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LA VILLE

ET LE MARCHE

 

ANTOINE GIVAUDAN*

* Inspecteur général de l'Équipement.

 

( NOVEMBRE 1995 )

Publié avec les actes du colloque. Edition de l’ADEF

 

ORIGINE ET DESTINATION

Cet exposé ne présente pas de thèse originale ou paradoxale, comme il m’arriva de le faire sur d’autres sujets pour obliger les gens à regarder les choses différemment. Le ton affirmatif et péremptoire est sans doute maladroit. Verbalement présenté, c’était peut-être moins le cas.

Sur le fond cependant, notre société reste inapte à aborder ces questions sans présupposés idéologiques pesants et sans parti pris marqué de suspicion. C’est le signe d’une inculture générale assez curieuse. Aussi fus-je agréablement surpris quand je lus certains propos de M. Cohn-Bendit qui ne disait guère autre chose. ( Cf.#1999-06-01---E#).

J’ai repris mon exposé dans un texte plus général intitulé « l’offre publique d’espace » que je n’ai même pas cherché à publier tant j’ai l’impression qu’il est vain de suggérer quelque démarche que ce soit dans ce pays intellectuellement ankylosé sur ces questions ( Cf.[1995-11-02---H-L-OFFRE-PUBLIQUE-D-ESPACE]). Je sens que je suis atteint « d’à quoi bon ? ». 

 

 

 


 

 

"La ville doit dominer le marché ! " En d'autres termes, il faut 1aisser au marché le soin de produire tes équipements et services urbains nécessaires, financés par les usagers ; la collectivité publique devant concentrer ses moyens sur les biens "non-autofînançables", mais nécessaires pour des raisons sociales et environnementales. Ces derniers seraient financés 'par les contribuables.

Le financement par l'Usager des services urbains traditionnels ne s’exerce pas pour autant dans des conditions normales de marché, les concessionnaires de services publics pouvant dicter leurs propres lois... En matière d'urbanisation, les contraintes environnementales qui raréfient le foncier et les interventions foncières publiques n ont pas été accompagnées de mécanismes autorégulateurs. Dans le domaine du logement, ni le marché ni les politiques urbaines ne répondent à la demande, la ville ne sachant pas dominer le marché. Des mesures s'imposent...( NDLR )

 

« QUI doit payer la ville ? » était un thème d'actualité voici quarante ans, dans les années cinquante, quand le parlement débattit de la grande loi-programme qui fut publiée en août 1957 et qui inventa, presque sans le vouloir, les participations des constructeurs. Il était d'actualité dans les années soixante, il l'était encore dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Il l'est toujours dans la dernière décennie du siècle, il le sera encore en 2022 ... POURQUOI ?

Parce que notre société politique, administrative et technique n'a jamais su bien poser conceptuellement le problème. Après coup, c'est un constat assez facile à faire. Mais elle ne prend guère le chemin de mieux le poser. Au demeurant, eût-elle été capable de le faire, qu'elle n'aurait pas pu nécessairement le résoudre.

Aussi faut-il regarder la réalité, qui est plus simple qu'elle n'en a l'air, et explorer les chemins vers un nouveau modèle.

 

SCHEMA UNIVERSEL DE FINANCEMENT DES SERVICES URBAINS

 

VOIR LE GRAPHE CI-APRES

 

L’extraordinaire simplicité de la réalité se résume dans le schéma ci-contre (dessous) dont l'économie est universelle et adaptée à toutes les planètes habitées de la galaxie.

Parce que notre société politique, administrative et technique, n'a jamais su bien poser conceptuellement le problème. Après coup, c'est un constat assez facile à faire. Mais elle ne prend guère le chemin de mieux le poser. An demeurant, eût-elle été capable de le faire, qu'elle n'aurait pas pu nécessairement le résoudre.

Aussi faut-il regarder la réalité, qui est plus simple qu'elle n'en a l'air, et explorer les chemins vers un nouveau modèle.

 

1. L’EXTRAORDINAIRE SIMPLICITÉ DE LA RÉALITÉ

Il est vain de laisser penser qu'il puisse exister une autre façon de concevoir les choses, liée à telle réforme ou révolution de la société, comme d'innombrables escrocs politiques ou intellectuels l'ont soutenu pendant des dizaines d'années en prétendant faire le bonheur définitif des individus,

 

Aussi l'analyse et la discussion doivent-elles se concentrer sur les quatre séries de critères à définir et à arrêter, destinées à départager ce qui doit être imputé :

-- à l'usager et au contribuable ‑ pour ce qui est de la source de financement


 

 


‑ à l'impôt et à l'emprunt ‑ pour ce qui est de la répartition dans le temps de la charge de financement

‑ aux différents niveaux géographiques de fiscalité ‑ pour supporter cette charge

‑ aux différents impôts possibles et imaginables, quant à leur assiette et leurs redevables.

Or, il se trouve, qu’en quarante ans, l'analyse et la discussion, qui ne se sont jamais interrompues, ont été obscurcies, obérées par d'innombrables facteurs qui ont neutralisé toute action sérieuse. Nous ne nous appesantirons que sur deux d'entre eux : l'inaptitude conceptuelle et les fantasmes idéologiques.

 

INAPTITUDE CONCEPTUELLE

Les manifestations historiques de l'inaptitude conceptuelle de notre société à poser clairement le problème et à proposer des solutions variées, cohérentes, évolutives, susceptibles eu vingt ou trente ans de réduire les aberrations les plus graves et d'assurer un financement régulier de la ville, sont évidentes. Depuis 1955, les rapports, les études, les grands et les petits débats sur le sujet ne se comptent plus. Or, jamais le problème n'a été posé en ces termes.

L'obsession de la réforme des finances locales a rendu schizophrène l'ensemble politico-administratif, périodiquement embrasé au surplus de troubles obsessionnels compulsifs.

Dans le domaine des participations liées au Code de l'urbanisme, le plus grand chaos a régné sciemment jusqu'en 1985. Depuis, les choses, loin d'être parfaites, sont un peu plus claires.

Quant à la question de savoir qui doit payer de l'usager ou du contribuable, question qui se résume pour être rapide au "débat sur la concession de service public", elle a été complètement ignorée et quand elle est revenue sur l'établi politique, les fantasmes idéologiques ont pris le relais.

Aucune pensée générale n'est apparue qui aurait inspiré pratique et législation, afin que, peu à peu, avec les impératifs budgétaires et financiers incontournables induits par la croissance urbaine, se mette en place un système moins incohérent de financement de la ville. A part quelques communes riches, qui en est satisfait ?

L'indulgence commanderait de ne pas trop jeter la pierre à ceux qui, naguère, en face des difficultés urgentes, n'ont fait que « rafistoler » un système aberrant, satisfaisant pour personne, alimentant récriminations et revendications continues... si cette inaptitude ne demeurait. On ne voit, en effet, rien venir qui fasse évoluer les choses vers un ordre meilleur et la décentralisation, en cristallisant les positions et en bureaucratisant encore plus les systèmes, via les diverses dotations globales accordées aux collectivités locales, n'a pas arrangé la situation.

Au surplus les fantasmes idéologiques continuent de sévir, même à un degré moindre, et les prises de position pour ou contre "la ville à péage" montrent bien qu'on en est encore à un âge présyncrétique, assez arriéré.

 

LES FANTASMES IDEOLOGIQUES

Ils sont tout entiers contenus dans une irascible hostilité au système capitaliste auquel on impute tous les maux de la société, et qu'il faut terrasser d'une façon ou d'une autre. Si l'époque du grand soir est derrière nous, il ne faut pas oublier qu'elle a entraîné un sorte de paralysie intellectuelle en faisant miroiter des utopies, qu'il fallut cinquante ans pour en reconnaître le caractère criminel, au nom de théories fumeuses sur le tribut foncier, la rente, le profit, l'exploitation, la propriété et, plus encore, dans notre petit monde, en érigeant en "tabous" les grandes questions qu'il fallait se poser et regarder sans a priori. Ainsi a-t-on caressé la municipalisation des sols, l'impôt foncier général, et institué d'innombrables contraintes dans le domaine de l'aménagement et de l'environnement sans se soucier de leurs interconnexions, de leur autorégulation et de leurs incidences sur le marché.

À ce jour, l'idéologie rétrograde s'est transposée ‑ à la suite de l'échec spectaculaire des utopies collectivistes ‑ sur le terrain environnemental. On y retrouve souvent les mêmes, avec un discours révisé et d'autres utopies obscures essayent de voir le jour pour combattre ou détraquer le système.

On n'est donc guère mieux loti pour aborder ces problèmes qui peuvent se poser en termes relativement simples et pour rendre le système plus performant. Comment se présentent-ils, une fois les fantasmes évacués ?

 

2. LA VILLE DOIT DOMINER LE MARCHE

Trois postulats ou trois évidences sont à rappeler :

‑ la ville baigne dans le marché,

‑ l'évolution de la ville ne peut être laissée au seul marché qui produit un chaos urbain et des contraintes environnementales s'imposent,

‑ la ville est le lieu concentré des conséquences des crises économiques et sociales, voire sociologiques. La ville ne peut se résigner à voir une partie significative de la population exclue du marché. C'est l'impératif de justice sociale,

De ces postulats découle le théorème "la ville doit dominer le marché". Il produit plusieurs corollaires. Si la ville doit dominer le marché, pour des raisons environnementales et sociales, il y a toute chance que ville et marché entrent en discordance et que le système ne fonctionne plus. On en est quelquefois, sinon souvent, à ce stade aujourd'hui. La ville doit donc adapter ou revoir ses mécanismes d'intervention (légitime) pour ne pas faire obstacle, sans le vouloir, au marché. On en est très loin aujourd'hui. La ville doit rendre ou laisser au marché tout ce qui peut l'être, sans autre présupposé que la "meilleure qualité au meilleur prix". Loin de la notion traditionnelle et archaïque du service publie telle qu'elle se présente aujourd'hui. Or, il n'y a rien de moins continu, de moins adaptable, de plus rigide qu'un service publie, contrairement à ses prétendues vocations affirmées. Dans ce domaine, le fantasme idéologique sévit encore à plein rendement. Enfin, la ville doit concentrer ses moyens, nécessairement limités, sur ce que le marché ne peut satisfaire.

Armé de ces instruments conceptuels objectifs, il est assez facile de passer en revue les moyens d'intervention et les prérogatives juridiques et financières conférés à la ville ou à d'autres collectivités publiques, d'en apprécier la pertinence et les déficiences, les excès et les carences et d'approcher plus méthodiquement les changements nécessaires.

Ces changements concernent d'innombrables domaines et, dans celui qui fait l'objet de nos débats, ces changements consistent en premier lieu à définir les critères d'arbitrage signalés dans le schéma précédent.

Cette analyse doit être qualitative et quantitative: elle doit quantifier les flux financiers, couvrir l'ensemble des champs et des niveaux géographiques de financement ainsi que les assiettes fiscales concernées. C'est une telle analyse qui permet de répondre aux questions suivantes. "Qui finance la ville ?" : on ne le sait toujours pas, il faut des efforts démesurés d'études. C'est tout de même navrant après quarante ans de développement effréné. "Qui petit financer la ville ?" : on dispose alors d'une gamme étendue de choix, entre lesquels il reste à décider. On y retrouve notamment le marché. "Qui doit financer la ville ?" : c'est la question finale à soumettre au débat démocratique local quand on finit par y voir plus clair, en évitant les fantasmes et les faux-fuyants.

Les choses ne se font jamais ainsi parce que le système ne le permet pas, L'incapacité intellectuelle est encore plus profonde au niveau du décideur local, et l'obscurantisme et l'idéologie gouvernent encore les esprits.

 

3. LES CHEMINS D’UN NOUVEAU PARADIGME

Il faut faire abstraction un instant de la débilitante réalité qui caractérise la gestion urbaine pour se laisser aller à quelques propositions, tant on sait qu'elles auront autant d'échos ici bas que le chant d'un hibou dans les Montagnes Rocheuses.

Par ailleurs, la vie des sociétés, donc aussi celle des villes, n'est qu'une succession de crises. Il ne faut pas oublier que certaines villes sont en face de situations critiques totalement inédites, que s’y ajoute la crise de l’immobilier qui a chassé pour longtemps le financement massif par l’usager futur hors des sphères financières, que s'est instauré, avec le Code de l'urbanisme décentralisé et l'application chaotique qui en est faite, un désordre juridique non moins inédit, propre à décourager les investisseurs les plus courageux. Par chance la crise immobilière occulte cette dernière calamité discrète et sournoise qui est certainement le plus grave des maux à surmonter car elle touche aux ressorts même de la maîtrise de l'évolution urbaine.

Il reste bien quelques chemins étroits pour accéder à un nouveau paradigme, dans le respect des contraintes environnementales et les impératifs de justice sociale car nous sommes soucieux de l'espace et des humains qui y vivent.

"Qui doit payer la ville ?" est une question qui s'applique à la fois aux services urbains, à l'urbanisation, étendue au sens le plus large de développement urbain, de transformation de milieux urbains existants, ainsi qu'au logement, au sens étroit du terme.

 

LES SERVICES URBAINS

Le champ est assez mal défini. Si l'on s'en tient aux services traditionnels (eau, assainissement, déchets, chauffage), leur chiffre d'affaires annuel était de l'ordre de 88 milliards en 1992, réalisé à concurrence de 80 % au moins par le secteur privé.

Le champ des services "autofinançables" est certainement plus large que celui des fonctions traditionnelles citées ci-dessus, néanmoins le financement par l'usager est admis et largement pratiqué. Seule la route "urbaine" y échappe, à part quelques exceptions. Or, il vaut mieux deux autoroutes urbaines dont une à péage qu'une seule continuellement bouchée.

 

[ POURQUOI ? semblent se demander ceux qui demandent un financement aux budgets épuisées par de stériles dépenses qu’ils sont les premiers à susciter ]

 

Il est regrettable d'en être tenu à un financement qui fait si largement place à l'usager, presque sans y penser, honteusement ou triomphalement selon la mode ou l'idéologie, le lieu ou le moment, au coup par coup. Pour faire d'apparentes ou réelles économies mal estimées, sans repenser le financement complet de la ville, sans avoir tous les éléments pour évaluer "la meilleure qualité au meilleur prix". Aussi peut-on dire tout et n'importe quoi, aujourd'hui, sur les services concédés ou affermés. Le critère idéologique prend donc le dessus au détriment des exigences de la réalité.

Or dans ce domaine, le savoir-faire public pour apprécier « la meilleure qualité au meilleur prix » est faible pour ne pas dire nul. Si bien que le concessionnaire dicte sa loi, qu'il est le seul à connaître et, compte tenu des conditions très singulières de concurrence dans l'attribution des marchés, le financement des services urbains est d'une parfaite opacité.

Par ailleurs, le financement par l'usager va de soi, quand chacun peut payer. Dès lors que la ville comporte une part de population exclue du marché et que l'impératif de justice sociale a un sens pour l'autorité publique, se pose la question de contrecarrer le marché qui élimine :

* Soit par une tarification discriminatoire des redevances, répartissant les exonérations ou abattements de prix en faveur de certains usagers démunis sur l'ensemble (compensation interne au marché du service),

* soit par la prise en charge par l'impôt, des exonérations ou abattements (compensation externe).

Supposons que cette ]idée soit admise. Il faut alors gérer la population des assistés avec une rigueur sévère et très sélective selon le principe de réversibilité, à savoir que lorsqu'on ne remplit plus les critères pour en bénéficier, l'avantage est supprimé. Toute une culture de droits acquis et de clientèle à revoir.

Enfin, la plupart des services urbains impliquent des infrastructures coûteuses en investissement, qu'il s'agisse d'un réseau d'eau ou d'une maison de la culture. Alors se pose la question du financement de l'investissement par l’usager ou le contribuable (actuel on futur).

En d'autres termes, la gestion des services urbains ‑ quels qu'ils soient ‑ est indissociable

* d'une politique d'ensemble (technique et financière) des services urbains ;

* d'une politique d'ensemble concernant la gestion de l'impératif de justice sociale ;

* d'une politique d'ensemble des investissements publics nécessaires à la ville et à soit développement.

Et ces trois champs interfèrent beaucoup les uns avec les autres.

On peut chercher dans notre beau pays riche de 36 000 communes, un seul endroit où les choses ont suivi un processus voisin de celui qui vient d'être décrit Il n'y en a pas. La schizophrénie sévit partout. La vision globale et l'interconnexion des parties entre elles n'existent pas.

 

L’urbanisation

La mise en oeuvre de contraintes environnementales que nous supposerons légitimes et qui raréfient mécaniquement la matière première, le foncier, de même que les interventions foncières publiques, n'ont jamais été accompagnées de mécanismes autorégulateurs favorisant l'offre privée ou la remise sur le marché des terrains publics acquis. Dans ce domaine, la confusion a toujours régné et continue, à cette différence près que la décentralisation a un peu plus compliqué un jeu qui n'était pas simple.

Il en résulte que le troisième corollaire "la ville doit rendre ou laisser au marché tout ce qui peut l'être" s'est transformé en extorsion de fonds, la ville rançonnant le marché, les constructeurs et les aménageurs désireux d'investir chez elle, sans leur laisser une autre alternative que de payer ou d'aller ailleurs.

L'essentiel des investissements des quartiers nouveaux s'est ainsi financé, la ville choisissant systématiquement de reporter la charge sur l'usager futur qui a l'avantage de ne pas voter mais de payer des impôts quant il vient habiter.

Ainsi, malgré les progrès certains de la normalisation du régime des participations en 1985, préalable juridique et technique indispensable, les choses n'ont pas bougé. Et même si le droit nouveau permet de contenir les extorsions de fonds dans des limites plus sélectives, aucun progrès n'est à enregistrer tant sur la manière d'attaquer le problème global que sur les moyens de fluidifier un peu plus le marché foncier et d'adapter aux exigences du marché, les actions foncières publiques. Au contraire. On retombe ici sur l’inaptitude conceptuelle des autorités. Par bonheur, la crise immobilière dispense encore de le faire puisque la demande est faible et le marché mort pour longtemps. Aussi petit-on continuer à vaquer, dans l'autosatisfaction décentralisée.

 

LE LOGEMENT

Hélas, cet agréable farniente politique et conceptuel est troublé par une crise du logement inattendue. La crise ‑ tout court ‑ a mis des gens de plus en plus nombreux à la rue tout en réduisant les ressources fiscales. La crise immobilière laisse invendus et vacants des programmes entiers de logements neufs. Les carences de la politique foncière locale privent souvent les collectivités locales de terrains, pour y édifier des logements sociaux.

Il y a donc une forte demande très particulière à laquelle le marché ne peut pas répondre et la ville non plus, parce qu'elle ne domine pas le marché mais le suit, prenant ses bénéfices goulûment quand il est haussier et en se recroquevillant dans une expectative impuissante quant il est baissier, "collée" qu'elle est, elle aussi, en raison de son endettement et des moins-values fiscales qu'elle subit. Elle se met alors à gémir.

L'ensemble des autorités publiques aurait-il été partisan d'un libéralisme intégral, les choses ne seraient pas pires.

Ainsi en revient-on aux bonnes vieilles méthodes de la guerre ou de l'après-guerre, la réquisition ! Qui aurait pu y penser en mai 1981 ?

Sans que cette conjoncture soit prévisible, les techniques de financement de la ville, caractérisées par un seul mot, l’incurie, portaient en puissance cette situation. La loi d'orientation pour la ville,(1) malgré son volume impressionnant, est un monument d'inutilité, ce qui illustre à la perfection l'inaptitude conceptuelle des décideurs politiques et administratifs. Elle n'a servi strictement à rien en près de quatre ans tant elle est à côté des problèmes. En revanche, elle comporte des dispositions nocives.

(1). Loi 91.662du 13juillet 1991 dite d'orientation pour la ville (ou L.O.V).

 

CONCLUSION

Qui finance la ville ? Le réalisme ‑ car on est conscient qu'on ne, peut pas sortir d'un bourbier pareil rapidement par quelques mesures simplistes ‑ commanderait d'arrêter une vraie stratégie ou l'effort national et l'effort local se rejoindraient dans des mesures qui entreraient en vraie synergie.

Des mesures sont à prendre permettant aux villes de dominer le marché sans ignorer les contraintes environnementales et les nécessités d'une offre foncière plus fluide et plus abondante. Elles sont techniquement faciles à définit,. D'autres doivent permettre de remettre financièrement en selle les villes en crise, autrement qu'en leur accordant de l'argent à fonds perdus qu'elles gaspillent sans effets sensibles. Pour ce faire, dans les cas qui relèvent d'un traitement radical, il conviendrait de suspendre l'ensemble des systèmes qui entravent toute initiative et de passer un contrat sur dix à quinze ans (au moins deux mandats) par lequel l'ensemble des financements de la ville serait mis à plat et pour lequel seraient définis des droits et obligations clairs pour les parties.

Cette thérapeutique est à géométrie variable même si les mesures du premier ordre sont destinées à s'appliquer partout.

Néanmoins les deux types d'action sont indissociables. Seule leur mise en oeuvre est d'amplitude et d'intensité variables, selon les lieux, en sorte qu’il faut et qu’il suffit d’enclencher puis de propager la démarche pour qu'un nouveau paradigme s'incruste peu à peu dans les esprits….. Les situations de crise y sont propices.

 

ANTOINE GIVAUDAN