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JOURNEE D'ETUDES

DU CENTRE D’ETUDES.JURIDIQUES.DE L’URBANISME

SAMEDI 12 DECEMBRE 1992

AIX EN PROVENCE

 

LES DECISIONS EN MATIERE

 

D'ENVIRONNEMENT ET D'URBANISME

Premier Thème        LA CONCERTATION PREALABLE

Deuxième Thème   LES  RISQUES  DEMOCRATIQUES

 

LA CONCERTATION

 

DE LA NECESSITE A L'ENTROPIE

 

Communication d'A. GIVAUDAN

 

Origine et destination

On était a une époque où le pouvoir en place était prêt à se rouler par terre ou à faire n'importe quoi pour attirer l'attention sur lui et récolter quelques voix en flagornant les M.M.H. ( Cf.    #1995# ). Ces circonstances ne sont pas indifférentes à mon humeur provocatrice. ( Cf.[1993-02-11---H-EN-TON-NOM-PAYSAGE-$ZRPDA-W0FC$-EN-TON-NOM-PAYSAGE])

C’est une communication de colloque, comme il y en a tant, où les participants prennent plaisir à couper les choses en quatre, à se réjouir des progrès du droit, à en décrire les méandres et, quand ils l’osent, à se plaindre ou à gémir en langue de bois et à voix basse ou en privé, au cours de la pause, honteux d’être minoritaires ou à contre courant d'une pensée dominante qui chante les vertus de la démocratie de leurs rêves.

Aussi bien le ton que le contenu de cette communication se détachent un peu du ronron habituel avec le souci de témoigner, plus qu’avec l’espoir de convaincre ou de changer quoi que ce soit, car nous sommes en religion.

C’est dans cette communication que les deux théories ( anciennes Cf.[1977-10-01---H-RIGIDITE-OU-LOTERIE-EN-AMENAGEMENT]) de l’aménagement, “ essentialiste ” et “ existentialiste ” ont été assez longuement expliquées et opposées.

 


TABLES DES MATIERES

INTRODUCTION

 

1. LES CARACTERISTIQUES OBJECTIVES DES DECISIONS D'URBANISME ET D'EQUIPEMENT

11..Le caractère inévitable

12..Le caractère douloureux

 

2.L'IMPOSSIBLE DEBAT DEMOCRATIQUE SURL'OPPORTUNITE DE LA DECISION

21. L'opportunité ne se décide pas démocratiquement

22. Le malentendu fondamental entre l'opportunité et les modalité

 

3. ABREGE DE PATHOLOGIE COURANTE DELA DECISION

31. La pathologie des décideurs publics

A. La présomption et le mépris

B. La poltronnerie

C. La décentralisation, facteur décisif de régression de la concertation

32. La pathologie des citoyens

33. Ces décisions révèlent des antagonismes normaux difficilement réductibles

A. L'antagonisme entre le sectoriel et le territorial

B. L'antagonisme entre des rationalités différentes

 

4. LA STERILISATION DU DEBAT SUR LES MODALITES

41. Les concertations supercheries

42. La montée de l'entropie

43. Le bilan

A. Les risques de la désillusion.

B. “ Essentialisme ” ou “ Existentialisme ”.

 

5. L'UTOPIE REALISTE

51. Accepter les déchirements et les antagonismes

52. La restauration de l'autorité et de la supériorité morale

53.  La diversité nécessaire des modalités de concertation

 

6. CONCLUSION

 

Annexes.

1. La démocratolâtrie. ( Cf.[1984-02-00---H-DEMOCRATOLATRIE]. 1984. La revue administrative)

2. Prolifération des enquêtes publiques et régression de l'état de droit.[1986-03-00---H-PROLIFERATION-DES-ENQUETES-ET-REGRESSION-DE-L-ETAT-DE-DROIT]. R.F.D.A.)

 


 

 



INTRODUCTION

 


e terrorisme intellectuel est de tous les temps. Dans notre siècle et dans notre pays, il prend volontiers son inspiration dans la défense du bonheur terrestre de l'individu. Des lendemains qui chantent aux droits de l'homme, de la lutte contre les exclusions aux vertus de la démocratie, il se drape dans les valeurs les plus nobles pour polluer les processus de la vie publique. Et comme nul n'est hostile au bonheur de l'homme, ni à ses droits et moins encore à la démocratie, cette forme de terrorisme vous interdit de penser contre les idées à la mode quand elle ne vous oblige pas à chanter leur louange, à peine de discrédit.

Les modalités de la prise de décision, dans les domaines touchant à l'aménagement de l'espace ( urbanisme, équipements avec expropriation ) sont ainsi l'objet, depuis une quinzaine d'années, de critiques qui prennent pour fondement la nécessité d'introduire plus de participation, de concertation, plus de citoyens, dans les procédures de décision qui feraient la part trop belle aux pouvoirs publics. Ainsi au nom de la démocratie on tend à les subordonner à des formalités nouvelles et quiconque émet des réserves sur ces fantaisies encourt le risque d'être rejeté dans les rangs des réactionnaires qui n'ont rien compris aux aspirations du peuple.

Aussi, au terrorisme verbeux ne s'oppose généralement qu'une résistance silencieuse, faite de réserves prudentes, honteuse d'elles mêmes. Puis, par lassitude ou démagogie, se concèdent des dispositions pernicieuses qui ne font pas progresser le débat public, ni la démocratie mais plutôt l'entropie.

L'entropie, pour ceux qui auraient oublié la deuxième loi de la thermodynamique, est la grandeur qui définit le degré de désordre dans un système. Dans notre domaine, celui de l'aménagement et de l'urbanisme, la montée de l'entropie est visible à l'oeil nu. Les processus de décision y sont de plus en plus inintelligibles et ne satisfont que ceux qui se réjouissent d'être dans une société de plus en plus complexe. "Nous sommes dans une société de plus en plus complexe et nous devons nous y habituer etc etc..." Certes, mais de là à s'en réjouir, d'applaudir à tout ce qui peut rendre un peu plus opaque la compréhension des processus publics, il y a l'abîme qui sépare les admirateurs béats d'une démocratie nouvelle, zélés pratiquants de ce terrorisme particulier et le fervent partisan de l'honnêteté intellectuelle que je crois être.

La concertation ‑ et ses avatars divers ‑ telle qu'on l'a instillée dans les processus publics est ainsi à mes yeux, un facteur D'ENTROPIE ET DE TROMPERIE. Loin de favoriser la démocratie réelle, la bonne information des citoyens, la récupération efficace des idées émises dans les débats publics, elle dégénère en rites hypocrites et creux. L'insatisfaction qui en résulte conduit à vouloir en rajouter toujours un peu plus, pour que les choses aillent un peu mieux et l'entropie s'accroît un peu plus.

Ses fondements profonds mais inavoués reposent sur des présupposés sociaux ou moraux erronés et trompeurs en sorte que la nécessité d'un dialogue vrai entre les autorités et les citoyens, à l'occasion des décisions d'urbanisme ou d'équipement, est moins satisfaisante aujourd'hui que naguère. C'est ce que nous allons nous appliquer à démontrer.

 

 

1. LES CARACTERISTIQUES OBJECTIVES DES DECISIONS D'URBANISME ET D'EQUIPEMENT

Les décisions d'urbanisme majeures (approbation des schémas directeurs, des P.O.S., des Z.A.C ) sont des décisions annonciatrices. La complexité de leur substance et de leur écriture, et le terme lointain de leurs effets en occultent souvent la réalité qui n'est qu'un contenant juridique localisé à remplir par des décisions à venir.

Les décisions d'équipement, couronnées par la déclaration d'utilité publique, sont des décisions réalisatrices dont le contenu transforme effectivement la géographie.

Ces deux types de décisions ont deux caractères communs; Elles sont à la fois inévitables et douloureuses.

 

11. Le caractère inévitable

Dans un contexte socio-économique donné, qui ne se choisit pas au niveau local ( par exemple la croissance urbaine et l'élévation du niveau de vie ) ces décisions sont inévitables et généralement les choses se passent encore plus mal quand on ne les prend pas. La France offre un échantillon complet du meilleur au plus mal, d'organisation de l'espace à peu près maîtrisée, de carences affligeantes et de retard déshonorants.

12. Le caractère douloureux.

Toutes ces décisions, à des échéances diverses et plus ou moins prévisibles, bouleversent l'état actuel de l'écosystème naturel et social. Toutefois, l'abstention n'empêche jamais l'évolution socio-économique et la carence des pouvoirs publics, produit généralement des résultats pires.

Quoi qu'il en soit, toute décision d'urbanisme ou d'équipement dérange ou dérangera des gens, soit parce qu'elle leur interdit de faire ce qu'ils souhaitent, soit parce qu'elle modifie leur environnement, soit parce qu'elle les expulse, immédiatement ou à terme, de l'endroit où ils sont.

 

2. L'IMPOSSIBLE DEBAT DEMOCRATIQUE SUR L'OPPORTUNITE DE LA DECISION

N'en déplaise aux idolâtres de la démocratie, que je préfère appeler “ démocratolâtres ”, ( Cf. “ La démocratolâtrie . 1984”. Cf.[1984-02-00---H-DEMOCRATOLATRIE]) l'opportunité de la décision ne peut pas souvent faire l'objet d'un débat démocratique, au terme duquel le choix serait pris à la majorité ‑ de quel corps électoral d'ailleurs ?, il faudrait le savoir.

Toutefois, dans notre pays, la décision est toujours prise par un organe démocratique qu'il s'agisse d'assemblées élues ou de représentants du gouvernement ( gouvernement, ministre ou préfet ).

 

21. L'opportunité ne se décide pas "démocratiquement ”.

Il est inévitable qu'il en soit ainsi parce que la décision à prendre est généralement le produit d'un ensemble de considérations complexes et hétéroclites, fondées sur un savoir plus ou moins poussé et plus encore sur un ensemble d'éléments qui mélangent conscience des problèmes, volontarisme et consensus.

Quand l'organe démocratique a fait son choix ‑ et quelquefois c'est long ‑ il prend le risque d'annoncer la couleur et s'il le prend, c'est que sa conviction est faite sur l'opportunité. Si elle ne l'est pas, il a peur et il attend.

Telle est notre tradition, notre culture profonde en matière de décision publique. Cela ne veut pas dire qu'on ne s'y prenne pas quelquefois autrement mais quand on procède plus démocratiquement c'est qu'on est à peu près sûr de son coup ou qu'on se fiche des résultats.

Aussi généralement, tout organe de décision sérieux, s'est forgé, par ses propres voies, sa conviction sur l'opportunité. Agir ainsi n'est d'ailleurs pas contraire au régime démocratique représentatif. Les gouvernants, quels qu'ils soient, sont désignés pour prendre des décisions.

On en arrive ainsi au malentendu fondamental qui est au coeur du sujet

 

22. Le malentendu fondamental entre l'opportunité et les modalités

Si la genèse du sentiment que telle décision est opportune ne peut guère se faire autrement que nous venons de le dire, en revanche les modalités de sa mise en oeuvre et de son application peut faire une large place à la concertation. En effet, aucune décision de principe, d'urbanisme ou d'équipement, dont l'opportunité a été admise ou reconnue, ne se présente sous une forme définitive, avec une vérité intangible.

Ainsi y a-t-il d'innombrables façons d'urbaniser cent hectares et aucune vérité absolue sur la qualité du projet. Au départ, il n'y en a pas une seule vérité mais plusieurs. Je vous renvoie à notre journée d'étude de l'an dernier sur l'esthétique urbaine. Si une liaison s'impose entre deux points définis, le tracé et l'ouvrage peuvent ainsi se concevoir de plusieurs façons.

La discussion sur les modalités peut être ouverte.

Les “ démocratolâtres ” n'en sont pas pour autant satisfaits. Ils rétorquent "les jeux sont faits" car au fond d'eux-mêmes c'est le débat sur l'opportunité qu'ils souhaitent alors qu’ils ne l'ont pas. Et s'ils le réclament c'est pour avoir l'occasion de faire obstruction à la décision, ce que les procédures normales ne leur permettent pas ‑ pas encore du moins, heureusement mais on progresse sûrement en ce sens.

Par opportunisme électoral, poltronnerie, inconscience naïve, surenchère politique, l'État consent donc des concessions et favorise l'entropie dans les procédures. Irresponsable certainement mais coupable à coup sûr. Sans risque cependant, même à retardement, car il n'y aura pas mort d'hommes à la sortie.

Toute cette évolution se produit sous la pression d'un certain terrorisme intellectuel, au nom de la démocratie, qu'il convient d'introduire partout. On a ainsi démocratisé en 1983 les enquêtes publiques. Honte à ceux qui n'y croient pas ou qui sourient.

Ce malentendu fondamental fausse également toute discussion sérieuse des dossiers. Ou bien l'autorité ne présente que des esquisses de principe et on lui reproche de dissimuler son jeu; Ou bien l'autorité présente des dossiers complets et on lui reproche d'avoir un projet tout ficelé qu'elle a établi en secret. On ne sort pas du malentendu.

De fait, quand l'objectif premier est l'obstruction, nulle méthode n'est satisfaisante aujourd'hui. La seule qui peut l'être est celle qui arroge un droit de veto aux mécontents. C'est en cela que le référendum local est paré de tant de vertus par les “ démocratolâtres ” car il est bien connu, en matière d'urbanisme et d'équipement, que seuls s'expriment les intérêts territoriaux directement atteints, toujours hostiles et minoritaires. Les bénéficiaires de la décision ne prennent pas souvent parti car ils sont indifférents et loin .

Il y a malentendu entre ceux qui voudraient que la partie commande au tout et le bon sens qui veut que le tout s'impose à la partie. C'est ce bon sens qui se dilue de plus en plus dans l'entropie.

Il faut dire que des deux côtés ‑ du côté des autorités comme du côté de ceux qui les critiquent ‑ nul n'y met vraiment du sien pour clarifier les débats.

 

3. ABREGE DE PATHOLOGIE COURANTE DE LA DECISION

Tout ne se passe pas toujours très mal. Il arrive même que ça se passe bien mais si l'on parle autant de concertation, etc..., c'est un peu parce que le peuple est plus exigeant, c'est aussi parce qu'on le satisfait de moins en moins convenablement ou qu'on le trompe et le déçoit.

La pathologie abrégée qui suit ne donne que quelques symptômes de la pathologie courante.

 

31.  La pathologie des décideurs publics

A. La présomption et le mépris

C'est un travers qui sévit surtout dans les grands services publics, forts de leur puissance, de leur utilité générale, du peu de prise que peut avoir sur eux, une partie de l'opinion hostile. Ils n'encourent que le risque que le gouvernement les lâche en route. Or quand ils annoncent la couleur de leur projet, le gouvernement s'est prononcé sur l'opportunité; s'il recule, il perd la face.

La mise en oeuvre et l'application ‑ pour des raisons de coûts et de délais ne s'agencent pas toujours bien avec une vraie concertation sur les modalités.

Or ce devrait être le contraire. Les plus puissants décideurs devraient donner l'exemple d'écoute, d'information, de récupération des idées. Ils n'en donnent pas toujours l'impression. Cette ambiance accrédite l'idée que les procédures ne sont qu'un simulacre, même si c'est faux, d'autant que les insatisfaits profonds ( et il ne peut pas ne pas y en avoir  ) ne savent dire que cela.

Le mépris est dans le silence. On ne fait parler que les mécontents. Les décideurs, entrant rarement dans les débats publics, n'osent pas river leur clou à ceux qui disent n'importe quoi. Le pouvoir ne souhaite jamais envenimer le débat. Sa poltronnerie ressemble à du mépris, même s'il n'y en a pas.

 

B. La poltronnerie

Elle existe en tant que telle également.

Il faut être sûr de soi, compétent sur le sujet, capable de communiquer pour affronter les malheureux ‑  qui ne demandent rien‑ qui vont subir la décision d'urbanisme ou d'équipement susceptible de bouleverser leur vie tranquille, à tel endroit, et surtout leurs intérêts.

Il faut du courage et croire en ce qu'on fait pour engager une vraie concertation avec ces gens là, sur les modalités.

Le courage et la foi ne sont pas la qualité majeure et la plus courante des autorités.

Et à la limite, quel confort de respecter les rites imposés par la loi, si elle vous dispense d'aller au coeur de la mêlée.

Je serai prêt à faire grâce au législateur s'il avait légiféré comme il l'a fait depuis dix ans, avec cette arrière pensée de lâcher l'ombre pour garder la proie mais ce n'est pas le cas.

 

C. La décentralisation. facteur décisif de régression de la concertation

Une thèse entière pourrait être consacrée à ce thème. Nous ne citerons que les têtes de chapitre, piste pour les chercheurs à même de braver le terrorisme intellectuel courant mais général, car la décentralisation est, selon le conformisme habituel, une grande oeuvre qu'il faut révérer.

On n'évoquait encore récemment les méfaits de la décentralisation dans ce domaine qu'entre gens de bonne compagnie, jamais aux tribunes mais quelques bouches osent aujourd'hui s'ouvrir. Dans un débat récent, le Premier ministre lui-même lui a imputé une part de responsabilité dans les progrès de la corruption. Quel aveu !

 

D. La régression dans les organes démocratiques eux-mêmes

Quand l'exécutif, fût-ce dans son coin, tout seul, s'est prononcé sur l'opportunité, sa majorité suit. Ecouter l'opposition, lui faire des concessions, c'est perdre la face. C'est pourquoi il a fallu ,dans la loi du 6 janvier 1992, renforcer les droits de l'opposition à être informée et à intervenir

La régression dans les méthodes de l'État

Comment pratiquer une concertation convenable quand l'État ne dispose que de deux ou trois mois pour porter à la connaissance tout ce qu'il veut faire valoir, dès que l'établissement d'un document d'urbanisme est prescrit ? Avec la décentralisation, on est revenu au régime de l'oukase. L'Etat notifie ses exigences aux Collectivités mais on n'a pas osé employer le mot autoritaire de “ notifier ”

Et pourquoi se fatiguer à réfléchir aussi rapidement quand par la voie de Projet d'intérêt Général, le P.I.G., l'État peut imposer n'importe quoi, sans la moindre obligation de se concerter avec personne ou de concilier les antagonismes sectoriels et les antagonismes territoriaux ?

Le repli sur soi

On en arrive ainsi à cette effarante conclusion que chacun se réfugie dans ses logiques internes:

L’Etat devient champion de l'improvisation.

Le Département, bien gentil, reste le champion du suivisme; I1 agit quand tout le monde est d'accord. I1 l'était déjà, avant avec la décentralisation, il l'est un peu plus mais il sait parfaitement tenir les communes avec ses subventions.

Les agglomérations, livrées à leurs luttes tribales, sont championnes de l'impuissance.

Les Communes sont championnes en égoïsme mais on les comprend. C'est leur rôle. Ce sont les autres qui faillissent à leur mission.

Les autorités ne sont cependant pas les seules à être coupables et irresponsables

 

32.  La pathologie des citoyens

Ils s'associent volontiers pour faire impression de masse et curieusement ils font ainsi très souvent illusion. Ils font preuve de réflexes stéréotypés dont les plus courants sont les suivants.

"On n'a pas été informé." Même si la décision incriminée est annoncée depuis dix ans dans un document d'urbanisme; même si l'autorité n'a qu'une compétence liée pour la prendre comme il se doit pour un vulgaire permis de construire. Le citoyen, qui ne cherche généralement pas à être informé, veut être informé avant quiconque de ce qui peut le déranger. Et d'exiger des mesures juridiques en ce sens au bénéfice de l'entropie, comme la publicité des demandes de permis de construire. Certains exigeaient même la publicité des demandes de certificat d'urbanisme et leur affichage sur le terrain !! J'ai tort de citer cet exemple, il peut faire resurgir l'idée mais nous sommes ici entre gens raisonnables.

L'information fournie n'est jamais satisfaisante: On l'a dit. Trop vague ou trop précise (ficelée) ....

Dire n'importe quoi. C'est un grand principe tactique. I1 en reste toujours quelque chose. La presse répète volontiers les absurdités et l'autorité ne dément pas. I1 faut ainsi annoncer l'apocalypse et faire peur. Elever le débat, s'en prendre aux fondements de notre économie et de la société. Enrober son égoïsme territorial, son goût pour la tranquillité, ses animosités personnelles ou politiques, dans la générosité des grandes causes de l'environnement. Vouloir des transports publics quand on fait une route, et s'en prendre aux besoins de l'homme contemporain de se déplacer, quand on fait des transports publics etc.... Rares sont pourtant ces partisans de l'immobilité qui ont brûlé leur permis de conduire.

"On ne tient pas compte de mon avis." Refrain habituel. Exact sur l'opportunité car il est vrai qu'on décide encore malgré des oppositions. Bien moins vrai sur les modalités mais les satisfaits, comme toujours se taisent, à désespérer de les écouter et de leur donner gain de cause.

L'inaptitude à s'engager et le devoir de se renier sont également des travers coutumiers. On discute, on comprend, on tombe à peu près d'accord et à la réunion suivante tout repart à zéro, que ce soit dans deux ans ou dans quinze jours, parce que le citoyen qui intervient au nom des autres, ne représente souvent que lui même et parce qu'il est déjugé lorsqu'il revient devant ses pairs.

Pathologie courante avons-nous dit pas générale.

Quand on ajoute cependant les maladresses ou la tactique des autorités à la mentalité banale des individus, la concertation, même bien menée, fait souvent des déçus. Il faut s'en faire une raison.

 

33. Ces décisions révèlent des antagonismes normaux difficilement irréductibles.

Ces antagonismes opposent des intérêts également légitimes et là se trouve la difficulté. Selon la réponse donnée à la question de savoir qui doit être l'arbitre, les modalités de la concertation en découleront mais on ne présente pas souvent les choses de cette façon.

Citons quelques uns de ces antagonismes.

 

A. L'antagonisme entre le sectoriel et le territorial

I1 est classique. Le gros ouvrage (autoroute, T.G.V., prison, etc...) s'inscrit toujours quelque part dans le territoire. Sa raison d'être est de satisfaire un besoin sectoriel, d'ordre supérieur et lointain, inutile directement dans la plupart des cas, à l'espace territorial qui va le supporter.

I1 en va de même des opérations d'urbanisme. Leur remplissage se fait avec des étrangers au territoire de leur stricte assiette. Les détenteurs de cette assiette et de ses environs peuvent n'en avoir que faire. Qui doit trancher et comment ?

 

B. L'antagonisme entre des rationalités différentes

Le conflit est fréquent entre la rationalité technique, la rationalité financière, la rationalité politique, indépendamment de toute préoccupation territoriale.

I1 s'agit là encore de conflits normaux avec les mêmes questions que précédemment.

Il y a d'autres formes d'antagonisme qui dérivent souvent de ces deux principaux mais c'est mentir, quand on parle de concertation, de croire qu'il existe un mode idéal de résolution des conflits en pratiquant la concertation ou je ne sais quoi. S’il faut palabrer et négocier il faut un arbitre qui tranche et il n'y en a plus beaucoup.

 

4. LA STERILISATION DU DEBAT SUR LES MODALITES.

41. Les concertations supercheries.

Par démagogie ou naïveté, on a introduit dans les lois (Code de l'Urbanisme, et Code de l'expropriation) des dispositions trompeuses, présentées comme garantissant un surcroît de transparence et de démocratie dans les procédures.

C'est la loi du 12 juillet 1983 concernant la démocratisation des enquêtes publiques et leur prolifération.

C'est l'article L 300.2 du Code de l'Urbanisme, imposant une concertation préalable à certaines décisions ( loi du 18 juillet 1985).

C'est l'article L 300.5 du Code de l'Urbanisme, imposant à peu près la même chose, dans des conditions confuses, indépendantes de la précédente et se cumulant avec elle.

On allait voir ce qu'on allait voir et on n'a rien vu, sinon moins qu'avant. ( Cf. Article en annexe. "Prolifération des enquêtes publiques et régression de l'état de droit" [1986-03-00---H-PROLIFERATION-DES-ENQUETES-ET-REGRESSION-DE-L-ETAT-DE-DROIT] )

Avec ce sommet de l'absurdité consistant à soumettre à enquête publique quelque chose alors qu'il n'y a, à l'issue de l'enquête, aucune déclaration d'utilité publique. C'est l'enquête dite Bouchardeau. Or, en fait, cela ne sert à rien, sinon à créer l'illusion à ceux qui ne sont pas contents qu'ils peuvent s'opposer. Tant pis pour eux. Ils ne vous croient pas quand vous leur expliquez mais ils pensent qu'on leur fait un mauvais coup. La même loi, en saupoudrant d'enquêtes publiques plusieurs procédures d'autorisation donne également l'impression que l'autorité doit tenir compte de la consultation alors qu'elle est en situation de compétence liée et qu'elle ne peut refuser qu'en commettant un abus de droit.

La concertation préalable de l'article L. 300.2 impose ainsi une concertation, avant la création d'une Z.A.C., sur un projet qui n'existe pas. C'est louche pour le citoyen. S'il ne voit rien, c'est qu'on lui cache quelque chose, ce qui est vrai et faux à la fois.

La concertation préalable de l'article L.300.5, plus récente, va s'enchevêtrer avec la première et à ce jour nul ne sait comment les deux procédures se combinent.

 

42. La montée de l'entropie

Ainsi avec trois dispositions législatives, prises en dépit du bon sens, sans l'ombre du souci de veiller à l'intelligibilité des procédures, applicables universellement à des objets radicalement différents et hétéroclites qui vont du T.G.V. au permis de construire, selon des critère fantaisistes d'importance, l'entropie juridique et sociale a fait un grand bond en avant :

·Complexité accrue des procédures.

·incertitude sur leur déroulement et allongement des délais.

·Confusion dans l'esprit des citoyens sur ce qu'ils peuvent en attendre

·. Frustration collective de part et d'autre de la barrière du pouvoir

·Enrichissement du contentieux avec sa séquelle de surprises et de discrédit .

 Respect des rites, pour éviter les irrégularités mais ignorance accrue de la nécessité d'un dialogue vrai entre les autorités et les citoyens.

 

43. Le bilan

Il est mauvais. Les "forces de progrès" comme elles se dénomment souvent en se décernant elles-mêmes un brevet de vertu qu'elles ne méritent en rien, ont fait régresser la concertation réelle et nécessaire et ont créé les conditions d'un dérèglement durable dans le fonctionnement des institutions.

 

A. Les risques de la désillusion

Les désillusions contribuent à durcir les conflits.

Les épreuves de force deviennent plus fréquentes sans résultat probant.

Le renoncement peut frapper des décisions utiles ou indispensables ou produire des incohérences.

L'obstination peut favoriser la poursuite des projets défectueux qu'on n'améliore pas car les risques encourus par une modification heureuse peuvent nourrir les débats et armer le contentieux.

Le respect des formes, la peur du juge, la politisation des conflits n'inclinent pas à être intelligent.

Par ailleurs, les “ démocratolâtres ” déçus des mesures qu'on leur a concédées, en redemandent. Et en ces temps électoraux, il faut craindre une poussée de délire en faveur des mesures nouvelles plus démocratiques. Ainsi a-t-on annoncé une énième réforme des enquêtes publiques et ce n'est pas fini.

Ainsi, sans doute, se prépare-t-il de nouveaux textes généraux, aussi impraticables et pernicieux que les précédents. ( 1 )

( 1 ). [ La bêtise a effectivement triomphé dans la loi du 2 février 1995 soit trois ans plus tard]

 

La machine à entropie ne demande qu'à repartir.

Qui l'arrêtera ?

 

B. “ Essentialisme ” ou “ existentialisme ”.

Tout notre échafaudage juridique et intellectuel dans le domaine de l'aménagement est de nature "essentialiste". L'essence y précède l'existence. Cette conception présuppose une vue d'ensemble cohérente avec laquelle les décisions subordonnées doivent être compatibles. La hiérarchie de normes, au moins jusqu'en 1983 était à peu près claire. Le P.O.S. devait être compatible avec le schéma directeur, les D.U.P. respecter  schéma et P.O.S. etc... et là où le système existait et fonctionnait, les grands débats sur l'opportunité pouvaient être considérés comme tranchés en matière de grandes orientations d'aménagement et d'équipement.

Sans doute n'avait-on pas tout résolu; du moins pouvait-on avoir le sentiment que la sécurité juridique, tant des autorités pour leurs décisions que des citoyens pour le destin de leur environnement, était à peu près assurée. Ici, l'espace était promis à des mutations; Ailleurs, son état actuel était à peu près stabilisé. Les études plus fines, avant les décisions de réalisation n'interdisaient pas certains débattements, des modulations et donnaient un objet à la concertation sur les modalités, car il y a rarement une unique solution.

On pouvait espérer raisonnablement consolider le système, l'étendre, l'appliquer pleinement et y introduire plus de démocratie et de concertation. Nous y reviendrons.

Ce n'était pas génial mais conforme au bon sens.

Un premier symptôme "d'existentialisme" est apparu avec la loi de 1976 relative à la protection de l'environnement.

“ L'existentialisme ” se manifeste quand l'existence précède l'essence et que la décision n'est plus subordonnée à une vue d'ensemble, aussi cohérente que possible, mais doit pour exister, être soumise au verdict démocratique. Le projet, dans ces conditions, peut subir les pires débattements puisqu'il est l'occasion d'un examen en soi. L'espace est totalement ouvert à toutes les variantes. Pour beaucoup, l'étude d'impact avait cette finalité. On fait table rase du passé, et l'examen de la partie (une Z.A.C., une D.U.P. importante) conduit à revoir le tout, au détriment de la sécurité juridique bien sûr.

Avec les lois de la dernière décennie, ce penchant à l'existentialisme s'est largement développé dans les esprits en accréditant l'idée que le débat sur l'opportunité et la localisation était permis. Sinon pourquoi renforcer les dispositifs de concertation si tout est figé depuis longtemps ?

Ainsi assiste-t-on à l'évolution parallèle de deux systèmes contradictoires: l'un de nature essentialiste et le juge ne se prive pas de sanctionner les écarts; l'autre de nature existentialiste selon lequel la décision devrait être le produit d'une concertation aussi préalable qu'ouverte sur l'espace, pour conserver tout son sens et qui conduit à commettre des écarts qu’il ne reste plus qu‘à faire sanctionner.

Pas plus les légistes que le législateur ne semblent conscients qu'il faut choisir si l'on veut endiguer l'entropie et les frustrations

 

5. L'UTOPIE REALISTE.

On ne peut en rester à ce triste bilan qui laisse penser qu'il n'y a pas la moindre perspective s’il y en a, mais soyons sans illusion, c'est à trois conditions.

 

51. Accepter les déchirements et les antagonismes

Il faut dire et répéter que les décisions d'urbanisme et d'équipement sont inévitables et douloureuses; qu'il n'y a pas de moyens miraculeux d'y échapper; qu'il n'existe que des analgésiques et des compensations, plus ou moins satisfaisantes, à la douleur et aux dégâts. Ne laissons pas croire le contraire, ni l'espoir que la Solution sortira de la concertation. Précisément la concertation doit être conçue comme un analgésique et un moyen de mieux déterminer les compensations ou de réduire les antagonismes.

Il faut accepter cela, sans gaieté de coeur,. mais l'accepter au lieu d'entretenir les illusions, d'aller rechercher en Helvétie ou chez les Papous ,des modèles qui ne conviendront jamais à notre pays.

N'essayons pas non plus, par la loi, de réformer les esprits et les mentalités, idéal suprême ou suprême pensée des marchands d'utopie.

Si le législateur terrorisé n'écoute que les “ démocratolâtres ”, il fabriquera un peu plus d'entropie.

Or justement, il faut réduire l'entropie pour redonner vie à une vraie concertation sur les modalités. Il faut délivrer les autorités du respect des rites pour leur redonner la foi.  Il faut donc abroger les dispositions entropiques. Il faut également restaurer l'autorité et la supériorité morale.

 

52. La restauration de l'autorité et de la supériorité morale

L'autoritarisme, c'est l'autorité sans la supériorité morale.

La restauration de l'autorité passe par conséquent par la régénération des outils et des pratiques de l'aménagement par les décideurs publics et la conviction qu'on dispose de bons instruments, car ils le sont, même s'il faut les remettre à neuf, pour la plupart.

Cette régénération commence par celle de l'État, qui doit donner l'exemple dans ce qui relève de lui et oser parler, autrement que par loi interposée, aux collectivités locales, premières responsables de l'aménagement. I1 faut la supériorité morale pour parler mais l'État l'a perdue. Ses interventions actuelles (contrôle de légalité notamment) sont perçues comme des manifestations d'autoritarisme à contretemps.

Cette régénération qui concerne le contenu de l'aménagement et ses décisions, s'applique également à la façon de dialoguer entre l'État, les collectivités et les citoyens. Or le contact est aujourd'hui souvent rompu. I1 faudrait bien qu'il soit rétabli tant les individus ont besoin de propos clairs et conséquents, égarés qu'ils sont dans l'entropie. Ici ou là, d'ailleurs, des agents de l'État se mêlent ainsi de ce qui ne les regarde pas ou acceptent qu'on fasse appel à eux. Un mot d'ordre clair et courageux du gouvernement ne peut y suffire en raison de la décomposition profonde des services publics mais il y a certainement en eux plus de ressources et d'énergie endormies qu'on ne croit.

I1 reste également à mettre les collectivités devant leurs obligations. On ne leur a pas transféré des compétences en ce domaine pour qu'elles se comportent comme autant de républiques insulaires autonomes.

C'est la raison pour laquelle il faut restaurer le schéma directeur au lieu de préparer son déclin par des directives territoriales d'aménagement, exposées elles-mêmes à l'entropie.

C'est par cette voie que la supériorité morale reviendra, que les autorités oseront reprendre le chemin d'une concertation vraie sur les modalités du contenu de leur décision. Mais seule la présence de l'État aux côtés des collectivités locales est de nature à réduire la stérilisation de la concertation provoquée par la politisation des débats locaux. Encore faut-il que les ramifications locales de l'État n'apparaissent pas autant comme des créatures au service d'un gouvernement temporaire. I1 faut qu'elles redeviennent ce qu'elles n'auraient jamais dû cesser d'être, des représentants de la cohérence et de la rationalité. C'est une autre condition de leur supériorité morale.

 

5.3. La diversité nécessaire des modalités de concertation

Cette observation a un caractère plus technique.

La manière de dialoguer, d'abord entre l'État et les collectivités, ensuite entre les autorités quelles qu'elles soient et les citoyens ne peut pas être enfermée dans le carcan simpliste et grotesque des dispositions actuelles.

Chaque décision d'urbanisme ou d'équipement implique un régime spécifique et adapté. Le régime ne doit pas être fixé par des textes normatifs si l'on veut éviter qu'il n'y ait que des rites et jamais la foi.

Quel rapport y a-t-il entre une grande infrastructure nationale, un schéma directeur, un P.O.S., une Z.A.C., une D.U.P. très locale pour une école ou un gymnase ? Aucun, sinon qu'il y aura des dérangés, sinon qu'il faut s'expliquer avec les citoyens sur le pourquoi et le comment, récupérer leurs idées, apporter les compensations possibles à leur dérangement.

Il faut que l'obligation d'informer et d'écouter ne soit pas juridique mais sociologique et elle le devient quand les autorités sont sûres d'elles, osent sortir de la tranchée, ont recouvré une certaine supériorité morale, savent ce qu'elles veulent et ce qu'elles font.

J'ai le souvenir d'avoir étudié avec la Commune et des habitants onze variantes du tracé d'une déviation avant que le P.O.S. ne soit rendu public. C'est un peu beaucoup sans doute, mais en ce temps-là il y avait un arbitre. J'aurais d'autres exemples à citer bien plus difficiles. On parvient à des résultats pourvu que l'on n'apparaisse pas aveugle et que l'on s'exprime avec détermination et humanité. Quiconque intervient dans l'aménagement ‑ élu ou fonctionnaire ---a des chances d'y parvenir même si c'est difficile mais il faut qu'ils soient ensemble; Les deux légitimités se complètent devant les gens. [ même s’ils expriment des points de vue différents]

Si j'avais à légiférer ou à réglementer, je ferais peu de chose. J'examinerai, procédure par procédure, ouvrage par ouvrage, les bonnes modalités d'introduire une seule obligation, celle d'afficher un dossier avant l'engagement de l'enquête publique de manière à pouvoir modifier librement le projet sans être tenu par le formalisme ultérieur, qui empêche quelquefois de faire mieux parce qu'on a peur du contentieux. En matière d'autoroutes interurbaines, le système est assez bon

L'enquête publique, si souvent décriée, est nécessaire et parfaite (à l'exception du nombre insuffisant de commissaires-enquêteurs et de leur dérisoire rémunération ). Par son formalisme rigoureux, elle permet d'enregistrer les ultimes observations. Elle prend acte des oppositions, des réserves et plus rarement des attitudes favorables. Elle est la phase consignée de la concertation. On ne peut pas s'en passer et il n'est pas honnête intellectuellement de laisser croire, qu'en la réformant, on peut en tirer plus. En revanche, il faut supprimer les enquêtes publiques génératrices d'illusion. On a deviné lesquelles.

 

5. CONCLUSION

L'entropie n'est pas une fatalité mais il faut avoir le coeur bien accroché pour le croire ou croire aujourd'hui que le bon sens reprendra le dessus.

La concertation vraie peut entrer largement dans les moeurs si on veut bien ne pas la transformer en rites obligatoires dépourvus de signification pour les autorités comme pour les citoyens.

Le recours à la loi doit rester très subsidiaire. La pratique du dialogue doit avoir le dessus.

Cette façon de voir a naturellement l'inconvénient d'exiger de réels efforts de la part de tous et peut-être l'insurmontable handicap de priver un ministre du plaisir ineffable de sécréter sa loi sur le sujet ‑ une de plus ‑ sans se soucier de l'ENTROPIE.

 

Antoine GIVAUDAN

12. 12. 92