans les Yvelines, est vraisemblablement unique en France.

Les réalisations, dont la qualité mérite d'être soulignée, justifient une légitime satisfaction. Les analyses de capacité d'accueil qui ont été faites, avec l'établissement d'un tableau de bord foncier, laissent penser que cc développement urbain mesuré, contrôlé, intégré, quasiment invisible, peut se poursuivre encore une dizaine d'années. apporter plus d une cinquantaine de milliers de logements de plus, sans parler des activités économiques qui ont des espaces plus que surabondants où s'installer.

Les milieux urbains des Yvelines, les trous urbanisables qu'ils comportent continuent donc de se remplir d'autant plus sûrement qu'on s éloigne de Paris. puisqu'il est apparu, lors du dernier recensement, que les communes les plus proches tendaient plutôt à perdre des habitants, bien que la construction s'y maintienne souvent...

 

Il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter de cet état particulier si l agglomération parisienne n'était pas ce qu'elle est, un immense bassin d'emplois et d'habitat, travaillé par des échanges intenses, importants et cadencés selon des rythmes variés.

La facilité des mouvements dépend des infrastructures routières et ferrées ouvertes aux habitants. Les Yvelines n'en sont point dépourvues. L'Etat, la Région, le Département, la SNCF, la RATP, toutes ces collectivités ou entreprises nationales, projettent, financent ou réalisent des opérations importantes, utiles non seulement aux habitants des Yvelines, mais également à ceux de la région. Et pourtant...

Et pourtant quand on compare toutes les infrastructures qu'il est prévu de faire dans les années du contrat de plan de cinq ans ‑ et qui sont importantes ‑ à tout ce qu'il faudrait réaliser pour améliorer la fluidité et la sécurité des liaisons Est-Ouest ‑ notamment dans le sens Paris-province — des liaisons banlieues-banlieues avec le Nord et le Sud, aux franges ou à l'intérieur du département, on se surprend à s’inquiéter du développement urbain mesuré et domestiqué ci-dessus. Il contribue lentement mais sûrement à une  viscosité accrue du trafic.

Quand on connaît les difficultés, les trésors de patience qu'élus et fonctionnaires doivent déployer pour faire admettre, puis réaliser, des infrastructures routières, utiles à tous mais redoutées auprès de chez soi, quand on sait quelles forces subtiles et tenaces peuvent se déployer à la perspective de travaux à certains endroits, on est amené à penser que l'argent n'est pas tout, que s'il y en avait à volonté, on ne ferait avant longtemps pas beaucoup plus, faute, à une ou deux exceptions prés, de terrains, de projets prêts ou de détermination. Les grands travaux ne s'improvisent pas.

Les Yvelines présentent ainsi ce cas intéressant où l'urbanisation est bien en main, de bonne qualité et où, faute d'infrastructures dimensionnées à l'importance des flux engendrés par la croissance, maintenant modérée mais régulière, de la démographie et des activités, les échanges quotidiens, hebdomadaires, saisonniers. la traversée des villes, deviendront chaque année un peu plus difficiles pour les usagers et les habitants, et connaîtront, à l'occasion, des moments d'asphyxie, mais à coup sûr un étalement toujours plus grand des encombrements quotidiens, qui dépassent depuis longtemps l'heure dite de pointe.

Il ne faudrait donc pas que le succès indiscutable des politiques locales d'urbanisme et d'aménagement fasse oublier, comme une anesthésie, qu'il reste beaucoup à faire encore... sans doute bien plus qu’on n'a fait en vingt ans.

 

A.G.