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VINGT ANS APRES

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

( NOVEMBRE 1987 )

ETUDES FONCIERES N°37 DECEMBRE 1987

trimestriel édité par l'A.D.E.F.

 

ORIGINE ET DESTINATION

J’ai célébré à ma façon le 20ème anniversaire de la LOF en publiant ce modeste article plein de vérités.

Les gens connaissent la L.O.F. de 67 et, encore aujourd’hui, s’y réfèrent, preuve qu’elle a constitué un moment important de l’action urbaine.

Ce serait rassurant s’ils n’en disaient pas n’importe quoi, en mal ou en bien.

Il faut cependant se résigner devant la conjuration des “ beaux esprits ” qui s’imaginent que…, des “ ignorantins ” qui ne savent rien et des “ bien pensants ” qui se taisent faute de…, à voir l’histoire ouvertement falsifiée.

Les propos récents liés au projet de loi en préparation, donnent une éclatante illustration de cette conjuration de l'ignorance alliée à la nécessité du mensonge pour se justifier.

J’ai essayé de renouveler la célébration de l’anniversaire en 1997, mais je fus jeté ( Cf.#1997-12-05---C#).

 

 

 

Vingt ans déjà. C'est le 30 décembre1967 que fut promulguée la loi d'orientation foncière. C'est un anniversaire que l'on se doit de marquer de quelques réflexions, à défaut de mieux, car nul ne semble aujourd'hui particulièrement intéressé à le célébrer un peu plus officiellement ou plus solennellement. Il faut dire que la production législative et réglementaire a été telle, en vingt ans, qu'il ne vient guère à l'idée de quiconque de marquer un événements de ce type.

La loi d'orientation foncière ‑ la L.O.F. comme on l'a appelée par la suite ‑ se singularise pourtant dans la suite ininterrompue des lois qui jalonnent le domaine de l'urbanisme de 1954 à 1987. Mais comment ? Par ailleurs, vingt années plus tard on peut, sans dresser un bilan, tirer quelques conclusions.

Quand on regarde l'histoire de l'urbanisme de notre pays, on constate qu'il a eu deux périodes d'effervescence profonde.

La première est celle de la reconstruction. Elle mobilisa beaucoup de moyens pour un objectif parfaitement clair, attendu, légitime. On ne se posait pas trop de délicates questions. Il fallait aller vite. On a utilisé donc, pour y parvenir, des moyens importants.

La seconde période est celle des années soixante et des grandes interrogations sur la croissance urbaine, la ville, les villes nouvelles, les problèmes fonciers, l'équipement urbain. Il faut bien reconnaître que le paysage urbain et l'économie urbaine, même une fois la reconstruction achevée, étaient restés à peu près les mêmes, alors qu'avec les années soixante, chacun sentait qu'ils allaient être profondément transformés. De ce point de vue, on ne s'est guère trompé.

La L.O.F. ‑ ou plus exactement des éléments variés de réforme ‑ ont pris naissance dans ce contexte d'intense agitation intellectuelle sur l'avenir des villes et la maîtrise de leur développement. Cela se passait en 1963-64-65. Sans doute y aurait-il eu quelques lois de plus, étalées dans le temps, si en 1966, on n'avait pas créé le ministère de l'Équipement à la tête duquel a été nommé Edgard Pisani. Le mérite du nouveau ministre, volontiers visionnaire et porté sur les grandes réformes qui touchent aux structures de la société, a sans doute été de fédérer des idées diverses et séparées en vue de constituer un tout qui attaque l'aménagement urbain par plusieurs côtés à la fois.

 

Techniquement, l'initiative ne changeait pas grand chose au contenu des textes déjà préparés, mais elle permettait d'y associer des idées ou des propositions plus nouvelles. Psychologiquement, elle transférait un sujet, du domaine technique et juridique dans lequel il entrait naturellement, vers le domaine de la société ‑ comme on dirait aujourd'hui. La L.O.F., devenait ainsi le symbole d'une prise de conscience collective des enjeux de l'aménagement urbain et, sans les créer, ni tous les hiérarchiser, elle leur donnait une existence politique qu'ils n'avaient pas avant. La L.O.F. a en quelque sorte élevé ‑ avec les débats internes à l'administration et à beaucoup de professions ainsi qu'avec les débats au Parlement ‑ les affaires d'aménagement, d'urbanisme, au rang d'enjeu national. Ce faisant, elle provoquait ou légitimait le mouvement en faveur des études d'urbanisme, d'une réflexion sur l'espace local, de l'amélioration de l'organisation urbaine, de la politique foncière, etc. Avec la L.O.F. la politique d'urbanisme se décroche enfin de celle du logement. Elle n'en est plus la seule raison d'être.

 

LES APPORTS DE LA L.O.F.

Les apports les plus originaux de la L.O.F. ont été sans doute les plus stériles. Qui a entendu parler depuis la concession immobilière ? De la concession de l'usage des sols ? Que sont devenues les associations foncières urbaines ? Que penser de l'aménagement de la taxation des plus values immobilières modifiée à l'occasion ? Que penser de la taxe d'urbanisation ?

Du point de vue de la fiscalité foncière, la L.O.F. a créé le mythe de l'impôt foncier déclaratif, auquel on a le droit de croire à condition de ne pas lui prêter plus de vertu qu'il ne peut en avoir et de ne pas craindre de désorganiser durablement la fiscalité locale actuelle. Avec la L.O.F., l'impôt foncier est devenu un serpent de mer qui a fait deux autres apparitions en 1975-77 et 1982-83, suffisantes pour paralyser définitivement tout aménagement limité de la fiscalité foncière.

Les dispositions sur les réserves foncières étaient utiles mais d'un emploi très sélectif.

En revanche, les éléments réunis dans la L.O.F. et qui auraient vu le jour de façon dispersée, concernant les documents d'urbanisme, la taxe locale d'équipement notamment ont bénéficié de l'élan donné par la loi sans pour autant représenter, sauf pour les schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme, des innovations, du point de vue du droit. Même la Z.A.C, apparue au cours du débat parlementaire, ne constitue pas un fait nouveau très différent de la Z.U.P.

Ce n'est pas minimiser du tout la portée de ce texte que de ne pas lui trouver beaucoup d'éléments novateurs. Dans notre pays, les bases du droit de l'urbanisme existent depuis longtemps et toute législation nouvelle ne peut ignorer leur existence. En revanche, la loi peut redonner une certaine force aux textes qui n'en avaient pas auparavant.

 

SON DEVENIR

La mise en oeuvre de la L.O.F. au lendemain de sa promulgation, en 1968-1969, a subi une éclipse très regrettable, liée aux dérangements de l'époque. En 1971 seulement, tout était enfin prêt ou presque, pour que la plupart de ses dispositions s'appliquent. Certaines d'entre elles, concernant la T.L.E. et les Z.A.C. sont entrées en vigueur en 1968 et 1969. Les C.O.S. provisoires pouvaient être utilisés à partir de 1969, mais on ne s'en est guère servi. Les textes relatifs aux associations foncières urbaines n'ont été publiés qu'en 1973. La L.O.F. donnait cependant lieu, à des applications concrètes à partir de 1970-71. Le premier P.O.S. date de 1973. Le premier schéma directeur de la même époque.

En fait le grand mouvement de la mise en oeuvre de la L.O.F. commence en 1972 et ne s'achèvera qu'en 1983-84, avec la décentralisation puisque pendant toutes ces années, malgré des lois importantes prises entre temps ( en 1975.et 1977 ), les communes et l'Etat ont vécu sur les bases juridiques et instrumentales de 1967.

Le bilan n'est donc pas mauvais ; il aurait pu être meilleur, si quelques conditions avaient été mieux remplies qui tiennent essentiellement à la continuité et à la détermination dans la mise en oeuvre. Les S.D.A.U. ont pâti de petits malheurs qui, ajoutés les uns aux autres, ont contribué à un délaissement certain. Les bases de la T.L.E. n'ont pas été réévaluées régulièrement et le régime des participations aux équipements, faute d'être clarifié, a dangereusement dégénéré. Les P.O.S., faute de taxe d'urbanisation ou de quelque chose qui aurait réduit les aberrations de la fiscalité foncière sur les terrains non bâtis constructibles, ont buté sur la protection des zones naturelles et gêné l'offre foncière.

Alors qu'a apporté la L.O.F. ? Une appropriation beaucoup plus large de l'urbanisme par les collectivités locales et le public avec l'exceptionnel développement des P.O.S., l'ancrage dans les esprits de plusieurs mécanismes et de quelques concepts, favorables à l'action, l'habitude de travailler plus globalement sur l'espace, de combiner les moyens d'action, de réduire un peu la tentation toujours générale, de résoudre un problème local dans le court terme au lieu de le replacer dans l'espace et le temps.

Cette loi a marqué les vingt ans écoulés mais elle aurait pu le faire plus encore si nous avions, dans notre pays, un sens plus aigu de la continuité.

 

ANTOINE GIVAUDAN