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URBANISME ET AOC

 

CONGRES DE BANDOL

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

 ( LE 1ER SEPTEMBRE 1994 )


 


( Cf.[1995-11-00---H-ESPACES-NATURELS-ET-DEVELOPPEMENT-URBAIN])


ORIGINE ET DESTINATION

Des vignerons du terroir de Bandol m’avaient demandé, à l’occasion de l’organisation du Congrès des vins d’appellation contrôlée, de présenter une communication relative aux moyens de l’aménagement pour mieux utiliser l’espace et éviter d’affaiblir la viticulture, en quelque sorte assiégée par une expansion démographique qui grignote le vignoble, tentée par les prix avantageux offerts par les utilisateurs urbains. ( Cf. #1300# ). Contrairement à des discours convenus, le développement urbain sévit encore dans certaines régions.

L’insouciance communale, accusée par la décentralisation et l’indifférence de l’Etat à ces questions d’un autre âge, ne laisse rien augurer de bon. On verra dans 25 ans si certaines de mes hypothèses seront vérifiées. En tout cas, en cinq ans il ne s’est rien passé qui laisse penser à une réaction utile à la protection durable du vignoble quand il est morcelé.

Quoi qu’il en soit, la circonstance m’a permis de me livrer à une analyse assez fine de la situation locale à partir des POS , si médiocre soit leur rapport de présentation, quinze ans plus tard ( Cf.[1978-12-18---H-LA-MISERE-DES-RAPPORTS-DE-PRESENTATION]). L’élixir de la « décentralisation créatrice » n’a pas apparemment laissé de traces dans l’œuvre de ces malheureux élus du VAR exposés à la Tentation, qui n’affectionnent vraiment que la zone NB. Quant à l’Etat, mi cul de jattes, mi manchot, aussi châtré dans ses services locaux que centraux, il faut prier d’abord qu’il ne fasse plus rien car s’il agit il faut s’attendre à tout et à n’importe quoi. On en a un avant-goût par les lois qu’il prépare consistant sur un point qu’évoque mon rapport, à supprimer le COS et son transfert devenu bête noire des « ignorantins » et symbole vieilli des « trente glorieuses » qui expliquent tout quand on n’a rien à dire et qu’on est bon à rien.[ Le COS a finalement survécu mais un peu estropié par les « ignorantins » en mal de singularité. AG. 15/06/2001 ]

Mon petit rapport, sans être original, appelle simplement à regarder les choses de l’espace local en y mettant un peu d’imagination. Les milieux agricoles, avec leur LIVRE VERT, en avaient fait autant. L’administration de l’urbanisme s’est dépêchée d’en faire du papier brouillon.

 

les intertititres sont de l’éditeur

 


PROGRAMME

DU

CONGRES DES TERROIRS

 

BANDOL

 

JEUDI 1ER SEPTEMBRE 1994

 

8h30 Accueil des participants (P. 6)

9hOO Ouverture des journées par le Conseil Général du Var

 

AGRICULTURE ET AMENAGEMENT DU TERRITOIRE DANS LE VAR

 

Allocution d'Hubert Falco Député-maire de Pignans,

président du Conseil Général du Var

Allocution du Dr Arthur Paecht Député-maire de Bandol,

président de la Commission Aménagement du territoire du Conseil Général, président d'Echovar

 

Début des travaux:

Intervention de Jean-Daniel Ott, président du Congrès

Pierre Bonte. animateur

 

9 h 40 La viticulture varoise dans la gestion des documents d'aménagement.

Prise en compte de la loi "Littoral"

Hervé Goutalier, directeur départemental de l'Agriculture et de la Forêt

 

10 h 10 Le Livre Blanc de l'agriculture des Pays du Bandol: une agriculture en danger ?

Claude Bonnet, Président de la Chambre d'Agriculture du Var,

Président du Syndicat des Vignerons du Var

et Bernard Fanton, adjoint à Henry De Michely, chef du service Aménagement

et Gestion de l'Espace à la Chambre d'Agriculture

 

11 h 00 Débat

animé par Pierre Bonte,

l'Association "Les Vins de Bandol", avec la participation des maires

 

12hO0 Le terroir AOC Bandol, révélateur des problèmes des AOC de France

Antoine Givaudan, inspecteur général de l'Equipement

 

 

14 h 00 Approche scientifique et juridique des AOC en France

Marie-Hélène Bienaymé, directrice adjointe de l'INAO

 

14 h 40 Evolution de la jurisprudence en matière de protection des AOC

Me Jacques Lachaud, avocat honoraire,

professeur à l'institut des Hautes Etudes de Droit rural

 

15 h 20 Débat

16 h 00 Approche paysagère de la notion d'AOC en France

Jean Cabanel, directeur du bureau de la Nature et des Paysages,

ministère de l'environnement

 

Vendredi 2 Septembre 1994

9 h 00 La prise en compte des AOC dans les documents d'aménagement en France

Patrick Hocreitère Conseiller technique à la DAU, ministère de l'Equipement

 

10 h 00 Exemples de protection accrue des terroirs

En France: le transfert de droits à construire. Les exemples de Lourmarin et de La Cadière

par Claude Henry, professeur à l'Ecole Polytechnique à Paris

Me James, notaire à Loumarin

 

En Suisse: lois fédérale et cantonale d'aménagement du Territoire (Vaud-Valais) et la protection du vignoble suisse

par Nicolas Mettan, économiste

 

11 h Débat

11 h 40  Tribune libre animée par Antoine Givaudan avec les interventions:

de Jérôme Quiot président de l'INAO

de Robert Tinlot directeur général de l'OIV

 

14h30 L'avenir des AOC, de l'agriculture et de la ruralité à l'horizon 2015

en termes économiques

par André Grammont Directeur de la DERF ministère de l'Agriculture

en termes d'aménagement du territoire

par Gilles Dautun Conseiller à la DATAR

 

16 h 30 Débat:

 

propositions de résolutions par Jean-Claude Helin

Résolutions

 

Conclusion

par Jean-Daniel Ott

 

L'ESPOIR AU BOUT DU RANG...

par Claude Bonnet


LES PAYS DE BANDOL AUJOURD'HUI

QUE SERONT-ILS DEMAIN ?

 

 

ANTOINE GIVAUDAN

Inspecteur Général de ['Equipement

 

 

L’ouest varois, comprenant dix communes ( Ollioules, Sanary, Bandol, Saint-Cyr-sur-Mer, près du littoral, Evenos, Le Beausset, Le Castellet et La Cadière d'Azur, à l'intérieur, Signes et Riboux plus au nord ), malgré des contrastes extrêmes, constitue un tout dont l'avenir sera marqué par le développement urbain comme il l'a été durant les trente dernières années, puisque la population est passée de 27.500 habitants en 1962 à 55.000 en 1990.

Mais l'Ouest Varois est aussi un vignoble de 2.400 hectares, bien connu maintenant sous l’appellation Bandol.

Ce vignoble ( et si nous parlons essentiellement de lui, ce n'est pas parce que nous considérons pour négligeables les autres activités agricoles qui occupent encore 600 hectares ) n'est pas présent sur Signes et Riboux. Et pourtant, ces deux communes doivent être présentées dans les réflexions, l'une parce qu’elle peut accueillir un pôle d'activités économiques, le seul de l'ouest varois et l'autre parce qu'elle illustre, avec 16 habitants et une situation géographique enclavée, les écarts étonnants qui peuvent se produire à quelques kilomètres du littoral.

De plus, géographiquement l'Ouest Varois constitue un tout, de la Sainte-Baume à la mer, avec ses paysages contrastés et doux, de collines boisées, de culture de vignes et d'oliviers, de villages perchés et de ports de plaisance vivants. Mais il constitue un tout car ce qui se produit ici, retentit souvent à côté, bien qu'on ne s'en aperçoive pas immédiatement.

L'autoroute A50, la RN8 et la voie ferrée desservent cet ensemble et le mettent à 20 minutes de Toulon et à 30 de Marseille. Un aérodrome, sur le plateau de Signes et du Castellet peut encore ajouter à son équipement.

Le vin de Bandol, le circuit Paul Ricard et le tourisme lui donnent une certaine notoriété nationale.

C'est dans ce contexte, bien sommairement décrit, qu'il convient d'apprécier l'avenir d'un petit pays plein de charme et, plus particulièrement, l'avenir d'une viticulture dynamique et de qualité, exposé aux effets redoutables d'un développement urbain probable, plus encore peut-être qu'elle ne le fut par le passé.

Aussi, cette communication comprendra-t-elle trois parties:

·La première, présente des constats et des hypothèses.

·La seconde s'efforcera de délimiter le champ des "démarches locales", tant dans le domaine de l'aménagement urbain que de l'action agricole.

·La troisième tentera de cerner la façon d'améliorer les moyens d'action pour mieux armer les acteurs locaux.


1. CONSTATS ET HYPOTHESES

Si la géographie peut constituer un tout, l'action des Pouvoirs Publics, dans l'aménagement de l’espace, vient essentiellement des communes. Aussi pour décrire, fût-ce de manière simpliste, la géographie de l'évolution de ce territoire, faut-il agréger des données et actions communales.

 

1000 HECTARES

VONT DISPARAITRE

 

11. Evolutions récentes et hypothèses pour l'avenir

Les sources de notre information proviennent essentiellement des rapports de présentation des POS et du Livre Blanc de l'agriculture.

Les évolutions récentes se résument en quelques chiffres arrondis, pour nos dix communes.

Population permanente

1962  27.500 habitants

1982  45.300 habitants

1990  55.900 habitants

Soit plus de 10.600 habitants en 8 ans, soit plus 23 % . C'est beaucoup.

Emplois pour les huit communes du vignoble

1982  14.464

1990  18.738

Soit plus de 3.700 emplois en huit ans, soit plus de 25 %.

Mais, seulement 867 travaillent dans les communes du vignoble. Région heureuse certes mais région dortoir. Cela n'a rien de déshonorant mais ne va pas sans conséquence.

Signes, en revanche, offrait en 90 plus d'emplois ( plus de 500 ) qu’elle n'a d'actifs chez elle.

                                    Logement      Parc en 1982  32.153 logements

                                                Parc en 1990  42.609 logements

Soit plus de 10.400 logements, soit un accroissement de 32,5 %.

Autant de logements en plus que d'habitants nouveaux. Voilà qui résume l'attrait du pays pour des résidences secondaires puisque 5.400 logements, ( plus de la moitié du parc nouveau ), leur sont destinés.

 

[ On retrouve la statistique classique ( population ; logement ) dans les tableaux N° 1, 1 bis et 2 ]

 

On n'a rien trouvé sur la consommation d'espace par l'urbanisation car nul ne semble s’attacher à la connaître, à la mesurer ou à l'estimer. Il a fallu le Livre Blanc de l'Agriculture, en 1990, pour en avoir une idée, au travers de la perte de 523 hectares de surface agricole utile.

Mais ce chiffre ne couvre qu'une partie de l'espace devenu urbain et je l'estime moi-même un peu supérieur à près d'un millier d’hectares. Le Livre Blanc signale que 753 hectares auraient changé de camp, vers l'urbanisation, sans que le détail ne soit connu.

Il faudrait disposer régulièrement du TABLEAU N°5 dûment renseigné. Ce serait un indicateur précieux surtout si on disposait de données plus fiables sur les capacités disponibles.

 

[ Mais notre administration a l’esprit trop ailleurs pour prêter intérêt à ces faits subalternes, ce qui en dit long sur ses dispositions d’esprit et sa qualification. AG. 15-12-1999]

 

De même, le rythme de construction est très pauvrement décrit, or ce devrait être un élément central, à l'occasion d'une révision de POS, car la plupart des révisions globales sont provoquées par l'insuffisance des terrains à bâtir disponibles.

On ne trouve, non plus dans les POS, rien de global et de cohérent sur la fréquentation touristique. Seul le Livre Blanc ouvre quelques fenêtres sur la "nébuleuse touristique". Et si on connaît à peu près les résidences secondaires, c'est grâce à l’INSEE à condition de prendre la peine de faire les additions soi-même.

Sur l'économie et les activités, les informations connues restent très sommaires. La connaissance, par les Pouvoirs Publics, de leur pays et de son devenir profond, ( que l'on peut saisir au travers de ces différentes évolutions objectives ), est essentiellement intuitive, superficielle et limitée à leur strict territoire.

La vue d'ensemble n'est nulle part, j'ai du l'établir moi-même et je peux dire qu'on peut en tirer beaucoup plus que ce que j'ai fait. Mais le constat objectif et parlant est bien là: En huit ans, il y a eu, en chiffres arrondis, 10.000 habitants de plus et 10.000 logements de plus, dont la moitié de résidences secondaires.

 

12. Hypothèses pour l'avenir et prévisions de capacité d'accueil des POS

Pour aménager l'espace, il faut faire des prévisions et comme on n'est jamais sûr de rien, il est préférable de parler d'hypothèses. Ces hypothèses qui tiennent compte de tout ce que l’on sait, de tout ce qu'on souhaite de positif ou imagine de négatif, mettent en évidence les démarches à préparer pour agir le moment venu. Cette façon de faire n'a rien d'original, elle s'impose en aménagement, au stade communal et intercommunal car un événement ici retentit ailleurs. Or, il y a peu de traces de cette démarche dans les POS que j'ai vus et aucun embryon d'une réflexion d'ensemble pour l'ouest varois. C'est dommage et dommageable pour tous.

 

121. Hypothèses pour l'avenir

II en est une qui s'impose et s'imposera, notons volons, à tous, il en est d'autres qu'il ne serait ni coûteux, ni difficile de faire, ne serait-ce que par curiosité.

L'hypothèse inéluctable est celle de la croissance démographique de l'ouest varois. Aucun facteur qui aille en sens contraire n'est, à ce jour, décelable.

Le développement démographique

Le développement démographique du Var tout entier est chose attendue. L'ouest varois en prendra sa part et sa position; et ses avantages, entre Marseille et Toulon, ne peuvent que le conforter dans sa vocation de pays dortoir, au plan local, et de terre d'élection de résidences secondaires au plan régional ou plus larde encore.

Un développement du tourisme et des activités économiques exigerait plus d'efforts et d’imagination de la part de ceux qui en ont la charge.

On a cité le chiffre de 500.000 habitants de plus dans le Var, vers 2015 et 50.000 de plus pour l'ouest varois. A 10.000 près c'est sans importance et à 10 ans près ça ne l'est pas plus. Ces grands mouvements ont des hauts et des bas, des accélérations et des ralentissements. Toutefois, une chose est sûre, les forces qui poussent les gens vers nous sont puissantes et profondes et les atouts apparents du pays aussi. L'évolution démographique ne s'inversera donc pas de sitôt.

Or, 50.000 habitants de plus, à 500 m2 par habitant, c'est 2.500 hectares, ou si vous préférez c'est 18.000 logements de plus; à 1.000 m2 par logement c'est 1.800 hectares mais à ce chiffre s'ajoutent alors les besoins en espace, liés aux emplois induits et aux équipements collectifs.

Si la résidence secondaire est toujours attirée par le pays ( et on ne voit pas de raisons sérieuses pour qu'elle ne le soit plus ), il faut ajouter la consommation d'espace qui la concerne. ( Je fixe arbitrairement à 500 hectares le besoin, ce qui est plutôt peu ).

Sans doute le rythme de la croissance 1982-1990, 10.000 habitants de plus et 10.000 logements de plus, pour prendre des chiffres ronds, ne peut-il se poursuivre longtemps. Si c'était le cas il serait facile de faire les calculs.

En conclusion, le développement démographique admis, exigera 3.000 hectares au moins.

En vingt ans, il faut en moyenne 150 hectares par an et en trente ans, une centaine.

Concentré sur neuf communes, car Riboux, si rien n'est fait de sérieux en sa faveur, n'évoluera pas, c'est une dizaine d’hectares par an par commune.

Eh bien ! Dix hectares, dans des communes de grandes superficies, ça ne se voit pas. Ça se voit d'autant moins qu'on ne sait rien de ce qui se consomme réellement, puisque ce n'est un souci pour personne. Si cela en était un, on aurait des TABLEAUX N°5 partout, dans les POS.

 

Le développement économique

On le mesure à travers les emplois nouveaux créés quelque part.

On distingue traditionnellement les emplois fondamentaux et les emplois induits:

Les emplois fondamentaux sont le fait des entreprises qui, s'implantant ou se développant, attirent une population nouvelle et puisent aussi dans le bassin d'emploi local. Ces emplois apportent une richesse supplémentaire et, s'il y en a, ils contribuent à la richesse et au caractère du pays.

Les emplois induits sont ceux qui résultent des besoins d'une population donnée: services publics, commerces de proximité, petites activités tertiaires, artisanat, bâtiment et travaux publics.

Les emplois fondamentaux, créent des emplois induits alors que les emplois induits n'en créent pas. Mais si la population s'accroît, les emplois induits augmentent mécaniquement.

Je rappelle ces évidences car toutes les hypothèses, de développement économique qu'on est amené à faire dans une étude d'aménagement, partent de là.

Or, à cet égard les rapports de présentation des POS sont quasiment muets. Ils mentionnent des évolutions passées et font généralement silence sur l'avenir. Et c'est normal. Des hypothèses, en la matière, sont dépourvues de sens pour une commune, même de 10.000 habitants. Elles n'en prennent un que pour un territoire plus vaste, regardé comme un tout avec des potentiels et des interactions qui deviennent visibles alors qu'ils ne le sont pas, éclatés en morceaux territoriaux plus petits.

Ces hypothèses, hautes et basses car on peut en faire plusieurs exprimées ( voir TABLEAU N°6 ) en emplois et en m² de plancher, débouchant sur, des besoins en hectares et des localisations rationnelles ( voir tableau N°7 ), ( car on ne crée pas des pôles d'emplois n'importe où ), et des exigences à satisfaire ou à arracher pour qu'ils viennent. La réflexion prépare au combat pour les obtenir

Le seul pôle d'emplois fondamentaux de l'ouest varois est la zone d'entreprise de Signes. Il ne semble pas qu'on puisse en imaginer un autre ailleurs. Or, c'est plutôt mal parti; il inspire du scepticisme, semble étranger à la plupart des communes, ne leur rapportera rien s'il réussit mais impliquera qu'on loge chez elles les habitants qu'il induira, s'il prend son essor. C'est pourquoi, il faut inclure Signes dans l'aire de réflexion

Le tourisme ( avec les loisirs ), est également générateur d'emplois fondamentaux, s'il est un tourisme moderne. Ce n'est que très partiellement le cas. Or, une politique touristique ambitieuse ne peut pas être communale même si les espaces touristiques nouveaux sont toujours dans une commune

L'agriculture, à sa manière, fournit aussi des emplois fondamentaux et donne son nom au pays, ce qui est un signe de sa notoriété. Elle en fournit plus de 1.500 dans l'ouest varois. Ce qui est beaucoup. Elle produit donc des emplois induits mais on le souligne assez peu, sauf dans le Livre Blanc bien sûr. Toutefois les questions qu'elle pose concernent plus son maintien et sa sauvegarde que son développement proprement dit qui, s'il avait lieu, ne créerait pas beaucoup d'emplois fondamentaux en plus, reconnaissons-le.

Ainsi, d’hypothèses pour l'avenir de l'Ouest Varois il y en a peu et s'il y en a une, elle ne provient pas d'ici, mais d'ailleurs, d'on ne sait où, c'est une hypothèse subie qui ne concerne qu'un afflux de population nouvelle

 

122. Prévisions de capacité d'accueil des POS

L'exploitation des rapports de présentation des POS fournit des indications précieuses, malgré leurs insuffisances et leur approximation.

La difficulté, quant à la validité de ce qu'ils apportent, tient à la date très variable des révision qui s'échelonnent entre 1986 et 1992. L'addition de données disparates, par leur ancienneté, mérite qu'on les interprète avec prudence.

Ainsi, le POS révisé en 1985 de Sanary, énonçait un chiffre de population de 15.300 habitant pour l'an 2000. Au recensement de 1990, on relevait 14.700 habitants. A ce jour, l'hypothèse 2000 doit être atteinte sinon dépassée. Aussi, a-t-on compté Sanary comme rempli désormais même si ce n'est pas vrai, car, à POS inchangé, Sanary peut continuer à croître et continuera de le faire.

Par ailleurs, l'addition des données recueillies sera comparée aux résultats de recensement de 1990. Cela veut dire qu'aussi bien pour les POS révisés antérieurement que pour ceux révisé postérieurement à 1990, les capacités affichées ont déjà été utilisées, à ce jour en partie ou presque totalement ( Sanary ).

Quoiqu'il en soit, les POS de l'ouest varois parlent, même beaucoup, et peut être sans le vouloir, à l'exception de Riboux qui n'en a pas. Aussi, pour cette commune, avons-nous arbitrairement réparti les 1.348 hectares de son territoire entre 10 hectares de zones urbaines et le reste en zone ND, afin d'avoir un tableau complet ( TABLEAU N° 3 ). Que la commune de Riboux me pardonne cet excès de pouvoir.

Les POS mettent en évidence:


‑ une exiguïté relative des zones urbaines ( 6 % );

 


‑ une insuffisance probable des zones NA ( destinées à l'habitat: 0,74 % ) dans une région en fort développement urbain. Il n'est pas normal que leur part soit aussi modeste;

‑ une surabondance des zones NB, ( 8 %) supérieures aux zones U et NA ; à elle seule, cette proportion caractérise la politique urbaine et les déviations du concept de zone NB.

Plus difficile est de connaître la capacité disponible ‑ ou résiduelle ‑ de ces 6.222 hectares aptes à accueillir l'urbanisation.

La capacité théorique peut être estimée entre 1.000 et 2.000 hectares, dont les zones NB occupent l'essentiel, en offrant d'assez faibles capacités supplémentaires.

La capacité réelle est toujours inférieure car une part importante de la superficie des zones ( qui englobe tout l'espace ) n'est pas utilisable ( domaines publics, terrains inutilisables, etc ).

Les POS sont insuffisants, faute d'une analyse fine faite au moins une fois et ajustée par la suite en tenant compte de la consommation annuelle d'espace.

 

Cette gestion élémentaire du patrimoine foncier ne semble pas intéresser beaucoup de monde puisqu'on ne l'a pas faite.

Que les communes pourtant se rassurent, il en est à peu près partout ainsi dans toute la France.

Des technologies variées, pour la faire, existent mais on ne s'en sert pas: c'est un symptôme qui ne trompe pas.

 

En conclusion, la réalité de la capacité disponible doit être plus proche de 1.000 hectares que de 2.000.

Les tableaux figurant en annexe distinguent tous:

n   les communes littorales,

n   les communes de l'intérieur,

n   les deux communes.


[ Le tableau N° 3 sera détaillé et exploité en tableaux dérivés 3A, 3B, etc   ]

Les densités globales ne sont pas effrayantes.

 

La densité de l'urbanisation qui dépasse 1.200 hab/km² pour le littoral atteint un niveau qui appelle la vigilance. En période estivale, les difficultés apparaissent et affaiblissent l'attractivité touristique.

La densité de l'urbanisation pour l'intérieur (552 hab/km²) ne présente aucun caractère inquiétant.

 

L'agriculture dans l'ouest varois

Les comparaisons sont facilités par le remarquable Livre Blanc qui rassemble d'innombrables données et les met à la portée de tous. Sans lui, elles seraient restées enfouies. Elles ne couvrent toutefois que les huit communes du terroir de Bandol.


La surface agricole utile ( SAU ) a ainsi évoluée en huit ans.

 

 


Les zones NC, des mêmes communes, représentent 4.524 hectares et le Livre Blanc a relevé des erreurs de mesures et explique les causes normales de différence.

Le patrimoine agricole ( le plus exposé par sa position géographique au développement urbain, en comparaison du patrimoine naturel, forêts et maquis, en milieu plus accidenté et non accessible ) est de l'ordre de 3.000 hectares et la viticulture en représente 80 %.

Les zones NC, un peu supérieures, mériteraient des ajustements, selon le Livre Blanc pour réduire des incohérences, il en signale les points sensibles. Enfin, il faut bien mentionner qu'elles contiennent des dispositions sournoises qui n'excluent pas un mitage lent. Les ajustements ne devraient pas trop tarder, sinon le territoire viticole sera un plus grignoté.

Ce patrimoine ne représente que 1/7ème environ des superficies communales des huit communes du vignoble ( 22.100 hectares). Saura-t-on le préserver durablement pour que son activité se développe et contribue à sa façon ( non négligeable ) à la notoriété du pays, à l'économie, à l'emploi, à la vie locale, à la beauté caractéristique des paysages, voire à la protection contre les incendies car il n'y a pas meilleur coupe feu qu'un champ de vignes bien entretenu ? C'est la question qui sera tranchée dans les vingt ans à venir par la décision ou la non-décision.

La décision, c'est une volonté collective de maîtriser le développement urbain.

La non-décision, c'est continuer, comme par le passé, à répondre à la poussée urbaine, en lui ouvrant, tous les 3 ou 4 ans, avec des révisions de POS, les portes auxquelles elle frappe.

La réponse dépend aussi de la capacité disponible des POS, pour l'urbanisation.

 

La Capacité d'accueil disponible des POS

Le tableau en présente la synthèse en habitants et en logements, telle quelle figure dans les rapports de présentation des POS. Elle appelle les mêmes réserves que la synthèse des données sur l'affectation de l'espace urbanisable. Elle est cependant plus complète que  l'approche en superficie dont elle est tirée.

Pour connaître la capacité disponible en hectares, une analyse fine des zones aurait dû être faite, avons-nous dit, pour chaque POS, en exploitant des photos aériennes et le rythme annuel de la consommation d'espace, ce qu'on ignore

Selon nos trois zones, on a les capacités suivantes:

 


 


Si le rythme 1982-1990 était maintenu, la capacité disponible serait consommée avant l'an 2000, en logements.

Avec une bonne connaissance globale du rythme annuel de construction, on devrait savoir où on est en 1994, à mi parcours du recensement. La crise a dû ralentir les choses.

9.000 logements permettent facilement de répondre à un surcroît de population de 20.000 habitants, encore faut-il qu'il n'y ait aucune résidence secondaire.

Or, il n'y a aucun moyen, et c'est normal, d'agir sur la nature des résidences, principales ou secondaires. Le choix relève de leurs seuls habitants. En revanche, les caractéristiques du zonage et de la réglementation les favorisent plus ou moins. Nous sommes précisément dans le cas où elles les favorisent.

En d'autres termes, et sous réserve que ces capacités disponibles soient intactes aujourd'hui ‑ ce qui n'est pas le cas puisque les informations figurant dans les POS sont nécessairement plus ou moins anciennes ‑ les POS du pays de Bandol ne permettent pas, tels qu'ils sont, de répondre à une hypothèse de croissance démographique de 40 à 50.000 habitants en 20 ou 30 ans

Les POS, tels qu'ils sont et la doctrine d'aménagement urbain implicite qui les sous tend portent en eux le gêne de l'extension des zones urbaines ( U ) d'urbanisation future ( NA ) et plus encore d'urbanisation diffuse ( NB ).

De plus, dans l'hypothèse, somme toute heureuse, où des emplois fondamentaux, feraient leur apparition dans l'ouest varois, par exemple dans la zone d'entreprise de 210 hectares de Signes, ce serait encore pire.

Or, quel que soit le scepticisme qui enveloppe l'avenir de cette initiative, ancienne, improvisée à la hâte, commencée tout de même, connaissant actuellement des difficultés financières, rien ne permet de dire, que dans les 15 à 20 ans à venir, la zone en question en restera là. Les retournements de situation ne sont pas rapides mais ils sont dans la nature des choses. Si retournement il y a, Signes conservera les ressources pour elle et provoquera des problèmes ailleurs. Je souhaite bien du plaisir à ceux qui viendront parler de partage de ressources à ce moment-là. Si rien n'est fait de sensiblement différent, on ne donne pas cher de l'avenir de la viticulture. II restera quelques îlots de Bandol, dans une grande nappe urbaine.

 

13. Les pratiques Intercommunales et leurs tendances spontanées

Ici, comme à peu près partout, les communes travaillent entre elles, ont crée des services communs concernant les commodités essentielles, poussées par les nécessités quotidiennes. Elles se connaissent, coordonnent leur action selon les besoins du moment, s'unissent quelquefois pour s'opposer à quelques agressions extérieures ( on pense aux grands équipements qui peuvent les traverser ou se localiser sur le territoire de l'une d'elles), agissent ensemble en fonction de leur vocation naturelle, le littoral par exemple apporte des soucis spécifiques, (ne serait-ce qu'en raison de la loi qui porte son nom ), à l'intérieur, plus rural, le vignoble est très présent dans les esprits, etc.

Aussi, les communes n'ont-elles pas, de très bonne foi, le sentiment que l'intercommunalité, dont on leur rabat les oreilles, est quelque chose qu'elles ignorent. Et elles ont raison. Certes, les choses peuvent toujours aller mieux mais on ne peut pas dire qu'elles soient désastreuses. Et alors? Alors, elles constituent ou constitueront des communautés de communes, puisque la loi, plus ou moins, les y oblige et confieront à ces entités nouvelles des attributions faméliques, ce qui ne changera rien à rien.

 

Principe

de non-ingerence

( Cf. #1999-00-01---H#)

 

Et pourtant, s'il est un domaine où la pratique intercommunale pourrait être utile et ne donne rien, c'est bien celui de l'aménagement de l'espace. En cette affaire, les communes respectent ce principe sacré de non ingérence. Chacun doit rester maître de soi-même, s'il faut bien subir ici ou là, les exigences venant de l'Etat.

La non-ingérence consiste à ne pas juger son voisin. Lorsqu'une commune est consultée, comme la loi le prévoit, sur le POS de ses voisines, elle ne dit généralement rien de mal et ne regarde, ce qui est normal, que ce qui pourrait avoir une incidence négative directe sur certains de ses intérêts.

De plus, chaque commune vit à son rythme. Elle remet son POS à l'ouvrage quand le besoin apparaît et il n'apparaît pas au même moment partout, ce qui est aussi très normal.

La non-ingérence et la réalité conduisent ainsi, à ne jamais réfléchir en commun, à se priver, voire à s'interdire, d'agir en fonction de ce qui se passe ailleurs, parce qu'on l'ignore ou ne s'arroge pas le droit de parler de ce que fait l'autre, mais aussi à ne pas souhaiter avoir à répondre devant les autres de ce qu'on fait chez soi.

Pour ces raisons, le dialogue intercommunal peut être intense et productif sur beaucoup de choses, il n'existe à peu près pas quand il s'agit de regarder ensemble les grands problèmes qui se profilent à l'avenir.

Chose curieuse, devant ces problèmes, l'union ne semble pas faire la force, et chaque commune semble préférer y faire face seule, sans trop se soucier de ce que fera l'alentour.

Or, dans l'ouest varois, sans qu'il soit nécessaire d'inventer de nouvelles institutions pour obliger à se rencontrer des élus qui se rencontrent déjà, je ne crois pas que les communes auraient quelque chose à perdre à mieux s'informer sur les grandes évolutions à venir, à mettre en commun toutes les informations qui sommeillent dans les tiroirs administratifs, à en tirer des conséquences ensemble. Elles feraient des découvertes utiles et y puiseraient des idées

Elles sont enclines à voir dans ces réflexions décrochées de l'action immédiate qui les harcèle, et dont elles ne peuvent esquiver la prégnance, du temps perdu en parlotes stériles. Encore une fois, elles n'ont pas nécessairement tort, car le risque est grand que la démarche prenne cette dérive. Et pourtant...

Toutes ces raisons et le principe de non-ingérence expliquent donc que les POS, établis commune par commune, en fonction de critères partiels, de données approximatives, d'exigences pressantes, d'hypothèses incomplètes répondent aux nécessités, souvent antérieures, intensivement perceptibles au moment où se préparent leur révision.

Avec un certain souci de mesurer leur impact, on calcule approximativement leur capacité disponible. Elle est ce qu'elle est mais pas tellement en rapport avec l'environnement sociologique et économique plus général, ou à venir, ni cohérentes avec des exigences intercommunales mal identifiées.

Entre parenthèse, si la jurisprudence sur le contenu des rapports de présentation qui tend à accréditer le principe que l'insuffisance de ces rapports entachent la légalité du POS, l'avenir peut réserver des surprises.

Or, le rôle et la responsabilité des Pouvoirs Publics sont précisément de répondre à cet environnement général, d'anticiper ses effets s'ils viennent à se produire et si d'aventure ils ne se produisaient pas, à vivre comme auparavant. Le risque n'est pas plus grand que dans le pari de Pascal.

Mais, quand la probabilité est grande qu'ils se produisent, il est impératif de penser autrement puis d'agir, au plan local naturellement d'abord, et si besoin est avec l'appui d'autorités supérieures pour améliorer l'efficacité des moyens disponibles.

C'est ce que nous allons voir tout à l'heure.

 

14. Résumé et Conclusion

La lecture du Livre Blanc, celle des rapports de présentation des POS et quelques conversations amicales et franches, appuyées par une vieille fréquentation du pays permettent donc de dresser le constat

En moins de 30 ans, la population a doublé. En huit ans, elle s'est accrue d'un quart.

Très peu d'emplois fondamentaux ont été créés.

10 000 logements se sont construits en 10 ans, pour seulement ( quelques ) ? habitants de plus, ce qui donne le poids de l'habitat secondaire.

 

10.000

logements en dix ans

 

Les POS ont une capacité disponible inférieure à 10.000 logements nouveaux. Ils offrent de l'ordre de 1.000 hectares à construire.

On peut s'attendre à voir s'établir 40 à 50.000 habitants de plus, soit plus de 20.000 logements, sans pour autant cerner de la même façon la poursuite du développement de l'habitat secondaire et du tourisme, eux aussi consommateurs d'espace.

On n'a pas pris en compte l'hypothèse d'une arrivée significative d'emplois fondamentaux qui amplifierait le phénomène.

Ces seuls éléments mériteraient une mobilisation mentale à moins d'avoir décidé, une fois pour toutes, de s'en remettre à la providence.

Seuls les viticulteurs ont tiré la sonnette d'alarme et ont produit de vraies réflexions, globales, argumentées, raisonnables et dignes. II serait affligeant qu'ils ne recueillent qu'une attention polie de leurs interlocuteurs et partenaires publics.

Les problèmes d'ici, se retrouvent ailleurs, partout où la poussée urbaine, après une accalmie, se reconstitue. Les pays de vignoble seraient donc bien venus de lire dans les terroirs du Bandol ‑ où les phénomènes y sont peut être plus vifs ‑ les risquent qui grèvent sur leur avenir. Si la crise, en effet, tempère le développement urbain quelques années, elle affaiblit d'une autre façon les exploitations agricoles et les rend plus vulnérables, quand la prospérité revient, aux offensives de l'urbanisation

 

2. LES DEMARCHES LOCALES

Ces démarches touchent à l'aménagement urbain et au domaine agricole.

 

21. Dans le domaine de l'aménagement urbain

211. Les trois attitudes devant la perspective de croissance démographique

Devant des perspectives très probables de croissance démographique, par l'afflux de populations extérieures, trois attitudes sont imaginables:

n   ou on refuse le phénomène,

n   ou on le subit,

n   ou on essaie de le maîtriser.

 

Soumission

à

l’urbanisation ?

 

Le refus du phénomène

J'ai connu des communes qui le refusaient carrément, au voisinage de l'agglomération parisienne. Leur POS pouvait peut être accueillir dix à quinze maisons c'est tout. Les gens souhaitaient rester entre eux. Je crois que cette attitude n'est pas dans la culture locale des communes dont nous parlons. Aussi, n'en parlerons-nous plus.

 

La soumission au phénomène

Ce n'est pas une attitude revendiquée. Elle se déduit. Le seul fait d'établir un POS est d'ailleurs le signe qu'on ne souhaite pas entièrement se soumettre. Cette attitude se révèle à la fois dans le contenu des POS et dans le contenu de leurs révisions successives. Si la révision du POS est un événement normal, son contenu révèle, par définition, une certaine politique et si ce contenu consiste à étendre les zones d'urbanisation future et les zones NB, c'est l'indice qu'on a tous estimé le développement urbain susceptible de se produire et qu'on accepte de l'accueillir. La bonne gestion de l'espace commanderait plutôt qu'il y ait des zones d'urbanisation future en quantité convenable, ( ouvertes peu à peu à l'urbanisation, sans révision de POS ), qui permettent de tenir longtemps et des zones NB réduites à leur strict minimum inévitable, correspondant au mitage antérieur au POS. Celles-ci, même si elles sont vastes, accueillent peu d'urbanisation et se remplissent en laissant beaucoup d'espaces inutilisables pour la construction. Leur étendue caractérise une politique.

De ce point de vue, les POS de la région dénotent la soumission à l'urbanisation:

‑ zones NA réduites en général

‑ zones NB très grandes.

 

La Maîtrise du développement

Indépendamment du POS qui doit être établi, de façon aussi convenable qu'on peut, sa capacité d'accueil disponible doit permettre de répondre à des hypothèses de développement clairement fixées et sa gestion adaptée à la fois à ces hypothèses et au rythme réel de la construction nouvelle.

Aussi, la maîtrise du développement implique-t-elle qu'on aille au delà, dans la politique urbaine, de la délivrance de permis de construire et d'autorisations de lotir et que la collectivité locale se manifeste aussi par une Politique foncière.

Quand la poussée urbaine est forte, il faut donc changer de vitesse. Le plus difficile est de passer d'un mode de gestion à un autre. C'est d'abord une question de culture et d'état d'esprit. Sur ce terrain, les évolutions sont lentes. Je ne peux guère en dire plus.

Mais, c'est aussi une question d'information et de moyens des Pouvoirs Publics. C'est ce qu'il faut survoler maintenant, au plan intercommunal et communal.

 

212. Les Réflexions intercommunales sur l'avenir

Elles s'imposent pour avoir, comme nous en avons parlé plus haut: :

·      une vue d'ensemble complète de la situation actuelle. Les informations existent. Le Livre Blanc en fournit beaucoup. D'autres seraient à exploiter. II faut ensuite les faire parler.

·      des scénarios de développement concernant l'habitat et les emplois ( surtout fondamentaux ) avec les impacts évidents ou invisibles et inattendus qu'ils peuvent produire, notamment en ce qui concerne le dimensionnement et la localisation des extensions urbaines nouvelles. C'est ici qu'on retrouve l'agriculture et les finances locales.

·      Les conséquences de ce développement, en matière d'équipements nouveaux ce qui concerne non seulement les communes mais aussi le département, la région, l'Etat... Et on ne peut admettre l'urbanisation en refusant ensuite les équipements, notamment les routes... cas le plus fréquent Je lisais dans la presse du 25 août que la région allait faire un appel à la concurrence de plusieurs communes pour implanter un lycée dans l'ouest varoiscurieuse méthode ;

·      des positions communes pour attirer les emplois fondamentaux. les plus précieux et les plus difficiles à avoir. Ils viennent rarement tout seuls et savent se faire prier ;

·      Une sorte de base théorique, établie à froid, sur le partage de certaines charges et profits à venir, notamment dans le cas où des emplois fondamentaux seraient crées dans l'aire géographique. A chaud, quand ils arrivent c'est plus délicat.

 

Telles sont les conditions essentielles pour tirer dans le même sens. Et à dix communes, on pèse plus qu'on ne croit.

Cela peut se faire sans institutions nouvelles, avec l'aide, pour les études, des services et organismes compétents dans le département. Les résultats pourraient prendre la forme d'un protocole agréé par chaque commune, rendu public. Ensuite chacun en tirerait les conséquences chez soi.

A défaut de décision, du moins saurait-on mieux vers où on va, si on veut y aller ensemble et comment on y va. Est-ce un rêve ?

 

213. Les réflexions communales sur leur politique urbaine

Une gestion dynamique, dans une contexte de forte pression urbaine, implique une certaine politique foncière. C'est une action qui ne produit pas des effets immédiats. Elle exige beaucoup de savoir faire. Sans l'exclure, je n'en parlerai pas plus car elle ne semble pas dans la culture locale des élus locaux et ce ne sont pas des discours qui les changeront.

Les réflexions communales ont trois champs de prédilection:

n   l'exploitation du gisement foncier actuel;

n    la localisation du gisement futur;

n   les méthodes de mise en exploitation de ces gisements.

 

L'exploitation du gisement foncier actuel

Il semble mal exploité, il laisse beaucoup de déchets de constructibilité inutilisés ou inutilisables. C'est dommage dans les zones urbaines; ça l'est encore plus dans les zones NA, quand on n'y fait pas de ZAC. C'est normal et inévitable dans les zones NB, or, elles sont très vastes.

Le niveau des densités et le contenu d'autres règles d'urbanisme, dans les zones urbaines, gagneraient à être réexaminés au regard du souci de l'utilisation optimale du gisement. C'est un travail fin, qui dépasse le stade de la rédaction d'un règlement stéréotypé et ne concerne que certaines parties de communes.

Il ne faut pas en attendre des augmentations significatives de capacité mais plutôt un meilleur urbanisme. J'appelais cela la "purification des POS", car les POS nuisent souvent à ce que l’on souhaite, sans le vouloir.( Cf.[1980-06-18---E-PATHOLOGIE-DES-POS] )

Je me demande aussi si certaines zones NB ne devraient pas franchement devenir de vraies zones urbaines, où les lotissements seraient admis et où les densités seraient moins faibles avec des mesures d'incitation. Si cette transformation s'avérait opportune mais impliquait des renforcements de voirie et réseaux, l'utilisation du programme d'aménagement d'ensemble ( PAE ) pourrait être étudiée.

Les conséquences sur la capacité seraient plus sensibles. Or, cette évolution, en certains endroits, devrait être possible compte tenu de l'immensité des zones NB ( 3.000 hectares, contre 2.500 hectares de zones urbaines et 281 hectares de zones NA pour l'habitat ).

De même, on peut se demander si certaines d'entre elles n'ont pas une position et un contenu qui justifieraient qu’elles deviennent des zones NA. C'est à voir.

Ces investigations et ces mesures consistent à faire feu de tout bois, en vue, bien sûr, d'augmenter les capacités disponibles mais plus encore de structurer et même d'organiser ces espaces urbanisés un peu n'importe comment. Est-ce possible ? C'est à voir encore mais l'enjeu justifie qu'on regarde.

 

La localisation du gisement foncier futur

Si le gisement futur provient d'une révision du POS, réalisée sous la pression du marché, il a toute chance de se faire dans les zones NC, donc dans le vignoble, qui est à portée de fusil de chasse des zones urbanisées.

Ce gisement futur, dont on connaît mal à ce jour l'importance, ( autour de 1.000 hectares au moins ). ne peut être que dans des zones NB excessives ou dans des zones ND, c'est à dire la garrigue ou le maquis protégé.

 

Gestion dynamique

d'une politique foncière

 

Dans ce dernier cas, c'est une évolution stratégique, non dépourvue de risques.

II y a 12.500 hectares de zones ND dans les huit communes du vignoble et 13.600 pour Signes et Riboux, plus de 26.000 au total.

S'attaquer à ces contreforts collinaires est une décision lourde qui concerne presque toutes les communes. Elle se heurtera à des résistances psychologiques et administratives certaines. II serait désastreux que l'ouverture malencontreuse de cette possibilité aboutisse en 30 ans à l'urbanisation dispersée des collines ( dont on a quelques exemples pas très heureux ), urbanisation qui serait en outre exposée au feu. Cette décision doit être sérieusement pesée et étudiée au niveau du pays tout entier, dans ses conséquences diverses ( équipements, fonctionnement, localisation tant du point de vue du site que du marché ). Il y aurait là une démarche exemplaire à mener

On peut avoir une idée de la nouvelle capacité disponible qu'on pourrait dégager en faisant quelques élémentaires calculs, à partir des bases suivantes:

-          COS moyen: 5/1.000ème sur l'ensemble des zones ND.

-          COS des zones urbanisables 0.10 ( ce qui est peu ).

 


 


1.300.000 m2 d'habitat correspondent à une fourchette de 10.000 à 15.000 logements, soit environ à 25.000 ‑ 35.000 habitants ‑ éclatés en 7 ou 8 points bien précis, devenant des hameaux nouveaux

L'amputation de 1.000 à 2.000 hectares des zones ND n'est pas injustifiée. Une telle décision permettrait théoriquement de faire face à l'afflux prévu.

Mon hypothèse arithmétique est évidemment absurde, du point de vue de l'urbanisme car elle conduirait à localiser la moitié de développement futur sur Signes et Riboux. Les zones ND, du littoral très urbanisé, sont des coupures précieuses à ménager. Ces choix-là s'étudient plan en main, sur l'ensemble.

Par ailleurs, les COS de 1/5.000 et de 0,10 ne sont aussi que des bases commodes de calcul. Tout est à voir. Encore faut-il ne pas le regarder, à la petite semaine, en ordre dispersé, chacun dans son coin.

 

Méthodes de mise en exploitation du gisement foncier

Le réexamen du zonage actuel avec des secteurs de densification bien choisis ainsi que la création de hameaux nouveaux dans la garrigue ne dépendent que d'une révision du POS. L'exploitation du gisement nouveau exigerait plus d'effort et d'attention soutenus pour ne pas gaspiller l'espace à urbaniser, pour réaliser un urbanisme de qualité et pour répondre de manière ajustée à l'afflux d'habitants et non seulement au désir de construire. Au demeurant, sauf pour le littoral où les choses sont à nuancer, une urbanisation organisée est plus favorable à l'habitat permanent qu'une urbanisation diffuse, plus propice aux résidences secondaires mais l’habitat permanent crée plus de soucis aux communes. Aussi, voit-on que derrière ces questions techniques se cachent des choix profonds concernant l'avenir des communes. Ils rejoignent la question des activités et des ressources fiscales qu’elles apportent.

En zone urbaine, NA ou NB, une meilleure exploitation passe par du remembrement foncier, opération difficile car les outils ne sont pas adaptés au problème. Nous en parlerons plus loin. Le remembrement néanmoins peut être favorisé de différentes façons quand on le veut bien. II faut alors que les collectivités locales agissent avec les opérateurs fonciers, car ce sont eux qui font l'essentiel du travail. D'ailleurs l'aménageur d'une ZAC, en zone NA, ne fait rien d'autre, si la ZAC est faite de propriétés morcelées.

En zone ND, l'idée de villages nouveaux n'a de sens qu'avec une application généralisée du transfert de COS à ces zones. ( Cf.[1995-11-00---H-ESPACES-NATURELS-ET-DEVELOPPEMENT-URBAIN]) Cette technique, qui n'est guère employée, ne donnera rien sans un effort commun des autorités, des propriétaires et d'opérateurs fonciers. Tout le monde peut y gagner quelque chose mais l’erreur est de ne voir cette technique que sous l'angle de l'équité entre propriétaires, ce qui fausse la manière de s'en servir et laisse croire que chacun va gagner le gros lot. Le jeu de voir, toutefois, vaut la chandelle, car il n'y a rien à perdre.

Quant à l'application de cette technique, dans les zones NC, où elle est en principe interdite, je persiste à penser qu'elle est inappropriée et dangereuse.

 

214. Conclusion

Voilà quelques pistes. L'effort, pour les explorer, serait bien moindre s'il était fait par tous, avec le souci de dépasser les façons habituelles de voir et d'agir. De ce point de vue, il n'y pas de différence entre le littoral, l'intérieur ou le nord du pays. Les techniques et les difficultés y sont de même nature. Seules la forme, la localisation, la dimension des problèmes différent, appellent des réponses propres.

Je ne peux conclure sans dire un mot de Riboux, l'enfant pauvre, isolé, enclavé, loin de tout et pourtant si proche. Le pays du Bandol serait honoré qu'il y ait à Riboux un vrai village, avec tout ce que cela comporte. La commune n'est pas en mesure d'agir pour qu'il en soit ainsi. Aussi, serait-il vraiment d'utilité publique, que quelques collectivités supérieures fassent le nécessaire pour désenclaver la commune et la pourvoir en équipements de base afin qu'elle puisse en quelques années voler de ses propres ailes et accueillir une population permanente dans son cadre exceptionnel.

Au passage, on contribuerait aussi à la capacité d'accueil, dans un endroit sans viticulture, avec le charme propre à ce pays de collines.

A moins que les habitants de Riboux soient parfaitement satisfaits de leur sort, refusant l'urbanisation. avec le concours de leur géographie très particulière !

 

22. Dans le domaine agricole

Les actions locales sont moins faciles à imaginer et le Livre Blanc ne manque pas de suggestions à creuser. En lui-même, il en est une mais je reconnais que je m'aventure en terre inconnue et minée, à partir de ma maigre culture.

 

Les Pouvoirs Publics

n'ont rien fait !

 

221. Le Livre Blanc et ses suites

Je l'ai cité plusieurs fois mais à ce stade, je voudrais en dire un peu plus. Les organisations professionnelles sont connues pour se plaindre, critiquer, revendiquer, avec un égocentrisme certain ce qui est souvent irritant. Mais voilà, dans un domaine sensible où elles ont l'initiative de regarder leur destin, avec lucidité et raison, elles font un travail que les collectivités publiques n'ont jamais fait ensemble pour leur territoire et présentent des propositions raisonnables et des exigences légitimes. Cela mérite d'être suivi d'effet; la balle est aujourd'hui dans le camp des Pouvoirs Publics. Or, les Pouvoirs Publics n'en font rien. Pourquoi ?

J'avance une explication. L'espace, comme support d'activités diverses soulève des problèmes extrêmement divers, intéressant les communes, le département, la région, l'Etat, l'Europe,... La solution, nul ne la détient. Chacun n'en détient qu'une part. Devant de telles complexités que nul ne maîtrise, on en vient très vite à penser: “ C'est intéressant mais ça concerne surtout les autres ”. C'est ainsi que tant de rapports remplissent les étagères.

Le stade suivant, mais ce n'était pas l'objet du Livre Blanc, c'est la mise en musique de tout ce qu'il y a à faire. C'est d'écrire la partition et l'orchestration mais il n'y a ni compositeur, ni chef d'orchestre. Sans aller aussi loin, je crois qu'il faut d'abord compter sur soi-même. Localement essayer de faire ce qui relève du plan local et alimenter en propositions ou questions les autorités supérieures.

Le Livre Blanc qui a provoqué ce congrès, en est à ce stade.

C'est une seconde performance plus grande que le ne pensent leurs interlocuteurs. Je pense donc qu'il y en aura d'autres.

Mais après les félicitations, bien sincères, passons au moins agréable. Je m'avance en terrain difficile et moins connu de moi.

 

222. La cohésion et les logiques de l'agriculture

La défense du territoire agricole, richesse multiple en soi, mais si naturelle et évidente, qu'on ne la pleure que quand elle disparaît.

Aussi, la profession elle-même doit-elle tout faire pour renforcer sa cohésion interne, présenter un front uni devant l'extérieur, malgré la diversité des situations individuelles génératrices de divergences d'intérêts.

Or, j'ai le sentiment, qu'en ce domaine, quelques progrès sont encore à faire. Les logiques de l'agriculture, au plan technique, économique, sociologique, sont complexes. En milieu rural, elle font partie de la culture. En milieu urbain, où en cours de le devenir, cette culture s'affaiblit ou n'existe plus, pour les raisons que l'on sait. Seule une cohésion professionnelle forte permet de faire valoir ces logiques devant les pouvoirs publics.

Le Livre Blanc, sur ce terrain, analyse très bien les choses au travers de l'identité rurale. Ses positions vis-à-vis de l'urbanisation sont mesurées. Toutefois, devant la dispersion des autorités concernées, l'inquiétude domine, empêche d'aller jusqu'où il faudrait dans les analyses et conduit à des crispations sur des points précis. On pense par exemple aux projets routiers qui découlent pourtant de l'urbanisation admise ici et aux alentours.

Les problèmes qui touchent au foncier et à l'outil de travail, vus dans leur ensemble, accompagnés de mesures équitables bien préparées peuvent recevoir plus de solutions positives qu'on ne l'imagine avec les pouvoirs publics. Là encore, la cohésion de la profession est déterminante moins pour faire obstacle que pour négocier, globalement, les partis à prendre et obtenir les compensations qui s'imposent pour que les logiques agricoles soient respectées au mieux. Dans le domaine foncier, quand l'espace est vaste, on y parvient souvent.

 

223. La consolidation et le développement de l'activité agricole

Voilà qui concerne la production, le développement du vignoble et son foncier propre.

 

La production

Les viticulteurs peuvent être fiers de ce qu'ils ont fait du Bandol, par la tradition et la modernité, dans les techniques du vin et sa commercialisation. Je voulais que ce soit dit ou rappelé par quelqu'un qui n'est pas l'un des leurs.

Je n'ai pas de suggestions concrètes à faire mais rien n'étant définitivement gagné sur les marchés, quels qu'ils soient, ils auront à faire encore plus. La cohésion compte encore pour réussir. C'est en cela que la certitude sur l'avenir de l'outil encourage l'investissement, attire l'investisseur, permet de traverser les crises. Une production solide et de qualité dépend donc aussi de leur cohésion.

Si les bonnes réputations sont longues à acquérir et contribuent au prix, elles se défont vite, à la vitesse où se transmet l'information aujourd'hui. La vigilance collective et l'acceptation des contrôles, qui garantissent le consommateur, sont une nécessité faute de quoi, il y a des retours de bâtons.

 

Le développement du vignoble

Une activité économique normale vit avec la perspective d'accroître son chiffre d'affaires: pourquoi la viticulture y échapperait-elle ? La production à l'hectare étant limitée dans les AOC, le développement dépend du prix de la bouteille ( il a plutôt baissé ces derniers temps, ici comme partout en France ) et de l'utilisation de toutes les terres incluses dans le périmètre AOC.

Or, la SAU classée AOC, qui a diminué entre 1980 et 1988 ne semble pas complètement exploitée. 17 % environ semblent affectés à autre chose, c'est dommage. ( 1.365 ha d'AOC, 1.128 en production ).

Mon sentiment est qu'il n'est pas légitime d'entraver par des réglementations ces possibilités, au demeurant limitées, si elles peuvent être utilisées.

Le risque est aussi qu'on applique un jour à la vigne, ( qui souffre comme le reste de la crise ) à un moment bas de la conjoncture des sortes de quota, qui seront nuisibles quand les nuages seront passés et quand la production pourra reprendre.

 

17 %

de L'AOC

non exploités

 

Les réaménagements fonciers volontaires

Si le remembrement rural avait été possible dans la région, on en aurait fait car on ne s'est pas privé d'en faire en France et à grande échelle, où ce n'était jamais une partie de plaisir.

Aussi, est-ce plutôt vers des réaménagements fonciers volontaires, éventuellement appuyés par la SAFER, qu'il faut se tourner pour favoriser la constitution d'exploitations, plus grandes ou plus faciles à gérer, ayant un poids économique plus lourd et de plus grande capacité d'agir ou de résister.

C'est une question psychologiquement délicate où se croisent bien des intérêts. Je ne sais pas comment les choses se passent mais ma fréquentation d'autres problèmes fonciers me permet de les imaginer.

Dans ces autres problèmes, qui sont urbains, il n'y a ni culture, ni intérêt commun, ni cohésion. Tandis que dans l'agriculture, ces valeurs existent à des degrés divers avec des organisations professionnelles qui connaissent tous les secrets.

Aussi ne puis-je qu'émettre le voeu, qu'avec le temps qui passe, le renouvellement des générations, les difficultés successorales, etc. les façons spontanées de faire aillent vers une plus grande efficacité. Aux intéressés de trouver les voies eux-mêmes et d'abord de parler entre eux du problème si sensible à bien des égards car il est financier, économique, social et humain à la fois. Oser, sera la dernière suggestion d'un huron étranger.

 

3. L'amélioration de l'efficacité des moyens d'action

Cette affaire concerne le gouvernement, le législateur, voire les constitutions européennes dans le domaine agricole. Mais c'est le but d'un congrès de les évoquer.

Je serai bref et partiel à moins de tomber dans les détails techniques où de parler de ce que je ne connais pas, ce que j'ose déjà faire.

 

31. Les moyens d'action de l'aménagement urbain

Trois suggestions me paraissent de nature à favoriser la sauvegarde de l'espace agricole.

 

Le remembrement urbain

Je ressors ici une vieille idée personnelle. Sans une incitation réelle à remembrer, il ne se passe rien de significatif. Là où un remembrement s'impose et c'est à la commune de décider du moment et de l'endroit, il faut que ça puisse se faire dans des délais raisonnables et que chacun y trouve avantage, propriétaires et collectivités locales.

Aussi, le principe que je suggère et j'en avais même écrit en forme législative le texte qui le permettrait, est le suivant: la commune demande aux propriétaires d'une zone de se remembrer. Ils ont deux ans pour le faire et s'ils ne l'ont pas fait dans ce délai, ils paient X francs par m2 de terrain tant qu'ils ne le font pas.

Une fois le remembrement fait, ils ne paient plus rien. On n'a pas besoin des associations foncières urbaines, système qui ne marche pas.

 

Le transfert de COS

J'en connais bien les textes et les modalités. En 1976, quand on l'a inventé, on pouvait espérer qu'il serait expérimenté assez largement pour en faire évoluer certains aspects, qui ne concernent que la mise en cohérence entre elles de certaines dispositions du code de l'urbanisme. Si on appliquait le système, on s'apercevrait assez vite de cette nécessité. On peut y penser mais ce n'est par urgent. S'il y a quelque chose à faire, c'est d'appliquer le système actuel d'abord. Ce peut être ici.

 

Finances locales et patrimoine agricole

Si la viticulture crée des emplois fondamentaux et apporte une valeur ajoutée élevée, elle contribue peu aux finances locales, en sorte que, si une commune se mobilise quand une entreprise importante ferme ses portes, ou réduit les emplois, l'affaiblissement, moins spectaculaire il est vrai, du patrimoine cultivé. ne suscite guère d'émoi.

Un humoriste suggérerait de soumettre l'entreprise agricole à la taxe professionnelle. On ne le fera pas.

Aussi, me contenterais-je qu'on étudie la possibilité d'introduire parmi les critères de fixation de la dotation globale de fonctionnement des communes rurales et notamment de celles de vignobles, un paramètre lié à cette activité économique pour que la commune en tire un bénéfice direct perceptible et soit plus attachée à conserver son agriculture.

 

Mieux identifier

les vignobles

 

32. Dans l'aménagement agricole

Deux mesures d'ordre différent me paraîtraient opportunes. L'une concerne le vignoble, l'autre son produit.

 

321. Lien juridique entre territoires classés AOC et réglementation de l'urbanisme

Lors de la préparation de la loi d'orientation agricole de 1980, j'avais suggéré qu'il soit établi et publié une carte des terres agricoles et que celle-ci fut en quelque sorte une base objective de discussions, à l'occasion de l'élaboration des documents d'urbanisme, quand l'urbanisation future envisagée donnait lieu à une réduction du patrimoine en question. Le texte existe mais on n'en a rien fait.

Pour certaines cultures, bien définies et territorialement bien localisées, couvertes par un label juridique officiel, le classement devrait avoir un effet juridique dans la législation de l'urbanisme ( et plus spécialement les POS ).

Le Livre Blanc suggère un effet irréversible vis-à-vis de l'urbanisation. Je n'irais peut être pas aussi loin mais je suis sûr qu'une disposition de nature à empêcher de considérer ces vignobles comme des espaces quelconques serait très utile. En d'autres termes, j'introduirais volontiers un obstacle qui freinerait la facilité.

 

322. Mieux identifier les vignobles de qualité

C'est un peu le consommateur qui parle. je suis étonné de l'étrange égalitarisme qui caractérise les appellations contrôlées. Sans être un fin connaisseur, il me semble que parmi les milliers de vins qui en bénéficient, il y en a de meilleurs que d'autres. Rien ne les distingue, rien ne les honore. Et pourtant, sous la qualité supérieure, indépendamment du climat, du sol, du cépage, il y a aussi des heures de travail de l'homme, du temps de conservation et des exigences et même si on ne peut demander à tous de pousser les scrupules à la hauteur du Château Yquem, qui soustrait certaines mauvaises années de son prestigieux catalogue je verrais donc bien plusieurs catégories d'AOC.

Je subodore l'immense complexité d'une différenciation des appellations actuelles et les discussions qu’elle peut susciter. Néanmoins, je ne crois pas que ce soit servir le vignoble français et les viticulteurs les plus exigeants, que de les mettre tous sur le même pied, quand on lit l'étiquette.

 

4. CONCLUSION GENERALE

Le thème de ce congrès met en scène beaucoup d'acteurs et touche à tous les domaines. Je n'en ai frôlé que deux mais je n'en connais bien qu'un seul.

Localement, je crois que personne ne souhaite l'affaiblissement de la viticulture. Chacun doit en tirer les conséquences qui le concernent. II y en a beaucoup.

Pour les communes, l’aménagement général de l'ouest varois devrait être le grand chantier de leur prochain mandat.

A des niveaux supérieurs et dans l'aménagement urbain, le moment est peut être venu de revenir sur terre, de cesser de légiférer à jet continu comme on l'a fait tout azimut depuis quelques années mais d'affûter quelques outils qui s'émoussent à force de s’en servir maladroitement ou de ne pas s'en servir du tout

 

ANTOINE GIVAUDAN


TABLEAUX ANNEXES


 


 

 

 


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Il manque naturelleent le tableau N ° 5 qui devrait retracer dans le temps, les différents flux fonciers, refleter les transformations localisees de l’espace et permettre de penser l’avenir plus judicieusement. Les communes s’en fichent et l’etat n’en a cure. A lui seul, ce constat illustre comment l’urbanisme décentralisé administre l’espace alors qu’on savait tout cela voici 15 ans. Il est vrai qu’on a la bouche enflée de développement durable et qu’on ne lève plus le petit doigt sans une enquête publique aussi stérile que polluante.