Pourquoi chercher le neuf
ou il n'est pas
par Antoine GIVAUDAN
Directeur départemental de
l'Équipement des Yvelines.
( 12 fevrier 1985 )
Études
Foncières. N°30. Mars 1996
J’ai critiqué aimablement cette manie de voir des nouveautés
législatives ou réglementaires susceptibles d’infléchir l’action des
collectivités locales dans les zones NA. C’est le type même de propos
« ignorantins » qui ne peuvent qu’induire les utilisateurs en erreur.
Le T.A. des Alpes Maritimes, dans un de ces excès de zèle
incontinent dont il est familier, s’était plu à annuler un permis de construire
dans une zone NA au motif que le décret relatif au POS ne visait que la
possibilité d’y réaliser des lotissements. A la lettre du texte, le TA avait
raison, mais rien ne l’empêchait d’assimiler un permis de construire à un
lotissement car la procédure est indifférente au résultat. On a donc
régularisé, en modifiant le décret. Il n’y avait pas de
quoi en faire tout un plat…
L'article
de Thierry Vilmin est intéressant à un double titre. D'abord par l'analyse
prospective qu'il donne de l'évolution des zones d'urbanisation future ( dites
NA ) figurant dans les plans d'occupation des sols. J'en partage l'ensemble des
conclusions à quelques nuances près. Ensuite, par l'explication qu'il apporte à
cette évolution mais que je ne crois pas très juste.
Je suis
heureux qu' « Études Foncières » ouvre ses pages à ce
vieux débat.
Il
n'est pas fondé d'expliquer, par la législation récente, l'évolution probable
des zones NA vers une différenciation moindre de leur utilisation par les
professionnels. Pourtant, il est vrai que les zones urbaines et les zones NB
sont plus facilement accessibles aux particuliers dans les P.O.S. établis
conformément à la doctrine générale, fixée dans les années 1973 et qui n'a
jamais changé depuis lors.
En
effet, ce n'est pas le décret du 9 Septembre 1983, qui instaure l'article R.
123.1.8.b, qui permet d'urbaniser les zones NA “ par la réalisation
d'opérations d'aménagement ou de construction compatibles avec un aménagement
cohérent de la zone tel qu'il est défini par le règlement ”, qui
change quelque chose à la réalité urbanistique antérieure Ce texte a eu
simplement pour objet d'éviter que les opérations de construction réalisées en
zone NA, par voie de permis de construire, ne soient plus illégales. En effet, un malencontreux
jugement du tribunal administratif de Nice avait tiré de la
rédaction antérieure de l'article R. 123.18 que les permis de construire
importants étaient illégaux en zone NA à règlement dit alternatif. Seules les
Z.A.C. et les lotissements y étaient admis. Il fallait redresser, non ce que
les rédacteurs de 1970 n'avaient pas voulu dire, mais ce que le juge avait
interprété trop restrictivement. ( Cf. [1840--INCONTINENCES-JURIDICTIONNELLES-CHAP-184] )
En
vérité, quelle que soit la rédaction de ce texte important, l'interprétation
qui peut en être donnée ne dépend que de l'usage que l'autorité administrative
en fait. La Direction de l'Aménagement Foncier et de l'Urbanisme avait
recommandé fermement l'usage que décrit fort bien Thierry Vilmin. A l'avenir,
rien n'empêche les communes de suivre cette voie évidente, si elles ne veulent
pas gaspiller l'espace des zones NA à règlement dit "alternatif". Souhaitons qu'elles le comprennent.
Au
demeurant, je ne vois pas pourquoi la pratique "appuyée sur le code de
l'urbanisme et fondée sur des équilibres politiques et sociologiques
locaux". devrait sensiblement changer et la zone NA "revenir
vers son contenu d'origine". qui n'a jamais été différent de celui
qui prévaut dans les P.O.S. établis en dix ans, si la commune refuse la
facilité qui consiste à laisser tout propriétaire de petit terrain dans la zone
NA à y édifier sa maison.
Dans le
cas contraire ‑ et alors, Thierry Vilmin a raison de redouter le mitage
et le gaspillage global de l'espace – il faudra moins imputer la chose aux
législations nouvelles qui n'ont pas vraiment modifié l'ordre juridique qu'à la
facilité et au désir de plaire aux petits propriétaires des zones NA, facilité
ou désir dont le désengagement de l'Etat, lié à la décentralisation, peut
favoriser l'apparition.
Dans
cette hypothèse alors, il faut encore moins s'attendre à ce que la
programmation des équipements concorde avec les initiatives individuelles, ou à
ce qu'on use de l'héroïque
association foncière urbaine ‑ quel que soit mon regret qu'il
en soit ainsi.
Il ne
faut pas non plus espérer de l'étrange article L.300.2 récent, une cohérence
accrue ou plus grande que celle que les règlements dits "alternatifs"
tentaient, a minima, d'imposer. La zone NA deviendra une zone NB. Rien de plus.
La même
explication curieuse, que T. Vilmin donne aux effets de l'article L.332.9 qui
réforme les contributions des constructeurs dans les zones NA, mérite également
quelques réflexions. Il en attend une répartition plus équitable des
contributions... que le ciel l'entende ! Je crois plutôt que rien ne
sera changé. Les communes, décentralisées ou non, réagissent de la même façon
devant la nécessité d'avoir des zones urbanisées convenablement équipées. Elles
exigent, de qui peut payer, le maximum acceptable sans trop de résistance. Et
qui peut payer plus sans trop résister, sinon le professionnel ? Et qui peut
résister et payer le moins, sinon le petit propriétaire électeur ?
Je ne
vois pas en quoi la législation nouvelle ‑ qui aurait dû voir le jour
voici quinze ou vingt ans et que de malheureux concours de circonstances ont
empêché de naître ‑ changera quelque chose à cette réalité Regrettons au
passage que cette législation, figurant sous les articles L.332.9 et suivants
du code, ne soit pas d'une facture plus nette comme elle aurait pu l'être, sans
difficulté, si l'administration avait bien voulu que les contributions des
constructeurs soient un instrument de financement moins déconnecté du coût des
équipements et de la taxe locale d'équipement . Enfin ne critiquons
pas trop ce point particulier. Regrettons que le même article impose un programme
d'aménagement d'ensemble, sans en définir, la nature, le contenu et
les effets. Ce qui laisse craindre qu'un tel programme ne soit qu'un paravent à
l'exigence de contributions élevées. en attendant que le juge précise ces
points obscurs. Encore un texte aussi mal pensé qu'écrit, malgré sa nécessité
et son opportunité.
Aussi,
tout en craignant comme T. Vilmin que les zones NA deviennent un lieu
d'urbanisme mal organisé, je ne crois pas trop qu'il faille imputer cette
perspective à la législation nouvelle mais à l'usage qui pourra en être fait
plus commodément qu'avant, quand l'administration veillait ‑ non sans une
certaine souplesse ‑ à
recommander une certaine façon d'appliquer les textes.
ANTOINE
GIVAUDAN