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COLLOQUE

 DE

 L'ASSOCIATION FRANCAISE DE TOPOGRAPHIE

 

Introduction ( 1 )

de M. Antoine GIVAUDAN

Président du Colloque

(Directeur Départemental de l'Equipement)

( 22 novembre 1985 )

AIX-EN-PROVECE

 

ORIGINE ET DESTINATION

J’ai retenu cette “ écriture ” officielle, présentée dans un colloque qu’on m’avait demandé de présider, parce qu’elle dénonce poliment l’une de nos plus belles inaptitudes. On n’a jamais, en effet, réussi à produire des fonds de plan convenables pour l’urbanisme et l’aménagement urbain. C’est encore le cas. Il suffit d’ouvrir le premier POS venu pour s’en apercevoir.

Ni le service du cadastre, ni l’institut géographique national ne s’y sont intéressés.

L’administration de l’urbanisme s’y était essayé jusqu’en 1972-73, mais, faute de moyens elle a jeté l’éponge d’autant que les deux autres “ géants ”, inaptes mais jaloux, voyaient d’un assez mauvais œil un concurrent dans “ le traitement des échelles ”, puisque le cadastre s’était réservé les échelles jusqu’au 1/2500 et l’IGN au delà.

Or, l’urbanisme avait besoin d’échelle s’étalant du 1/000 au 1/10.000, avec des spécificités très simples qui n’intéressaient et n’intéressent toujours pas l’un et l’autre fournisseur de plans.

Etonnant et navrant.

C’est un signe de notre inculture urbaine.

 

 

Je remercie très sincèrement les organisateurs de ce colloque pour l'honneur qu'ils me font en m'en confiant la présidence. Je crois, en me désignant, qu'ils ont moins pensé au Directeur de l'Equipement qu'à celui qui s'attacha de longues années à ce que le plan d'occupation des sols devienne le vecteur commun de la politique courante d’urbanisme. J'essaierai de ne pas les décevoir.

Mais je tiens également à féliciter chaleureusement l'Association Française de Topographie d'avoir choisi ce thème de la topographie nécessaire au plan d'occupation des sols, pour son 12ème colloque, avec, peut-être, le regret qu'elle n'ait pas décidé plus tôt d'en débattre.

En effet, des P.O.S, on en étudie depuis 13 ans ! Mais auparavant, les plans d'urbanisme et l'urbanisme tout court ont toujours eu besoin de topographie, pour les études, pour l'expression des volontés d'aménagement et pour l'application technique ou juridique, au jour le jour, des documents.

Or, par un curieux effet de la tradition administrative ‑ car la topographie depuis toujours, pour des raisons fiscales ou militaires, a été une affaire de pouvoir et généralement d'Etat ‑ notre administration, ou plus exactement nos administrations, n'ont jamais été en mesure de fournir aux urbanistes une cartographie adaptée à leurs besoins.

( 1 ). Publié dans le N° 27 de la Revue de l’Association Française de Topographie

Le cadastre, à grande échelle, produit pour ses besoins des plans qui sont loin de nous satisfaire, même si nous nous en servons beaucoup faute de mieux. Le cadastre satisfait convenablement un besoin fiscal, avec des imperfections topographiques gênantes pour les urbanistes. Le cadastre fournit à la fois trop et pas assez d'informations.

Les cartes de l'Institut Géographique National, à plus petite échelle, malgré leur excellente qualité, leur richesse et leur utilité quotidienne en aménagement, notamment dans les études de schémas directeurs, sont totalement inadaptées à l'urbanisme courant du P.O.S.

L'administration de l'Equipement, sous des noms divers, depuis 40 ans, a toujours essayé de combler la lacune de l'absence d'un bon fond de plan au 1/2 000. ou au 1/5 000. Elle l'a fait :

‑ avec un petit service, la division des travaux topographiques,

‑ en inventant ou fournissant des produits variés ( assemblage, photos aériennes, orthophotoplan) sans négliger la recherche et l'utilisation de l'informatique,

‑ en affectant, pendant de longues années des financements non négligeables à la topographie nécessaire à l'urbanisme.

Hélas, ni les moyens financiers, ni la technologie n'étaient à la hauteur des besoins qui peuvent simplement se définir par une couverture correcte et évolutive d'environ 10 % du territoire national, à de grandes échelles, particulièrement indispensable pendant les 25 dernières années d'intense évolution urbaine.

Rendons hommage, à cette occasion, aux dépenses consenties par les communes, les départements, voire les régions, pour l'établissement des fonds de plan.

En effet, quand on y regarde de près, la topographie est une industrie lourde qui produit des denrées très périssables ; elle implique de gros moyens. Mais pour faire quoi ?

Pour dresser le fond de plan que l'urbaniste attend et qui n'est ni très complexe, ni perfectionné.

Ce support topographique a été défini en 1967, à l'occasion de l'apparition des P.O.S. avec la loi d'orientation foncière et, depuis, les notes techniques sur l'expression graphique des P.O.S, publiées en 1972, rééditées en 1980, n'y ont rien ajouté.

Ce support relativement simple est indispensable

‑ pour les études,

‑ pour la représentation,

‑ et pour l'exploitation du plan établi.

Il doit comprendre :

‑ le parcellaire avec les limites de propriété,

‑ l'emprise des bâtiments,

‑ les espaces boisés,

l'emprise des voies et domaines publics,

‑ l'altimétrie, par des courbes de niveau,

‑ les cours d'eau et plans d'eau.

 

Pour les études, bien d'autres éléments s'imposent mais il revient, selon moi, à ceux qui font ces études de les réunir.

Pour la représentation, ces éléments suffisent.

Pour l'exploitation, il faudrait ajouter une numérotation signifiante du passé des propriétés.

Ces besoins sont simples, mais cette simplicité, nul n'est en mesure aujourd'hui et depuis plus de 20 ans de la fournir aux usagers que nous sommes, car la production de ce support :

‑ n'entre pas dans les capacités techniques des services producteurs de plans,

-         n'intéresse pas directement ces services qui produisent d'abord les plans dont ils ont besoin.

 

Pourquoi ? Ce n'est pas le moment de le dire.

IL en résulte, néanmoins, que l'usager ‑ à savoir l'urbaniste, la commune ‑ doit établir à la main, comme il peut, avec astuce et bricolage, avec le secours du géomètre ou du topographe privé, le plan qui lui est nécessaire.

Je n'évoquerai pas dans cette introduction la question de la mise à jour qui est plus une question de moyens que de conception.

Que ces propos sévères ne laissent pas penser qu'il n'y a point de progrès ni d'espoir. Il y en a mais il faut qu'ils soient portés, si j'ose dire, à la bonne échelle.

Je forme donc le voeu que ce colloque serve les progrès de la topographie nécessaire à l'urbanisme, à ses professionnels, aux élus locaux et aux usagers, au-delà des besoins, des fiscalistes ou des militaires qu'elle a déjà satisfaits et qu'il nous évite de rater le coche technologique qui se prépare à partir.


CONCLUSION

DE M. ANTOINE GIVAUDAN

Président du Colloque

 

Il me revient maintenant de conclure, après des exposés et des discussions qui ont parfaitement illustré notre souci d'être réalistes et notre accord sur les caractères, peu nombreux mais majeurs, d'une topographie adaptée à l'aménagement urbain.

Nos conclusions se résument en quatre points.

Premier point. L'accord s'est fait sur les caractères du bon support topographique.

Nous avons tous exprimé :

‑ le souhait que chacun dépasse son égocentrisme et fasse le petit effort qui rend les plans qu'il établit pour lui mieux utilisables par d'autres.

‑ le souci que la documentation topographique soit publique et gratuitement utilisable,

‑ l'idée que la topographie nécessaire aux études peut être extrêmement variée, qu'il  serait excessif d'en exiger l'établissement systématique mais qu'il convient de veiller à  ce que sa forme permette d'intégrer, connecter, informatiser les informations récoltées,  en vue d'exploitations intercommunales, départementales, régionales et même nationales,

‑ l'idée que le support topographique, et particulièrement celui nécessaire aux études, peut beaucoup varier selon la taille des communes et les problèmes qui s'y posent ; que l'orthophotoplan, très parlant, doit être utilisé dans les petites communes.

‑ l'idée que le support topographique, utilisé pour la représentation des plans doit être bien codifié, tant dans sa précision que dans la nature des éléments peu nombreux qu'il comporte, afin que sa fiabilité garantisse une exploitation plus sûre,

-         l'idée que les techniques employées permettent une mise à jour et un enrichissement facile des supports existants.

 

Deuxième point. Accord sur le contenu du support à établir.

Nous souhaitons peu, mais nous souhaitons tous :

‑ le plan cadastral normalisé ( P.C.N.), d'autant que celui-ci fournit un parcellaire des propriétés,

‑ une altimétrie adaptée, là où elle est vraiment nécessaire..

‑ les boisements et plantations,

‑ une hydrographie mieux représentée.

Nous souhaitons que ce support,

‑ puisse être agrandi sans trop de risque,

‑ soit apte à recevoir des informations de fait complémentaires, introduites à la demande, et notamment une meilleure représentation des domaines publics routiers et fluviaux.

‑ soit également apte à recevoir les informations juridiques provenant :

• soit des servitudes d'utilité publique,

• soit des dispositions d'urbanisme,

• ou concernant certains patrimoines essentiels, chemins ruraux et équipements publics

Nous souhaitons que la conception du support rende cela possible sans qu'un gribouillis illisible en soit le résultat.

Nous souhaitons cela, mais doit-on attendre trente ans, comme on nous l'a dit, pour y parvenir ?

Aussi avons-nous formé le voeu que, pour les petites communes notamment, et dans les grandes en évolution, l'effort à accomplir permette d'aller plus vite.

Troisième point. La maîtrise d'ouvrage.

Ce point fut moins explicitement abordé mais il est essentiel.

Quel doit être le maître d'ouvrage de la topographie nécessaire à l'urbanisme Le devoir de l’Etat est clair pour le cadastre et l'altimétrie que doit fournir l'I.G.N. Toutefois, les conditions de financement ne sont pas encore précisées en tous points.

Le devoir des communes, responsables de l’urbanisme avec la décentralisation, est non moins évident. Les communes doivent savoir qu'elles ont besoin d'une bonne topographie pour bien administrer leur espace. La dépense topographique mériterait certainement de devenir une dépense obligatoire de leur budget de fonctionnement.

Nous n'en sommes pas là, mais il est sûr que la qualité des supports topographiques dépendra de plus en plus d'elles et qu'elles ne doivent pas hésiter à faire appel à la concurrence pour leur établissement.

Quatrième point. La place de la profession privée.

C'est la conséquence naturelle du 3ème point. Je l'aborde en vous demandant de n'y voir de ma part aucun souci de complaisance ou de circonstance, à l'égard de votre association oui rassemble beaucoup de géomètres privées.

La place de la profession privée reste et restera essentielle, quels que soient les progrès techniques, car le recours aux professionnels privés est la seule façon de répondre rapidement et commodément à l'extrême diversité de la demande ‑ diversité que la décentralisation ne fera qu'accroître.

Ce rôle reste et restera irremplaçable, pour apporter aux supports fournis par les services publics les enrichissements variés nécessaires à la satisfaction d'innombrables besoins.

Une condition technique cependant s'impose, celle d'harmoniser encore plus les méthodes, de veiller à la rigueur et à l'unité de la représentation, de parvenir à un véritable langage graphique à mettre au point, comme je crois que la chose est en cours au sein de la commission nationale des informations géographique ( C.N.I.G.) en concertation avec les administrations concernées et notamment celle de l'urbanisme.

Voici mes conclusions, mais je crois pouvoir dire nos conclusions.

Puisse ce colloque contribuer, par ses actes et la motion que vous allez examiner, à faire prendre conscience à tous, de la nécessité d'une bonne topographie, de celle aussi d'harmoniser encore plus les méthodes et les productions.

Par la publicité et la diffusion qui leur seront données, auprès notamment des autorités locales, je suis sûr que l'Association Française de Topographie aura servi le bien public et je l'en remercie derechef.

 

ANTOINE GIVAUDAN