LA
MISERE DE L’INFORMATIQUE VERNACULAIRE
DANS LES SERVICES EXTERIEURS
DU MINISTERE DE L’EQUIPEMENT
( 15 DECEMBRE
2000 )
ORIGINE ET DESTINATION
Le texte lui-même de cette réflexion en fournit l’origine. La destination sera réservée à une minorité de privilégiés
ors des tournées d’inspection – qu’elles
soient de suivi, de régularité, voire de comportement puisqu’il m’est arrivé
d’en faire au moins une – je fus amené à fouiller les papiers des services et à
leur demander des informations diverses, notamment statistiques, sur leurs
activités.
Je me
suis généralement abstenu d’exiger que soient rédigés ou remplis, à l’occasion
de ma visite, des documents particuliers, résultant des questionnaires
d’inspection, au demeurant fort bien faits, établis par les collèges notamment.
Je rappelle que j’avais à regarder une partie du domaine « Aménagement, Urbanisme,
Habitat » ( AUH ) et « Transport Sécurité Défense » (
TSD ).
J’ai préféré en rester à la phénoménologie – ou en termes plus frustes, aux apparences –, en demandant aux services de me donner ce qu’ils avaient normalement, à partir de ce que contenaient leurs dossiers habituels ou leurs divers systèmes.
En
matière d’ADS (
permis de construire, certificats d’urbanisme etc.. ), je suis
allé un peu plus loin, en fournissant la nature des statistiques qu’il m’aurait
plu d’avoir, sans les exiger de leur part.
Je me
suis essayé, avec certains d’entre eux, à tirer quelques données de leurs
machines, à observer comment elles y entraient, comment on se servait de ce
qu’on avait entré, pendant la phase active et ce qu’on pouvait exploiter de ce
qu’il y avait en mémoire.
Cette méthode,
pour rudimentaire qu’elle fût, m’a permis de voir comment nos agents, à la
base, ( généralement des catégories B, mais surtout C ) se servaient des logiciels et
d’apprécier, s’ils en éprouvaient quelque volupté ou sentiment de puissance,
tant le plaisir est grand pour certains, en quelques clics, d’obtenir sans
effort ce qui est demandé et qui aurait auparavant pris des jours d’écritures,
de calculette et de dactylographie.
Les
résultats que j’ai collectés, dans les DDE 93, 94, 95, 78 et la DREIF, sont au
dessous de tous les présupposés plus ou moins négatifs que je pouvais nourrir
en cachette avant d’aller voir de plus près.
Il
m’arrive d’user de l’hyperbole et de la métaphore pour mieux me faire
comprendre et les sots qui prennent mes propos à la lettre, peuvent avoir des
doutes sur mon jugement, mais cette fois je pèserai bien mes mots sans changer
de ton même s’il peut être un peu contre-productif, comme on dit depuis peu, de
ne pas employer la langue de bois raffinée que nous apprécions tant.
Nos services sont dotés d’une informatique vernaculaire misérable et indigne de l’idée que je me fais encore de l’administration et de l’Etat.
1.
L’INFORMATIQUE VERNACULAIRE
Qu’est-ce
que l’informatique
vernaculaire, terme personnel que j’ai inventé en m’initiant à cette
manière moderne de traiter et de stocker au moindre effort, de
l’information, …
L’informatique vernaculaire est à l’informatique ce que le langage courant est à la langue de Racine ou de Choderlos de Laclos. Relisez une page de Phèdre ou une lettre du Vicomte de Valmont, puis prenez une note que vous avez récemment rédigée et vous aurez compris.
Cette
comparaison outrancière m’a toujours conduit à ne pas exiger de moi-même ou de
mes subordonnés d’écrire pour la postérité mais d’être à peu près clair.
Elle
conduit, sur d’autres terrains, à fournir aux agents des instruments adaptés à
leur analphabétisme
informatique, parfaitement normal et justifié, notamment pour les
plus âgés, comme moi.
Cette analphabétisme peut
être plus ou moins compensé par la formation, l’effort, la curiosité, mais on
ne peut demander à des centaines de personnes de naviguer, dans Word, Excel,
Access, etc… qu’ils ne posséderont jamais comme la grammaire et la conjugaison
apprises à l’école primaire ( si c’est toujours le cas ).
Il s’en
suit qu’obligés d’utiliser l’ordinateur, le cadre ordinaire ( catégorie dont je
fais partie ) et l’agent subalterne de la hiérarchie, sont et resteront des analphabètes toute
leur vie, capables d’acquérir un minimum d’adresse pour exécuter des tâches
répétitives, ou éventuellement pointues dans une application étroite qui les
intéresse ou qu’ils sont obligés de connaître.
Ils en resteront à un niveau
bas, celui d’un langage ordinaire ou vernaculaire.
Ils ont
donc besoin d’une informatique ramenée à leur capacité limitée : c’est « l’informatique
vernaculaire », tout entière axée sur une valeur que je vénère,
la « COMMODITE »..
La production d’informatique vernaculaire est donc une activité dont
l’administration devrait être plus que fière pour l’embellissement du travail
de milliers d’agents et l’amélioration du service rendu à des centaines de
milliers d’usagers.
Ne
connaissant que le P.C., j’estime que l’informatique de
Window, microsoft, etc, celle que nous employons sans choisir – ( et
heureusement qu’on n’a guère le choix, par certains côtés ) n’est que par
hasard vernaculaire. Ses concepteurs n’ont pas fait exprès qu’elle le
soit quand elle l’est (X). voir note in fine.
Il y a de multiples raisons à ce fâcheux constat que je n’aborderai pas ici, sauf une, l’insouciance ou l’indifférence assez générale des gens qui conçoivent un système, à la commodité ( dite aussi « convivialité » « ergonomie » quand on est moderne ). On dit que seul Apple a pensé à cette valeur essentielle à la vie courante, mais je n’ai pas pratique le Macintosh ou ses avatars ultérieurs et c’est peut être la raison pour laquelle l’administration ne l’a pas retenu..
Elle
n’est donc pas vernaculaire dans ses applications obligatoires, telle que
Window, word ou excel.
Les gens
s’y adaptent bien sûr et leur adaptation conduit à ce qu’ils en restent au
minimum acquis qu’ils pratiquent en évitant de s’aventurer dans les immenses
capacités de faire de la machine.
On s’en
aperçoit au produit final : le texte.
Il n’est pas meilleur que ce que produisait jadis une dactylo de qualité, mais cette qualité minimale est maintenant à la portée du premier venu.
On va
plus vite dans les additions et les pourcentages, qui sont l’essentiel du
calcul administratif, mais c’est à peu près tout ce qu’en tire l’analphabète – que je crois toujours être rappelons-le ).
Les
« traitements
croisés », les bases de données, premier stade de la fusion
des données, sont exceptionnels et réservés à une minorité.
Malgré la
puissance de la machine et la qualité de ses produits, pour opérer au delà des
traitements routiniers, on a besoin de petits logiciels adaptés au résultat
qu’on désire obtenir. Or réaliser une macro ou une requête n’est pas à la
portée du premier venu qui n’en a qu’accidentellement besoin.
Il est
alors logique, dans une administration évoluée comme la nôtre, que les
directions centrales proposent aux services extérieurs des logiciels tout
faits, destinés à traiter des tâches répétitives et bien connues, peu
évolutives dans leur structure fondamentale ( la délivrance d’une autorisation
ou d’un titre, c’est toujours, sur toutes les planètes habitées de la galaxie,
une demande, une instruction, une décision avec quelques suites et quelques conséquences
éventuelles à suivre…).
C’est
alors que se manifeste le mal appelée
« carence
conceptuelle chronique ou caractérisée» ( ou C.C.C ) ( Cf.#1997-07-15---H#) qui
marque tant de nos façons d’être, de penser et de faire, malgré des années
d’intense « modernisation ».
On peut regretter que la tare affecte les politiques de ceci ou de cela mais on en comprend la difficulté.
On ne peut accepter qu’elle frappe aussi aveuglément l’informatique vernaculaire, pratiquée par des gens – tout au moins pour ceux que j’ai rencontrés – attachés à leur travail, de bonne composition, plutôt consciencieux et soucieux de bien faire, qui inspirent un certain respect mêlé de commisération. La question n’est ni politique, ni budgétaire, elle est dans la tête de ceux qui conçoivent n’importe quoi sans se la poser.
Je mets
tant de conviction dans le reproche qu’il me faut le démontrer par les exemples
précis que j’ai rencontrés. Toutefois, je ferais, avant de généraliser, une
dernière réserve. Il se peut que le destin m’ait réservé le plus mauvais ou que
ma main soit particulièrement malheureuse, ce qui revient au même. On m’a dit
par exemple que « Marianne », pour gérer le courrier était bon et j’en suis
ravi mais un tour de table à la MIGT m’a convaincu plutôt du contraire pour
G.pénal, G.admil, SDAPL, GESPER etc…, qui laissent un goût amer à ceux qui les
ont connus. Le mal est donc étendu et réel.
3. LOGICIELS OBSERVéS
J’ai
observé l’utilisation de :
* CONVOI 2 – pour la
délivrance des avis ou autorisation de transports exceptionnels, ( exploité
généralement par un agent de catégorie C ).
* GRECO - pour la
gestion et le contrôle des entreprises de transports routiers ( avec des agents
de catégorie B et C ) ;
* PARADE, pour la gestion du Parc
d’intérêt national de véhicules en cas de crises ;
* WIN ADS pour l’instruction des autorisations d’occuper le sol.
Enfin je
n’ai pas observé certains logiciels que je m’attendais à voir utilisés, en
aménagement notamment.
Je
regrette d’ailleurs un peu de n’avoir que progressivement investi la question,
découverte en Seine-Saint-Denis, en octobre 98, lors de ma première inspection.
Les
quatre systèmes de traitement ont un point commun. Ils concernent des milliers
d’actes par an, des flux matériels de papiers conséquents qui exigent une
vigilance continue ou périodique certaine.
La tâche
qu’ils couvrent comporte :
* Une partie intelligente, bien
qu’un peu répétitive dans sa diversité concrète,
* Une masse considérable de
pointages, sans intérêt intellectuel, néanmoins à stocker et à restituer,
résultat de l’activité intelligente.
L’accomplissement
de la tâche devrait s’accompagner d’une exploitation à double face
fournissant :
* Des indicateurs sur la
gestion du service lui-même ( vitesse, délais, par exemple ) ;
* Des indicateurs sur la
réalité, accumulée dans l’espace et le temps, du phénomène que
l’administration a soumis à son intervention. ( 1 )
Ces
quatre logiciels-là présentent des défauts caractérisés par rapport à l’idée
que je me fais de l’informatique vernaculaire.
Nous
allons les regarder un à un. Win ads, par lequel je terminerai, soulève un
problème général.
( 1 ). sauf pour parade où ce n’est pas justifié, car il s’agit d’un simple
recensement annuel.
Que
vaut-il ? La réponse est simple et le verdict vient du marché.
Il est si
mauvais que, aux dires de la DDE 93, elle est la seule et la dernière à l’employer. Et encore
le fait-elle marcher en partie à la main.
Dans le Val d’Oise, à ma souvenance,
on travaillait entièrement à la main.
Dans le Val de Marne, on a
inventé un traitement minimal sur excel. Cette dernière DDE a été choisie par
le SETRA, comme DDE Pilote, pour expérimenter un nouveau logiciel mais elle en
est sans nouvelle depuis 18 mois. De plus l’agent de catégorie B qui s’en
occupait est parti.
Note d’appréciation – 0/20 – Copie intégralement à refaire.
Sans
doute les « convois
exceptionnels » ne sont-ils pas la priorité des priorités, mais
justement pourquoi ne pas livrer aux services un petit logiciel à tout faire,
avec :
Une
entrée, les demandes ;
Et deux
sorties :
* L’avis ou la décision,
*
Quelques informations d’exploitation routinières et élémentaires ( volume,
nature, délais, saisonnalité, etc ; ) à la portée de celui qui s’en sert
et de ses supérieurs.
Le
service ne fut pas en mesure de livrer instantanément le total des avis et des
autorisations et mit deux mois pour me rendre un travail très bien fait que je
ne lui avais pas demandé. Je l’en remercie en souhaitant qu’il ait appris, à
cette occasion, à moins se fatiguer, mais la faute ne lui revient pas.
Elle est
imputable à l’administration supérieure qui a ces transports dans ses
attributions – que les agents de la DDE ne connaissent même pas de nom et
situent quelque part entre la Défense et le SETRA – et qui n’a sans doute pas
jugé digne d’elle de résoudre une fois pour toutes ce subalterne problème.
0/20 pour le
management ;
0/20 pour les DDE qui apparemment ne se sont jamais plaintes – résignées – au lieu de grogner.
32. GRECO. GESTION DES ENTREPRISES DE
TRANSPORTS ROUTIERS
Nul
n’ignore qu’il y a sur les routes beaucoup de camions.
On sait
peut être moins qu’aucun camion ne circule sans un titre de circulation (
intérieur ou européen ) et depuis 1999, qu’il ait plus ou moins de 3,5 tonnes.
Plus
rares encore sont ceux qui connaissent les pièces que les entreprises ont à
joindre à leur demande.
Certains
se doutent enfin que dans le transport routier on travaille plus que dans toute
autre profession du transport ( et deux fois plus que dans le transport
ferroviaire ) au point qu’il faut, de diverses façons, tempérer ce zèle,
générateur d’infractions sans nombre, par des contrôles.
La part
qui en revient à notre administration extérieure courante ( DRE ) n’est pas
la moindre et se matérialise par un flux continu, en plusieurs sens, de papiers
variés.
L’informatique
est donc toute désignée pour prendre la relève de ce qui est le plus bête.
La
Direction des transports terrestres a mis à la disposition des DRE un logiciel
appelé GRECO, voici deux ou trois ans.
Par
rapport à rien c’est beaucoup.
Nous lui
donnerons donc trois notes :
Pour la tardiveté
de l’initiative. 0/20 car on aurait pu inventer un truc, il y a 10 ans,
vu les ressemblances, en plus facile, avec le permis de construire ;
Pour l’initiative,
10/20, la moyenne ;
Pour la qualité de
l’initiative, 5/20. « Peut beaucoup mieux faire ».
L’examen
a été superficiel et sommaire, je l’avoue mais l’informatique vernaculaire doit
restituer sans effort et à l’improviste, ce qu’on lui demande et si elle ne le
fait pas, elle est mauvaise.
GRECO facilite
la délivrance des titres, indiscutablement, mais il ne fait à peu près bien que
cela.
Quant à tirer quelque chose de ce qui a été emmagasiné par GRECO, pour le faire parler, s’en servir pour la connaissance de la profession, de l’économie régionale du transport, de ses mœurs particulières, de son évolution dans l’espace et le temps, pour établir des plans de contrôles, sélectionner les meilleurs et les mauvais… il faudra sans doute attendre l’an 2020. Un cadre de la DREIF plus curieux que la moyenne a cependant pu en obtenir des sorties qui n’avaient pas été signalées
Pour les contrôles, dont
l’installation de GRECO est récente, il marche mal, aux dires des gens. Il est
curieux de constater combien longtemps il faut essuyer les plâtres des nouveaux
systèmes, alors que le domaine à traiter est d’une routine quasi éternelle.
C’est ce qui justifie la note 5/20.
J’ajouterai,
cette fois, une note globale pour le ministère car, bien entendu l’IGMOT (
Inspection Générale du Travail, autre service de notre administration ) procède
différemment et se garde bien de communiquer ses informations « ultra-confidentielles » à
ses collègues.
Aussi,
imaginer un logiciel informatique commun à deux services aussi éloignés et
différents n’est pas envisageable avant le prochain millénaire ( 3000 bien sûr
)…
33. PARADE : LA GESTION DU PARC D’INTERET NATIONAL (
véhicules et entreprises susceptibles d’être réquisitionnés ).
Le problème est ici presque élémentaire.
Il s’agit
de dresser annuellement une liste d’entreprises de qualité, avec divers
paramètres ( nombre de véhicules, spécialités, matériels, etc…), à partir d’une
connaissance concrète desdites entreprises et de la tenir à jour annuellement,
après vérification.
L’informatique
évite de manipuler du papier à la main.
Avec le
logiciel, la DDE édite ( dans une ambiance de « confidentiel défense » )
deux types d’états ( l’un pour les voyageurs, l’autre pour les matériels du
bâtiment et des travaux publics ) et des lettres modèles immuablement figées
dans certaines erreurs.
En cas de crise, il faut téléphoner puis écrire naturellement.
Rien
d’original. Il fallait donc introduire une singularité dans ce qui pouvait être
simple.
L’édition
des deux états, eux aussi immuables, présente sans raisons des aspects
nettement différents, pour la forme et le contenu des informations.
Pourquoi ? Les gens ne le savent pas.
En outre,
sans doute conséquence du « confidentiel défense »,
s’il est possible de sélectionner des informations à connaître sur écran, il
est impossible de réaliser un copier-coller et de l’éditer.
Comme d’habitude, on se débrouille et finit le travail à la main, spécialité constante des produits informatiques administratifs.
Note : 11/20 avec indulgence.
On entre
ici dans un domaine où ma mentalité et mon esprit se sont pétrifiés sur ce que
j’ai pu faire dans les années 70. C’est dire qu’il ne faut pas prendre sans
inventaire, ce que peut dire un individu, miné par la nostalgie d’un passé
révolu.
Ma
confiance dans nos capacités de gestionnaires, en incessante
modernisation, pratiquant le management du soir au matin, m’amena à faire
le rêve suivant.
Je
m’imaginais devant un écran, une demande de permis de construire posée à côté
du clavier. Je cliquais sur un lien et un beau formulaire en couleur
exotique apparaissait à l’écran. J’y couchais les informations figurant dans la
demande, tout bêtement et le dossier étant complet, je cliquais sur le
lien suivant et la machine imprimait la lettre de délai.
Je me livrais ensuite au travail intelligent consistant à étudier le dossier, en exploitant les informations sur papier, disposés sur les étagères ( hélas ! ).
A la
suite de quoi je cliquais sur un troisième lien et à l’écran apparaissait la
magnifique fiche d’instruction, inventée au temps de l’urbanisme archaïque et
centralisé. J’y cochais ou remplissais les cases à renseigner.
Puis je cliquais
un quatrième touche, située au bans du document et
toutes mes demandes de consultation s’envolaient toute seules – ou presque –
vers leur destinataire. A chaque réponse qui revenait, je recliquai le
lien feuille d’instruction et cochais ou couchais ce qu’il y avait à noter.
L’instruction achevée, il fallait appeler le dernier lien important et le projet de décision vide apparaissait. A partir de là, les choses ressemblent à ce qui se fait depuis longtemps et auxquelles on en est misérablement resté malgré plusieurs innovations entre temps toutes aussi déficientes les unes que les autres.
En
cliquant la touche impression, le projet de décision était imprimé, accompagné de la
fiche d’instruction, propre et complète, avec son étiquette pour l’enveloppe.
Le tout
était prêt pour aller vers le Maire ou vers la hiérarchie.
Bien
entendu, de quelque endroit où on se trouve du permis e construire ouvert à
l’écran on peut aller à un autre sans peine.
Il y
avait un peu de place sur la fiche d’instruction pour un mot de transmission,
d’explication ou de courtoisie à l’attention du destinataire, ce qui fait
toujours plaisir sans coûter bien cher.
Il y
avait ensuite à cocher sur un ( ou plusieurs) menu déroulant, ce qui est à la
portée du dernier des analphabètes, des cases diverses etc… J’en prends une au hasard
pour donner une idée.
En
cochant la case ( K
par exemple ), j’obtenais liste des permis sortis du service dans le
mois écoulé, avec leurs différents délais moyens d’instruction et ces mêmes délais
pour le mois précédent.
En
cochant la case ( L
), j’obtenais les permis, avec la surface de leur terrain et leur SHON
pour le mois ou l’année, histoire d’avoir une idée de l’évolution de la demande
( ou le total si c’était suffisant ).
Sur la
case ( F ),
j’avais, pour me distraire, tous les permis soumis à l’ABF ( ou à une autre
consultation) rapportés au nombre total (ou leur total).
Etc… et
en cochant plusieurs cases en même temps, j’avais une combinaison de deux ou de
trois etc.. On a compris…
A la fin
de l’année, je pouvais sortir les éléments
significatifs de l’année écoulée.
En somme,
on pratique ainsi dès qu’on a un fichier client, qui achète ( demande ), paye,
réclame, etc…
La somme
des ventes s’appelle le chiffre d’affaires et je connais une société
d’hypermarché qui affiche tous les matins, dans chaque magasin le chiffre
d’affaires de la veille de tous les
magasin, rayon par rayon. L’exemple est mauvais, car cette tâche est
d’une facilité sans comparaison avec ce que fait notre administration en état permanent de
modernisation qui dispose au surplus d’un commissariat à cet effet.
Auchan,
il est vrai, n’a jamais eu l’idée d’instituer un commissaire au chiffre
d’affaires. Ce n’est pas un service public donc c’est obligé de marcher.
Et WIN ADS dans
tout cela ?
Eh
bien ! que tous les analphabètes – s’ils trouvent que j’exagère – se divertissent à
essayer une fois au moins dans leur vie, à le faire marcher, sans aide, comme
doit fonctionner l’informatique vernaculaire que j’ai décrite plus haut.
C’est une
suggestion aux cervelles hypertrophiées qui méprisent le formulaire et
préfèrent légiférer sans savoir que le « formulaire est l’épiderme des lois ».
( allusion aux délices à venir parmi d’autres, que nos braves agents et leurs
assujettis tireront de l’application de
l’article 52 de la loi 2000-1208 du 13 décembre 2000 )
WIN ADS exige
des quelques centaines d’agents de catégorie C, de se familiariser avec ACCESS,
exercice éducatif certain.
WIN ADS exige de
nos patients et dévoués fonctionnaires, de cliquer, toujours en avant, sans
pouvoir revenir en arrière, de changer des quantités de fois d’écrans, dans de
toutes petites fenêtres comme pour les obliger à conserver l’habitude de
travailler à l’étroit.
Quant à
faciliter la tâche des SDAP, qui retapent les papiers, il aurait été blessant pour ce
service, d’y penser à sa place.
Enfin WINS ADS ne
produit rien naturellement, il revient à chacun de fabriquer ses requêtes, car
tout agent de Catégorie B ou C, a appris cela en naissant. La DDE du Var en a fabriqué
pour elle car quelqu’un savait… Le hasard.
Aucun lien bien
sûr avec « CITADELLE » qui oblige à reprendre le dossiers un par un à un
autre moment et à un autre endroit. C’eût été trop malin.
L’administration
qui a conçu WIN ADS est une administration cruelle.
D’ailleurs,
pour apprécier la qualité du produit, il suffira de compter les communes qui
l’auront adopté.
J’aurais
mis 4/20 si les
concepteurs n’avaient pas obligé nos malheureux agents à rattraper quasiment à la main, la taxe
locale d’équipement des permis de construire instruits sous le logiciel
antérieur, ignorant que la TLE se paient en deux fois dans les 18 et 36 mois
qui suivent le permis de construire. Cette négligence n’est qu’un symptôme, parmi
tant d’autres, d’incompétence caractérisée.
4. TABLEAUX DE BORD ( ? ?)
La plus perfide des demandes à faire machinalement quand on inspecte un service, une activité, ou n’importe quoi, est la suivante :
« POUVEZ-VOUS ME MONTRER VOTRE
TABLEAU DE BORD ? »
Il faut
laisser passer un instant de raison et sourire indulgemment.
Car de tableau de bord, il n’y
en a pas souvent et quand il y en a, il vaut mieux ne pas être trop regardant. Que les
modernisateurs aillent voir et se salir les yeux sur la réalité.
Le second stade – mais
cela devient alors du sadisme caractérisé – est de demander innocemment à quoi
sert ce qui mérite à peine ce nom.
De mon
temps, car je suis antérieur à l’époque post-moderne, je savais, en tant que
DDE ( et sans informatique vernaculaire ou avancée ) presque tout ce que
j’avais à savoir et presque tout ce qu’on me demandait. Il en était de même au
ministère quelques années avant.
Je dis presque parce
que nous n’avions pas, sauf exception volontaire, longue et coûteuse, les
moyens de croiser et de fusionner les informations diverses, stockées de
manière homogène, au cours des ans, par département ( au niveau national ) ou
par commune au niveau du département.
En
d’autres termes, le rapprochement de séries statistiques annuelles – et leur
association à des critères géographiques ou matériels - était difficile.
Par
ailleurs, il ne suffisait pas de produire des courbes ou des camemberts pour se
faire plaisir comme on le faisait déjà à la main, ni de les dessiner sur une
carte en couleur pour faire joli; il fallait aussi les faire parler, ce qui
exige une autre sorte d’effort auquel nous ne semblons guère habitués.
J’avais
l’espoir que les progrès exponentiels de l’informatique permettraient un jour
d’exploiter les trésors passés, de voir ce qu’on ne voyait pas, puis de dire ce
que nul ne savait.
L’agrégation
d’éléments variés provenant des différents logiciels me semblait ouvrir les
portes d’une connaissance historico-géographique de l’évolution urbaine, utile
à tous et aux communes en particulier.
Il faut bien de nouveau déchanter.
J’ai
entendu parler de tableau de bord la première fois en 1967-68. En 1972, pour
l’urbanisme, il n’y avait rien. ( Cf.[1969-09-30-1-H-ANNEXE-N-1-DU-TESTAMENT-ACTION-A-COURT-TERME-ET-ORGANISATION])
J’ai
souvent cité la réponse qu’on me faisait quand je demandai, en 1972, combien on
délivrait de permis de construire par an. Selon les sources, le nombre variait
entre 300.000 et 500.000.
Non sans
peine et effort, on parvint à quelque chose qui ressemblait à un tableau de
bord qu’on laissa tomber, comme une merde, en 1986, sans doute au nom de la nouvelle modernité
administrative qui s’était fait jour deux ou trois ans plus tôt.
Dans les départements visités, je n’ai rien vu qui s’apparentait en quoi que ce soit à un tableau de bord et encore moins à une technique de croisement ou de fusion des données.
Je n’en fais
pas vraiment grief aux services. Quand on se satisfait en haut lieu de mots qui
ne veulent rien dire, il ne faut pas s’étonner qu’en bas on ne s’intéresse
guère à la connaissance effective des réalités, d’autant que le haut ne fournit
pas les instruments qu’il devrait fournir s’il avait du DEVOIR une idée.
Je ne
résiste pas à ce stade à dire les plaisirs que j’ai éprouvés en allant fouiller
dans la documentation juridique des services « modernisés »
de l’urbanisme. J’y ai retrouvé un état voisin de celui que j’avais connu dans
les années 74-76, enrichi de quelques résidus jaunis de mon époque, encore
utile quand on n’a rien. Le ciseau et le scotch ont la vie dure et n’ont pas
été supplantés par les CD Rom, comme le vieux que je suis s’y attendait. Nous conseillerons
ceux que produiront bientôt les professeurs de droit et les membres des
juridictions qui annulent les décisions et qui se plaisent tant à dispenser,
contre rémunération, des formations bien chères pour expliquer la loi que notre
administration a fait naître sans savoir ce qu’elle signifiait. Nous sommes
modernes. ( Cf.[1820--L-ETAT-DE-DROIT-DE-LA-GLORIFICATION-DU-MYTHE-A-SA-REGRESSION-CHAP-182] )
Faute d’informatique
vernaculaire et faute aussi d’informatique plus sophistiquée traitant
les produits de la première, les services locaux visités en sont restés à un
stade archaïque du traitement de l’information et de la documentation interne. Ils ne traitent
rien et se documentent à leur façon.
Cela ne veut pas dire que ce qu’ils font est stupide et ne savent rien.
Cela veut
dire qu’ils pourraient faire et savoir bien plus et bien mieux avec leurs
moyens, si on les fourbissait en système efficace d’exploitation des données
qui passent de toute façon entre leurs mains et en documentation informatisée.
Cela veut
dire aussi que leur dénuement nuit à leur rayonnement, à leur prestige, à
l’utilité collective qu’ils pourraient avoir, s’ils diffusaient vers
l’extérieur une information « intelligente »
qu’ils sont les seuls – je dis bien les seuls- à détenir, et à pouvoir
produire.
Dans leur
état actuel, tout ce qu’ils savent est en grande partie inutilisée et ce qu’ils
utilisent ne sert pratiquement qu’à eux. Comme s’ils voulaient retenir
l’information.
C’est
dommage.
La
première conséquence est l’utilité réduite ou nulle de ce que la machine
détient en mémoire pour la hiérarchie courante, du chef de bureau ou de
subdivision, du chef de service ou d’arrondissement, du directeur lui-même,
même quand les informations sont mises en réseau. Les systèmes n’ont pas été
conçus – ou rarement dirais-je par acquis de conscience, car je n’ai pas
regardé l’ensemble de ce qui est en service – pour fournir l’information
souhaitable ou souhaitée des échelons supérieurs. D’ailleurs il est rare que
l’échelon supérieur consulte la machine, au cas où il sait se servir du
système, ce qui est loin d’être toujours le cas. J’en ai cependant rencontré.
Cette observation est révélatrice de
l’« égocentrisme » étroit qui préside à la conception des
logiciels en service, naturellement impropres à préparer l’intégration ou la
fusion des données.
Pourquoi
une telle indignation ?
Sans que
ce soit absolument nécessaire, j’ai toujours aimé expliquer les raisons de ma
façon de penser. Elles sont simples.
J’ai vu
naître la micro-informatique individuelle dans les années 84-85-86. A cette
époque, le premier ADDX que la DDE des Yvelines avait acheté sur crédits
routiers, coûtait 100.000 F. Il en coûtait 50.000, un an plus tard !
On
s’essaya à l’informatisation élémentaire du permis de construire dans une ou
deux subdivisions en 1986. Le système n’était pas très génial, mais sans
connaître, à cette époque, la loi de Moore, on sentait qu’il avait un potentiel
énorme sous le pied.
Je
reviens sur ce bon vieux terrain quinze ans plus tard. Je suis un peu mieux
informé des possibilités offertes par les matériels et les logiciels. J’avais
mis à l’époque assez d’espoir dans l’informatisation des DDE ( Cf.[1987-01-10---H-LA-NOUVELLE-INFORMATIQUE-EST-ELLE-RENTABLE]).
L’idiot
que j’étais et reste, n’avait pas compté avec cette capacité génétique de
l’administration à dégrader les bonnes idées et je découvre que c’est pareil ou
pire qu’avant ( au moins pour l’urbanisme que je connais un peu ) car, pour le
reste que j’ai cité, il n’y avait rien.
C’est
contre ce génie entropique que mes dernières volontés d’administrateur
archaïque et figé dans des dogmes d’un autre temps, s’élèvent une dernière fois
avant de se taire définitivement.
NB. Notre
administration méthodique et organisée, n’a pas laissé l’informatique à la
seule initiative ou à la non initiative des directions. Avec sagesse, elle a
institué un Comité directeur de l’informatique, ( Voir ci dessous le budget
soumis à sa sagacité ) assorti de
sous-prolongements divers chargés de veiller à la bonne utilisation des
nouvelles techniques.
Il est
donc étonnant, dans un premier temps puis affligeant dans un second, d’en
arriver à la conclusion que l’intervention de ces instances hautement
qualifiées, n’empêche pas de diffuser des produits médiocres ou stupides, qu’il
n’y ait aucune amélioration significative pendant des années et qu’il n’y ait
aucune réaction en faveur d’une exigence continue d’efficacité dans la
commodité d’emploi, l’utilité collective et l’intégration des données.
Nous entrons en rampant dans la société de l’information.
Il y a
sans le moindre doute, un cas de « carence conceptuelle chronique et caractérisée» ou ( C.C.C. )
vraisemblablement incurable sans être mortelle rapidement. Des cervelles à la pelle, de la pensée en godet ! **
Si le sort le permet, je reviendrai à 75 ans mesurer l’infime écart qui séparera ce qu’on fera en 2010 de ce que j’ai connu en 2000.
** [ c’est de cette note qu’est venue l’exergue du second domaines
. AG ].
ARTICLE 16 BIS
Le droit de regarder les choses comme elles sont, de
dire tout haut ce que pensent tout bas les majorités serviles, de se dresser
contre les idées reçues, de flétrir la sottise et la déraison ou d’en rire, est
le dernier recours du Juste et, de son exercice par lui, la société qui l’en
blâme, n’est pas fondée à lui en tenir rigueur quand il s’exprime pour le salut
de tous.