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L'OFFRE PUBLIQUE D’ESPACE

 

ANTOINE GIVAUDAN

 

( NOVEMBRE 1995 )

ORIGINE ET DESTINATION

J’ai souhaité consigner dans cette réflexion de vieilles pensées et d’anciennes insatisfactions, avec l’idée de concilier des inconciliables, la demande, les désirs, l’imagination, la volonté d’organisation, le réalisme, l’intérêt et le respect d’exigences contradictoires, en ouvrant les études d’aménagement sur le grand large au lieu de le confiner dans un étroit et frileux tribalisme local.

Je n’ai même pas essayé de publier cette note tant elle me paraissait éloignée des dadas à la mode.

Cette démarche aurait pu être conduite voici 30 ans mais à l’époque on n’y a pas pensé, moi non plus, bien que les OREAM s’en soient approchées à certains égards. Aujourd’hui, nul n’est plus en mesure de la prendre à son compte. Et pourtant elle est peut-être la seule voie pour relier le présent au futur. Oser penser en soumettant son destin, un instant, aux forces extérieures, exige beaucoup de courage et notamment celui de s’entendre dire des choses qu’on n’a pas envie d’entendre. Ce serait amusant de l’engager sur l’extraordinaire site de la catastrophique agglomération toulonnaise.

De mon côté j’en ai présenté en CORSE lors d’un colloque de L’INSTITUT DE LA DECENTRALISATION en reprenant ce que j’avais fait dit en plus petit comité où j’avais eu l’impression d’ouvrir des horizons encourageants à des maires plutôt déprimés. Devant le grand public local je crois que certains ont eu quelques petits frissons de peur ou d’excitation selon qu’ils étaient ouverts ou fermés. ( Cf.[1990-10-26---H-L-AMENAGEMENT-DE-LA-CORSE]) 

 

 

 

 

 


SOMMAIRE

TABLE DES MATIERES

 

INTRODUCTION

CHAPITRE 1. DES OBSERVATIONS AUX POSTULATS

CHAPITRE 2. LA VILLE ET LE MARCHE

2.1. Articulation théorique de la ville et du marché

2.2. Le schéma universel du financement de la ville

CHAPITRE 3. LES DEMARCHES CLASSIQUES DE L'AMENAGEMENT

3.1. La genèse de la pensée directrice

3.2. Le caractère partiel de la réponse

CHAPITRE 4. L'OFFRE PUBLIQUE D'ESPACE (OPE)

4.1. Définition

4.2. Conditions initiales de l'OPE

4.3. Champ géographique de l'OPE

4.4. Conditions techniques préalables de la mise en oeuvre

4.5. Le lancement de l'OPE et l'exploitation des réponses

4.6. La décision et les conséquences

Chapitre 5. Les conditions de réussite de l'O.P.E

5.1. La participation publique aux profits de l'aménagement

5.2. La participation privée aux profits de l'aménagement

A. Les propriétaires privés

B. Les riverains dérangés

Chapitre 6. Portée et limites de l'O.P.E

6.1. Les avantages certains de l'O.P.E

6.2. Les limites intrinsèques du marché

6 3. Utilité éventuelle et limites de l'expert ‑ le long terme

6.4. Vertus et limites des autorités publiques

A. Les arbitrages physiques :

B. Les arbitrages financiers

Chapitre 7. Institutionnalisation de l'O.P.E

7.1. L'encadrement juridique

7.2. Le contexte économique

Chapitre 8. Conclusion

 

Annexe. L'aménagement, sa permanence, sa variabilité

 

 

 


L'OFFRE PUBLIQUE D'ESPACE

 

POUR UN RENVERSEMENT DE LA MANIERE D'IMAGINER L'AMENAGEMENT

 

L'offre publique d'espace ( O.P.E ) trouve son origine dans une série d'observations anciennes, toutes plus banales les unes que les autres, collectées au long des années, depuis trente ans.

Rapprochées les unes des autres, elles renversent sensiblement la manière d'imaginer l'Aménagement, avec un grand A, celui qui se conçoit à l'échelle d'un territoire assez vaste ( agglomération au sens large, ensemble de communes ).

L'ensemble conduit au concept d'offre publique d'espace, utilisable vraisemblablement dans des hypothèses précises mais réelles.

L'OPE peut également avoir son utilité dans des situations moins spécifiques quand la notion d'aménagement est entachée de discrédit dans les milieux qui ont à s'en occuper.

 

CHAPITRE 1. DES OBSERVATIONS AUX POSTULATS (1)Voir annexe

A quiconque s'est mêlé d'aménagement, les observations suivantes paraîtront banales.

1 ere observation: Sans une “ PENSEE DIRECTRICE , la croissance urbaine produit un chaos peu satisfaisant.

2eme observation: La pensée directrice ne peut émaner que d'une autorité publique

3eme  observation: Toute pensée directrice ne définit, à l'instant où elle s'exprime, qu'un contenant localisé, destiné recevoir un contenu futur éventuel.

4eme  observation: La nature et le volume du contenu, son débit d'écoulement dans le contenant, l'évolution même de la nature de ce contenu, sont imparfaitement connus et ne peuvent pas l'être de l'autorité publique.

5eme  observation: L'autorité publique ne réalise elle-même qu'une faible part du contenu à venir et maîtrise mal ce qui n'est pas de son ressort ( maîtrise d'ouvrage )

6eme  observation: L'autorité publique n'est pas nécessairement la mieux placée pour apprécier la pertinence maximale des localisations des contenus à venir, susceptibles d'être commercialisées.

7eme  observation: L'autorité publique n'est pas la mieux placée pour apprécier la probabilité d'implantation d'un contenu en un lieu donné.

8eme  observation: L'autorité publique n'est pas la mieux placée pour apprécier l'ordre d'importance des contenus dépendant du marché, susceptibles de s'implanter dans les contenants qu'elle détermine.

9eme  observation: L'autorité publique est seule à être habilitée à arbitrer entre les grandes vocations de l'espace ( urbanisation ‑ protection, en simplifiant) qui commandent les transformations ou les conservations à décider .

10eme  observation: L'autorité publique doit laisser au marché ‑ ou lui rendre ‑ toutes les fonctions qu'il est en mesure de remplir convenablement.

11eme  observation: Le contenu réel de l'urbanisation, qu'il soit marchand ou non, a souvent quelque mal à se couler dans les contenants qu'on a prévus pour lui.

12eme  observation: Le contenu réel de l'urbanisation induit souvent des effets inattendus, qu'il respecte ou non le contenant qu'on lui a prévu.

13eme  observation: Les producteurs de contenu marchand ne prennent généralement aucune part à la genèse des contenants et n'ont officiellement aucun droit à un prendre une.

14eme  observation: L'autorité publique domine mal la mise en oeuvre des contenus, quand ils sont directement de son ressort

15eme  observation: L'autorité publique tire rarement les leçons des erreurs passées.

 

Il faudrait, pour être rigoureux, commenter ces observations une à une, pour en préciser le sens et en nuancer la portée. Ce serait un peu long et le lecteur averti a déjà compris que le terme “ pensée directrice ” a sa correspondance administrative dans tout document d'urbanisme qui s'apparente à un schéma directeur, ou à ses avatars divers; que le terme “ CONTENANT ” couvre l'ensemble des prévisions spatiales localisant urbanisation et grands équipements; que le terme “ CONTENU ” concerne les projets concrets, publics ou privés, dont la réalisation est voulue et s'inscrit quelque part dans l'espace. Le contenu couvre l'ensemble des fonctions urbaines. Le “ CONTENU MARCHAND , c'est l'urbanisation qui se vend ( habitat – activités ) ou les services qui se concèdent.

La liste des observations n'est pas limitative.

Celles qui sont citées se vérifient de façon statistique, suffisamment souvent pour inspirer une certaine insatisfaction.

Le volontarisme, indissociable de la notion d'aménagement ne donne pas tous les résultats qu'on lui prête ou attend de lui.

Il n'est pas surprenant qu'il en aille ainsi car il est dans la nature des choses que l'ordre du monde ne se conforme pas toujours aux désirs. Il est néanmoins plus curieux, malgré une longue pratique, en France, de l'aménagement, à toutes les échelles, qu'on n'ait jamais essayé de prendre les choses autrement, du moins dans les cas qui s'y prêtent, car ils ne s'y prêtent pas tous.

Sous ces insatisfactions ou ces distorsions, il y a, comme chacun sait, le caractère plus ou moins inconciliable des relations entre le marché et l'aménagement et d'une façon plus générale entre la ville et le marché.

Aussi, avant: d'aller plus avant dans la définition et les modalités de l'O.P.E faut-il compléter ces observations empiriques par quelques réflexions théoriques plus fondamentales et dégager de ces observations les quelques postulats nécessaires à une vision cohérente.


CHAPITRE II

 

LA VILLE ET LE MARCHE

 

C'est un vieux thème de discussions sans fin, que se raccroche au thème général du libéralisme et du socialisme, du libéralisme ou de l'interventionnisme public dans l'économie.

Il est tentant de présenter le problème autrement pour aller jusqu'aux vraies questions.

La première concerne l'articulation théorique de la ville et du marché, la ville étant prise dans son acception générique le plus large.

La seconde concerne le financement de la ville, de son développement ou de son fonctionnement

La troisième concerne la meilleure façon de se rapprocher de la meilleure adéquation entre la ville et le marché.

 

2.1. L'ARTICULATION THEORIQUE DE LA VILLE ET DU MARCHE

Il s'agit ici d'essayer de définir une relation théorique satisfaisante entre les deux, tout présupposé idéologique exclu.

On en vient ainsi à la relation suivante qui s'exprime en trois postulats, un grand théorème et quatre corollaires, pour emprunter à la mathématique sa belle terminologie.

Trois postulats (ou évidences) s'imposent d'office:

1er  postulat la ville baigne dans le marché

2ème postulat l'évolution de la ville ne peut être laissée au seul marché qui produit alors un chaos urbain; des contraintes environnementales s'imposent

3ème postulat la ville est le lieu concentré des conséquences des crises économiques et sociales ( ou sociologiques). La ville ne peut se résigner à voir une partie significative de la population exclue du marché. C'est l'impératif de justice sociale.

De ces postulats découle un théorème:

Grand théorème "la ville doit dominer le marché"

Théorème qui produit quatre corollaires:

1er corollaire. Si la ville doit dominer le marché, pour des raisons environnementales et sociales, il y a toute chance que ville et marché entrent en discordance et que le système ne fonctionne plus ( on en est quelquefois sinon souvent à ce stade aujourd'hui )

2eme corollaire. La ville doit donc adapter ou revoir ses mécanismes d'intervention ( légitime) pour ne pas faire obstacle, sans le vouloir, au marché ( tout aussi légitime). On en est très loin aujourd'hui)

3eme  corollaire. La ville doit rendre ou laisser au marché tout ce qui peut l'être, sans autre présupposé que la "meilleure qualité au meilleur prix". Loin de la notion traditionnelle et archaïque de service public telle qu'elle se présente aujourd'hui et que beaucoup défendent encore ‑ il n'y a rien de moins continu, de moins adaptable, de plus rigide qu'un service public, contrairement à ses prétendues vocations affirmées. Dans ce domaine, le fantasme idéologique sévit encore à plein rendement.

4eme  corollaire. La ville doit concentrer ses moyens nécessairement limités, sur ce que le marché ne peut satisfaire.

Le grand théorème: "LA VILLE DOIT DOMINER LE MARCHE" ne doit pas être mal interprété.

Dominer et non maîtriser. Dominer, au sens où un champion sportif domine les autres par ses capacités, ses performances et son intelligence. Alain Prost, disait-on dominait souvent la course, dans les tournois de Formule 1. Dominer c’est être au-dessus, plus haut, voir plus large et plus loin. Alors que le marché ne voit que midi à sa porte, ce qui est légitime, efficace mais insuffisant pour instaurer maintenir ou restaurer « l’ordre physique » dans un « espace géographique et social considéré » ( Cf.[1978-09-01---H-LA-QUESTION-COMMUNALE]).

Dominer en fixant des règles du jeu claires, en les respectant scrupuleusement, en faisant tout ce qui relève de soi-même ( l'autorité publique ) pour que les autres ( les agents économiques, les gens et le marché ) puissent pleinement remplir leur rôle, avec les moyens qui leur sont propres. CHACUN A DES RESPONSABILITES DIFFERENTES, DES OBJECTIFS SPECIFIQUES, LEGITIMES ET RESPECTABLES.

Dominer le marché, c'est organiser l'harmonie et la cohérence pour que les actions de chacun concourent le mieux possible au bien commun, sur le terrain économique et social.

Or, les collectivités publiques dominent rarement le marché, contrairement à ce qu'elle s'imaginent parce qu'elles ont des pouvoirs sur lui; et plus particulièrement sur le marché foncier qui fournit la matière première de l'Aménagement. La surabondance chronique coûteuse en espaces fonciers destinés à l'accueil des activités économiques, la pénurie des terrains pour l'habitat dans beaucoup d'agglomérations, l'imprévoyance en matière d'emplacements réservés aux équipements sont monnaie courante

Après trente années de pratique d'aménagement, ces phénomènes illustrent bien l'observation N°15 "l'autorité publique tire rarement la leçon des erreurs du passé" que ce soit dans la définition, au niveau national, des instruments généraux d'intervention ( moyens de la politique foncière, juridiques ou financiers, fiscalité foncière ou de l'urbanisme...) ou dans la façon de les utiliser localement. Et la décentralisation n’a rien arrangé !.

La décentralisation qui a relégué a peu près partout la politique foncière au magasin des accessoires et a avivé les concurrences intercommunales n'a pas arrangé les choses.

L'OPE est une conception de l'action publique qui implique de laisser bien des présupposés au vestiaire et de maîtriser de nombreux réflexes conditionnés de part et d'autre. En écartant d'emblée l'ambition de changer la nature humaine ou la vie, il reste néanmoins possible de s'éviter des tourments inutiles. C'est en ce sens que doit être comprise l'expression dominer le marché a laquelle il conviendra de donner un contenu concret plus loin.

Ainsi, certaines observations empiriques, énoncées au chapitre premier, sans ordre particulier, prennent une place particulière et s'ordonnent dans une hiérarchie logique.

Il faut que, pour lui donner une force plus grande la rapprocher du schéma, non moins théorique, mais universel, du financement de la ville.

 

2.2. LE SCHEMA UNIVERSEL DU FINANCEMENT DE LA VILLE

Il est présenté dans le graphe ci-joint. Cette partie reprend presque telle quelle l’exposé présent » au colloque de l’ADEF peu avant ( Cf.[1995-11-00---H-ESPACES-NATURELS-ET-DEVELOPPEMENT-URBAIN])

Il permet d’illustrer comment de connaître "qui finance la ville ?", ce qu'on ne sait d'ailleurs à peu près nulle part de manière exhaustive et normalisée sur une période assez longue. Les communes naviguent à l'aveuglette.

Il permet de bâtir des hypothèses multiples, en réponse à la question "qui peut financer la ville ? ,", hypothèses qu'on ne fait jamais, faute de savoir " qui finance la ville ?" et faute aussi d'y avoir pensé en ces termes globaux et exhaustifs.

Il permet enfin de décider en répondant à la question "qui doit financer la ville ?", en fixant concrètement les paramètres ( ratios, taux, etc ) qui conduisent à répartir les charges entre les uns et les autres, d'une manière consciente et anticipatrice...

Cette analyse, si elle est bien faite, met en évidence les imbrications complexes de la ville et du marché, de leurs interactions délicates ou insoupçonnées, derrière ce qu'on sait, devine ou croit connaître.

Plus abstraitement, faute d'expérimentation réelle, elle conduit à considérer que la ville dépend beaucoup plus du marché futur qu'elle ne l'imagine, dans tout ce qu'elle engage ou prévoit à un instant donné, et qu'elle n'aurait rien à perdre à l'associer plus étroitement à sa destinée, sans rien renier de ses prérogatives.

Tel est l'objectif central de L'OFFRE PUBLIQUE D'ESPACE, quand son opportunité se présente avec quelque vraisemblance.

Il est ambitieux. Il est légitime. Est-il réaliste ? Peut-il être mis en pratique ?

C'est ce qu'il faut se demander après avoir rappelé les démarches classiques de l'aménagement et leurs insuffisances que les observations initiales avaient présentées en vrac.


 


CHAPITRE III

 

LES DEMARCHES CLASSIQUES DE L'AMENAGEMENT

 

Il faut regarder ces démarches, de la genèse de la pensée directrice à la mise en oeuvre et mettre en évidence ses caractères dominants

 

3.1. LA GENESE CLASSIQUE DE LA PENSEE DIRECTRICE

Quelle que soit la forme qu'elle puisse prendre officiellement, la pensée directrice (ou organisatrice) qui. prétend structurer plus ou moins l'évolution d'un territoire, d'un espace, s'élabore toujours de la même façon.

Analyse de la situation, synthèse de suggestions et de questions à traiter (Livre Blanc), approfondissement, localisation géographique des fonctions à développer, à conserver ou à transformer, arbitrage, et enfin adoption d'un schéma. La nature et les préoccupations varient selon les époques et les lieux, les solutions aussi.

Les acteurs essentiels sont des experts divers et des autorités politiques ou administratives. Sans être secret ni fermé, le processus n'associe ni les agents économiques, ni les populations même si les uns et les autres ont l'occasion de s'exprimer, non sans éprouver un sentiment de frustration.

L'aménagement d'un territoire se prête assez mal au débat démocratique tant il y a d'enjeux contradictoires en cause, d'interconnexions multiples, d'ambiguïtés sur les perspectives aux différents horizons, d'intérêts, de convoitises et de craintes derrière les traits, les tâches, les impacts qu'ils peuvent avoir et les explications qu'on en donne.

Ce n'est peut-être pas très satisfaisant, mais c'est mieux que rien. Il ne faut pas caresser l'utopie de croire, comme certains s'y sont laissé aller de bon coeur que la décentralisation et l'administration de près peuvent améliorer les choses. Elles ont, au contraire, condamné à peu près définitivement les quelques effets utiles que pouvaient avoir les modestes démarches antérieures. C'est cependant une autre question qui a sa réponse ailleurs .

 

3.2. LE CARACTERE PARTIEL DE LA REPONSE

Décentralisée ou non, la démarche classique pèche par l'une de ses caractéristiques essentielles: elle ne définit qu'un contenant et il ne peut en être autrement.

Les experts et autorités qui analysent, imaginent ou décident ne sont pas marâtres des forces économiques (de la demande) qui se manifesteront ou ne se

Voir note “ Intercommunalité, Aménagement et illusions tenaces ” 

 manifesteront pas, et dans le cas où elles se manifestent, viennent occuper le contenant qu'on leur a réservé en y installant les fonctions urbaines qu'elles ont vocation à assumer ( Habitat ‑ activités pour simplifier ).

Ces forces ne sont pas nécessairement locales. Ce n'est donc pas un perfectionnement de la démarche classique qui peut permettre de mieux répondre à leurs exigences. Ce n'est pas non plus d'un perfectionnement "démocratique" qu'on peut attendre un progrès sensible, puisque la démocrate n'implique que ceux qui sont présents dans le territoire ( satisfaits ou non ) alors que l'aménagement dépend précisément de ceux qui pourraient y venir, et qui n'y sont pas nécessairement.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les réponses aux consultations démocratiques sont généralement conservatrices ou hostiles parce que toute perspective de développement vient déranger, sinon bouleverser l'ordonnancement actuel de la géographie et de l'ordre politique et social auquel est habituée la Population.

On ne peut donc attendre que vienne d'elle un grand dessein. Tout au plus peut-elle exprimer que cessent certaines insuffisances, difficultés ou frustrations. En gros, elle voit midi à sa porte, émet des propositions conformistes, des écoles, des espaces verts, des transports collectifs, des emplois, moins de pollution, moins de routes et une meilleure circulation... Ce n'est pas illégitime mais ne présente qu'un faible intérêt. On y trouve rarement des révélations.

 

3.3. LE CARACTERE SOLITAIRE DE LA DECISION

La pensée organisatrice va donc dépendre ‑ n'en déplaire aux démocratolâtres ‑ d'un groupuscule informel, plus ou moins imaginatif et volontariste, composé d'experts et d'autorités publiques dont les convictions se forment et se figent dans une solitude à peu près totale. L'art du politique est ensuite, après avoir intériorisé un dessein, de faire admettre les changements potentiels prévus et voulus, au plus grand nombre et de marginaliser les oppositions. Cet art n'est pas donné à tous et n'est pas, lui non plus, l'objet de cette réflexion.

Aussi n'est-il pas étonnant que d'innombrables démarches de ce type se soient égarées dans les sables, sans laisser de traces autres que d'intéressants rapports. Quand on veut faire plaisir à tout le monde on ne fait plus rien.

Et quand elles ont donné des résultats ce n'est qu'en raison d'une présence omniprésente de l'État qui n'a pas lésiné sur les carburants ( matière grise, investissements, recherche d'entreprises...) ou d'une collectivité locale imaginative et dynamique, ce qui se présente parfois.

Les années qui ont suivi la décentralisation ( 1985-1992 environ, mais ces dates ne sont qu'indicatives ) sont marquées par un abandon à peu près général de la démarche classique, pour de nombreuses raisons ( impuissance de la coopération intercommunale, rejet d'un système utilisé antérieurement par l'État qui n'avait pas laissé de souvenirs nostalgiques, reprise économique, apparition d'aménageurs privés...).

De nombreuses collectivités locales, avec un certain mimétisme, ont pris leur bâton de pèlerin, ont vanté les mérites de leur territoire, ont investi pour être plus belles et plus attractives, afin d'avoir plus d'emplois et de ressources. La recherche d'un contenu a prévalu sur la définition d'un contenant cohérent.

C'était loin d'être stérile ou absurde, mais de pensée organisatrice point. Dans l'ivresse d'une autonomie nouvelle, plus apparente que réelle, car le système non décentralisé ne les empêchait pas de prendre de telles initiatives, elles ont souvent négligé quelques précautions, méprisé les contraintes des contenants antérieurs, avec la complicité passive ou active d'un Etat en état d'inhibition. Aussi, le développement qui heurte toujours les âmes sensibles a-t-il de plus en plus donné lieu à des guérillas juridico-politiques de retardement, engagées au nom de l'environnement ou du respect de la loi que la décentralisation, contrairement aux vertus pacificatrices qu'on lui prêtait, a déchaînées au-delà de toutes prévisions (sauf celles des Cassandre, car le phénomène était prévisible).

En sorte que ces tentatives peureuses dans leur principe' d'imaginer l'aménagement à partir d'un contenu, d'une demandée si sont soldées dans bien des cas par des catastrophes contentieuses coûteuses amplifiées une crise immobilière profonde, qui rétrécit plus encore les marges de manoeuvre de tous.

L'insécurité juridique accrue, une pensée organisatrice en vacance, les défaillances de l'économie aggravent les distorsions courantes entre la ville et le marché.

Le désarroi est profond, d'autant que de bonnes âmes, au nom de valeurs supérieures nous invitent, si on prend leur logique au mot, à revenir à l'âge de pierre, chasseurs-cueilleurs, marchant à pied...

 

3.4. LES INSUFFISANCES DE LA DEMARCHE CLASSIQUE

Si les critiques que suscitent le développement urbain et les méthodes d'aménagement employées pour le maîtriser, ne manquent pas de fondement, les remèdes qu'on imagine sont généralement encore pires. On s'imagine en effet que les bonnes réponses dépendent de plus d'information, de participation, de concertation, etc... Cette aspiration honorable à plus de démocratie n'est en vérité qu'un prétexte ou un moyen pour mieux faire obstacle à tout développement qui perturbe la tranquillité établie. Il ne sera pas commode de sortir du bourbier dans lequel on patauge maintenant. Pour ne pas définitivement baisser les bras, il faut le mettre un moment entre parenthèses, juger sans complaisance le chose et reconnaître qu'on ne maîtrise en général :

‑ ni la manière d'ajuster l'offre à la demande, le contenant au contenu,

‑ ni les techniques de compensation aux dérèglements inévitables induits par tout développement important.

L'histoire et l'économie urbaines des quarante dernières années en apportent les preuves même si ce pourrait être pire, si rien n'avait été fait. Le bilan que j'en dresserais, si c'était le lieu, ne serait pas noir mais triste car on avait le pain et le couteau pour mieux faire.

L'offre publique d'espace tend à mieux répondre à la première insuffisance.

Si on pousse plus loin l'exigence, il est peut être possible de répondre partiellement à la seconde ( Voir "Espaces Naturels et urbanisation'' A. Givaudan. Novembre 1995[1995-11-00---H-ESPACES-NATURELS-ET-DEVELOPPEMENT-URBAIN]))


CHAPITRE IV

 

L'OFFRE PUBLIQUE D'ESPACE

 

On s'en tiendra, à ce stade, à son économie générale, en évitant de s'aventurer dans le formalisme procédural qu'elle implique afin de ne pas brouiller le message par des détails.

 

4.1. DEFINITION

L'offre publique d'espace est la procédure par laquelle les autorités d'un territoire proposent aux investisseurs, aménageurs, promoteurs, agents économiques de toute nature et de toutes origines géographiques, ce territoire à leurs initiatives en leur demandant de choisir ce qu'ils y feraient si on leur laissait le champ libre.

Au vu des réponses, les autorités publiques sélectionnent celles qui leur conviennent, prononcent les arbitrages nécessaires et établissent un schéma global et cohérent d'aménagement.

Elles négocient ensuite avec les candidats retenus des pactes d'aménagement à long terme qui fixent les droits et obligations des parties relatifs aux opérations choisies et aux exigences réciproques qu'elles impliquent pour que leur déroulement se fasse dans des conditions équitables et claires.

Avec l'O.P.;E, le contenant ‑ ou tout au moins une fraction significative du contenant est défini à partir d'un contenu (nature, volume, localisation) puisé dans un marché potentiel qui s exporte.

Il se peut que cette façon de voir soit perçue, par certains, comme un renversement radical, incompatible avec les valeurs que nous vénérons. Peu importe le sens philosophique qu'on lui donnera, sa portée est éventuellement pragmatique ‑ au sens propre ‑ dans le respect des principes définis au § 21. ( chapitre 2 ).

Sa valeur pratique tient avant tout dans les vertus qu'elle impose à tous d'être sérieux et conséquents. Elle peut d'ailleurs trouver, dans cette valeur, ses propres limites. Faute pour le territoire où elle pourrait être mise en oeuvre, de disposer d'autorités publiques qui aient ces vertus.

 

4.2. LES CONDITIONS INITIALES DE L'OPE

Elles sont au nombre de trois:

·       bien se connaître soi-même,

·       accepter la table rase,

·      être déterminé en faveur d'un aménagement cohérent fondé sur le développement.

A. Bien se connaître soi-même

C'est connaître sans complaisance et sans cécité:

‑ le territoire ( analyses classiques objectives et critiques pour éviter les tableaux rassurants et autosatisfaits ). C’est un travail connu;

‑ la situation actuelle et passée du financement de la ville (§ 22.).

Cette connaissance permet d'y voir clair, dans ses atouts et ses handicaps. C'est loin d'être évident quelquefois car elle exige des experts indépendants d'esprit.

 

B. Accepter la table rase

C'est accepter de remettre en question, sans a priori, l'ensemble des dispositions variées applicables au territoire qui en conditionnent de façon plus ou moins cohérente et globale l'évolution.

Cette acceptation est mentale et non effective, elle permet d'être ouvert à toutes les hypothèses. Elle n'interdit aucun scénario. Elle va permettre de porter, si l'on peut dire, l'imagination au pouvoir, (car l'imagination est une denrée rare ) pendant un certain temps.

 

C. Etre déterminé en faveur d'un aménagement cohérent fondé sur le développement

C'est sans doute la condition la plus difficile à remplir car si l'on trouve toujours des éléments (groupes ou personnes) favorables au développement, on en trouve bien moins qui soit naturellement attirés par la cohérence, chacun voulant les avantages du développement sans en avoir les inconvénients.

C'est d'ailleurs pour cette raison que le système confédéral qui caractérise depuis 13 ans le fonctionnement: des institutions locales, en ce domaine, est encore plus voué à l'impuissance qu'il ne l'était avant.

La détermination locale doit s'exprimer clairement, en toute connaissance de cause, sous une forme solennelle indiscutable, faute de quoi les risques d'échec, de dérapage, de combats retardateurs et de conflits insurmontables sont garantis. Si débat démocratique il doit y avoir, c'est à ce stade qu'il a un sens :"Veut-on ou non le développement ?"

Autrement, dit, la prise de position en faveur d'une OPE doit être sans ambiguïté. Elle devrait l'être d'ailleurs tout autant dans la démarche classique .

La détermination en faveur d'un aménagement cohérent est une notion ambiguë. L'aménagement implique des arbitrages difficiles en ce qui concerne les protections et les grands équipements, difficiles mais catégoriques. La décision d'urbaniser un espace qui ne l'est pas encore, de m. me. Ne passent sans trop de problèmes que ce qui ne change apparemment pas trop les habitudes installées ( mitage, zone NB, petits équipements à proximité... et encore ).

Aménager c'est combattre l'isotropie naturelle et sournoise), introduire des discriminations spatiales, c'est une mission contre nature, contraire aux penchants les plus innés. Sa vocation à la remplir n'est pas donnée à toutes les autorités, qu'elles soient élues ou nommées. Elle dépend plus des tempéraments individuels que des formations politiques.

Elle implique de surmonter les égoïsmes communaux. Ce n'est pas une mince affaire.

 

4.3. CHAMP GEOGRAPHIQUE DE L'OPE

L'OPE peut être partielle ou totale, s'appliquer à l'ensemble du territoire, sans exception, ne s'appliquer qu'à la partie destinée à recevoir le développement futur, en excluant par exemple certaines zones urbaines stabilisée où aucune évolution marquante n'est envisageable ou souhaitable, ou certains sanctuaires (urbains ou naturels) qu'il est inutiles de mettre en compétition.

Ces exceptions à la table rase ont leurs limites car si elles sont importantes, elles privent l'OPE de ses principales vertus, puisqu'elle est d'abord destinée à susciter de multiples propositions parmi lesquelles il devient possible d'opérer des arbitrages.

 

4.4. CONDITIONS TECHNIQUES PREALABLES DE SA MISE EN OEUVRE

S'agissant d'une consultation ouverte à des soumissionnaires aléatoires, pouvant tout ignorer du territoire en question, il faut leur fournir un dossier complet et renseigné sur ledit territoire

Il faut aussi que l'objectif de développement poursuivis soient clairement exprimés.

Il faut enfin que la nature des éléments demandés et les formes dans lesquelles doit s'exprimer la réponse soient normalisées afin que les réponses à venir soient facilement exploitables.

Il n'y a rien là de très original.

 

4.5. LE LANCEMENT DE L'OPE ET L'EXPLOITATION DES REPONSES

Le lancement de l'OPE n'est qu'une affaire de communication et de réseaux. Il faut que l'offre se diffuse largement vers l'extérieur, vers des organisations et des entreprises de toute nature. Il y a des spécialistes qui savent faire cela.

L'appel au marché peut susciter trois types de réponses:

‑ pas de réponse

‑ peu de réponses

‑ beaucoup de réponses

Si l'appel ne donne aucune réponse, il faut alors se dire qu'il ne reste plus qu'a "compter sur soi-même et serrer les dents" ‑ "aide-toi et le ciel t'aidera" car un tel silence est, en soi, très instructif.

Si l'appel donne quelques réponses, c'est mieux que rien, car il peut y en avoir une qui propose quelque chose à laquelle nul n'aurait pensé.

Si l'appel donne beaucoup de réponses, si c'est l'afflux, la ruée vers le Colorado, il ne faut pas que la tête tourne, mais se mettre à trier, sélectionner, choisir et se demander quelles obligations vont découler des choix à venir avant de rêver à la manne qui tombera du ciel.

C'est définir la pensée organisatrice, dans ses dimensions variées, complexes et contradictoires.

C'est se préparer à s'entretenir avec ceux qui présentent des propositions.

 

4.6. LA DECISION, SON CONTENU, SES CONSEQUENCES

Les opérations proposées par le marché et retenues sont nécessairement localisées et calibrées dans leur nature et leur dimension.

Il faut en mesurer les conséquences variées qu'elles peuvent avoir si elles voient le jour et apprécier les exigences collectives qu'elles impliquent, ce que le marché, égocentrique par définition méconnaît souvent.

C'est aboutir à un schéma d'aménagement à partir des transformations attendues, démarche qui peut associer utilement autorités politiques, experts, marché (le marché étant représenté par les candidats au développement) avec l'objectif général de maximaliser les avantages et de minimaliser les inconvénients que le développement peut avoir.

C'est alors que le débat démocratique, à base de réflexes conservateurs, de défense de droits acquis, de rentes de situation, etc... peut trouver un sens plus positif, un contenu utile, car il peut être orienté sur le dernier aspect de la décision, puisque le débat sur l'opportunité du développement a été tranché au début, en décidant de lancer l'OPE ‑ même si les résistances au développement resurgissent à tous les stades.

Le débat démocratique n'est utile que pour révéler des exigences, des soucis, des insuffisances criantes dont il est bon d'examiner le bien fondé et de tenir compte, quand il concerne les modalités. Il ne peut apporter guère plus puisque les enthousiasmes sont généralement silencieux alors que les mécontentements sont bruyants ( Cf. ''De l’opportunité et des modalités".#1997-07-29---C#).

 


CHAPITRE V

 

LES CONDITIONS DE LA REUSSITE DE L'O.P.E

LA PARTICIPATION AUX PROFITS DE L'AMENAGEMENT

 

La question de la participation du public aux profits de l'aménagement a un caractère chronique, obsessionnel et parfaitement naturel.

Quand un "territoire" accepte ou promeut le développement, c'est qu'il en attend quelques avantages, c'est qu'il considère qu'il y a quelques nécessités qui méritent bien qu'il prenne parti et consente à quelques sacrifices. On en connaît les grandes raisons habituelles: loger les habitants, créer des emplois, augmenter ses ressources, fournir des équipements ... La conscience que le développement comporte des inconvénients, crée des injustices, dérange certains, a des effets imprévus, est tout aussi présente. L'ensemble est un sujet connu. L'inexistence de techniques appropriées, de nature à (mieux) garantir une participation "raisonnable" aux profits de l'aménagement de ceux qui peuvent en subir les inconvénients, à n'en retirer aucun avantage, alors que d'autres sont favorisés est la partie faible des instruments en vigueur pour mener à bien toute politique hardie.

La recherche de telles techniques s'est toujours heurtée à de sérieux obstacles et n'a rien produit de très efficace. Aussi faudrait-il oser s'avancer sur ce terrain difficile et proposer des mesures praticables sans avoir l'illusion de croire qu'il est possible de satisfaire toutes les exigences de ceux qui pâtissent ou prétendent pâtir de l'aménagement.

A qui doit profiter l'aménagement ?

Aux populations locales.

Au territoire pour qu'il soit plus riche, plus fort, plus beau.

S'il ne fait aucun doute qu'un développement significatif conduit dans le respect de quelques principes locaux raisonnables d'aménagement, produit des effets globaux bénéfiques, à l'échelle du territoire, à une échelle plus basse, celle des communes ou de certains de leurs habitants, il peut :` avoir lieu de ne guère s'en réjouir. C'est le talon d'Achille de tout aménagement même réussi. Nul n'en disconvient.

Aussi faut-il ouvrir des pistes dans ces deux directions précises.

 

51.LA PARTICIPATION PUBLIQUE AUX PROFITS DE L'AMENAGEMENT.

Plus le territoire des collectivités territoriales est vaste, plus la participation semble garantie. Plus il est petit, moins elle est certaine, dans la mesure ou la participation aux profits est liée aux prélèvements fiscaux.

Quand aux avantages et aux inconvénients, dans la mesure où l'aménagement est commandé pour une bonne part, par la géographie réelle, ils dépendent beaucoup de la providence quant à leur impact. Refuser la providence, c'est souvent s'astreindre à des solutions voire renoncer à tout aménagement quel qu'il soit. Les exemples abondent.

Il est étonnant qu'on n'ait pas trouvé en quelque 30 ans le moyen de réduire cette intolérable déficience.

La cause en est que les pouvoirs publics se sont régulièrement échines à inventer des formules de coopération intercommunale à partir des attributions communales, à savoir des pouvoirs, plus ou moins étendus, de gestion dans les divers domaines où la commune intervient, qui sont très vastes car elle a une compétence générale et non pas comme le département, des compétences d'attributions. Le champ communal est celui où l'attachement des élus locaux à leur rôle universel est le plus fort. L'abandon est admis naturellement chaque fois que la commodité, la nécessité, I'économie l'imposent avec évidence sans porter atteinte à l'amour propre. L'aménagement et l'urbanisme n'en font pas partie. Aucune réforme n'a donc réussi à briser cette résistance au transfert de ces attributions à un organisme intercommunal supérieur. Dans les institutions où il semble qu'on y soit parvenu ( communauté urbaine syndicat d'études de schéma directeur ) c'est souvent plus une apprenne qu'une réalité, une source de lenteur, de complications et d'impuissance, plus que d'arbitrage et d'efficacité.. Le bon fonctionnement éventuel tient du hasard. II est précaire. Il n'est jamais bien vécu.

Cet aspect est développé dans la note déjà citée "Intercommunalité, aménagement et illusions tenaces" à laquelle il convient de se référer pour l'explication détaillée de la Proposition énoncée ici.

Cette proposition consiste à cesser de rechercher la solution de la quadrature du cercle à admettre l'irrationalité fondamentale de nos institutions locales et s'entendre une fois pour toutes sur l'idée que, si le passé est intouchable, l'avenir, les profits liés l'avenir, au développement, peuvent être mis en commun plus facilement.

C'est la communauté réduite aux acquêts, à laquelle on affecte les produits courants futurs et les plus liés au développement urbain, ceux de la taxe professionnelle (importants) et de la taxe locale d'équipement ( plus faible ).

La communauté est un établissement public financier, strictement financier, avec un conseil élu au suffrage universel, composé d'élus auxquels il est interdit d'avoir un autre mandat électif, qui vote les impôts ci‑dessus applicables à la nouvelle matière imposable qui s'implante dans le territoire (celui de l'aménagement) et redistribue ses ressources aux communes, selon les priorités d'un programme pluriannuel d'équipements, glissant, établi par les communes sur la base de leur schéma d'aménagement. on

Cette solution ne crée pas un nouveau niveau de gestion et de compétence mais assure une redistribution des ressources nouvelles, nécessaires à l'aménagement et liées au développement, en neutralisant les poisons et les jalousies de la localisation dans une commune plutôt que dans une autre.

Elle induit une nouvelle dynamique de pensée dans l'aménagement lui-même et une dialectique auto-correctrice dans les solutions techniques et géographiques toujours discriminatoires, d'un bon aménagement.

 

5.2. LA PARTICIPATION PRIVEE AUX PROFITS DE L'AMENAGEMENT

Le bon sens commanderait qu'il n'y ait participation aux profits que s'il y a profit et que cette participation ne soit pas réservée aux seuls espaces qui ont le privilège d'être sur l'impact du développement, mais étendue aussi aux espaces qui peuvent en subir les dommages ou les inconvénients ou qui participent indirectement à la valorisation globale du développement.

On en est assez loin, très loin car il peut même y avoir, aujourd'hui, pour certains, participation aux profits d'un aménagement générateur de perte, ce qui est un comble.

 

A. Les propriétaires privés

Ce thème n'est pas nouveau. Il a fait l'objet de discussions chroniques et passionnelles, réduites à l'étroite question de l'iniquité de traitement entre propriétaires, entre ceux qui voyaient leur foncier largement valorisé par l'aménagement, et ceux qui ne voyaient rien du tout. Posée de cette manière, la question ne peut pas recevoir de réponse satisfaisante car les solutions débouchent inévitablement sur l'indemnisation fantomatique d'un droit naturel dont la propriété aurait été privée à l'occasion de l'édiction des règles d'urbanisme. L'indemnisation, bien entendu, étant à la charge de la collectivité publique.

De ces débats théologiques, il n'est ressorti, en 1976, qu'un mécanisme astucieux dans son principe, mais d'un usage restreint tant dans le principe même qu'à l'application. Il s'agit du "transfert de COS", pour le nommer familièrement.

Il consiste, comme on sait, dans la possibilité ouverte à un propriétaire de vendre la constructibilité ( fictive ) dont il dispose sur son terrain et qui est inutilisable sur place, à un autre propriétaire qui en a besoin pour construire un peu plus, ailleurs.

C'est un mécanisme un peu bizarre, dont l'origine date de 1962 et qui s'apparentait plus à l'époque à une commodité de bon sens qu'à une ambition aux amples usages. Il fut consacré en 1967, dans une écriture, assez maladroite d'ailleurs, par la loi d'orientation foncière. La loi du 3 1 décembre 1976 élargit son champ et en modifia légèrement le régime. Néanmoins, même réduit à cela, le mécanisme déclencha des passions et beaucoup de débats entre partisans et adversaires, assez curieux, car il n'y avait pas matière à de tels affrontements. Son origine sulfureuse avait pesé sur sa conception législative, au double sens du terme.

Elle pesa sur sa mise en application, pour des raisons nombreuses, connues et incompréhensibles sur le terrain de la raison. Ce ne fut donc pas faute de textes, de documentations pédagogiques, de recommandations qu'il resta inutilisé. Ce ne fut pas non plus pour des raisons politiques. Une sorte de fatalité a pesé sur lui. Tant pis et peut être tant mieux, car il est resté à peu près intact dans la naphtaline; il n'a fait ni mal, ni bien; sa réputation est vierge; on pourrait donc envisager de l'utiliser à une échelle plus étendue, à l'OPE bien qu'il puisse s'utiliser seul et doive continuer à pouvoir l'être.

 

B. La participation des propriétés exclues du développement. Pour un transfert de COS plus ambitieux.

Cette extension du champ d'application du transfert de COS et sa rénovation, associées à une technique de mobilisation de l'offre foncière ont été développées dans les deux notes:

 ‑ espaces naturels et développement urbain ( Cf.[1995-11-00---H-ESPACES-NATURELS-ET-DEVELOPPEMENT-URBAIN])

 ‑ pour une mobilisation de l'offre foncière.( Cf.[1995-11-01---H-MOBILISATION-DE-L-OFFRE-FONCIERE])

Quels liens ont-elles avec l'OPE ?

 Elles ont un lien de causalité évident.

 Le territoire qui choisit la technique de l'OPE pour se développer s'offre, en quelque  sorte, aux enchères. On peut faire naturellement confiance à la nature humaine, à la démocratie, etc. pour opérer les arbitrages sereins entre les offres qui se présenteront

Personnellement, je n'y accorde aucune confiance. Il faut donc compenser les faiblesses humaines par des "mécanismes autocorrecteurs" qui réduisent les jalousies, rendent plus neutres les choix des solutions, en égalisant les perspectives individuelles de profit des propriétaires en  répartissant ces profits autrement qu'ils ne se répartissent aujourd'hui.

Ainsi le développement urbain contribue‑t‑il à "financer" I'écrin naturel dans lequel il  s'insère

 

C. La participation des riverains dérangés

 C'est envisager, cette fois, une régulation plus habituelle des inconvénients liés au développement.

Si le "transfert de COS ambitieux" lubrifie les rouages sociaux et psychologiques d'un territoire (et permet: d'aller bien au-delà de cette compensation financière qu'il introduit si ont veut aménager vraiment l'espace), la régulation des inconvénients est destinée, comme son nom l'indique, à dédommager des riverains dérangés. Il s'agit là d'une notion relative et probabiliste car les riverains de l'opération peuvent aussi bien en tirer profit qu'être dérangés à la fois ou n'être pas concernés, du tout, tout en se plaignant haut et fort.

Le "dérangement" peut être temporaire ( chantier ) ou définitif ( obstruction de vues, bruit, circulations nouvelles, etc.). Il n'a pas à constituer un dommage au sens de la responsabilité civile. C'est d'ailleurs pourquoi on a utilisé le terme "dérangement" peu porteur de sens sur le terrain juridique. Il ne doit pas être érigé à la hauteur d'un droit pour le riverain, mais seulement d'une obligation morale pour les organismes responsables du dérangement et constituer un poste spontanément obligatoire dans leur budget.

En pratique, c'est ce qu'il se passe souvent, dans des conditions tribales ou suspectes. L'opérateur public ou privé, s'il n'est pas stupide, préfère dédommager des dérangements négociés à l'amiable avec ceux qui se plaignent qu'avoir des ennuis ou perdre du temps.

A lui d'apprécier les dérangements potentiels et de prévoir la dépenses ou le service à rendre. L'obligation morale induite par les moeurs institutionnalise un usage sans créer un droit; encore faut-il que les juges judiciaires ou administratifs ne tirent pas, de cette disposition, des conséquences farfelues et transforment un devoir de bon voisinage dans une société policée, en obligation indue. Il ne faut pas non plus que les autorités administratives y trouvent aussi un moyen de plus à l'extorsion de fonds.

Aussi nous garderons-nous bien d'introduire l'idée dans un texte en souhaitant seulement que les maîtres d'ouvrages, de tout acabit, I'intègrent un peu plus dans leur culture et leur manière d'agir.

Est-il cependant possible dans ce pays d'avoir une pratique ou une idée du généreuse sans qu'une multitude de prédateurs se rue sur elle pour la transformer en machine infernale qui se retourne contre ses inventeurs ? Ainsi en a-t-il été des études d'impact ! A moins que ce ne fut l’objectif sournois véritable de ses promoteurs !

C'est la raison pour laquelle cette notion de dédommagement des dérangements doit rester dans le domaine de la "bonne administration", s'introduire dans la culture et les moeurs des aménageurs et des autorités lorsqu'elle leur est étrangère, et non pas devenir une obligation légale.

 


CHAPITRE VI

 

PORTEE ET LIMITES DE L'O.P.E

 

6.1. LES AVANTAGES CERTAINS DE L'OPE

Ces avantages sont à apprécier par rapport à ceux de la démarche classique et en eux mêmes. Ils ont été signalés au § 46.

Quelles que soient la science, l'imagination et la bonne volonté des "experts", des élus ou des fonctionnaires, rien ne vaut ce qui peut jaillir de l'esprit d'un agent économique à la recherche d'un profil:. Il a des idées, des moyens et recherche un espace où assouvir sa pulsion. Il est impossible de simuler la diversité de ce qui peut sortir de l'initiative en quête perpétuelle de réalisation.

Offrir l'espace, c'est appeler l'imagination à y fleurir quelque part. N'ayons aucune illusion naïve, la grande majorité des réponses n'apportera pas beaucoup de surprises. C'est leur cumul qui est intéressant car il constitue une matière première vivante potentielle, un contenu imaginé par son réalisateur et aucune simulation en chambre ne peut le remplacer. Si l'offre est largement ouverte, elle peut amener des projets auxquels, localement, il est impossible de penser. Enfin, l'OPE, révèle aux milieux locaux les potentialités, exaltantes ou décevantes de leur territoire.

Rétrospectivement, si on avait procédé ainsi dans certaines régions très convoitées, on aurait certainement eu d'autres résultats. La concurrence pour une plus grande qualité, à peu près inexistante aujourd'hui en aménagement, aurait eu souvent un sens.

L'OPE ouvre l'espace; elle ouvre aussi les esprits.

Mais une OPE, c'est également faire appel au marché, avec ses avantages.

D'abord, il s'autofinance. Quand une fonction urbaine est confiée au marché, l'autorité publique est déchargée de l'un de ses soucis les plus obsédants: mobiliser des fonds publics, les obtenir en temps utile et les utiliser sont choses compliquées. Le marché résout bien mieux ces problèmes-là.

Ensuite, il répond a une demande et s'y adapte, par nécessité, donc il s'y adapte mieux. Recourir au marché, c'est avoir l'assurance que toutes les énergies seront mobilisées pour répondre à cette demande. C'est pour l'agent économique une affaire de survie.

De plus, il ne peut négliger le temps. Quand on lâche le marché sur une proie, c'est comme quand on lâche les chiens. On n'a pas trop besoin d'être derrière lui.

Enfin, il a ses, propres sanctions, ce qui dispense l'autorité publique d'intervenir avec ses systèmes de régulation généralement inadaptés et incommodes qui ne permettent ni de punir, ni de récompenser, ou le permettent selon des critères douteux. Avoir par exemple les honneurs d'un rapport sévère de la cour régionale des comptes !!

A ces avantages techniques ou opératoires, s'ajoutent, ce que je crois être l'élément essentiel qui fait défaut dans les démarches classiques d'aménagement, un bilan global pour le territoire des dépenses et des ressources liées au développement à venir.

S'il est normal qu'il n'y ait pas dans les textes une obligation juridique et formelle d'adjoindre, au document qui cristallise la pensée directrice, un tel bilan qui encadrerait les ordres de grandeur des dépenses et des recettes, il n'est pas sain que les autorités publiques ne s'astreignent pas spontanément à un tel exercice, fondé sur les hypothèses de développement retenues. Il ne faut pas en faire une obligation juridique pour ne pas obérer définitivement l'approbation du document d'urbanisme, ne pas susciter un effroi paralysant supplémentaire, lors de la prise de décision, ni ouvrir un moyen de recours de plus ‑ comme c'est le cas en matière de déclaration d'utilité publique avec l'estimation des dépenses ‑. Les choses sont suffisamment compliquées et fragiles pour ne pas en rajouter un peu plus. En revanche, une telle démarche serait utile.

Avec l'OPE, elle s'impose avec un certain réalisme, car les "spéculations" publiques sur l'aménagement ont en face d'elles des "investisseurs" réels, qui ont besoin de chiffres et de certitudes. L'OPE qui apporte une part du contenu futur destiné à remplir le contenant défini par les autorités publiques, conduit naturellement à des comptes et le contrat que liera ces autorités aux investisseurs ne pourra fixer des obligations de faire réciproques que si des comptes ont été faits préalablement, chacun y prenant sa part de risque.

On retrouve ici la nécessité de mettre à plat le système de financement de la ville, évoqué brièvement au § 22 ci-dessus, ce qui n'est jamais fait. Chaque opération d'aménagement ‑ communale au surplus en général ‑ suppose, sans s'y attacher particulièrement, de nombreux problèmes résolus ailleurs alors qu'ils ne le sont pas.

 

6.2. LES LIMITES INTRINSEQUES DU MARCHE

Le marché est égocentrique. Il néglige tout ce qui ne peut pas se vendre ‑ c'est évident même si ce qui ne peut pas se vendre peut contribuer directement à la valorisation de ce qui est à vendre ‑ c'est non moins évident ‑. En somme, le marché puise sans scrupule dans l'environnement, en profite au maximum et ne lui restitue que le moins possible.

Le marché est boulimique, il avale tout ce qui se présente, occupe tout l'espace disponible quand il est fort, dans une fonction donnée. Il élimine les fonctions moins compétitives. C'est aussi évident.

Le marché est dépendant, dans une fonction donnée, des stratégies propres à chaque agent économique qui assume cette fonction, ce qui peut réserver des surprises, que l'agent soit local ou multinational.

La ville qui compte sur lui doit aussi compter avec lui. S'il lui apporte des forces et des certitudes irremplaçables, il emporte avec lui des phénomènes à maîtriser, soit dans leur hypertrophie excessives soit dans leurs adressions progressives ou brutales.

Le marché ‑ chaque secteur du marché ‑ a son propre long terme, lié à la durée d'amortissement plus ou moins longue du capital investi, lié à ses profits, à la réussite du pari qu'il a fait à tel endroit.

Le libéral intégriste semble insensible à ces aspects là de la vie économique et ne regarde que d'un côté du miroir.

Croire au marché ce n'est pas avoir la foi en Allah !

Enfin le marché a deux faiblesses.

Il peut se tromper dans ses anticipations, car il est soumis à des cycles d'enthousiasme et de morosité. Le marché immobilier en sait quelque chose aujourd'hui.

Il a sa propre conception du long terme, et plus exactement, chaque agent économique a sa propre conception du long terme qui ne coïncide pas nécessairement avec celle des autorités publiques.

En aménagement ‑ ce qui exclut les petites opérations relevant d'agents économiques modestes et subordonnées ‑ c'est la dimension de l'opération qui donne un ordre de grandeur du terme.

L'OPE vise de grandes opérations ‑ susceptibles naturellement de se résoudre en une somme d'opérations modestes ‑ et couvre par conséquent une période de développement importante.

Néanmoins le long terme du territoire ne peut être la somme des opérations retenues à la suite de l’OPE, car c'est le long terme de la collectivité publique qui doit prévaloir.

C'est alors qu'on retrouve les "experts".

 

6.3. UTILITE ESSENTIELLE ET LIMITES DE "L'EXPERT". LE LONG TERME

La démarche classique de l'aménagement donne lieu, en ce qui concerne sa substance, à une série d'allers et retours entre l'expert et le politique. le singulier est employé pour simplifier le propos. L'un est l'autre contribuent aux hypothèses, aux scénarios, imaginent, inventent, avancent, reculent, selon leur savoir, leur intelligence, leur caractère, etc. L'expert est présumé avoir la rationalité, le politique le vouloir et la conscience de ce qui est acceptable.

L'avantage de l'OPE est d'introduire un troisième type d'acteurs sur le long terme, cependant, l'expert est le seul à disposer de l'indépendance d'esprit nécessaire, d'abord pour l'envisager. ensuite Tour en tirer quelques conséquences.

Encore faut-il que cette indépendance d'esprit lui soit reconnue et soit acceptée quand elle se manifeste, en supposant bien sur, qu'il ait toutes les qualifications requises.

Or l'expert est aujourd'hui beaucoup déconsidéré.

La politique a envahi consciences à un point excessif. Elle rend sourd, aveugle, peureux et « quelquefois » malhonnête.

La “ crise de la ville ” jette un discrédit global sur les politiques antérieures d'aménagement et d'urbanisme, elle entretient des confusions multiples; elle permet à chacun de dire n'importe quoi, chacun ne manque pas de le faire, en habillant souvent de nobles raisons des objectifs égoïstes. Quand l'art du combat consiste à brouiller les pistes, les hiérarchies, les préoccupations, I'expert est mis sur la touche; il en est réduit à tenir les crayons en étant prié de faire attention aux couleurs. ( J'ai connu un maire qui avait la phobie du vert! ).

 Il ne faut pas écarter la perspective que ces excès ne se calment pas d'eux-mêmes et souhaiter que l'expert retrouve le rôle qui est le sien, entre le politique et le marché ( OPE ou non ).

 Sur le long terme, il est irremplaçable. La politique à un horizon de six ans environ, rarement plus. Le marché peut avoir un horizon plus court ou plus lointain, mais il est glissant.

Seul l'expert peut ordonner les hypothèses et leurs conséquences dans un horizon plus lointain, à la condition qu'il soit clair qu'il ne s'agit pas de prévisions. Or ses interlocuteurs ont toujours tendance à mélanger hypothèses et prévisions, ce qui est particulièrement dangereux. L'expert n'est pas une pythonisse et ne doit pas être pris comme tel.

Quoi qu'il en soit l'expert est le seul à pouvoir raccorder entre elles les volontés du politique, avec ses contradictions, les aspirations du marché, avec ses contradictions: boucher les trous, lever les occultations, extrapoler, intrapoler, faire jouer d'autres algorithmes que ceux qui sont coutumiers au politique et au marché, et plus spécifiquement au-delà des horizons couverts par les deux principaux acteurs qui tiennent les clefs du contenant et du contenu.

Il est vraisemblable que l'OPE ouvre un champ d'action renouvelé à l'expert, non pas en tant qu'arbitre mais en tant que fécondateur ou  "pollinisateur".

 

Le plus difficile pour lui, OPE ou non, sera sans doute de recouvrer son indépendance d'esprit et son prestige car il les a perdus. Où trouve-t-on l’expert ? S'il en existe encore, on les consulte à peine mais on ne les associe pas.

 

6.4. VERTUS ET LIMITES DES AUTORITES PUBLIQUES

 L'aménagement est de la compétence des autorités publiques, détentrices, de par la loi de responsabilités bien définies, dans les limites fixées plus haut (cf. § 2.1 la ville et le marché).

 Elles ont, seules, la légitimité démocratique ‑ de l'État à la commune, en passant par la région et le département ‑ pour prendre des engagements et des décisions contraignantes.

Encore faut il qu'elles soient dans une organisation institutionnelle qui se prête à l'exercice de leurs prérogatives qui, en matière d'aménagement est essentiellement constitué d'arbitrages ( physiques puis financiers ).

Or, le PRINCIPE CONFEDERAL ( Cf.    #1995# ) ( art. L. 300, 2e alinéa du code de l'urbanisme ) qui structure les relations entre collectivités locales, pertinent dans certains domaines sectoriels, est inopérant en matière d'aménagement. Un schéma directeur n'est plus aujourd'hui que l'addition de pulsions communales autonomes dont nul n'est habilité à contester l'opportunité, même intellectuellement. On en vient à un état de schizophrénie généralisée irrépressible – toute stratégie communale tendant à se couvrir du secret défense ‑ qui ne peut déboucher que sur des incohérences ( syndrome productif avec l'établissement d'un schéma délirant ) ou sur la paralysie ou l'impuissance si nulle raison ne pousse à ce qu'il le soit ( syndrome déficitaire, dans le repli sur soi ).

Arbitrages, cohérence, priorités sont des concepts dépourvus de sens qu'aucune loi d'aménagement et d'urbanisme ne peut imposer, tandis que leur évocation devant un tribunal peut faire s'écrouler l'édifice bâtard péniblement mis sur pied, quand la loi, comme c’est devenu le cas, érige le juge en urbaniste en chef.

 

L’organisation institutionnelle en vigueur est un non sens.

Or, il faut bien s'en remettre à des autorités publiques pour les arbitrages et les décisions.

Ces arbitrages sont à la fois physiques et financiers.

 

A. Les arbitrages physiques

Ils consistent à localiser des fonctions urbaines, des équipements et des protections.

Il est impensable que ces arbitrages relèvent, en dernier ressort et avec retard, du juge comme c'est le cas aujourd'hui.

Dès lors que le recours aux experts est aussi déconsidéré faute de disposer de l'indépendance d'esprit, en raison de l'état de subordination maximale dans lequel l'organisation confédérale les place, il ne reste plus que le recours au marché. C'est l'intérêt de l'OPE. Le marché présente l'intérêt d'être indépendant, plus près de la réalité, capable de tenir tête aux paranoïas locales et de leur parler d'égal à égal, si on le met en position de le faire, comme dans le système de l'OPE.

A partir des propositions d'avenir que le marché restitue au territoire, il est plus facile d'imaginer une organisation institutionnelle en mesure de prononcer des arbitrages, si des choix lui sont convenablement présentés.

Les experts peuvent alors recouvrer leur rôle, irremplaçable dans l'analyse des conséquences, le comblement des lacunes, la recherche de cohérences entre des propositions multiples, à retenir ou à éliminer, etc et les autorités publiques peuvent peut-être émerger des sables mouvants où elles se sont enlisées.

Hélas, I'OPE n'est pas généralisable, pas plus qu’elle n'est pas une panacée.

Il faut donc repenser l'organisation institutionnelle de l'aménagement local ( Cf. note Intercommunalité, aménagement et illusions tenaces,[1997-11-00---C-INTERCOMMUNALITE-AMENAGEMENT-ET-ILLUSIONS-TENACES]...).

 La crise immobilière y est favorable en ce qu'elle a relâché les tensions, oblige chacun à se regarder, à regarder autrement l'avenir, et à régler de lourds contentieux.

La crise des banlieues, là où elle sévit peut avoir aussi des effets positifs d'une autre nain Ire

Toute période critique est propice à d'autres façons d'attaquer la réalité.

 

B. Les arbitrages financiers

 Ils sont tout aussi essentiels, en période de déficits publics à peu près généralisés, d prévision fiscale à la hausse, de pertes lourdes parmi les agents économiques, de croissance faible ou nulle

La tendance, en ces moments là, est de renvoyer l'aménagement et ses impacts

 financiers à des jours meilleurs.

C'est un tort.

L'aménagement est l'amont du secteur BTP; il est de gestation lente et il n'est pas farfelu d'y penser avec sa dimension financière, irréaliste au moment présent, quand les choses vont mal. Encore faut-il, dans ce domaine également, que les réflexions qui s'imposent ne soient pas soumises aux rites et aux rythmes surréaliste des contrats de plan. Le lancement d'une OPE dans ce contexte, peut être une occasion de voir autrement I avenir Néanmoins l'organisation institutionnelle se prête moins encore, en ce domaine, à la mobilisation des énergies, chacun se crispant sur ses "acquis", maximalisant ses ennuis pour recevoir plus, craignant d'être obligé de donner aux autres quand sa situation est bonne.


CHAPITRE VII

 

INSTITUTIONNALISATION DE L'O.P.E

 

Il est intéressant de s'interroger succinctement sur la mise en oeuvre de l'OPE et d'en examiner certains aspects pratiques.

 

7.1. L'ENCADREMENT JURIDIQUE

L'OPE peut se passer d'encadrement juridique car rien n'empêche un territoire de consulter, si tel est son bon plaisir, la terre entière pour lui demander s'il y a des opérateurs intéressés par son espace et de faire ensuite ce que bon lui semble des réponses. Limitée à cette consultation, l'OPE n'est qu'un appel d'idées.

Son objectif est cependant d'aboutir à des opérations, dans lesquelles certains soumissionnaires joueront nécessairement un rôle déterminant à fixer contractuellement entre eux et le territoire e t d'autres collectivités concernées vraisemblablement, le contenu de leur intervention.

Il n'existe, dans le droit, aucune formule qui y réponde.

Le système ressemble à la concession mais ce n'en est pas une.

La convention de ZAC intervient en aval alors que ledit contrat doit être passé en amont des opérations et a un objet plus large que l'opération d'urbanisme proprement dite.

Enfin, cette façon de procéder qui associe directement investisseur extérieur au territoire (qu'il soit public mais surtout privé), collectivité publique, est contraire aux principes parfaitement légitimes qui ont toujours prévalu d'écarter les agents économiques des procédures qui fixent les options d'aménagement (schéma directeur, POS).

En conséquence, un encadrement juridique minimum est à prévoir pour éviter que le juge, avec son réflexe habituel d'assimiler une pratique nouvelle et inconnue à un système existant, ne fasse pas s'écrouler le montage, au moment où il prend forme dans des actes administratifs qui feraient l'obier de recours devant lui.

Cet encadrement s'impose d'autant que l'investisseur extérieur demandera des garanties et des certitudes, à long terme, sur ce quoi les collectivités publiques s'engagent de leur côté.

On a eu le problème avec Disneyland et un problème voisin se pose avec Sophia Estérel [ qui s’est d’ailleurs depuis enlisé dans le tribalisme produit par le principe confédéral AG. 10-10-1999. ] d. Curieusement, cette dernière initiative d'aménagement à grande échelle a coïncidé avec certaines de mes réflexions antérieures suscitées par la Corse et le pays du Bandol. L'idée d'OPE a pris corps ,à ces occasions, en liaison avec mes activités dans les Alpes‑Maritimes qui mettaient bien en évidence la faiblesse des montages en partenariat avec des communes, fondés sur un lien ténu, au sein d'une SEM plus ou moins fantomatique.

L'écriture juridique n'est pas difficile à rédiger, les seules questions de fond, préalables et difficiles à trancher sont celles du territoire et de sa façon de répondre à l'interrogation "Veut-on le développement ?"

Toute la suite en découle mécaniquement. On ne la présentera pas ici.

 

7.2. LE CONTEXTE ECONOMIQUE

Il n'est pas favorable et pour quelques années encore, aux OPE. Tous les grands investisseurs privés nationaux, intervenant habituellement dans l'immobilier ‑ et plus particulièrement dans l'aménagement ‑ sont aujourd'hui paralysés par des pertes considérables. Cf. ma note "La crise immobilière" . Octobre 1995. Reprise dans un article de l'ADEF. ( Cf.[1995-12-00---H-OSER-PENSER-MALGRE-LA-CRISE])

Il ne faut guère compter sur eux pendant longtemps.

Les investisseurs étrangers ne se portent pas mieux dans ce domaine.

En revanche, il n'est pas exclu que des "industriels" de l'immobilier étrangers ne soient pas en mesure de souhaiter s'implanter en France, si ce pays fait partie de leur stratégie internationale. Sans nourrir l'illusion qu'il peut y en avoir pour tous les territoires désireux de se développer pour créer des emplois et accroître leurs ressources, il est certains que l'existence d'un système clair et bien défini, pourrait faire gagner du temps quand l'occasion se présente.

En aménagement, il faut penser à l'avance.

 

 

CHAPITRE VIII

 

CONCLUSION

 

L'offre publique d'espace, ainsi définie, calibrée, conditionnée, n'est en aucune façon ni une panacée, ni l'expression d'un modernisme efficace excluant les pratiques plus primitives du passé ( voir annexe ).

Ces pratiques "primitives" ont la vertu d'exister, d'être connues et s'il y a un devoir c'est de mieux s'en servir au lieu de les renier, en mettant leur efficacité, nécessairement partielle, au service des nouvelles priorités du moment, car ce sont plus les priorités qui changent que la nécessité permanente d'avoir une pensée directrice, de s'y tenir en l'ajustant, selon les conditions météorologiques.

L'OPE n'est qu'un moyen de mieux associer le marché global à l'aménagement ‑ celui de toutes les fonctions humaines, consommatrices d'espace, en un mot génératrices de bitume, de béton et de réseaux car il en faut toujours ‑ à la définition et à la mise en oeuvre de la pensée directrice, ce qui n'a pas été assez fait, qui aurait pu l'être en maints endroits si on y avait pensé et qui peut encore l'être en bien des endroits, même si la crise immobilière n'y sera pas favorable pendant quelques années.

Cette association, parce qu'elle doit porter sur un territoire vaste, n'est guère pensable sans une participation publique minimale aux profits de l'urbanisation, telle qu'on la décrite. Mais un aménagement cohérent, selon les méthodes classiques, ne l'est pas plus même si on fait semblant de le rechercher en établissant un schéma directeur schizophrénique.

Enfin, la participation privée aux profits de l'aménagement est un lubrifiant complémentaire dans les rouages grinçants de la vie collective locale qui ne requiert pas de virtuosité particulière, n'apporte rien de miraculeux. c'est un sédatif à un fréquent sujet de colère ou de mécontentement.

L'ensemble mériterait d'être mis en ordre de marche en contournant l'écueil fatal qui interdit de donner des conseils à des collectivités, désormais majeures et en pleine panade.

C'est le seul véritable obstacle.

 

ANTOINE GIVAUDAN


ANNEXE

L’Aménagement, sa permanence et sa variabilité

L'aménagement de l'espace ‑ du territoire national à l'agglomération urbaine; de l'espace rural en voie de dépeuplement aux banlieues peuplées et agitées; du quartier à l'immeuble ‑ procède toujours de la même démarche intellectuelle:

Compléter ce qui manque, déplacer ce qui n'est: pas à sa place, préparer l'espace à l'accueil d'activités nouvelles, ordonner plus harmonieusement les choses entre elles, interdire ce qu’il ne faut pas, assurer les connexions nécessaires ...

Dans la notion d'aménagement, il y a donc toujours une dimension spatiale, une dimension fonctionnelle et une dimension incorporelle, produit des deux premières qu'une multitude d'autres l'acteurs économiques, psychologiques, sociaux complexes et entremêlés exploitent pour donner son caractère à une communauté, installée dans un espace qui fonctionne plus ou moins bien,.

Cette évidence abstraite et intemporelle concerne l'ensemble du spectre d'intervention de la puissance publique. Selon les lieux et les époques, le spectre présente des raies plus lumineuses que d'autres et avec le temps les raies se déplacent au gré de l'évolution spontanée de la société ou de ses exigences.

L'aménageur est un arboriculteur ou un vigneron. Il lui faut avoir la terre, la défoncer, la planter d'arbustes, les élever et au moment de la production, entretenir la terre et les arbres, cueillir, réagir aux intempéries, etc. puis un jour arracher tout ou partie du verger, soit parce qu'il est trop vieux, soit parce qu'il n'est plus rentable ... et recommencer. De plus les techniques de production, de commercialisation et les marchés évoluent.

Tout est nécessaire dans la chaîne et appliqué à une région arboricole, toutes les phases de la chaîne sont présentes à un endroit ou à un autre, même s'il peut y avoir des époques où certaines phases sont dominantes et donnent lieu à surproduction.

    Aussi, ne vois-je pas sans une certaines commisération irritée de bons esprits ( 1 ) soutenir ou prétendre qu'on est passé aujourd'hui en aménagement, d'un âge à un autre, qu'on vit depuis trente ans l'aménagement comme politique spatiale et politique d'équipement ... que cette conception est dépassée, qu'on est dans l'âge de la matière grise, qu'il faut structurer un milieu local inscrit dans une diversité d'espaces etc. etc. On laisse entendre qu'il faut faire autrement, soit, mais il aurait aussi fallu faire cela voici 30 ans ... ça n'aurait fait aucun mal et on s’en porterait certainement mieux.

 

( 1 ) Cf. Un territoire pour l'homme. Pierre Calame (p. 55‑56) Avril 1994

 

Cette erreur conceptuelle, profonde et dangereuse, repose sur l'idée d'alternatives exclusives du type: on a agi ainsi par le passé, c'était peut être nécessaire, ça ne l'est plus , il faut agir différemment et oublier les anciennes méthodes. Il est assez affligeant que des personnes intelligentes et expérimentées succombent au besoin de paraître à la mode ou d'inventer la mode du moment comme dans le prêt à porter, en dénigrant des pratiques antérieures au demeurant mal pratiquées ce qui conduit naturellement à les éliminer ou à les déconsidérer définitivement en tant que moyens conceptuels de comprendre et d’agir sur la réalité. Cette manière de penser illustre parfaitement l'observation N° 15: "On ne sait pas capitaliser les leçons du passé" ( Chapitre 1).

 

Car les choses ne doivent être ni vues, ni présentées ainsi, si l'on ne veut pas aggraver la crise conceptuelle à eu près généralisée qui frappe l'aménagement urbain, crise qui pousse les décideurs, incapables d'assumer leurs responsabilités élémentaires concernant le spatial et l'équipement, à faire de nécessité vertu en négligeant un peu plus ces dimensions primaires, au bénéfice d'autres actions qu'ils n'assument pas mieux mais qui leur donnent l'impression d'être moderne; ( Cf. le délire des "projets urbains" ).

En vérité, s'il y a reproche à faire au passé c'est d'abord de ne pas avoir suffisamment maîtrisé le spatial et l'équipement et c'est ensuite, pour des raisons plus ou moins fondées, d'avoir négligé les dimensions complexes de l'aménagement, moins urgentes, moins tangibles et moins matérielles qui font qu'un territoire vit harmonieusement. On a le droit de jeter la pierre ou de ne pas la jeter. On se trompe et on trompe les autres en laissant croire qu'ayant changé d'époque, certaines exigences peuvent être mises en rancart et que d'autres sont nouvelles alors qu'elles font partie de la substance même de l'aménagement et cela depuis toujours.

S'il est vrai que pour certains territoires où le développement ( démographique et économique ) est stabilisé voire en régression, les priorités ne sont plus les mêmes que lorsqu’on imaginait que la population aller doubler dans les vingt ou trente ans ‑ cette évidence n'a pas besoin d’être élevée au rang d'un impératif général qui interdirait désormais de s'occuper du spatial et de l'équipement – puisque pour d'autres il n'en va pas du tout de même.

Si "l'aménageur", celui qui formule une "'PENSEE DIRECTRICE", est compétent et sérieux, son rôle est d'avoir les yeux fixés sur toute la largeur du spectre et non d'exclure, comme non pertinentes, les bandes qui lui paraissent démodées ou moins chatoyantes, parce que d'autres priorités se sont manifestées à un autre endroit.

On n'éradiquera jamais l'espèce des “ nouveaux conformistes ”, dans l'aménagement comme dans le prêt à porter.