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[T146--TABLE-D-ACCES-AUX-ARTICLES-DU-CHAP-146]

 

LITTORAL !!!

Selon un rapport des Ponts et chaussées

tout le littoral français

est touché, par des occupations illégales

 

BENOIT HOPQUIN

 

( 17 JUIN 2001 )

« Le MONDE »

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ORIGINE ET DESTINATION

J’ai retenu cet article parce qu’il donne une juste idée, des idées fausses en circulation.

On lira les commentaires ci-dessous.

 



NUMERISATION DU TEXTE DE L’ARTICLE A COMMENTER

 


« Pendant la protection, l’urbanisation continue... » La formule ne sort pas de la plume d'un pamphlétaire écolo mais d'un savant rapport sur « les conditions d'application de la loi littoral ». Remis au ministre de l'intérieur et à celui de l'équipement, des transports et du logement en juillet 2000, ce document du conseil général des Ponts et Chaussées liste les multiples infractions relevées par les trois missionnaires lors de leurs visites dans plusieurs département français. Après avoir fait l'objet de discussions internes passionnées, ce réquisitoire, non dépourvu d'un humour corrosif, a été finalement mis sous le boisseau (1).

« Le phénomène des constructions illégales se caractérise à la fois par son ampleur, sa diversité et son dynamisme », notent les rapporteurs à la manière d'une plaquette publicitaire. Et de tordre ensuite le cou à une idée reçue : la Corse et le Var ne sont pas les départements les plus touchés par cette pandémie ; ils seraient même plutôt mieux protégés. Plutôt qu'aux sempiternelles paillotes de l'île de Beauté ou à l'encombrant restaurant de La Voile rouge, à Ramatuelle, les auteurs préfèrent s'intéresser au village de cabanes de Leucate (Aude), du Cap Ferret (Gironde), d'Istres (Bouches-du-Rhône), aux mouillages sauvages du golfe du Morbihan, aux campings douteux des îles de Ré et d'Oléron.

Le rapport distingue deux types d'urbanisation dans le domaine public maritime. Il y a d'abord l'installation « d'établissements commerciaux à vocation touristique pour desservir la population importante qui fréquente des espaces naturels dépourvus de structure d'accueil ». Au lieu-dit Piemanson, dans le delta du Rhône, « une véritable zone commerciale ambulante » s'est développée sur les neuf kilomètres de plage fréquentés chaque jour par 30 000 personnes. L'infrastructure y est si développée que « Certains estivants s'installent d'ailleurs à demeure pendant trois mois... ».

L'autre méthode est la « cabanisation », (2) des hébergements au départ provisoires qui sont ensuite consolidés pour durer. « Plusieurs milliers de cabanons, parfois dotés d'étages et balcons (!) dans les Bouches-du-Rhône, des restaurants, des appontements privés, de petits ( mais luxueux ... ) lotissements "sauvages" dans les Alpes-Maritimes, à Saint-jean-Cap-Ferrat, toutes sortes d'habitations plus ou moins sommaires la typologie méditerranéenne est aussi variée qu'impressionnante », constatent, admiratifs, les auteurs.

 

UNE ATTITUDE AMBIGUË

Au lieu-dit du Fond de l'air, sur la commune de La Couarde, à l'île de Ré, des terrains individuels où campaient naguère les propriétaires seraient devenus des « quasi lotissements ». A Capo di Feno, sur la commune d'Ajaccio, comme d'ailleurs sur le continent, les procès-verbaux des autorités, dressés depuis vingt ans en pure perte, ont au moins une vertu statistique : ils permettent de mesurer année après année le développement inexorable de l'immobilier...

L'attitude des pouvoirs publics est souvent ambiguë, constate le rapport. A Marseille, la ville a ainsi entrepris des travaux d'assainissement au lieu-dit Sous la rose, un ensemble de maisonnettes insalubres construites pourtant sans autorisation. A la ZAC du Ranquet, à Istres, c'est l'Etat lui-même, à travers un établissement public, qui s'est mis à vendre à des particuliers, à la suite d'un concours de circonstances, des parcelles avec la mention « constructible », situées en partie sur le domaine public maritime.

Face à cette gangrène, les missi dominici constatent que la législation est inadaptée. Brutale, elle serait difficile à appliquer dans certains espaces urbanisés de longue date et de bonne foi. «L'ambiguÏté du droit conduit à la tolérance pour éviter l'iniquité», (3) admettent les auteurs. Dans le Morbihan, en Charente-Maritime, entre autres, une tolérance administrative s'est ainsi instaurée par de multiples artifices, comme l'autorisation d'occupation temporaire, la création de zones avec des régimes plus souples ou le droit de jouir à vie du bien sans pouvoir le transmettre aux héritiers.

Mais ces accommodements ne font finalement qu'encourager les dérives. A Marseille, il y a quelques années, raconte le rapport, des vieilles cabanes installées dans les calanques avaient accidentellement brûlé. Or, de par la loi, leurs occupants n'auraient pas dû avoir le droit de reconstruire. Afin d'éviter les troubles, le maire et le préfet décidèrent donc de fermer les yeux quarante -huit heures, le temps pour les habitants de relever leur maison. Officiellement, l'incendie n'a jamais eu lieu. **

BENOIT HOPQUIN

 

** [ Depuis la loi 2000-1208 a réglé furtivement la question. Cf. son article 207 .]

 

COMMENTAIRE

 

Sur le littoral , mieux qu’ailleurs, les « pulsions humaines » ( Cf.#2000-03-01---H#) ont matière à se déployer. On peut y observer la force qu’elles y prennent dans l’instant comme dans la durée. Le plus marrant vient de ceux qui parlent le plus de le protéger car, favorables également à la décentralisation, ils ne peuvent que reconnaître que depuis 20 ans, les pouvoirs publics n’ont fait aucun progrès dans la canalisation ou le confinement de l’urbanisation dont la loi de 1986 a favorisé les formes les plus insidieuses.

L’arrêt radical de l’urbanisation, indispensable aux endroits qu’il fallait protéger dans les années 70, ( Cf. [1977-10-00---H-LA-PLANIFICATION-DU-LITTORAL]) qui n’a été que partiellement réalisé, reste très problématique quand le mal n’a pas encore compromis l’objectif de protection. On écrira donc bien d’autres rapports à ce sujet qu’on évitera soigneusement de diffuser pour ne faire de peine à personne malgré la complaisance qui déformera toujours diagnostic et conclusions, quoi que dise le rédacteur du journal. (1). Puis, dans un moment d’égarement, on donnera du pouvoir aux régions pour qu’elles se mettent à l’ouvrage comme en CORSE, avec des « schémas » bidon. Douces illusions !

La cabanisation (2) est la voie royale des uns et des autres, des « petites gens », « des « gros nantis » comme des élus locaux, petits ou gros. Avec patience, en 20 ans, « l’urbanisation limitée » a produit ce que nous voyons un peu partout. Les « pulsions nidificatrices et fructificatrices », y trouvent leur compte. N’est-ce pas démocratique et respectueux de la « proximité » ? C’était naguère la menace majeure à craindre qui ne s’est en aucune façon affaiblie mais a prospéré avec la décentralisation. Je n’avais guère confiance en l’Etat, sujet à des concessions périodiques et aux préfets avec leur trouille atavique de se faire mal voir localement. On ne pouvait pas tout attendre du Conservatoire du Littoral. J’ai donc mis des espoirs dans le « transfert de COS » [1995-11-00---H-ESPACES-NATURELS-ET-DEVELOPPEMENT-URBAIN]qui a l’avantage d’introduire une double contrainte administrative et contractuelle contre la tentation. Hélas ! hélas !

Ce ne sont donc pas seulement les textes et leur ambiguïté ( 3 ) qui font problème ( ils sont plus qu’ambigus, ils sont pleins de non sens), mais le régime décentralisé des POS, la décentralisation elle-même et l’impotence de l’Etat à s’en servir comme à les rectifier. Et pourtant le ciel sait qu’il ne prive jamais de légiférer.

 

ON LIRA, SANS ILLUSION, CE QUE J’EN AI PENSE ET EN PENSE ENCORE MAINTENANT :

( Cf. #169A# , [1993-09-02---H-REPRENDRE-LA-LOI-LITTORAL], (3) et [1998-04-03-2-H-L-INJUSTE-DESTIN-DU-COS-STRASBOURG-DEUXIEME-LECON] ).

 

ANTOINE GIVAUDAN