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COMMENT L'OFFRE ET LA DEMANDE FONCIERES 

SE RENCONTRENT-ELLES ?

 

PAR ANTOINE GIVAUDAN,

Directeur départemental de l'Equipement des Yvelines

 

( 26 AVRIL 1986 )

colloque de l’ADEF

 

ORIGINE ET DESTINATION

Cette communication a été présentée au cours d’un colloque de l’ADEF qui me permit de diffuser largement le « Code génétique urbain » ( Cf.[1986-04-00---H-LE-CODE-GENETIQUE-URBAIN]).

Les auditeurs ayant le document sous les yeux, il m’était possible d’être rapide verbalement sur le passage, indiscutablement obscur, relatif aux combinaisons des offres et des demandes.

Sur le fond, je reste persuadé que la source de l’inefficacité chronique de notre législation -- et sur 30 ans, on peut sans étude, en apprécier globalement les effets, avec l’étalement urbain, le mitage, la sous-utilisation du foncier constructible ici, sa sur-utilisation à côté -- est dans les liaisons manquantes entre moyens d’action, sans compter la carence absolue du remembrement urbain, quand il est la seule réponse à une urbanisation plus efficace, plus économique, plus cohérente.

C’est tellement évident que, dans 35 ans, je serai certainement amené à le redire. Dans ce pays, on ne fait jamais ce qu’il est évident de faire ( Cf. Thème 16.       #1600# . La cacophonie de l'aménagement foncier).

La décentralisation de l’urbanisme a mis fin à toute perspective progrès, parce que l’aménagement foncier n’intéresse plus personne. L’administration de l’Etat ne le pratique plus et ignore ce qu’il devient. Elle a perdu tout savoir technique et toute légitimité pour conseiller. Elle a perdu toute ambition et toute capacité conceptuelles. Pour en juger il suffit de prêter une oreille à ses déclarations. ( Cf.#1999-09-27---E#)

C’est pourtant un domaine, indépendant du transfert des compétences. Autrement dit, le régime décentralisé ne fait pas obstacle à des réformes - à la création de liaisons manquantes.

Il se peut aussi qu’il n’y ait plus aucun problème d’offre foncière depuis qu’on a décentralisé l’urbanisme. Pourquoi se mettre martel en tête ?Ah ! Ces vieux cons qui ne savent pas qu’on n’est plus dans les « trente glorieuses » !”

 


COMMENT L'OFFRE ET LA DEMANDE FONCIERES 

SE RENCONTRENT-ELLES ?

 

Les questions ‑ battues et rebattues ‑ que présente le marché foncier conduisent à quelques réflexions ‑ amusées ou insolites -- sur l'offre et sur la demande que suscite intuitivement l'observation des choses.

L'intuition laisse en effet penser que l'offre n'est pas une notion simple et que la demande, également, peut se décomposer en éléments nettement différents.

Les réflexions qui suivent esquissent une analyse qui conduit à des conclusions moins habituelles que celles que chacun connaît, mais que chacun, pourtant, a pu cursivement vérifier.

Plus incertaine sera la réponse sur l'utilité pratique de ces réflexions.

 

L'OFFRE DE TERRAIN

L'analyse de l'offre est victime d'une certaine cécité. On ne s'attache généralement qu'à l'offre finale comme si le terrain à bâtir, ou le terrain constructible, était un bien susceptible d'être offert comme n'importe quel bien produit dont le détenteur, généralement unique et souverain, a pour premier souci de le vendre.

Le bien foncier constructible est au croisement de plusieurs facteurs qui déterminent son offre effective et, contrairement à la quasi totalité des biens meubles, cette offre dépend de considérations ou d'agents indépendants du bien lui-même et dans la majorité des cas indépendants du besoin qu'il est destiné à satisfaire, à savoir, permettre l'édification d'un bâtiment.

 

C'est cette réalité particulière qui transparaît au travers des quatre manières de définir l'offre foncière

·l'offre souhaitée (O.S.),

·l'offre techniquement possible (O.T.),

·l'offre réellement constituée (O.R.)

·et l'offre effective (O.E.).

 

L'OFFRE SOUHAITEE ( O.S )

Il faut se demander d'abord par qui l'offre peut-elle être souhaitée ?

Le souhait peut venir des propriétaires fonciers ou des aménageurs de terrains à bâtir mais au stade le plus primitif auquel nous nous plaçons, il s'agit essentiellement du souhait ‑ ou de la volonté ‑ de la puissance publique qui entend, pour un territoire donné, que de nouvelles constructions viennent ou ne viennent pas s'y édifier. Ce souhait peut être fondé sur de multiples raisons dans lesquelles il n'est pas indispensable d'entrer.

Ce souhait s'exprime à l'occasion de l'établissement des P.O.S. ou, à défaut, à l'occasion des décisions individuelles prises en réponse aux demandes de certificats d'urbanisme, de permis de construire ou de lotissement.

Si le souhait est d'avoir beaucoup de constructions, le  P 0 S devrait y répondre en attribuant le caractère constructible à beaucoup d'espaces où les décisions individuelles devraient être positives.

Si le souhait est de freiner ou de stabiliser l'évolution de la construction, l'attitude de la puissance publique sera précisément inverse.

L'attitude de la puissance publique ‑ quelle qu'elle soit ‑ n'est commandée par aucune norme a priori et transcendante. L'ensemble des causes qui la détermine doit être considéré comme légitime, comme des éléments de fait, quels que soient les effets absurdes ou incohérents que cette attitude peut avoir.

On ne peut donc pas considérer l'offre foncière des terrains à bâtir, sans admettre l'existence et l'influence, en aval, de cette offre souhaitée.

 

L'OFFRE TECHNIQUEMENT POSSIBLE ( O.T )

Indépendamment de « l'offre souhaitée », dominée par la subjectivité absolue de la puissance publique, l'offre techniquement possible peut être, en un premier temps, considérée comme constituée de l'ensemble des terrains équipés de telle manière qu'ils soient aptes à recevoir des constructions. Il est patent que ce principe, dans sa simplicité, malgré les difficultés pratiques qu'il soulève à l'application, répond à une nécessité ou à une évidence élémentaire.

Et quel que soit le souhait de la puissance publique en matière d'offre souhaitée, il ne devrait pas être admis que des terrains non équipes soient offerts par elle comme constructibles, à moins qu'elle ne soit tenue de les équiper. « L'offre techniquement possible » ne peut cependant pas être considérée comme constituée de l’ensemble des terrains équipés car d'autres considérations techniques peuvent conduire à interdire la construction sur des terrains convenablement équipés.

Contrairement à l'offre souhaitée, l'offre techniquement possible est donc fondée sur les nécessités beaucoup plus objectives qui doivent guider les décisions d'aménagement et dont la puissance publique ne peut s'affranchir sans justification. que ces nécessités soient favorables ou défavorables à l'urbanisation.

Cette offre peut être inférieure, égale ou supérieure à l'offre souhaitée selon que les terrains déjà équipés sont rares, à peu près disponibles ou abondants.

 

L'OFFRE REELLEMENT CONSTITUEE ( O.R.)

Elle est le résultat de la confrontation des deux offres précédentes ( O.S. et O.T.) et se constate dans la réalité des documents d'urbanisme ou dans la somme de décisions individuelles positives prises en l'absence de document.

Cette offre constitue le gisement de terrains à bâtir. On peut s’exercer à en distinguer les éléments afin d'en mieux comprendre la complexion.

L'offre brute est constituée de toutes les propriétés non bâties ou des propriétés bâties disposant de constructibilité résiduelle.

L'offre nette est constituée de biens immobiliers dont les caractéristiques géométriques et les règles d'urbanisme qui s'y appliquent permettent d'utiliser effectivement la constructibilité. Elle est naturellement inférieure à l'offre brute.

Cette offre peut être inférieure, égale ou supérieure à l'offre techniquement possible, comme à l'offre souhaitée.

L'offre réelle de terrains constructibles est composée de terrains équipés ou non équipés.

 

L'OFFRE EFFECTIVE (O.E.)

« L'offre effective » se compose des biens fonciers effectivement offerts sur le marché. L'offre est libre et quiconque peut annoncer qu'il est prêt à vendre son terrain comme un terrain à bâtir, avec l'espoir d'en tirer le prix maximum.

Ces biens offerts se classent en trois catégories : les terrains absolument inconstructibles, mais offerts avec l'intention de les vendre comme terrains à bâtir; les terrains inconstructibles disposant cependant de constructibilité; et les terrains constructibles. L'offre effective est le fait, soit de personnes publiques ou privées, qui souhaitent se débarrasser d'un terrain pour des raisons indépendantes, extérieures à la nécessité d'alimenter le marché foncier, soit d'agents économiques, publics ou privés, dont la fonction consiste à vendre des terrains constructibles.

Seuls les seconds ont une attitude économique cohérente avec les exigences du marché des terrains à bâtir et de la construction et peuvent être des offreurs actifs. Les premières se déterminent en fonction de raisons essentiellement personnelles.

L'offre effective ne représente généralement qu'une part de l'offre réelle, puisque, comme on sait, rien n'incite à vendre les terrains appartenant aux personnes de la première catégorie, mais il peut en aller différemment.

 

ARTICULATIONS DE CES OFFRES ENTRE ELLES

Les trois premières offres ne sont que potentielles mais vont peser sur la quatrième, l'offre effective, qui est la seule à apparaître sur le marché proprement dit.

Pour bien comprendre la réalité, il faut décrire les articulations spatiales ( ou qualitatives ) et quantitatives ) des quatre notions.

Cette analyse de l'offre permet déjà de réduire à sa modeste valeur l'argument selon lequel les P.O.S. contribuent à raréfier les terrains à bâtir.

Si l'ajustement OS‑ OT est à peu près assuré, l'argument ne tient pas ; or, il s'avère que la situation selon laquelle des terrains peu équipés ou non équipés ont la qualification de constructible est bien plus fréquente que la situation contraire. On ne peut donc imputer au P.O.S. la raréfaction des terrains à bâtir, à moins d'attendre de ces plans qu'ils méconnaissent systématiquement et plus largement qu'ils ne le font ce lien nécessaire entre équipement et urbanisation.

A supposer cependant que le P.O.S. ne soit pas trop ajusté, il reste qu'il n'est pas vraiment de son ressort de réduire l'écart entre l'offre réelle brute et l'offre réelle nette qui dépend essentiellement de la structure foncière.

Les facteurs qui restreignent l'offre réelle sont beaucoup plus de nature objective que volontaire.

En revanche, il est exact de soutenir que de nombreuses communes ne sont plus aussi favorables qu'autrefois à une fuite en avant dans l'urbanisation qui les oblige à réaliser des équipements.

 

[ Le graphe tiré du « CODE GENETIQUE URBAIN », dont ce document est un extrait réécrit, ( Cf.[1986-04-00---H-LE-CODE-GENETIQUE-URBAIN]) illustre comment ces différents stades psychologiques, techniques, urbanistiques de l’offre, toujours très imbriqués dans la réalité, s’articulent entre eux.. 27-09-99 ]

 


Tableau n° 5. COMBINAISONS (OS.OT)‑OR

 

 


Tableau n° 6. Combinaisons (OS.OT.OR) – OE


 

 

 

 

 



Schéma n°4. les 3 stades de l'offre


 


LA DEMANDE

Le marché est dans la confrontation de l'offre et de la demande. Aussi, la demande mérite-t-elle d'être également analysée puis combinée à l'offre.

On peut, en schématisant beaucoup, distinguer deux principales sortes de demandes de terrains à bâtir: la demande des agents économiques ( D.E.) et la demande des personnes individuelles ( D.I.). La demande globale n'est pas tout à fait la somme des deux.

 

LA DEMANDE DES AGENTS ECONOMIQUES ( D.E.)

Elle est le résultat de l'analyse que les agents économiques, les professionnels de la construction, font des besoins qu'ils pourraient satisfaire, à tel ou tel endroit, s'ils avaient la liberté de répondre aux sollicitations de leurs clients, pour les produits bâtis qu'ils commercialisent.

Cette demande est elle-même diversifiée, selon la nature des produits bâtis fabriqués ( logements, commerces, industries, etc. ) et selon le produit, dans la gamme que le produit peut comporter.

Cette demande, pour être satisfaite, exige généralement des terrains d'une certaine superficie.

 

LA DEMANDE DES PERSONNES INDIVIDUELLES ( D.I.)

Elle se compose des demandes des individus qui souhaitent édifier un bâtiment ( généralement une maison ou un petit bâtiment d'activité ). Cette demande peut être satisfaite partiellement par les produits offerts par les agents économiques. Toutefois, ceux-ci ne répondent pas à toute la gamme du marché, en sorte que cette demande individuelle, moins exigeante, en général, en dimension de terrain, peut être satisfaite indépendamment de ce qu'offrent les agents économiques.

Les deux types de demande puisent dans l'offre effective, si bien que pour un territoire donné, il peut se trouver que la première demande soit satisfaite par l'offre alors que la seconde ne l'est pas ou réciproquement, ou que les deux types de demande soient ou ne soient pas satisfaits en même temps.

On est ainsi amené à différencier beaucoup plus les situations qui se présentent dans la réalité qu'on ne le dit généralement.

La demande économique peut être satisfaite sans que la demande individuelle le soit et réciproquement. Je prends. par exemple, le cas de La Défense. Je crois qu'on satisfait une certaine demande économique dans ce quartier, mais la « DEMANDE INDIVIDUELLE » de celui qui voudrait nidifier sur un terrain à La Défense, ne serait pas facile à satisfaire. Voilà un cas extrême. Inversement, on peut parfaitement satisfaire la demande individuelle de l'enfant du pays, de l'ami, du voisin, de la personne qu'on aime bien et qu'on a envie d'avoir auprès de soi, sans pour autant satisfaire du tout la demande économique. Cela fait partie de la réalité, et dans les petits villages je pense que la demande individuelle est la plupart du temps satisfaite alors que la demande économique de l'est pas. Les grandes villes et les grandes opérations sont plus propices à cette dernière.

Il faut combiner tout cela et on arrive à ce qu'il y ait les 27 offres et puis les 3 demandes économiques ( qui peuvent être inférieures, égales ou supérieures à l'offre ). Cela fait 3 fois 27, soit 81 cas d'offres/demandes économiques, puis ensuite il y a 3 fois 27, soit 81 demandes individuelles et offres, et comme les deux peuvent se combiner,

on a 81 x 81 = 6 561 cas de marchés fonciers.

Comme quoi, si nous ne le savions pas, la réalité est beaucoup plus complexe qu'elle n'en avait l'air. ( Cf. TABLEAU IN FINE

 

QUELLE UTILITE PRATIQUE A CES SPECULATIONS ?

La conclusion que la situation du marché foncier des terrains à bâtir peut se présenter sous 6.561 formes différentes a-t-elle quelque utilité pratique ?

On peut en douter.

On peut cependant essayer d'en trouver quelques-unes ne serait-ce que pour se rassurer ou pour se justifier d'avoir réfléchi sur ce vieux sujet.

En premier lieu, elle donne, à supposer qu'on soit en mesure d'apprécier approximativement les offres et

 



 

 

 

 

 


les demandes, la possibilité de qualifier la situation d'un marché communal donné, avec un peu plus de justesse. A ce stade, elle permet donc de nuancer certaines affirmations globales portées sur le marché par les uns et les autres à partir de constatations toujours très partielles.

Elle permet également de s'interroger, avec un peu plus de rigueur intellectuelle, à partir de quelques mesures concrètes des différents constituants de l'offre et de la demande, de quelques mesures sur les décisions prises qui conduisent à la situations constatée et de se demander si elles répondent bien aux intentions initiales.

Il faut bien remarquer cependant que ce genre d'interrogation n'est pas très fréquent sans qu'on sache si la cause en est dans l'absence d'instruments pour le faire, auquel cas la réflexion en fournit un, aussi fruste soit-il, ou dans l'absence de motivation, auquel cas il ne faut pas trop s'attendre à ce que la réflexion puisse la créer.

A supposer enfin que la motivation de connaître et d'agir se manifeste, il n'est pas impossible que les critères utilisés dans la réflexion permettent d'y voir plus clair et de rectifier le tir.

Si tel est le cas, la réflexion peut être utile sur deux plans.

 

Le premier plan est celui des instruments utilisés pour produire des terrains à bâtir et les mettre à la portée de la demande ( Cf. SCHEMAS N° 2 et 3 dans le code génétique urbain [1986-04-00---H-LE-CODE-GENETIQUE-URBAIN] ).

Il est assez évident d'affirmer que si les instruments qui contribuent à la formation de l'offre, à savoir :

les moyens juridiques qui attribuent la qualification de constructible aux terrains,

les moyens qui permettent d'équiper les sols,

les fiscalités qui s'appliquent à la détention des terrains et aux transactions,

les interventions publiques sur le marché foncier

et les contributions prélevées à l'occasion des opérations de construction,

sont actionnés sans qu'il n'y ait de liaison nécessaire entre le déclenchement et les effets des uns et des autres, les situations concrètes peuvent être très diverses dans leur aberration.

A titre d'illustration, la mise en oeuvre de ces différents moyens a été schématisée dans deux graphes ‑ l'un idéal, l'autre réel ‑ qui illustrent les déficiences de notre système. Il n'est guère étonnant, dans ces conditions, qu'il y ait autant de récriminations et d'effets pervers sur le marché foncier.

 

Le second plan est celui de l'action concrète sur le terrain, à mener à bien, avec les instruments tels qu'ils sont. La réflexion pratique, si elle est poussée à son terme, conduit certainement à réexaminer ce qui a été fait en bien des endroits. Toutefois, mieux ajuster les offres entre elles et mieux comprendre la demande n'aboutit pas nécessairement à offrir plus de terrains à bâtir, si la société locale a la phobie de l'urbanisation, ni a en offrir moins, si elle est indifférente à un bon aménagement urbain et ne songe à satisfaire que les appétits fonciers.

Le droit, dans la société, joue un peu le rôle du code génétique pour les organismes vivants, ce qui évidemment peut paraître un peu audacieux comme analogie, mais explique bien des choses. Pour mieux comprendre, il faut prendre le dessin. Dans le pentagone, au centre, il y a le chromosome A, A comme autorité. A, c'est la pensée, le vouloir qui peut commander par des flèches à plusieurs systèmes :

le système qui qualifie juridiquement les sols : ce sont les P.O.S., etc. ;

le système qui équipe les terrains, qui est à base de budgets et de travaux ;

le système qui commande aux fiscalités locales ou sur la détention ou la transmission des biens ;

le système qui commande les interventions publiques sur le marché foncier: la préemption, l'expropriation, le remembrement urbain, la vente des terrains acquis ;

le système qui commande le financement de l'équipement des sols, quand on n'a pas recours à l'impôt général, c'est-à-dire le système des participations.

 

La première planche décrit le code génétique parfait. Sur la deuxième planche on y voit le code génétique réel ; évidemment il est un peu boiteux, mongolien, mais il ne faut pas trop s'en étonner. Ce mongolisme touche un peu les chromosomes eux-mêmes. La déficience chromosomique de chaque système peut être évaluée très forfaitairement. On peut dire que du côté des P.O.S. il y a 25 % de défauts, ce qui n'est pas trop grave. Pour ce qui est de l'équipement des sols, c'est aussi d'un ordre assez faible. Du côté de la fiscalité, c'est un peu plus grave ; quand on regarde notre impôt sur les plus-values, notre taxe professionnelle ou la taxe foncière sur la propriété non bâtie, on se dit qu'il y a des déficiences génétiques certaines, que quelques manipulations seraient les bienvenues. Quand on regarde les interventions sur le marché foncier, on se dit que c'est bien suffisant malgré quelques défauts qui viennent plus des excès chromosomiques que des lacunes. Quand on regarde la façon de prélever, à l'occasion de l'octroi des autorisations, on trouve les incohérences jusqu'à 40 %. Ces taux sont naturellement approximatifs.

Le code génétique a des malfaçons ‑ on s'en doutait ‑ qui attirent beaucoup l'attention ‑ notamment des bureaucrates et des législateurs ‑ si bien qu’en général, quand on veut améliorer le matériel génétique en question, on touche les P.O.S., la fiscalité, les interventions publiques, les Z.I.F., les Z.A.D., les prélèvements divers. Ce n'est pas toujours mauvais, mais c'est presque secondaire. La lacune, c'est le recours à l'analogie biologique qui la révèle. On en souffre tellement qu'on n'y fait plus attention. Cette lacune est essentiellement localisée dans les liaisons qui doivent raccorder les cinq grandes fonctions exercées par chacun des cinq chromosomes périphériques.

 

La liaison N° 12 par exemple, qualification juridique des sols -- état des équipements, peut être recherchée dans la législation ; elle n'existe qu'à l'état de brin. Les Suisses, eux, semblent y avoir pensé, ce qui est très intéressant car une pareille référence étrangère à l'idée qu'une liaison puisse s'imposer entre les deux fonctions, donne une plus-value considérable à la proposition.

 

Quels effets résultent des déficiences de la liaison ? Que signifient-elles ? Elles signifient que rien n'oblige un terrain de plusieurs milliers d'hectares, d'être qualifié juridiquement de constructible, sans être équipé ; que rien n'empêche d'équiper des terrains juridiquement inconstructibles, ce dont on ne s'est jamais privé dans notre beau Pays cartésien. Chacun connaît cela et ses raisons, mais chacun se plaint du P.O.S. ou du défaut ou des excès d'équipement, [ mais ] nul ne se plaint, ne s'est jamais plaint de l'absence de liaison organique, ou hormonale entre les deux. On peut donc se plaindre longtemps, toucher les P.O.S., investir plus ou investir moins, le mécanisme ne marchera jamais bien.

Mais cette déficience est compensable si l'organisme A, a dans son chromosome le gêne de la cohérence qui l'amène à veiller ne pas équiper des terrains inconstructibles, et à ne pas qualifier de constructibles, des terrains qui ne le sont pas. Il ne l'a pas toujours. Il l'a quelquefois, quelque temps, puis sa vigilance s'ensommeille. Il se laisse aller à la facilité.

C'est ainsi que la liaison N°12, dans le code génétique urbain réel est déficiente, mais cette déficience est compensable.

 

D'autres ne le sont pas. C'est le cas de la liaison N°13, entre la qualification juridique des sols et la fiscalité foncière. On ne peut pas dire toutefois que la liaison n'existe pas ; il en existe une mais elle est maligne ou pathologique; elle produit des toxines. En effet, plus un terrain est constructible plus il vaut cher, moins il paie d'impôt locaux: C'est une des beautés de notre système qui, sans cela, sera presque parfait.

Cette déficience, au surplus, ne peut pas être compensée ni la volonté du chromosome A, qui le souhaiterait, car la loi le lui interdit.

 

 

La liaison N°14 existe et peut être compensée, etc.

Chacun peut, de la sorte, s'interroger sur les vrais clefs qui commandent le marché foncier et qui sont moins dans chacune des cinq fonctions d'intervention que dans les liaisons qu'elles doivent avoir entre elles et qu'elles n'ont que partiellement.

Le taux de déficience du chromosome A n'est pas quantifiée. C'aurait été désobligeant, mais ce taux peut aller jusqu'à 100 %, en sorte qu'il ne compense pas nécessairement les déficiences liées aux liaisons mais peut même les aggraver.

Il en est une qui mérite une mention particulière, c'est liaison N°14 qui concerne la qualification juridique des sols et les interventions publiques sur le marché foncier. La liaison manque mais peut être compensée. Toutefois il arrive souvent que les interventions soient confiées à un organisme externe à l'autorité comme une société d'économie mixte. Cet organisme élabore peu à peu son propre métabolisme de l'offre de terrains, sans trop se soucier de la qualification juridique des sols, ni de leur équipement d'ailleurs. Il a également sa propre représentation de la demande, qui a du mal à s'ajuster aux nombreuses variétés de demande...

 


SCHEMAS N° 2. Vue d’ensemble

du Code génétique urbain parfait

 


On trouve, ordonnée, toute notre législation foncière dans ce pentagone.

 


 

 



 


Aussi l'existence d'un organisme n'est-elle point une garantie de régulation du marché foncier : les exemples contraires ne manquent pas ; mais en l'absence d'organisme, les choses vont généralement encore plus mal car l'administration, locale ou non, quand elle intervient directement elle-même, a toujours quelques difficultés à se comporter en commerçant. Pour une collectivité locale, en effet, vendre un terrain c'est plus qu'un acte commercial, c'est un acte politique qui peut lui valoir des critiques, lui faire perdre des voix... On sort très vite de l'économie de marché et du marché foncier. Cela explique aussi que la compensation des liaisons déficientes fonctionne de façon aléatoire, comme si le produit de l'efficacité et de la démocratie devait à tout prix demeurer constant.

En effet, on constate plutôt que la compensation ne marche à peu près bien, que dans les organismes administratifs du type des établissements publics ( celui de la Défense et ceux des villes nouvelles ... ).

 

Vient la relation N°15 entre la qualification juridique des sols et les conditions dans lesquelles se prélèvent les financements. Il n'y a pas de lien rationnel entre les deux ; on a bien essayé d'en mettre un peu par le passé ; il y a des brins de continuité qui traînent. On essaie bien d'en introduire par-ci par-là mais sans grand succès, En Suisse il y a bien quelque chose, entre les impôts fonciers, l'état des équipements, le fait de fabriquer des équipements et d'acheter du terrain. En France tout est déconnecté. Une commune peut acheter des terrains et ne jamais les équiper, ce qu'a fait également l'Etat. Il n'y a aucune obligation d'équiper ou de vendre.

Le système est en apparence parfait comme une voiture à qui il manquerait la colonne de direction, les tringleries des accélérateurs et des freins, la butée d'embrayage, la colonne de transmission, le différentiel, elle roule quand on la pousse à la main avec précaution.

On est dans un système que l'on pourrait qualifier de schizophrène. L'autorité a cinq mains qui peuvent jouer de façon totalement autonomes et rien n'oblige ces mains, ni dans la politique, ni ailleurs, à agir de concert. On parle de déréglementation, c'est à la mode dans notre pays. C'était à la mode en 69 et ce qu'on a fait a accru le volume de la législation. Chaque fois qu'on déréglemente, vous remarquerez que la législation s'engrosse. Sur quoi se porte généralement la réflexion sur la réglementation ? Sur les chromosomes. Le risque est de voir leur volume doubler car simplifier, chez nous, c'est mieux répondre aux cas particuliers auxquels on a pensé quand on fait les textes, donc c'est gonfler et rendre plus subtile la réglementation. Ce n'est jamais ajuster, coordonner, instituer les liaisons manquantes '

Il y a donc toute chance que le problème soulevé par la carence des liaisons N°12, 13, 14 et 15 passe inaperçue. Il n'intéresse personne. Sa solution n'exige que quelques phrases ici ou là, mais aucun texte important, aucune institution à inventer, aucune réforme spectaculaire à laquelle laisser son nom. Il faut donc craindre que la puissance publique, le législateur, l'administrateur, les élus locaux, enfin tout le monde, continuent à torturer le code l'urbanisme et ne voient dans ces affirmations sur les liaisons entre législations qu'une vue de l'esprit. Il faut souhaiter seulement qu'elle intrigue ceux qui désirent ou prétendent mieux faire se rencontrer l'offre et la demande.

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

 

[1] [ Au moment où j’écris cette note au bas d’une page d’imprécations anciennes contre notre indigence intellectuelle, une nouvelle génération “ d’ignorantins” s’est piquée de combattre l’étalement urbain en tripotant à coups de poings le POS et le COS c’est à dire le chromosome N°1 alors que les maladies génétiques sont ailleurs et en particulier, maintenant on en est sûr alors qu’en 1986 il eût prématuré et malveillant de l’affirmer, l’essentiel de la pathologie est dans le CHROMOSOME A décentralisé. A.G. 09/04/99 ].



Tableau n° 7. Combinaisons de l'offre et de la demande. ( extrait )

 

 


Tableau n°8. Combinaisons des deux marchés Fonciers principaux (extrait)