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Colloque de Fontevraud

21-23 Mai 1987

 

Les services extérieurs de l'état

devant

la décentralisation

 

Equipement et urbanisme

 

Communication d'Antoine GIVAUDAN ( 7 Mai 1987 )

Administrateur Civil

ancien D.D.E. des Yvelines

Editions STH. Sciences humaines et techniques. 3ième trimestre 1988. ( p 105 )

 

ORIGINE ET DESTINATION

Les services départementaux de l’Etat avaient été les grands oubliés de la décentralisation qui s’était précisément faite contre eux, pour le bonheur définitif des collectivités locales. Les colloques et réflexions en tous genres ne s’étaient guère intéressés à eux. C’est le mérite de l’Institut international d’Administration publique que d’avoir pris cette initiative et d’y penser.

Certaines des interventions brillent surtout par leur conformisme et la flagornerie en faveur de ces réformes qui, objectivement, n’ont apporté aucune efficacité nouvelle dans l’administration locale de l’Etat, soulagée des tâches décentralisées. C’est l’un des paradoxes, contraire à la logique théorisante de ses défenseurs. En 1987, après quatre ou cinq ans, les comptes pouvaient être dressés. Les miens, pour ce qui concerne une DDE ( Cf.#1985-00-00---E#) n’étaient pas encore catastrophiques et ma communication s’en ressent. Il faut dire que j’ai quitté ces fonctions locales avant la partition des services, au bénéfice du département tandis que dans l’urbanisme, les communes avaient réagi avec sérénité et lentement. Il n’y eut donc aucune crise mais un lent processus d’avachissement dont j’ai vécu les  prémisses  pendant 4 ans.

La seule chose qui soit certaine est affligeante. Aucune de ces réformes n’a été inspirée par le souci de l’efficacité administrative. Dix ans plus tard on s’est mis en tête de réformer l’Etat en amoindrissant chaque fois un peu plus la place de ses services départementaux qui y ont presque perdu jusqu’à leur papier à entête.

 


INTRODUCTION

 

Pour ceux d'entre vous qui peuvent ne pas bien la connaître, une direction départementale de l'équipement est une sorte d'entreprise de services publics intervenant:

1. dans les domaines:

·       de l'aménagement et de l'urbanisme,

·       des infrastructures,

·       des constructions publiques de l'État et des Collectivités locales,

·       des transports,

·       du logement.

2. pour le compte:

·de l'Etat,

·de la région

·du département

·d'établissements publics, communaux ou intercommunaux, ou autres,

·des communes.

Globalement, au plan national, c'est un service qui travaille à 33% pour le compte de l'État, à 48 % pour celui du département et à 19 % pour celui des communes ou autres organismes assimilés (syndicats de communes, établissements publics).

Le public a conscience de cette dépendance. Selon un sondage réalisé en 1985, par le ministère, auquel nous nous référerons par ailleurs, pour 69 % des gens, les DDE dépendent des Conseils Généraux, pour 65 % de 1'Etat et pour 41 % des communes. Nos concitoyens ont conscience que les DDE ont plusieurs maîtres à servir.

3. au moyen de prérogatives diverses qui la conduisent à:

n    édicter du droit,

n    assurer l'application de plusieurs législations,

n    prélever des taxes, exproprier et réaliser des travaux,

n    réprimer les infractions,

n    distribuer des aides financières,

n    passer des marchés.

Pour le public (Cf. sondage) les DDE s'occupent surtout de construction et d'entretiens routiers (66 %) et. d'urbanisme (59 %). La circulation et la sécurité routières viennent après (22 %) comme le logement (22 %)

4. en tant que:

·maître d'ouvrage,

·maître d'oeuvre gratuit ou rémunéré, selon le cas,

·conducteur d'opérations,

·conseiller,

·autorité administrative déléguée,

·et dans certains cas et domaines, entrepreneur de travaux publics.

Seule l'activité de maître d'oeuvre ou de conducteur d'opération pour le compte des communes ou maîtres d'ouvrages assimilés est rémunérée à des taux très inférieurs à ceux de l'ingénierie.

5. au stade de

n   la conception technique ou juridique,

n    la gestion administrative ou financière,

n    l'exploitation de services publics,

n    ou du contrôle a posteriori.

 

La nature de ses fonctions et son domaine d'activité font de la DDE un service au contact :

·des professionnels du bâtiment et des travaux publics (notaires, p architectes, géomètres, urbanistes privés, promoteurs, lotisseurs, entreprises de bâtiment et de travaux publics, agents immobiliers, transporteurs...).

·de très nombreuses catégories d'usagers (usagers de la route, propriétaires, "riverains et voisins", agriculteurs, pétitionnaires d'autorisations ou de prêts, redevables) seuls ou groupés en association. Selon un sondage de 1985, un quart de la population avait eu affaire avec les services de la DDE.

Une DDE est donc, par nécessité, une administration:

·extravertie et exposée au public,

·ramifiée et déconcentrée dans le département,

·connectée à un réseau administratif et technique propre, extérieur au département en mesure de compléter ses qualifications ou de combler ses insuffisances (centre de formation, services techniques centraux, laboratoires)

Son fonctionnement est à la charge de l'État et du département.

Ces observations préliminaires s'imposaient pour apprécier les conséquences pratiques et fonctionnelles de la décentralisation qui a pratiquement touché l'ensemble de son domaine d'activité et de ses modalités d'intervention et de fonctionnement.

 

1. La DDE avant la décentralisation

C'est un service de l'État qui agit pour le compte de l'État en général et pour le compte du département, sous l'autorité du Préfet, exécutif départemental, en bénéficiant de très larges délégations de signature et une grande marge d'initiative dans le cadre des lois et des instructions de ses administrations centrales. Il faut sans doute reconnaître qu'il y a eu des divergences d'appréciation sur la ligne à suivre entre les administrations centrales et les préfets, essentiellement dans le domaine de l'urbanisme et de l'aménagement ( on pense au "mitage", à la politique de la montagne, du littoral...). En bout de chaîne, les DDE ont pu être partagées entre deux légitimités

C’est un service de l'État, maître d'oeuvre ou conducteur d'opérations pour le compte des collectivités locales et cette position n'a généralement jamais soulevé de problème de légitimité, à l'exception de celui de l'application de normes techniques complexes et variables à des constructions publiques locales plus ou moins subventionnées par l'Etat.

Les pressions du public, facilement contradictoires, auxquelles les agents des D.D.E sont exposés comme nous l'avons dit, ont développé une forme d'esprit:

·attachée à l'obtention de résultats et à l'initiative, ‑ relativement soucieuse du temps et des délais,

·favorable à la motivation des décisions sur des fondements objectifs légaux, techniques, peu porté à la complaisance,

·ouvert à l'information et à la concertation,

·propice à une certaine indépendance de comportement.

Ces belles qualités étant naturellement tempérées par les disfonctionnements habituels de toute administration ( surdité, faiblesse ou complaisance, entêtement stupide, cafouillage, langue de bois, opacité dans le fonctionnement, tendance dominatrice de certaines personnalités ) qui se manifestent ici ou là périodiquement. Selon le sondage en 1985, 75 % des personnes interrogées étaient satisfaites des DDE, de l'accueil du public et de la rapidité des réponses.

Quand on ajoute une certaine cohésion morale, un certain sentiment d'agir dans des domaines où les intérêts supérieurs, les enjeux à long terme, l'utilité collective sont à peu près toujours présents dans les études, les projets et les décisions, l'obligation d'appliquer des législations répressives et contraignantes pour beaucoup de gens, l'impression, pour l'extérieur, que la DDE constitue une "forteresse" ‑ comme certains l'on dit ‑ une institution inévitable qu'on retrouve partout, à tout bout de champ, sur tous les chemins, même les plus à l'écart, contient une part de vérité. Le sondage le confirme. Une large majorité des personnes interrogées admet que les qualificatifs d'honnête, de compétent, responsable mais autoritaire convient très bien à ce qu'elles connaissent de notre administration.

Il n'est pas dépourvu d'intérêt de rapprocher ces quelques impressions récentes de l'opinion publique de celles que pouvaient exprimer les maires interrogés massivement en 1977 sur la décentralisation et les compétences de 1'Etat à transférer. ( Cf. #1976-12-30---E#et ses suites ). Les réponses faisaient ressortir que 36,8 % seulement souhaitaient traiter seuls ( 19,7 % ) ou avec une plus grande autonomie ( 17,2 %) l'urbanisme en général; 21,7% souhaitaient la responsabilité du permis de construire; 12 % la protection des sites et de l'environnement; 3,3 % mettaient l'urbanisme parmi les missions nouvelles qu'ils auraient souhaité assumer avec leurs moyens. Toutefois, interrogés en général, on n'est pas très surpris qu'ils répondent à 34 % ‑ réponse record ‑ que c'est la D.DE qui les gêne les plus, mais 21 % seulement par sa lourdeur, loin derrière d'autres services et notamment la préfecture.

Dans ce contexte, toute maladresse de la part d'un agent est redoutable et comme il ne peut pas ne pas s'en commettre de temps en temps, il n'est pas étonnant que pour certains maires et citoyens, la décentralisation ait pu apparaître comme une façon de se soustraire au "joug", omniprésent dans l'espace, de cette administration M. Claudius PETIT, disait souvent qu'il fallait "décoloniser" la France, en visant essentiellement l'administration des finances et de l'équipement

Et effectivement, l'administration bureaucratique française ‑ celle qui est constituée des services de gestion et qui exclut l'éducation, l'armée et les PTT, qui sont les plus nombreuses en effectifs ‑ avec une remarquable économie de moyens, tenait assez bien la France. La décentralisation n'a pratiquement pas touché la police, la gendarmerie, les services fiscaux, les trésoreries, qui font les gros bataillons de la bureaucratie locale, ramifiée sur tout le territoire. Elle a en revanche frappé de plein fouet les préfets et plus encore les sous-préfets, et elle a atteint les DDE de façon plus sournoise et diversifiée

C'est ce qu'il faut présenter maintenant, en s'attachant à deux points essentiels:

n    la DDE et les autorités locales,

n    la DDE et les autorités centrales et en se fondant, pour juger la réalité, moins sur les textes de la loi du 2 Mars 1982, du décret du 10 mai 1982, des autres lois, décrets ou instructions concernant la décentralisation, le rôle des préfets etc... que sur la pratique et la perception qu'a pu en avoir un directeur départemental de l'équipement, parmi d'autres. Il s'agit donc plus ici d'un témoignage que d'une analyse scientifique rigoureuse, ce que le lecteur ne devra jamais oublier.

 

2. La DDE et les autorités locales depuis la décentralisation

La DDE dépend hiérarchiquement du préfet. Elle dépend aussi du Président du Conseil Général et des maires ou de Président d'établissements publics mais la subordination hiérarchique a sa source dans un acte contractuel: la convention. Cette distinction est, dans les faits, sans conséquences pratiques. C'est au regard de ces trois sortes d'autorité qu'il convient d'apprécier la position de la DDE depuis la décentralisation qui s'est accompagnée, parallèlement aux transferts de compétence, d'un certain remaniement des rôles au sein de l'État et du département.

 

2.1. La DDE et le préfet

La loi du 2 Mars 82 et le décret du 10 Mai de la même année relatif aux pouvoirs des commissaires de la République ne créent pas une subordination des services extérieurs de l'État vis à vis du préfet, fondamentalement différente de celle que le décret du 14 Mars 1964 avait instituée.

Jusqu'en 1982, le préfet animait et coordonnait les services départementaux des administrations civiles de l'État sous l'autorité des ministres compétents ( Art.2 du décret du 14 Mars 84). Avec les textes nouveaux, le préfet dirige les services de l'État dans le département (art.34 de la loi); il prend les décisions entrant dans le champ de leur compétence ( Art. 6 ); il est aussi l'ordonnateur secondaire unique des services ( Art.15) ce qui n'était pas le cas auparavant. D'autres nuances, favorables aux préfets, plus redondantes que créatrices d'effets tendent à affirmer, rappeler, resserrer les liens de subordination. Le décret du 10 Mai 82 est un hymne; il fallait bien qu'il comporte plusieurs strophes, quitte à se répéter.

Ces dispositions ont été rappelées et commentées par des instructions successives du Premier ministre de 1982, 1983, 1984 et 1985, par des notes internes de sa part aux membres du Gouvernement, par des déclarations publiques périodiques du ministre de l'Intérieur, comme si quelque chose n'allait pas. En vérité il semble bien que le Gouvernement ait eu besoin, après l'atteinte très sensible portée au prestige et à l'autorité des préfets ‑ privés de l'exécutif du département, leurs services partagés en deux, obligés de négocier les conditions de leur vie matérielle avec le Conseil Général ‑ de mettre périodiquement du baume sur les plaies. Il faut également rappeler qu'en 1981, les premiers mois passés, le Gouvernement s'est sans doute aperçu que les préfets étaient à sa disposition, qu'il en avait besoin et qu'il fallait mettre un terme à des pratiques ministérielles maladroites concernant des déplacements ministériels locaux et des correspondances directes à des élus importants, à l'insu des préfets. Un note confidentielle du Premier ministre aux membres du Gouvernement de novembre 1981 en témoigne.

 

[ C’était l’époque où les « démocratolâtres » s’attachait encore à « arracher à l’Etat » le peu de foi qui lui restait. Leur réussite sur ce terrain est indiscutable. 25-03-2000 ].

 

Il était donc inévitable que la fonction préfectorale soit remise en avant, avec des promesses de déconcentration dont on attend encore un commencement de réalisation, au détriment des administrations centrales ainsi qu'avec la reconcentration locale du pouvoir sur le préfet, cela au détriment des services extérieurs de l'État, dont personne ne s'est jamais beaucoup soucié du moral en cinq ou six ans.

L'effet des dispositions nouvelles est à regarder du double point de vue psychologique et pratique.

 

A. Effets psychologiques

Pour la psychologie, je crois pouvoir dire que les sentiments dominants que pouvaient percevoir lesdits services extérieurs et notamment les DDE, étaient un mélange de mépris, d'hostilité, au mieux d'indifférence à leur égard. " Vous vous preniez pour trop, vous êtes peu, vous ne serez plus rien et d'ailleurs vous serez bientôt coupés en deux...". La dépersonnalisation du courrier ‑ on n'écrit plus au directeur de l'équipement mais au Commissaire de la République ‑ la disparition de la dénomination des services dans les textes administratifs ‑ je dirai presque la chasse aux termes "directeur de" ou "direction de" ‑ allaient dans le même sens. Le vrai service extérieur de l'Etat doit être un service qui n'a plus d'existence en tant que tel, qu'on ne peut plus nommer, auquel on ne s'adresse plus et qui ne devrait plus avoir le droit de parler ou d'émettre, autrement que sous le timbre ou par la voix du préfet. La circulaire du 5 décembre 1986 confirme cet esprit, au point que la télécopie est fortement déconseillée !

 

[ Le ministère de l’intérieur a toujours été à la pointe des hautes technologies administratives. Les « connaisseurs » ( Cf.#1979-09-20---H#) de l’administration ne s’en sont jamais aperçu ]

 

Faut-il dire, même s'il n'y a rien de dramatique en tout cela, que l'impression que peuvent en éprouver les services extérieurs est assez désastreuse ? Ni la motivation, ni l'initiative, ni le sentiment bien humain de vouloir exister et d'être reconnu, ne semblent avoir grâce devant l'appétit d'une forme de commandement, que même l'armée ne peut plus faire sienne sans s'interroger. Mais sans doute considère-t-on encore, en certains lieux, que l'efficacité et le dynamisme passent par l'hyperconcentration de la communication, de l'initiative et de la décision par un seul chef. Heureusement qu'au plan local, on fait la part des choses et que les DDE ‑ pour autant que je puisse témoigner en leur nom ‑ reçoivent plus de considération et de responsabilité que ces textes nouveaux mais archaïques le laissent penser. Est-ce dire qu'ils n'ont eu aucune incidence pratique ?

 

B. Effets pratiques

C'est aux préfets qu'il faudrait demander quelle plus value, quelle efficacité nouvelle, ils ont retiré de ces textes. Je pense quant à moi qu'elles sont faibles

Dans la vie administrative quotidienne qu'en est-il résulté ?

L'ordonnateur secondaire unique a délégué sa signature aux chefs de services extérieurs, non sans quelquefois introduire un certain contrôle a priori de sa part, avant la signature des marchés par l'ordonnateur délégué. Résultat: des papiers, des explications inutiles, des pertes de temps.

Le représentant de l'État a délégué sa signature, comme auparavant mais en certaines matières, comme il en avait déjà le droit d'ailleurs, il s'est refusé à le faire ou a demandé de signer lui-même des actes qu'il ne signait pas autrefois. Résultat: des circuits supplémentaires et des lenteurs. On cherche les bienfaits. Le ministre de l'intérieur conseillait aux préfets de bien peser leur délégation.

Les transmissions du courrier dans les deux sens n'ont pas varié, même si le "sous couvert" a disparu comme se plaisent à le rappeler expressément les instructions; il en résulte toujours autant de retards naturels au point que la pratique de l'envoi direct d'une copie au destinataire s'impose plus que jamais.

En vérité, avant comme après 82, aucune affaire importante ne peut être engagée, décidée, à l'insu du préfet par un chef de service extérieur. La nécessité d'une bonne entente entre les hommes et la probabilité qu'elle se réalise est grande. Il n'y a donc pas de problèmes aux échelons supérieurs de l'administration locale de l'État. La bonne intelligence et la confiance s'imposent ou ça finit mal pour le plus faible des deux.

Les problèmes, ce sont les échelons subordonnés, placés dans les profondeurs des services extérieurs et des services préfectoraux qui les rencontrent, les vivent et quelquefois les créent de toute pièce. A ces niveaux, il n'y a ni fort, ni faible, il y a deux bureaucraties égales, qui se connaissent mais se fréquentent peu, qui manipulent des enjeux indignes d'être portés à la connaissance des chefs. En d'autres termes, du point de vue pratique, la probabilité est plus grande qu'une affaire réglée au niveau du directeur départemental, replonge dans les profondeurs préfectorales, pour être examinée par un agent moins qualifié et quelque fois incompétent, qui pourra chercher à se rendre utile par des observations, puis remonte lentement vers la signature du secrétaire général ou du préfet.

Cette situation existait avant 82. Elle s'est plutôt aggravée depuis.

 

C. Conclusion

Les effets psychologiques et pratiques ne sont pas favorables à la responsabilité, à l'initiative, à la motivation. Ils acclimatent peu à peu l'idée, à l'intérieur comme à l'extérieur des services, que le directeur n'est plus vraiment le chef. Il reste, s'il est comme il doit être, le chef légitime, car il a la connaissance à la fois des gens et des problèmes, il peut être à la fois plus indulgent et exigeant, ( ce que le préfet, plus important et plus lointain, ne peut pas avoir ou être ) mais il est moins le chef, à savoir celui dont la promesse est une certitude et une garantie. Sans doute n'a-t-il jamais été du dessein d'un directeur de service extérieur de l'État, depuis bien longtemps, de n'en faire qu'à sa tête, de ne pas rendre compte, de mettre son préfet dans l'embarras. L'expérience montre que ce qui peut intéresser l'autorité suprême n'est pas nécessairement le plus gros, le plus compliqué, le plus important. Les critères de la sensibilité préfectorale se normalisent mal. La délégation de signature n'enlève pas le pouvoir de signer... A chacun d'avoir la ligne de conduite qui évite les rigidités juridiques dont souffre, en définitive, l'extérieur. Les nouveaux textes méconnaissent tout cela. La pratique n'y satisfait pas pleinement.

 

2.2. L DE et le Président du Conseil Général

Les remarques précédentes s'appliquent, de façon générale aux relations du Président et de ceux qui l'entourent, avec la DDE mise à sa disposition.

On avait pensé, un peu naïvement, que l'élévation du Président du Conseil Général ( qu'on appellera désormais le Président ) au rang de chef de l'exécutif départemental favoriserait des échanges plus étroits et plus approfondis avec les élus du département. Aucun texte, en la matière, n'a réglementé les relations et la situation varie beaucoup d'un département à l'autre, en sorte que les jugements qui vont suivre ne doivent pas être généralisés. Néanmoins on peut faire quelques constatations.

La Direction générale des services départementaux constitue un écran redoutable pour les relations entre le directeur et le président, ce que n'est pas le secrétaire général de la préfecture, vis à vis du préfet.

Il en résulte que les contacts ne sont plus guère spontanés entres les deux: ils passent par des notes, des réunions organisées etc... les conversations sont rares.

Les phénomènes bureaucratiques précédents concernant les services profonds sévissent avec peut être plus d'intensité.

L'examen des affaires en commission du Conseil Général a perdu de sa nature décisive puisque ne vient en commission que ce que l'exécutif a transmis et que ce qu'il transmet ne peut être rejeté sans prendre l'apparence d'une opposition politique.

Le service mis à la disposition doit être très précautionneux dans ses initiatives extérieures afin de ne pas laisser l'impression qu'il met l'exécutif et l'assemblée devant le fait accompli. La conciliation entre le dynamisme et la prudence fait appel à des critères dans lesquels l'importance objective du problème n'a pas la plus grande part, bien plus encore qu'avec le préfet.

La pratique des délégations de signature demeure mais elle donne lieu à des singularités plus nuisibles qu'autre chose, à l'efficacité.

Enfin, par rapport au régime antérieur, la décentralisation a conduit à une reconcentration de la gestion sur le président et ses services, ce qui était prévisible, indépendamment de toute réflexion "managériale" comme ont dit maintenant. Ainsi en fut-il des décisions en matière de marché et de personnel, d'avis du département sur les permis de construire, de réception des travaux, d'arrêtés de circulations (pour les travaux).

Aussi, quoiqu'il puisse en coûter en efficacité globale et en économie de moyen, il semble bien que la partition ‑ même partielle ‑ de la DDE soit souvent souhaitable afin que le Président puisse être plus à l'aise dans l'organisation interne de son administration et y introduire un peu plus de modernité. Rien ne dit cependant que ce soit toujours, pour lui, une préoccupation dominante.

Nous n'avons pas évoqué les régions. Signalons seulement qu'elles ont eu recours dans des proportions et conditions très diverses aux DDE, comme conducteurs d'opérations pour les lycées.

 

2.3. La DDE et les communes

La décentralisation n'a rien changé aux relations de la commune avec le, DDE, dans ses rôles de maître d'oeuvre ou de conducteur d'opération

Les rôles ont été renversés, en revanche, dans le domaine de l'urbanisme où la commune a le commandement et le service de l'État un double rôle:

·celui de conseiller ou d'instructeur, quand il est mis à sa disposition;

·celui de porteur de certains intérêts de l'État.

Il faut distinguer deux domaines distincts, parmi les plus courants: les documents d'urbanisme et les autorisations individuelles.

 

A. L'élaboration des documents d'urbanisme

La DDE tient la plume et le crayon, dans la majorité des communes, ce qui fait dire à de mauvaises langues que la décentralisation n'a rien changé. Sans doute faut-il une certaine connivence ou communion de pensée pour qu'il en aille ainsi. Dans quelques rares cas, la DDE des Yvelines a préféré se retirer du jeu plutôt que d'établir un document contraire à sa conscience et cela put se faire sans conflit extérieur.

La mise à la disposition pose bien des questions de déontologie, non tranchées.

La règle que je demandais d'appliquer était de dire nettement au maire ce qu'on avait à dire, de ne rien céder sur les intérêts supérieurs à faire prévaloir protection des sites et tracés routiers notamment ‑ de freiner les tendances fréquentes à compliquer la rédaction du droit local, fût-ce en y mettant une insistance un peu lourde, d'être un conseiller raisonnable et présent sur le reste, où il n'y a pas beaucoup de vérité en soi.

 

B. L'instruction des décisions individuelles (permis de construire etc...).

La DDE est le service instructeur dans 90 % des communes sinon plus.

Quand la commune fait instruire les décisions par ses services, les processus sont plus simples. Quand la DDE instruit, ils sont plus compliqués et plus longs à cause de l'obligation faite aux demandeurs de déposer leurs dossiers à la mairie ‑ décentralisation oblige ‑ au lieu d'avoir également la faculté de les déposer auprès des services de l'État. Les transmissions postales ‑ plus lentes aujourd'hui qu'autrefois ‑ ajoutées à la stagnation du dossier en mairie, le temps qu'il soit regardé, mis sous enveloppe, quelque fois étudié par le maire et accompagné d'une instruction allongent plutôt les délais. L'instruction en subdivision territoriale de la DDE en fait gagner.

Les problèmes de fond ne sont pas là; que se passe-t-il lorsque le maire n'est pas disposé à signer la décision qui lui est proposée par le service instructeur. Le service lui obéit en préparant la décision opportune et en attirant son attention, par écrit, sur les risques d'illégalité encourus.

Quant au contrôle de la légalité, il reste sélectif et s'attache essentiellement à détecter les anomalies de nature à porter atteinte à des intérêts supérieurs. Il n'est pas très efficace, ni enthousiasment à exercer d'autant qu'une fois l'affaire transmise au préfet, la DDE ne sait plus très bien ce qu'il advient d'elle.

Bien que ce ne soit pas de l'urbanisme, signalons, que les pouvoirs de police en matière de circulation, sur les axes à grandes circulation, en agglomération qui s'exercent théoriquement "sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'État", conduisent à des situations souvent embarrassantes que l'État observe et déplore sans intervenir.

 

2.4. L'harmonisation départementale des investissements

Elle mérite un mot d'étonnement. Deux fois par an, une commission copieuse par sa composition, la commission d'harmonisation des investissements (C.H.I.) se réunit pour prendre connaissance des opérations financées ou à financer dans le département. Malgré son nom, elle n'harmonise rien du tout mais chose curieuse on n'y présente et ne parle que des opérations financées par l'État et des opérations subventionnées par le département ou la région. Les investissements financés à 100 % par les collectivités territoriales ne sont pas présentées, ni harmonisées; pourquoi ?

Sans doute au nom du principe non écrit que les collectivités ont un droit de regard sur ce que fait l'État mais pas l'inverse.

 

3. La DDE et les administrations centrales après la décentralisation

La DDE dépend de plusieurs ministères et de directions encore plus nombreuses, et à un degré moindre des directions régionales de l'équipement pour les programmations budgétaires des routes et du logement.

Appliqués à la lettre, la loi du 2 Mars, le décret du 10 Mai 1982, les instructions interdisent toute communication écrite directe entre la DDE et les services supérieurs. Les relations téléphoniques, les réunions restent apparemment permises mais les convocations doivent être adressées au préfet.

La pratique n'a guère changé la nature des relations entretenues par les services de la DDE avec ses correspondants extérieurs, heureusement; c'est au bénéfice du règlement des affaires qu'elles sont nécessaires et non pour le plaisir de court-circuiter le préfet.

Pour y mettre un terme et couper définitivement ce détestable cordon ombilical on entend dire qu'il faut prendre de larges mesures de déconcentration. Est-ce possible ? Et que s'est-il passé depuis 82 ? On assiste plutôt à une recentralisation des affaires qu'à une déconcentration progressive.

Quatre domaines essentiels des DDE peuvent être rapidement survolés:

n    le domaine routier,

n    l'urbanisme,

n    le logement,

n    le personnel.

 

3.1. Les décisions routières

Elles sont toutes très centralisées ‑ sauf pour l'exécution des études, des acquisitions foncières et des travaux.

Les décisions d'approbation technique, qui sont très politiques, des dossiers de prise en considération ( DPC au stade des tracés figurant dans les documents d'urbanisme ) ou des avant-projets ( AP au stade préparatoire à la déclaration d'utilité publique ) sont ministérielles.

Les décisions budgétaires ‑ programmation et attribution de crédits ‑ sont également du ressort de l'administration centrale.

Il en sera toujours ainsi et la décentralisation ne conduira jamais à une déconcentration des décisions ci-dessus sur le préfet de région ou de département. Et c’est normal.

 

3.2. L'urbanisme

TOUT était ‑ ou presque ‑ déconcentré avant 83, depuis longtemps.

Ce qui était déconcentré est maintenant très décentralisé et le résidu qui n'était pas déconcentré a disparu.

Il n'y a donc plus rien à faire, sinon à reconcentrer l'examen au fond avec les collectivités, de certaines affaires complexes, d'importance certaine pour l'aménagement du territoire. On verra ce qu'il en sera pour les jeux olympiques savoyards et le tunnel sous la Manche. On en a eu un avant goût avec Disneyland.

Cela dit, l'administration centrale de l'urbanisme produit peut être toujours beaucoup de droit, mais ne parle plus et n'écrit plus beaucoup à ses services extérieurs.

 

3.3. Le logement

Les décisions courantes sont de nature financière.

La grande part des autorisations de prêt est en catégorie II et III, à répartir par le préfet de région. La part conservée par le ministre peut varier selon la conjoncture mais on voit bien qu'il n'y a pas non plus grand chose à déconcentrer par là.

 

3.4. Le personnel

Le directeur de l'équipement ‑ par délégation bien sûr ‑ pouvait recruter, avant le 13 janvier 1984 ‑ date d'entrée en vigueur de la loi portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'état ‑ des agents contractuels pour pourvoir aux postes vacants, à la suite de départ. Depuis cette date ces recrutements sont interdits.

Le directeur de l'équipement est responsable du recrutement des conducteurs et des agents de travaux, dans la limite des postes vacants mais l'administration fait savoir ‑ pour des raisons budgétaires ‑ qu'il convient de ne point procéder au remplacement de certains postes. Il y a donc eu plutôt recentralisation que déconcentration. On en connaît les raisons.

On pourrait vraisemblablement régionaliser certains concours de recrutement d'agents de catégorie B,C ou D, mais autant la doctrine syndicale que des principes constitutionnels d'égalité d'accès à la fonction publique, semblent y faire obstacle. La seule initiative prise est l'ouverture de concours nationaux avec affectation régionale prédéterminée.

En ce domaine on ne voit guère, non plus, de perspective à une déconcentration  accrue.

 

3.5. Conclusion

La réforme de 1982 n'a rien changé aux relations des DDE avec leurs administrations centrales. Tout au plus aurait-elle pu conduire à raréfier ou à rendre plus discrets les contacts entre elles. Or ce fut précisément le contraire qui se produisit. On ne compte plus les forums, les réunions à l'initiative des directeurs centraux ou des ministres qui se sont tenues entre 1982 et 85. Il n'y en avait jamais eu autant, peut-être pour compenser les effets dépressifs de toutes les potions que les services extérieurs allaient avoir à digérer, sans trop baisser les bras. Cette attention n'a pas pour autant changé quoi que ce soit à la ligne suivie qui apparaît dans les textes.

Elle n'a rien changé non plus à l'irrépressible besoin du politique à converser avec le politique. Un ministre n'est rien, si on ne cherche plus à le rencontrer, s'il n'a plus rien à dire ou à donner, si ce qu'il pense ou donne c'est au préfet de l'annoncer et de le faire savoir. Les belles instructions du Premier ministre n'empêcheront pas plus un ministre de s'entremettre avec des élus locaux, plus ou moins directement, avant de le faire savoir à tout le monde.

La déconcentration n'est donc pas pour demain.

 

4. Conclusion générale.

A la tonalité de ce rapport, le lecteur le moins averti aura senti que les services extérieurs de l'État ‑ et à tout le moins les DDE ‑ ont cru percevoir qu'on n'avait pas, en hauts lieux, trop de précautions à prendre à leur égard, qu'ils étaient quantité négligeable, suspects d'autonomie ou d'indocilité, qu'il importait avant tout de les remettre au pas. On a lu cela dans certaines feuilles politiques. Le politique voit toujours les autres à son image. Divers par leurs origines, épars sur le territoire, distincts et quelquefois rivaux dans leur compétence, ces services ne constituent pas une entité palpable, en mesure de s'exprimer, moins pour se défendre que pour rappeler certaines vérités ou certaines réalités.

Et pourtant, l'administration territoriale de la France, celle qui travaille, instruit les dossiers, fait appliquer les lois et les budgets, se trouve essentiellement dans les services extérieurs de l'état et plus spécialement dans les services départementaux. On aurait voulu la démobiliser, la démoraliser, voire l'humilier qu'on ne sy serait pas pris autrement.

 On voyait en elle le principal obstacle à la décentralisation, quelle résistance opposa-t-elle ?

 

[ C’était encore une opinion de « connaisseurs » patentés de l’administration et notamment de la nôtre ]

Aucune. Ni les corps, ni les syndicats n'ont freiné les choses. Et pourtant ce qu'ils allaient connaître était autre chose que la création d'un nouveau directeur. Cette observation mérite d'être méditée car elle résume le profond respect pour les lois de la République, la loyauté sans faille des administrations bureaucratiques à leurs ministres et à leurs chefs locaux quels qu'ils soient, leur neutralité politique à peu près sans défaut. On n'a pas beaucoup entendu d'écho à ce sujet pendant ces années de réformes. On entendit quelque fois le contraire de la part de malveillants rancuniers. ( Cf.#1982-02-02---H#)

Il faut cependant mettre en évidence un fait mal interprété de tous. L'administration de l'équipement a résisté aux découpages simplistes, ( tels qu'ils pouvaient être opérés pour les préfectures et les DDASS, car il n'y avait que deux parties prenantes) pour sauvegarder l'outil utilisé par tant de donneurs d'ordre. Son éclatement aurait eu des conséquences très graves pour les communes et les maires des petites communes, en particulier, l'ont très bien compris.

Mais cette résistance a été présentée par certains comme une résistance a la décentralisation, un réflexe corporatiste. Ce n'était pas le cas même s'il est exact que les syndicats de notre administration ont exprimé assez généralement leur attachement à l'unité du service. En quelque sorte, l'objectif d'une partition limitée, justifié par des raisons d'intérêt général, a été atteint par des voies d'origine corporatiste, car c'étaient les seules qui pouvaient être entendues dans les discussions. Et s'il a été à peu près atteint, c'est grâce au soutien direct mais certain des communes.

 

[ Le pouvoir méprisait et se méfiait de ses cadres. ( Cf.#1983-11-00---E#) ]

 

Les hommages qui lui furent rendus restèrent très discrets. Il s'agit pourtant de valeurs essentielles pour la société civile. Les services extérieurs de l'État, auxquels tant de critiques ont été adressées au point qu'il parut meilleur de décentraliser des compétences, ont une vertu que nul n'a souligné.

Le public trouve en eux des propriétés intrinsèques qui n'existent pas ailleurs et dont il n'a pas conscience. Ces services pratiquent, par réflexe ‑ et sauf exception pathologique facile à détecter ‑ une administration objective qui n'est pas dépourvue d'avantages. Ils administrent, c'est à dire, instruisent, proposent, prennent des décisions en fonction de la réalité des affaires qui leur sont soumises et des règles juridiques ou techniques qui en déterminent le traitement. ( Cf.[1999-11-03---H-LE-QUI-ET-QUOI])

Ils n'ont pas à s'interroger, lors de cet examen, sur la personne concernée. Quelle qu'elle soit, elle a droit aux mêmes égards et doit être assujettie aux mêmes exigences. S'il leur revient de faire preuve "d'intelligence", de compréhension ou d'humanité, c'est de la même façon, selon la situation objective de l'affaire et non selon la personnalité de l'usager, ses relations, sa fonction, ses opinions politiques... etc

Cette forme d'administration objective pratiquée instinctivement par les services extérieurs de l'état peut embarrasser l'administration préfectorale, plus sensible aux forces sociales qui sommeillent derrière les dossiers. Et sans doute faut-il que les deux formes d'administration soient présentes pour maintenir la "paix sociale". Nul n'en disconvient et ne prétend que l'examen bureaucratique imperturbable soit un idéal. Mais il faut les deux, un équilibre entre les deux, qui était mieux atteint avant la décentralisation. Le renforcement des pouvoirs du préfet comme celui des élus, bénéficiaires des transferts de compétences, se sont faits, tous les deux, au détriment des services extérieurs de l'État, donc d'une forme d'administration qui tend à dépolitiser l'ambiance de la décision.

Aussi la pire injure qui peut être faite à un fonctionnaire de service extérieur, digne de ce nom, c'est qu'on lui fasse grief ou le remercie d'avoir proposé ou pris telle décision, selon des considérations étrangères à la neutralité à laquelle il est tant attaché. Les élus locaux, de quelque bord qu'ils soient, ont peut être à se plaindre des DDE mais en redoutent rarement le parti pris. Les usagers non plus.

La question qui se pose maintenant est de savoir combien de temps il en sera encore ainsi, et dans les affaires les plus délicates, il sera intéressant d'observer si l'administration de l'État, mise à la disposition, n'est pas passée du devoir d'informer dont elle est parvenue à faire, peu à peu, une règle appliquée, à l'interdiction d'informer, ( ll ) la responsabilité de livrer les explications étant réservée aux autorités décentralisées.

 

Antoine givaudan

 

( ll ). En vérité je voyais mal la situation future. L’administration locale a carrément disparu des débats sauf sur les grandes infrastructures relevant de l’Etat où il semble qu’on lui donne quelquefois la parole. Sans doute quand les autres ont peur de monter en première ligne. AG. 25-03-2000 ]